I. Mémoires pour serfir à Vhistoire de mon temps, t. IV
simple et fixe; elles ne s'inquiétaient que de maintenir l'empire ottoman et de le défendre contre ses ennemis. La Russie aussi n'avait qu'une idée, moins simple, mais également exclusive et constante : elle voulait maintenir l'empire ottoman sans l'affermir, et le dominer en le protégeant. La Prusse, presque étrangère à la question, inclinait habituellement vers l'Autriche et l'Angleterre, en ménageant la Russie. La politique de la France était compliquée et alternative; elle voulait servir à la fois le Sultan et le Pacha, maintenir l'empire ottoman et grandir l'Egypte. La Porte se trouvait en présence de deux alliés véritables, d'un protecteur hypocrite et d'un ami dont le cœur était partagé... La politique de la France, dans cette question, a pris sa source dans notre brillante expédition de 1798 en Egypte, dans le renom de nos généraux, de nos soldats, de nos savants, dans les souvenirs et les impressions qui sont restés de leurs exploits et de leurs travaux, dans des élans d'imagination, non dans des calculs de sécurité et d'équilibre; un vif intérêt s'est attaché au théâtre de celte gloire nationale et singulière; l'Egypte conquise par une armée française, décrite par un institut français, est devenue l'une des fantaisies populaires de la France ; nous avons ou h cœur ses destinées; et le nouveau maître, glorieux et singulier aussi, (jui la gouvernait alors avec éclat en se tournant vers nous, a été, pour nous, un allié naturel (|uo nous avons soutenu par penchant cl cntraîncnicnl bien phis (|uc par
réflexion et intérêt. » Les couleurs se sont un peu atténuées depuis; à mesure que le temps s'est écoulé, l'imagination a eu moins de part et les « calculs de sécurité et d'équilibre » ont davantage inspiré notre conduite.
Devant le coup de foudre de Konieh, les puissances firent taire leurs préférences secrètes. Le but immédiat fut commun : arrêter les progrès du Pacha et préserver l'empire ottoman de la ruine. Le Sultan n'attendait que d'elles son salut, il remettait son sort entre leurs mains. Méhémet-Ali exigeait toute la Syrie, une partie de la Mésopotamie et le district d'Adana, porte de l'Asie Mineure. Ses prétentions étaient encouragées par le consul français à Alexandrie. Au contraire, le représentant du Roi h Constantinople, M. de Varennes, s'employait à obtenir des conditions plus douces : il offrait à Ibrahim les quatre districts de Saint-Jean-d'Acre, Naplouse, Saïda et Jérusalem. L'amiral Roussin, qui prit possession de l'ambassade le ly février i833, blessa dès son arrivée l'orgueil de Méhémet-Ali. « Persister dans les prétentions que vous avez soulevées, lui écrivit-il le 21 février, ce serait appeler sur votre tête des conséquences désastreuses qui, je n'en doute pas, éveilleront vos craintes. La France tiendra l'engagement qu'elle a contracté; elle en a le pouvoir et je garantis sa volonté. Il ne me reste plus qu'à espérer que vous ne nous forcerez pas à la cruelle nécessité d'attaquer une puissance en partie notre ouvrage et de ternir une gloire
dont je suis l'admirateur sincère. » Il était difficile de montrer moins d'adresse. Méhémet-Ali refusa péremptoirement. Lorsque six semaines plus tard, M. de Bois-le-Comte fut envoyé officieusement auprès de lui, il le trouva fort irrité de cette sommation. « Que voulez-vous, dit-il, que je réponde à votre ambassadeur? Je ne puis lui dire « Mon cher ami », car je mentirais; je ne puis lui témoigner mon ressentiment, car je blesserais votre gouvernement. » Au surplus, faisait-il observer, la France avait accrédité au Caire un consul, avec lequel il devait correspondre; quant à ses relations avec le Sultan, « toutes les convenances voulaient qu'il les suivît seul et sans intermédiaire ».
