LA LIGNE D'ALEXANDRE VL UNE DIGRESSION
tentiaires élaborent si péniblement dans les conférences diplomatiques. Et son acte eut l'heureux effet d'assurer la solution pacifique de plusieurs contestations. Il intervient en même temps comme Pasteur suprême, investi de la sublime mission de faire annoncer l'Évangile. Les expéditions espagnoles, en effet, lui étaient présentées avant tout comme des entreprises d'évangélisation; les annexions territoriales n'étaient que l'accessoire. Voilà comment le Pape était en droit de prononcer ex Plénitude poiestatis, d'invoquer la plénitude de sa puissance. Cette formule, du reste, accompagne ici, comme souvent, le motu proprio et ex certa scientia (1), et cette clause constitue une faveur pour celui qui a sollicité la grâce. Elle a pour effet de rendre la concession plus inattaquable, en purgeant l'acte de tous les défauts qui se seraient glissés dans l'instance.
Si le Pape ne parle pas des indigènes, c'est que le différend n'avait pas surgi à leur propos. Leurs droits restent couverts par la loi naturelle, à laquelle le Pontife ne peut ni ne veut déroger. Il n'entend pas faire aux Espagnols un cadeau de terres qui ne sont pas les siennes, mais se borne à leur accorder le monopole de découvertes et d'occupations légitimes. Toute la portée de la bulle se résume donc en ces termes : Dans la mesure où la vacance des terres ou la barbarie elle-même fournit un juste titre pour subju-
(i) Do notre propre mouvement et en pleine connaissance de cause.
guer ces contrées ou du moins s'y installer, l'Espagne possède un droit de préférence, sous la condition expresse de l'exercer en puissance chrétienne.
Que si l'on nous demandait comment le Pape n'a pas expressément réservé les droits des naturels et a réglé, sans les consulter, des questions qui les touchaient de fort près, notre réponse serait très aisée. Le Pape, en ce faisant, a fourni un précédent à la Conférence de Berlin, réunie pour régler, elle aussi, d'une façon pacifique, les prises de possessions nouvelles sur les côtes de l'Afrique et déterminer le régime commercial qui leur serait appliqué. Aucun philanthrope ne s'est alors inquiété de faire prendre l'avis des plus intéressés, les Congolais. Aussi trouvons-nous une grande ressemblance entre VActe de la Conférence et làhiille Inter ca^^era, sauf qu'à Berlin les reconnaissances d'États ou les délimitations de frontières se sont faites par traités successifs avec les diverses puissances, et qu'une vague, recommandation de veiller au maintien et à l'amélioration morale de la race noire a remplacé les prescriptions formelles touchant l'évangélisation. Nous ne savons si les nègres ont beaucoup gagné au change. En tout cas, l'Acte de Berlin abandonne également les Congolais, en ce qui concerne leurs droits acquis, à la seule protection de la loi naturelle; et doit, en somme, se justifier par les mêmes principes qui expliquent et justifient l'acte pontifical.
Nous voici naturellement ramenés à l'État Indépendant, dont il nous faut considérer quelques particularités.