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Les fonctionnaires préposés à la levée de l'im

pot et à l'exploitation doivent être absolument séparés de ceux qui sont investis d'un mandat d'administration et de police. Il faudrait deux hiérarchies distinctes, et plutôt antagonistes. Yoilà une dualité autrement importante que celle de l'instruction judiciaire et du jugement. Sans cette dualité, il y a trop souvent conflit entre l'intérêt et le devoir. Et le temps même fait défaut à l'administrateur pour s'acquitter convenablement de sa mission publique.

Les actes officiels d'un grand État voisin viennent de donner à ces deux premières conclusions une confirmation éclatante que nous nous plaisons à enregistrer. Dans les instructions qui accompagnent les décrets portés en vue de la réorganisation du Congo français (1), le ministre des colonies, M. Clémentel, n'hésite pas à parler de la sorte : « Il y a deux idées directrices qu'on ne saurait perdre de

(i) Cédant, elle aussi, à un courant de plaintes et de réclamations, la France chargea le créateur de son Congo, le brave de Brazza, d'une grande mission d'enquête dans cette partie de ses possessions africaines. Brazza ne s'épargna aucune peine; la maladie même ne put paralyser ses efforts. Il succomba de fatigue et de chagrin, à Dakar, après avoir cependant réussi à consigner dans ses Rapports les résultats de bt-n héroïque labeur. Le ministre des colonies, M. Clémenlel, institua ensuite une Commission, présidée par M. de Lanessan, « pour étudier les rapports et en tirer les enseignements nécessaires ». Cette Commission de réformes émit un certain nombre de vœax tendant à réorganiser la colonie.

Dans l'entre-temps, la discussion du budget des colonies permit à dos députés français, notamment à M. Le Hérissez, de solliciter du ministre une politique d'humanité à l'égard des indigènes. Ces débats, comme ceux de notre Chambre, eurent

vue sans voir se reproduire les abus qui ont dans ces derniers temps désolé le Congo; c'est d'abord la nécessité de séparer nettement la perception de l'impôt, acte politique, acte de souveraineté, des récoltes de caoutchouc, opération commerciale d'intérêt privé; c'est la nécessité ensuite d'apporter dans la perception elle-même les ménagements que peut comporter l'état politique ou économique du pays. »

3. En troisième lieu, nous nous joignons à la Commission d'enquête pour demander, à tout le moins, que tout droit de contrainte soit enlevé aux agents de sociétés. Leur laisser ce droit, serait perpétuer de très regrettables excès. Nous ne voulons d'ailleurs pas que l'on adopte vis-à-vis des sociétés cette attitude méprisante et presque hostile qui décourage et paralyse l'effort privé ; mais il ne faut pas que la bienveillance dégénère en une protection dont le noir supporte les dépens. Plus de ces fontionnaires qui ne songent, comme s'exprime le Rapport, qu'à obliger les indigènes à fournir le C T C. Que la main des mandataires de l'État soit ferme, et que leur œil soit vigilant pour prévenir, découvrir et réprimer tous les délits.

lieu en février. Ils se terminèrent par le vote de Tordre du jour pur et simple.

Enfin deux décrets présidentiels, du ii et du i5 février, ont adopté certaines mesures qui, sans réorganiser le Congo, sont propres cependant à développer la colonie et à en améliorer le régime. Est-il besoin de l'ajouter ? Rien, dans les décrets ou dans les instructions, qui dénote une préoccupation supérieure aubien-être matériel,ou une idée vraiment civilisatrice.

Qu'on nous permette d'appeler encore l'attention sur le langage si net et si instructif de M. ClémenteL « Vous n'ignorez pas, écrit le ministre dans ses instructions à M. le commissaire général Gentil, que dans l'État Indépendant, l'impôt actuellement perçu constitue un des principaux moyens pour les compagnies concessionnaires de s'approvisionner du caoutchouc nécessaire. Vous savez que c'est cette association des concessionnaires et de l'État qui a motivé les vives criti(iues adressées à l'État voisin. »

La Réforme administrative suppose un sage recrutement du personnel. Comme il faut une tête pour penser et commander, il faut des bras pour exécuter. Sans un personnel d'élite, l'entreprise coloniale est vouée à un échec certain. Que dire, quand elle se complique d'une mission civilisatrice ?

Outre le bon recrutement, une certaine stabilité est également requise. Les rapatriements sont nécessaires, mais ne doivent pas être définitifs; il est à souhaiter qu'administrés et administrateurs aient l'espoir fondé de se revoir. Ceci demande une application assez permanente des mêmes agents aux mêmes régions, ou ce qu'on appelle la spécialisation des fonctions coloniales. Actuellement, le fonctionnaire qui a fini son terme de trois ans, n'a aucun espoir positif de revoir la même contrée. A quoi bon, se disent plusieurs, semer dans les larmes, quand un autre peut venir gâter les semailles, et que l'on est sans espoir de récolter soi-même le fruit de ses labeurs.

Mais un personnel d'élite ne s'attache qu'à une profession honorable, estimée, et convenablement rémunérée; il veut aussi des garanties contre l'arbitraire éventuel des chefs hiérarchiques. L'argent que Ton dépensera à augmenter le traitement des emploj^és de l'État nous paraît de l'argent bien placé. Combien les nègres gagneront à être mieux servis!

Nous ne pouvons entrer dans le détail de tous les conseils. La question a été traitée dans plusieurs études intéressantes présentées au Congrès de Mons; nous nous plaisons à y renvoyer le lecteur (1). Nous nous contenterons de signaler encore combien il importe au pays que notre enseignement, que notre éducation développe l'initiative, fortifie la volonté, assainisse les mœurs, pour préparer les hommes capables d'accepter et de remplir un rôle civilisateur.

Les lacunes du système actuel nous font rendre un hommage d'autant plus empr-essé aux agents de l'État, qui dès maintenant se sont distingués par leur tact et leurs qualités administratives. Les noms de plusieurs fonctionnaires resteront inscrits au livre d'or de l'État congolais.

(i) Rapports notamment de MM. J.Havet, LeMarinel, Moral, Pety deThozée, Léon Roget.

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