LA RÉFORME FISCALE ET LA MAIN-D'ŒUVRE
Dans un chapitre précédent de cette troisième partie, nous avons rappelé des devoirs de justice à remplir envers le peuple congolais. La réforme fiscale devra s'inspirer avant tout de ces obligations rigoureuses. Dans un pays que grève le formidable impôt foncier représenté par le domaine privé, des indigènes pauvres ne doivent plus notamment se voir assujettis à une contribution personnelle évaluée pour quelques-uns à 250 francs par an et même davantage. Mais nous n'avons plus à revenir sur ces indications.
Traitant ici du système fiscal dans ses rapports avec la contrainte, allons-nous, par pitié pour la population noire, nous ranger, sans hésiter, à l'avis absolu de M. Cattier, qui préconise l'abolition radicale de l'impôt en travail et la substitution d'un impôt en monnaie ou en produits? Son raisonnement est spécieux. La corvée dégoûte du travail; la levée d'argent y incite (1). Mais ne peut-on pas répliquer qu'il convient, en l'espèce, de s'inquiéter de la per-
(i) Étude sur la situation de VÉtat, pp. i83, 249.
sonne qui exécutera le travail productif de la valeur .exigée. Ne sera-ce pas la femme, l'esclave? Vous voulez atteindre l'homme libre. En réalité, vous ne frappez que ceux qu'il opprime. Cette répercussion ne fait-elle pas craindre que le remède ne soit pire que le mal?
C'est ici surtout qu'il y a lieu de se défier des mesures trop uniformes. Interrogez les coloniaux. Dans telle partie du pays, la cruelle mais forte main des Arabes, dans telle autre les rapports avec les Européens ont discipliné les nègres au travail ou créé ces besoins dont la privation est une peine plus forte que celle du labeur. Dans ces régions, l'heure du travail libre a sonné. Assurez une bonne rémunération, veillez à des transactions équitables, exigez une redevance en monnaie ou en marchandise de valeur aisée à vérifier.
Ailleurs, l'impôt en travail, un impôt modéré et humain, ne devra pas être radicalement supprimé. Mais, si vous voulez faire œuvre éducatrice, veillez à ce que la récompense soit ample et que la besogne ne soit nullement répugnante. « Au travail forcé, dit très bien M. Brifaut (2), il faut que corresponde une juste et bienfaisante rémunération. »
N'exagérons pas cependant l'importance éducative d'un travail limité à quarante heures par mois. Les rapports libres avec les Européens pourront plus, pensons-nous, pour créer chez le noir ces
(2) Mouvement des Missions belges, 1906, p. 71 . Rapport du Secrétaire général.