Effectivement, il menait des négociations directes avec la Porte et les appuyait par des moyens variés. Tantôt Mahmoud l'écoutait, tantôt, redoutant quelque surprise, il se retournait vers la Russie, toujours prête à donner son dangereux appui. Après beaucoup d'agitations confuses, les pourparlers aboutirent des deux côtés en môme temps. Le 5 avril i833, la flotte russe pénétrait dans le Bosphore et débarquait i5ooo soldats à Scutari j)Our protéger Constanliuople ; le 5 mai un iirmau accordait au Pacha la Syrie avec le district d'Adana. Dix jours plus tard, Ibrahim commcncjait son mouvement de retraite. Ainsi lu paix se trouvait rétablie, mais dans des conditions qui jetaient la discorde entre les puissances curopécnuos.
La Russie avait pris ouvertement le rôle de protectrice de la Turquie. Pour mieux l'affirmer, le 6 mai, le comte Orlofl' entrait solennellement h Constantinople avec le titre d'ambassadeur extraordinaire et de « commandant en chef des troupes russes dans l'empire ottoman ». Les autres cours, justement émues d'une démarche aussi insolite, en demandèrent l'explication h la Porte. 11 leur fut répondu qu' « elle n'était qu'un signe explicite de la bonne harmonie qui régnait entre le Sultan et l'Empereur de Russie ». Le comte OrlofT passa plus de deux mois à Constantinople, sous prétexte d'attendre la fin de l'évacuation de l'Asie Mineure, en réalité pour frapper les esprits et pour préparer un traité soi-disant d'alliance offensive et défensive avec la Turquie. Ce traité célèbre, connu sous le nom d'Unkiar- Skélessi, lieu où il fut signé le 8 juillet i833, établissait, par des formules captieuses, le protectorat de la Russie. L'article 3 disait : « Par suite du plus sincère désir d'assurer la durée, le maintien et l'entière indépendance de la Sublime Porte, Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, dans le cas où les circonstances qui pourraient déterminer de nouveau la Sublime Porte h réclamer l'assistance morale et militaire de la Russie viendraient à se présenter — quoique ce cas ne soit nullement à prévoir, s'il plaît à Dieu — promet de fournir, par terre et par mer, autant de troupes et de forces que les deux parties contractantes le jugeraient nécessaire. » Mais
une clause secrète, annexée au traité public, détruisait la réciprocité stipulée h la charge de la Turquie et transformait l'alliance en protectorat. « Comme Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, était-il dit, voulant épargner à la Sublime Porte ottomane les charg-es et les embarras qui résulteraient pour elle de la prestation d'un secours matériel, ne demandera pas ce secours, si les circonstances mettaient la Sublime Porte dans l'obligation de le fournir, la Sublime Porte ottomane, à la place du secours qu'elle doit prêter au besoin, d'après le principe de réciprocité du traité patent, devra borner son action, en faveur de la cour impériale de Russie, à fermer le détroit des Dardanelles, c'est-à-dire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d'y entrer, sous un prétexte quelconque. » Du même coup la Turquie devenait le client officiel de la Russie et le gardien, à son profit, de la mer Noire, où ses ennemis ne pourraient entrer, tandis qu'elle-même en pourrait sortir à son gré.
Les divers cabinets, particulièrement ceux de Paris et de Londres, avaient suivi avec inquiétude cette négociation, dont l'obscurité même augmentait la gravité. Dès que le but fut entrevu, l'amiral Roussin, (jui ne se pliait guère aux ménageuïents (liplomati(|ues, voulut signifier ii la Porte que si elle concluait, elle provoquerait l'hostilité décidée de la France. L'ambassadeur d'Angleterre, Lord Ponsonby, tout en partageant son sentiment, refusa de s'associer i» la démarche. « J'ai dis-
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suadé, disait-il h M. de Bois-le-Comte, l'amiral Roussin de s'opposer à la signature du traité russe; c'eût été une lutte que nous n'étions pas alors en mesure de soutenir. » Leur intervention en effet n'eût pas arrêté le Sultan qui aimait mieux encourir tous les périls que de retomber sous la main de son odieux vassal. « Que m'importe l'empire? s'écriait-il un jour; que m'importe Constantinople? Je donnerais Constantinople et l'empire h celui qui m'apporterait la tête de Méhémet- Ali. »
