‹ La question d'argent; comédie en cinq actesChapitre 33 sur 68 · Acte III, Se. in -^ La Question d'Argent · texte numérisé non relu

Acte III, Se. in -^ La Question d'Argent

De Ron. Nettement. Je n'ai pas osé insister, moi, son père, craignant de lui imposer un sacrifice au-dessus de ses forces; je lui en ai déjà bien assez imposé... et puis...

René. Et puis?... 5

De Ron., avec êmoHon. Et puis... je n'ai pas de secrets pour vous... j'ai eu peur qu'elle n'eût, pour refuser ce mariage des raisons qu'elle ne pourrait ni ne voudrait me donner.

René. Que voulez- vous dire? lo

De Ron. Eh ! mon pauvre enÊmt, on dit et on écrit beaucoup de choses sur l'argent; on ne connaîtra jamais certaines situations qu'il crée, d'autant plus douloureuses, d'autant plus poignantes, qu'elles doivent rester secrètes. J'ai 15 ruiné ma fille, moi, pour une cause honorable, c'est vrai, mais enfin je l'ai dépossédée de l'héritage de sa mère, je l'ai privée de l'unique moyen que la société offre à une femme pour qu'elle soit heureuse épouse et heureuse mère. 20 Elle ne m'a rien dit, elle ne m'a pas fait un reproche. Elle a accepté le sacrifice avec courage, avec noblesse, avec bonheur. De quel droit viendrais-je aujourd'hui lui demander les comptes de son cœur, à elle qui ne me demande pas les 25 comptes de sa fortune ? L'homme qu'elle aimait paraissait bon et loyal, il avait du talent, de l'avenir ; j'ai tout espéré de son honneur et du temps. Pouvais-je, d'ailleurs, surveiller ma fille minute [84]

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par minute ? Ne fallait-il pas vivre, ne fallait-il pas que j'allasse, dans un bureau, gagner mon pain de chaque jour, tandis qu'elle gagnait le sien de son côté? Quand j'ai appris que cet homme allait se marier, quand j'ai vu la douleur d'Élisa, 5 j'ai couru chez ce Max Hubert; je lui ai demandé, à lui, la vérité que je n'osais pas lui demander à elle ; je l'ai supplié, moi, de ne pas abandonner mon enfant. Il m'a juré que son honneur n'était engagé en rien, qu'il était libre 10 comme elle. Cet homme a-t-il menti ? Oh !

mon pauvre enfant, j'ai bien souffert depuis deux ans; mais cela me fait du bien, de pouvoir le dire enfin à un homme de cœur comme vous. 15

René. Je vous remercie de cette preuve de confiance, j'en suis digne, croyez-le. Vous avez raison; il est des questions si délicates, qu'elles ne peuvent être agitées entre un père et sa fille. C'est là qu'un ami doit intervenir. Voulez que 20 je voie mademoiselle de Roncourt?

De Ron. Oui, vous m'avez deviné.

René. Je suis certain que vous vous trompez et que tout s'arrangera.

De Ron. Dieu vous entende ! mais la destinée me 25 poursuit depuis plusieurs années avec une telle obstination, que, par moments, je m'avoue vaincu, et je doute de tout...

Le Domestique. Monsieur Jean Giraud.

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