LA RÉFORME FISCALE ET LA MAIN-D'ŒUVRE
nécessités plus étendues dont le travail spontané sera le fruit naturel (1).
Et pourquoi l'État lui-même n'attacherait-il pas à l'exploitation de son domaine des ouvriers réguliers, auxquels, moyennant un salaire normal, outre le logement et la nourriture, il donnerait pour mission de récolter le caoutchouc? Nettement séparée ainsi de la perception de l'impôt, l'administration des forêts domaniales ressemblerait à une exploitation particulière et ne donnerait plus lieu à des exactions contraires au bien commun. Ce système faciliterait aussi une mise en valeur méthodique et rationnelle, qui assurerait la conservation et le développement d'une précieuse source de revenus.
En vue d'assurer le progrès, nous recommandons encore d'introduire dans les instruments de travail et dans les procédés les perfectionnements qui allègent lapeine (2) et augmentent le résultat. Ailleurs (3), nous avons fait valoir les avantages d'une industrie
(i) Nous ne contestons pas non plus à l'État le droit de recourir au travail forcé, si des ouvrages d'utilité publique urgente le requièrent Mais il faut que la contrainte soit humaine, pleine d'égards pour l'homme et la famille; il faut que la nécessité de la contrainte ne soit pas factice, comme celle que ferait disparaître un salaire suffisant ; il faut qu'une rémunération plus abondante compense le sacrifice.
(2) Un trait à ce propos. Tel colonial a vu défiler des enfants harassés de fatigue pour l'arrosage d'une terre. Tous n'étaient munis que d'un petit bidon, avec lequel ils devaient puiser de l'eau à dix minutes de distance. Un seul tonneau conduit sur une brouette aurait supprimé aux trois quarts ces pénibles voyages.
(3) Manuel social, p, 887.
VERS lA SOLUTION
artistique, et quels effets excellents produit sur notre ouvrier Tétincelle du beau qu'on lui apprend à faire jaillir de l'utile. Il nous semble que des outils perfectionnés mis aux mains des noirs auront une influence analogue; non seulement ils diminueront la corvée, mais ils donneront, en outre, quelque charme au travail.
L'abus de la contrainte dissimulée sous l'apparence du travail libre a été signalé plus haut.
Le travail ne saurait être libre si les clauses du contrat ne sont parfaitement comprises des deux parties. Quelle clause plus importante que le terme de l'engagement? Or, l'on sait que ces braves gens n'ont aucune idée d'un temps considérable. Il est arrivé qu'un nègre (1) s'est plaint d'avoir été retenu prisonnier pendant cent ans, et cela de la meilleure foi du monde. Il apparaît, dès lors, que la loi n'a pas assez abaissé la limite maximum de la durée de l'engagement. Elle permet un contrat de sept ans. Yoilà une condilion que le noir admettra sans conscience réfléchie. Un homme d'expérience optait pour des contrats annuels. Si cette réduction paraît trop forte, qu'on n'aille plus du moins au delà du terme de trois ans proposé par la Commission d'enquête !
(i) C'était le chef Kiamunda, qui pouvait avoir de 35 à 4o ans d'âge. Il avait été prisonnier des Wambundus.