Quand le traité devint public, les cabinets de Paris et de Londres ne voulurent pas qu'on pût se prévaloir de leur silence. Ils protestèrent, en termes identiques, h Constantinople et à Saint- Pétersbourg. La note que le cbargé d'affaires de France, M. de Lagrenée, fut chargé, en l'absence de l'ambassadeur, général Maison, de remettre au Comte de Nesselrode, portait que « le traité d'Unkiar-Skélessi assignait, aux relations mutuelles de l'empire ottoman et de la Russie, un caractère nouveau contre lequel les puissances de l'Europe avaient le droit de se prononcer m, et que « si les stipulations de cet acte devaient subséquemment amener une intervention armée de la Russie dans les affaires intérieures de la Turquie, le gouvernement Irançais se tiendrait pour entièrement libre d'adopter telle ligne de conduite qui lui serait suggérée par les circonstances, agissant dès lors comme si le traité en question n'existait pas ». Pour accentuer cette déclaration, les deux
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gouvernements augmentèrent leurs forces navales dans la Méditerranée; une partie de l'escadre anglaise parut devant Smyrne ; il fut question de forcer les Dardanelles et d'atteindre la flotte russe dans la mer Noire. La réponse du cabinet de Pétersbourg ne se fit pas attendre et elle était conçue dans des termes non moins hautains. L'Empereur n'avait pas dépassé ses droits, écrivait le Comte de Nesselrode, et « il est résolu de remplir fidèlement, le cas échéant, les obligations que le traité du 8 juillet lui impose, agissant ainsi comme si la déclaration contenue dans la note n'existait pas ».
On marchait h la guerre. Les puissances neutres s'émurent. L'Autriche, dont l'influence était grande, fit entendre sa voix modératrice. « Pourquoi, disait le Prince de Metternich, avoir été porter votre protestation jusqu'à Saint-Pétersbourg? passe pour Constantinople ; mais h Saint- Pétersbourg, c'est une démarche provocante et vous vous êtes attiré une réponse qui peut vous blesser et aigrir les esprits. » Puis il s'adressait à la chancellerie russe et lui signalait les inconvénients du traité d'Unkiar-Skélessi, « démonstration plus brillante que solide et qui excitait contre la Russie plus de colère qu'elle ne lui valait de force réelle ». L'Empereur Nicolas se calma et prononça des paroles (jui, sans abolir expressément le traité, contenaient presque l'engagement de n'en réclamer, en aucun cas, l'application. Les cabinets curent le bon esprit de se
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contenter de ces assurances qui, étant donné le caractère de Nicolas, avaient une réelle valeur. Quand donc l'année i834 s'ouvrit, il ne restait plus de cette crise, dit M. Guizot, que « l'hostilité permanente entre la Porte et Méhéinet-Ali, la situation difficile dans laquelle s'était engagée entre eux la France, les nuages que sa faveur déclarée pour le Pacha jetait déjà entre elle et l'Anirleterre, et le redoublement de malveillance que cette lutte avait suscité dans l'âme de l'Empereur Nicolas contre le Roi Louis-Philippe et son gouvernement ».
Ce commencement de mésintelligence entre la France et l'Angleterre est h retenir, car il est la source de la crise beaucoup plus grave qui éclata six ans plus tard et qui nous sépara violemment de l'Angleterre. Celle-ci, notre fidèle alliée dans nombre de circonstances et qui désire sincèrement, je crois, marcher d'accord avec nous, n'abandonne jamais ses craintes en ce qui touche l'Egypte et les grandes routes de l'Orient. Toujours prête à se joindre h nous pour empêcher un tiers d'y prendre pied , elle est également prête à se retourner contre nous si notre influence lui semble excessive. Elle ne s'était pas accommodée de la faveur dont nous jouissions auprès de Méhémet-Ali. Bien que notre position fut toute morale, elle la voyait d'un œil soupçonneux, et ce sentiment inavoué se retrouvait au fond de tous les débats auxquels donnait lieu notre turbulent client. Nul doute que le négociateur anglais ne
s'en soit inspiré lorsqu'il se montra si peu conciliant dans les, longs pourparlers qui précédèrent l'acte de 1840.
