‹ La question constitutionnelle de Québec [microforme]Chapitre 8 sur 10 · ARTHUR TURCOTTE · texte numérisé non relu

ARTHUR TURCOTTE

Une déclaration aussi franche valut à monsieur Turcotte l'honneur d’une élection par acclamation dans cette bonne de ville de Trois-Rivières, qui ne ménage pas cet avantage à ceux qui savent affirmer hardiment leurs principes.

Comme je l'ai dit, messieurs Price et Turcotte furent mandés à Spencer Wood et le lieutenant-gouverneur luimême, abdiquant toute dignité et tout sentiment d'honneur, acheta avec les deniers de la province au moins l’un de ces députés et les gagna tous deux à voter pour son nouveau gouvernement.

Monsieur Turcotte venait pourtant d'écrire une autre lettre qui restera son éternelle condamnation et qui burine sur le front de ce traître sa honte et son déshonneur.

& TRors-RIVIERES, 30 mai 1878.

4 Mon cher ami,

« Tu sais que je suis conservateur et que je prétends rester conservateur, J'ai accepté la candidature du gouvernement Joly, parce que je sais qu'il a la majorité ; mais s’il ne manquait que mon vote pour me faire élire, je voterais contre moi.

“ Tout à toi,

ARTHUR TUROOTTE.”

L'ouverture des Chambres eut lieu le quatre juin. ‘ Les députés conservateurs, dit la chronique du temps, se réunirent à dix heures dans la salle du comité de Québec.

‘4 Messieurs Price et Turcotte manquaient. Quelqu'un vint donner l'assurance que M. Price ne voterait pas sur le choix de l’Orateur, et à onze heures et demie M. Turcotte écrivait, en présence d'un député conservateur, à M.

Joly qu'il refusait la charge d'Orateur !

La position était donc sauvée, la défaite du gouvernement certaine,

‘“ À la réception de ia lettre de M.

Turcotte, M. Joly annonça à ses amis sa détermination de résigner. Un correspondant du Witness a donné publicité à ce fait sans être contredit,

‘“ La séance s'ouvrit à trois heures.

Une foule immense eneombrait les galeries, les evrridors, les alentours de ln Chambre d’assemblée. : M, Price était à son siége eb M. Turcotte occupait un banc en arrière de M. Irvine,

‘ A deux heures, M. Chapleau et yuelques-uns des principaux membres du parti avaient étéinfornés que M, Turcotteavait cédé, qu'il avait retiré sa lettre de refus et que M, Price sppuierait sa candidature comme Orateur !

“ M.Jolÿ proposa M. Turcotte et fit quelques remarques qui dénotaient son embarras et sa honte, M, Chapleau lui répondit et dans un discours foudroyant il cloua au pilori le judas qui trainera jusqu’au dernier de ses jours son déshonreur et sa trahison,

‘“ Le votese prit, la Chambre se divisa également : 32 contre 32, M. Turcotte vota pour lui-même et prit possession du fauteuil présidentiel, au nom du gouvernement Joly que, pour se faire élire, il s'était engagé à combattre.

‘“ Que s'était-il donc passé après la lettre de M, Turcotte informant M. Joly de son refus ? Nul ne pourrait ie dire au juste, mais ce qui est certain, c'est que M. Turcotte fut conduit à midi chez le lieutenant-gouverneur et que quand il sortit de ce lieu de cabale, il était décidé de trahir ses promesses, ses amis, ses engagements,.”

Puisque nous sommes, M, l’Orateur, à lire cette triste page de nos annales, je ne saurais taire les fortes expressions dont l’honicrublé M. Fabre, l’un des membresaujourd’hui du parti libéral, se servait en 1863, le 14 octobre, pour stigmatiser la conduite d’un autre traître, moins coupable que ne le fut M. Turcotte le 4 juin dernier.

Substituez les noms les uns aux autres, celui de Turcotte à celui de O’Halloran, celui du gouvernement Joly à celui du gouvernement d’alors et jamais paroles ne furent dites plus à propos.

“ Nous le demandons aux gens qui placent ie pays au-dessus des partis, nous le demandons aux gens de cœur quelque suit leur origine politique, y a-t-il dans notre histoire une page qu'ils déchireraient plus volontiers que celle qui racontera ces deux mois de session et ces quelques mois de pouvoir ; y a-t:il une session où l'intrigue ec la corruption

} aient aussi ouvertement triomphé des

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