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II. L^ avenir politique probable

Mise en demeure de se prononcer sur l'annexion, que fera la Belgique? Il nous paraît malaisé de répondre. De fortes raisons doivent la disposer à accepter l'offre royale. Le Congo est si belge de fait qu'il semble avoir pour destinée de le devenir en droit. La Belgique peut-elle refuser de l'adopter officiellement, sans renier une somme d'efforts et d'héroïsmes que ne saurait répudier un peuple jaloux de son honneur? N'est-ce pas comme apostasier, après avoir reçu le baptême du sang? Yoilà un grand pour, en face duquel se dresse le contre. Celui-ci résulte de toutes les appréhensions provoquées par le secret et le silence d'une politique parfois sévèrement appréciée. Un écrivain a osé dire qu' « il n'en jaillit quelque clarté, toujours douteuse, qu'au frottement d'une critique ou d'une révélation

(6) « Nous avons mis... ce lien de droit au frontispice même de la loi. » Déclaration de M. de Smet de Naeyer à la Chambre (1901). Au Sénat, le rapporteur, M. Descamps, fit une déclaration analogue, le 29 mars 1901.

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plus instante ou plus âpre (1). » 11 est vrai que le mystère nous ménage peut-être la plus agréable des surprises. Dans la célèbre Note Verbale de 1901, l'État Indépendant ne promet-il pas d'avertir patriotiquement le pays du moment où la transmission de ses pouvoirs à la Belgique constituera pour celleci un avantage certain (2) ? Mais une partie du public a l'impatience défiante du spectateur ennuyé qui réclame le lever du rideau.

A lire ce qui s'écrit, tant à droite qu'à gauche, à se fier aux discours qui résonnent dans l'enceinte parlementaire, on croirait constater une impression plutôt favorable à la reprise. Mais, dans les conversations particulières, on relève peu d'enthousiasme positif: des branlements de tête dénotent l'hésitation. Les politiques redoutent d'avoir à imposer au pays des charges nouvelles, toujours impopulaires, et que nous avons entendu évaluer, par conjecture, à sept ou huit millions par an ; les commerçants n'estiment pas qu'ils feraient de plus mauvaises afi'aires sous un autre pavillon; chose plus triste à dire, mais où se reconnaît le caractère belge, parmi ceux qui se placent au point de vue humanitaire, plusieurs se demandent ce que le Congo gagnera à son union avec la Belgique; et, comme il arrive souvent dans les questions un peu embrouillées, la plupart des Belges s'abstiennent de penser là-dessus quoi que ce soit. 11 nous paraît donc imprudent de faire le prophète, alors

(i) Picard : En Congolie, pp. 2o5 207. (2) Lauwers, p. 107.

que tout peut dépendre du moment et d'une saute de vent inattendue. Décisive peut-être sera l'ère tant souhaitée des Réformes. De sérieuses améliorations reconquerront à la cause de l'État des sympathies maintenant aliénées ; et si une habile administration parvient à démontrer qu'une action civilisatrice est compatible là-bas avec l'équilibre financier, que, même après les erreurs commises, le bien se réalise sans perte d'argent, du coup s'évanouirait la plus redoutable des objections.

L'état d'âme de nombre de Belges se trouve assez bien reflété dans le livre de M. Picard : c'est une disposition flottante entre des considérations supérieures militant pour la reprise, et la crainte pratique d'un déficit permanent (1).

Nous préférons reproduire ici l'appel indirect que M. Woeste adressait à notre patriotisme :

« Donner à penser que la Belgique pourrait renoncer un jour au Congo, ce serait une ingratitude vis-àvis du souverain qui l'a créé. Ce serait, pour la Belgique, une véritable déchéance morale, car elle renoncerait à contribuer à l'œuvre de la civilisation dans l'Afrique. Ce serait aussi pour nos compatriotes, qui ont considéré et qui considèrent encore le Congo comme un champ d'activité ouvert à leurs efïorts et à leurs labeurs, ce serait, dis-je, une immense déception (2). »

(i) En Cong-olie, pp. 205-207.

(2) Annales parlementaires. Chambre, 1906, p. 788.

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Quand et comment la Belgique se prononcerat-elle sur l'annexion du Congo, nous ne saurions le préciser. Le vote récent de la Chambre fait présager seulement une délibération prochaine sur notre charte coloniale.

Beaucoup s'imaginent que l'annexion aurait pour effet nécessaire de remplacer l'administration d'un seul par une administration collective où le Parlement interviendrait comme partie principale. Et cette seule perspective leur inspire pour le changement des répugnances trop justes si elles étaient fondées en fait. Heureusement il n'en est rien.

La Constitution revisée en 1885 porte à son article premier : « Les colonies, possessions d'outre-mer, ou protectorats que la Belgique peut acquérir sont régis par des lois particulières. » Et le projet de loi du 7 août 1901 permet de nous figurer dans ses grandes lignes quelle serait l'organisation du Congo devenu colonie belge (1).

Le Roi garde le pouvoir législatif, qu'il exerce par décrets. Ceux-ci doivent, à peine de nullité, être contresignés par un ministre responsable, et ils ne sont obligatoires qu'après avoir été publiés.

Le Roi conclut les traités, sauf à en donner connaissance, aussitôt que le permettent l'intérêt et la sûreté de la colonie.

(i) Nous devons au savantprofesseurdeLouvaiii,M. Dupriez, une remarquable étude sur ce projet. Il a paru dans la Revue GÉNÉRALE (T902), SOUS ce titre : A propos du projet de charte coloniale. Nous y renvoyons nos lecteurs. Le Mouvement géographique du II mars 1906 indique d'autres sources à consulter, et promet une suite d'articles sur le même objet.

Il organise la justice civile et la justice militaire répressive, il en nomme et révoque tous les titulaires. Les j uges civils ne peuvent pourtant être révoqués que sur la proposition du gouverneur général, qui prendra l'avis du président du tribunal d'appel de la colonie.

Au Roi encore le pouvoir exécutif avec faculté de le déléguer au gouverneur général. Celui-ci peut même être autorisé à suspendre momentanément, pour l'intérêt ou la sûreté de la colonie, l'exécution des décrets, et à porter lui-même des dispositions de loi, qui cessent d'être exécutoires après un an si elles ne sont confirmées par décret.

Le budget des recettes et des dépenses est arrêté chaque année par le Roi.

Les Chambres reçoivent un rapport annuel, contenant tous les renseignements propres à éclairer la représentation nationale sur la situation politique, économique, financière et morale de ses possessions. Le budget est annexé au rapport.

Lors du dépôt du rapport, les Chambres examinent les actes de l'administration coloniale. En tout autre temps, les questions et interpellations relatives aux colonies ne sont portées à l'ordre du jour de la Chambre qu'avec l'assentiment du ministre des colonies.

L'assentiment des Chambres est requis pour les traités de commerce, ceux qui peuvent grever l'État ou lier individuellement les Belges.

Sur le budget colonial on crée un ministère des colonies et un conseil colonial, composé de quatre

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