Le danger écarté, le Sultan ne se consolait pas des avantages qu'il avait dû accorder à Méhémet- Ali. Assuré maintenant de l'appui de la Russie , encouragé par la prédilection que lui marquait l'Angleterre, n'apercevant dans toute l'Europe que la France sympathique au Pacha, il aspirait au moment de revenir sur ses concessions. La reprise de la Syrie était son idée fixe. Des émissaires expédiés par son ordre parcouraient le pays et lui envoyaient des rapports conçus dans le sens qu'il souhaitait. A les en croire, les populations secouaient le joug; le pouvoir de Méhémet- Ali était aussi afTaibli que déteste, celui du Sultan unanimement désiré. Mahmoud jugea l'heure venue. L'armée qu'il avait rassemblée en Mésopotamie passa tout à coup l'Euphrate, le 21 avril 1889, et marcha à la rencontre de celle d'Ibrahim. La nouvelle éclata dans les chancelleries vers le milieu du mois de mai; elle y causa une émotion extrême. Les communications entre les cabinets s'engagèrent sur-le-champ. Les torts du Sultan étaient évidents, niAmc aux yeux les plus prévenus : « Il veut détruire son vassal ou succomber; il le dit tout haut », écrivait le 16 mai
l'amiral Roiissin, peu suspect de faiblesse pour le Pacha. « Le Sultan a dit qu'il mourrait plutôt que de ne pas détruire son sujet rebelle », écrivait de son côté Lord Ponsonby, le 20 mai. Le consul général d'Angleterre à Alexandrie, colonel Campbell, ne pouvait pas s'empêcher de rendre justice au vice-Roi. Il le faisait en ces termes : « La conduite emportée du Sultan, qui a agi contrairement aux conseils des ambassadeurs h Constantinople, n'aura pas seulement épuisé ses ressources; elle aura fort affaibli son influence morale en Turquie; tandis que la conduite modérée et prudente d'Ibrahim Pacha qui, d'après les ordres de son père, s'est abstenu de tout acte hostile, élèvera Méhémet-Ali et accroîtra son influence sur les esprits dans l'empire ottoman. »
Sur le moment, le cabinet britannique, malgré son parti pris en faveur de Mahmoud, ne put se dissimuler la faiblesse que créait à celui-ci son rôle d'agresseur. La préoccupation s'en fait jour dans l'importante conférence que Lord Palmerston eut avec notre chargé d'affaires, M. de Bourqueney, le 25 mai, en vue de poser les bases d'une entente : « Je prends pour point de départ, dit-il, que le but de notre politique commune est la conservation de l'empire ottoman, comme la moins mauvaise garantie du maintien de l'équilibre européen; il y a chez nous, comme en France, une certaine opinion favorable au développement de la puissance égyptienne. Cette opinion, le cabinet anglais ne la partage pas, mais c'est une des
difficultés nombreuses qu'il rencontre sur sa route dans les affaires d'Orient...
« Le fait d'agression a son importance morale, car il y a un principe de justice, dont nous ne pouvons méconnaître la puissance, dans une première disposition à faire retomber les conséquences de la guerre sur l'agresseur; mais nous devons en même temps nous rappeler que nous ne nous sommes jamais portés garants des arrangements de Kutaieh, que nous n'avons jamais, par un acte quelconque, oblitéré la qualité de vassal dans le vainqueur et de souverain dans le vaincu... Nous ne pouvons vouloir ni que le Pacha victorieux de nouveau remette l'empire ottoman au bord de sa ruine et le force à se jeter dans les bras de la Russie, ni que le Sultan, excité par de premiers succès (bien douteux!), laisse la paix de l'Europe en péril tout le temps qu'il lui plaira de disputer au Pacha ses dernières conquêtes et peut-être ses anciennes possessions. Notre premier devoir est donc d'arrêter le plus tôt possible la collision si malheureusement entamée : avec quels in<»yens d'action? Dans quelles limites? » Lord Palmerston concluait à l'envoi des deux escadres anglaise et française, sur les côtes de Syrie, avec instructions concertées, et à une invitation immédiate aux cabinets de Vienne et de Berlin de concourir ii l'itMivrc (pii s'imposait. Quant à la Russie, on se réglerait sur les circonstances, selon (|u'('llc aurait ou non envoyé des troupes, eu exécution du traité d'Unkiar-Skélessi. De toute façon
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on chercherait à « enfermer le rôle de la Russie dans les limites d'une entente commune ».
