Acte II, Se. vii ^ La Question d^Argent
devoir et que j'irais découvrir dans son obscurité, une fille comme mademoiselle de Roncourt.
René. C'est bien pensé.
Jean. N'est-ce pas?
René. Mais vous ne connaissez mademoiselle de 5 Roncourt que depuis bien peu de temps.
Jean. Qu'est-ce que cela fait?... Les gens comme moi, habitués à jouer des sommes importantes sur le moindre événement, décident de leur vie en cinq minutes ! Et puis je la trouve charmante ! 10 Ce n'est plus une toute jeune fille; elle a de l'esprit, elle est de noblesse ; elle ne voit plus le monde, mais, redevenue riche, elle pourrait le revoir et m'en ouvrirait les portes. Ce serait une recommandation pour moi d'avoir choisi une 15 fille pauvre. Que voulez-vous ! le monde, c'est ma toquade. Les gens comme il faut me tournent la tête. Si mademoiselle Élisa veut de moi, dans quinze jours elle sera ma femme.
René. Vous allez vite. 20
Jean. Voilà comme je suis. J'aime au quinze, j'épouse au trente.
René. Mais mademoiselle de Roncourt ne voudra pas de vous.
Jean. Elle aura bien tort. 25
René. Vraiment?
Jean. Elle ne trouvera jamais mieux sous le rapport de l'argent. J'ai dix millions à moi, on peut s'informer à la Banque, comme a fait monsieur [60]
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Durieu, et j'en aurai bien d'autres ; il n'y a que le premier qui coûte. Je tiens mon affaire maintenant, je veux enfoncer tous les banquiers de la routine. J'ai des projets, des combinaisons gigantesques et très simples ; seulement, c'est un bou- 5 leversement complet dans le système financier. En attendant, je suis amoureux de mademoiselle de Roncourt et je veux l'épouser. Mais, dites-moi, elle a l'air bien sentimental, cette fille-là. ' 10
René. Je crains que vous vous donniez beaucoup de peine pour rien, monsieur Giraud. Mademoiselle de Roncourt est une honnête fille, d'abord, et qui n'a pas besoin de se marier pour sortir des embarras pécuniaires où son père et eUe se trou- 15 valent hier encore.
Jean. Qu'arrive-t-il donc ?
René. Monsieur de Roncourt est depuis trois jours intendant de la comtesse Savelli avec quinze mille fi-ancs d'appointements. 20
Jean. Tiens, tiens ! C'est donc pour cela qu'il m'a écrit de venir lui parler aujourd'hui chez la comtesse. Mais, savez-vous que c'est une rude affaire pour lui, et que, s'il est malin, il fera sa fortune ? 25
René. Je ne sais pas si c'est un malin, mais c'est un honnête homme.
Jean. En affaires, il faut plus de malice que d'autre chose.