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II. La parole est au Roi

Les affaires publiques sont de. celles où l'on peut donner conseil sans en être prié. Et c'est un bonheur pour les rois, pour tous ceux qui administrent ou gouvernent, de s'entendre dire, au moins de loin, cette vérité qui, autour d'eux, leur est trop souvent cachée.

Les grands princes aiment à l'écouter.

Avec le respect dû à la Majesté Royale, nous nous tournons vers le Souverain de l'État Indépendant pour le proclamer l'arbitre de la situation, pour lui reconnaître le magnifique pouvoir de rendre heureux des millions d'hommes.

La parole est au Roi; elle n'est qu'à Lui.

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Elle n'est pas aux puissances. L'espoir que des étrangers fondaient sur la diplomatie fut promptement déçu. Ne nous en plaignons pas. Il vaut mieux qu'aucune pression, qu'aucune contrainte ne diminue l'honneur de l'initiative et le mérite de la grande et belle action.

La parole n'a jamais pu être à la Commission de réformes. Nous ne suspectons ni la droiture de ses vues, ni la sincérité de ses efforts. Mais le bon vouloir de ses membres n'élargissait pas leur mandat, les qualités de plusieurs ne comblaient pas les vides laissés par les absents. Appelée seulement à se prononcer sur l'œuvre de la Commission d'enquête, et constituée en dehors de toute participation des missionnaires, la Commission de réformes inspirait trop peu de confiance pour faire attendre quelque résultat sérieux (1); et là oii il n'y a guère d'attente, il ne saurait y avoir de la déception. Elle s'est bornée, paraît-il, à timidement entériner les conclusions de la Commission d'enquête, et ne s'en est séparée que pour rejeter le vœu relatif à l'enseignement obligatoire. On ne pouvait espérer davantage (2).

(i) « Je n'y trouve pas, disait M. Vandervelde, ni le nom du baron Dhanis, ni celui de Wangermée, ni celui des capitaines Lemaire ou Cambier. — Je n'y vois pas non plus un seul représentant des missions catholiques.» (Chambre 20 février 1906, Annales, p. 727.)

(2) On sait, qu'après avoir reçu les propositions de la Commission de réformes le Roi-Souverain en a conféré, à Villefranche, avec plusieurs hommes d'État, et vient d'envoyer tout le dossier au gouvernement général du Congo.

Mais la parole est au Roi.

Elle revient à son génie, qui nous a habitués aux merveilles, et que doit tenter une entreprise grande et difficile.

Elle revient à son courage, que les avis pessimistes ne sauraient entamer.

Elle revient à son énergie. Cette volonté capable, à elle seule, de créer l'État, est appelée à poursuivre plus glorieusement encore la régénération du peuple.

Elle lui revient comme fondateur. Déjà, chez lui, la célèbre formule de l'absolutisme ; « l'État, c'est moi» avait revêtu un autre sens. « L'État c'est moi», pouvait-il dire, non pas seulement parce que seul je le gouverne, mais, parce que seul je l'ai fait. Pourquoi n'a,jouterait-il pas : « l'État c'est moi, parce que seul je l'ai sauvé. » L'œuvre créatrice, qui témoigne en faveur de la force, n'a pas de plus beau couronnement qu'une œuvre rédemptrice, qui marque la sagesse et l'amour..

Elle lui revient comme bienfaiteur. Cette empreinte du bienfait, qui, sur la personne obligée, grave un trait touchant où le bienfaiteur se reconnaît affectueusement lui-même, le Roi-Souverain peut la voir lumineusement imprimée sur les peuplades congolaises. Il les voit, grâce à lui, affranchies de la traite; il les voit, grâce à lui, délivrées de luttes fratricides; il les voit, grâce à lui, pourvues de ministres de la bonne nouvelle. Son cœur pourrait-il ne pas ajouter : « Il faut que grâce à moi un terme soit mis à tous leurs malheurs? »

La parole est au Roi.

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N'a-t-il pas commencé de la prendre? Il a voulu la pleine lumière. N'est-ce pas, parce qu'il connaissait le remède, et qu'il était résolu de l'appliquer? Quand on a le courage d'éclairer une situation, on est bien près d'avoir celui de la dénouer.

Il n'est ni de son caractère ni de sa coutume de faire à demi.

Et il daignera nous permettre de saluer dans ses actes récents la confirmation de notre espérance. Cette année même, il jetait les fondements d'un grand temple, dédié au Dieu de charité et d'amour. Comment la main qui a posé cette première pierre ne se hâterait-elle pas de continuer et d'achever le monument vivant et impérissable que forme un peuple civilisé et gagné à ce Dieu d'amour?

Yoilà pourquoi nous redisons avec confiance : La parole est au Roi.

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