Scène VIII
Les Mêmes, Mathildb
Math. Mon père va venir, monsieur Giraud; il 5 m'a chargée de vous prier de l'attendre. Vous permettez que je dise un mot à mon cousin ?
Jean. Comment donc, mademoiselle ! deux si vous voulez; je vais faire des comptes pendant ce temps-là. 10
Math., à René, Tu te maries ?
René. Oui.
Math. Mon père m'a appris cette nouvelle.
René. Je lui en ai parlé.
Math. Qui épouses- tu? 15
René. Une jeune fille.
Math. Ah ! je croyais que c'était une veuve riche?
René. Très riche.
Math. Son nom? 20
René. Il ne m'est pas encore permis de le dire.
Math. Tu sais que je ne crois pas un mot de tout cela?
René. C'est pourtant la vérité.
La Question d'Argent 9«- Acte ii, Sc. viu
Math. Non; tu veux être agréable à mon père, qui t'a demandé de jouer cette comédie, mais elle est indigne de toi.
René. Écoute, ma chère enfant, ton père...
Math. Mon père t*a dit que je t'aimais... 5
René. Comme toutes les petites cousines aiment leurs petits cousins. C'est si commode pour une fille de ton âge de ne pas ûiire changer de place à son cœur et d'être toute transportée pour l'amour; mais ces amours-là passent vite; ce 10 sont les lilas de la vie.
Math. De la poésie ! ... Décidément, tu ne m'aimes pas, n'en parlons plus. Je ne te menace pas de me tuer ni d'entrer dans un couvent, ni même de ne me marier jamais ; je ferai, au 15 contraire, tout mon possible pour t'oublier ; mais je veux que notre conversation, qui aura une si grande influence sur ma vie, en ait une sur la tienne.
Jean, écrivant^ à lui-même. Timbre et courtage... ao
Math. Me promets-tu de suivre le conseil que je vais te donner?
René. Je te le promets.
Math. Toutes les femmes qui te connaîtront t'aimeront. «5
René. Toutes?
Math. Oui. Tu représenteras, pour elles comme pour moi, le bonheur, parce que tu es le bien. Tu en aimeras certainement une un jour, car tu [63]