L'accord entre Paris et Londres paraissait parfait. Ijord Palmerston se plaisait à répéter que « tout était impossible sans cet accord : tout facile, possible au moins avec lui ». Mais les agents ne tenaient pas toujours le même langage et surtout n'y conformaient pas strictement leur conduite. Le mois de juin en vit un exemple bien significatif. L'amiral Roussin, d'ordre de son gouvernement, adressait à la Porte les plus vives représentations pour qu'elle refrénât son ardeur belliqueuse; Lord Ponsonby s'abstint d'v joindre les siennes. L'effet à Constantinople fut déplorable; le Sultan y vit un secret encouragement à son coup de tête. M. de Bourqueney en entretint Lord Palmerston, le 8 juillet. Celui-ci se récria et protesta que ses instructions à l'ambassadeur avaient toujours porté : « Empêchez la guerre d'éclater » ; et pour mieux préciser, il montra à notre agent sept ou huit dépêches qui répétaient cette recommandation. « Maintenant, ajouta Lord Palmerston, je ne saurais vous nier que l'opinion personnelle de Lord Ponsonby, opinion que je ne partage pas, a toujours été opposée au maintien du statu qiio de Kutaieh ; il préférait même les partis extrêmes comme susceptibles au moins d'un dénouement favorable. » M. de Bourqueney lui ayant exprimé la crainte que cette opinion de l'ambassadeur, « transparente même à travers les dépêches, n'eut ôté quelque chose à l'efficacité de son action
pacificatrice », Lord Palmerston ne cacha pas qu'il le craignait comme lui*.
Malgré ces divergences dans l'exécution, les deux gouvernements étaient — ou du moins se croyaient — dans une entière conformité de vues. Ils avaient arrêté une sorte de programme suggéré par le maréchal Soult, président du conseil et ministre des Affaires étrangères. Le vague des termes avait permis de différer les explications embarrassantes. Il était dit (dépêche du i y juin) que « les escadres combinées seraient une sorte de médiation armée h imposer aux forces de l'Egypte et de la Porte », et que « pour mieux atteindre le résultat qu'on avait en vue, peut-être serait-il à propos que le pavillon autrichien se montrât au milieu d'elles ». Quanta l'arrangement final, qui était le point délicat, le maréchal évitait de se prononcer. « La nécessité, disait-il, de concéder à Méhémet-Ali l'investiture d'une partie au moins de ses possessions actuelles paraît maintenant admise d'une manière à peu près générale. On a compris qu'au point de grandeur où il est parvenu, le besoin d'assurer l'avenir de sa famille et de la mettre, après sa mort, à l'abri des vengeances de la Porte, se fasse sentir trop impérieusement à son esprit pour qu'il puisse se livrer
I. .l'ai eu pcrsonnclloment plus d'une occasion clo faire la inônic remarque. Le» ng'etilM ang'laiH, à la suite d'instnictions parfaitement préciiieH et concordant avec celle» que recevaient les affenlH fraiirais, avaient une attitude sensihleuu'nt diflercnto. Lo ministre averti puraistiuil hésiter à faire cesser cette anomalie.
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a. des pensées pacifiques tant qu'il n'a pas obtenu quelque satisfaction h cet égard. D'un autre côté, on ne peut pas se flatter de l'espoir que la Porte consente à lui accorder ce surcroît de force morale si, par compensation, on ne lui donne pas à ellemême quelque avantage qui lui fournisse une garantie matérielle contre les entreprises éventuelles d'un ennemi dont elle aurait ainsi accru la puissance. La nature et l'étendue de cet avantage ne sont certes pas faciles à déterminer. Lord Palmerston pense qu'il ne faudrait pas moins que la rétrocession de la Syrie tout entière. A Berlin, on semble admettre que le Sultan pourrait se contenter d'une partie seulement de cette province. Quant h nous. Monsieur, nous reconnaissons que la Porte aurait droit à une compensation réelle, mais nous croyons que l'instant d'en fixer la proportion n'est pas arrivé. )^
Or c'est justement cette proportion qui faisait la difficulté. En la passant sous silence, on rendait la solution encore plus incertaine dans l'avenir.
Pendant que les chancelleries examinaient la situation, les événements se précipitaient en Asie Mineure. Vainement les émissaires des puissances s'étaient hâtés sur les routes de Constantinople et du Caire pour obtenir des ordres enjoi-
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gnant aux chefs des deux armées de suspendre leurs mouvements. L'armée turque se concentrait à Nezib, le 28 juin, en vue d'une attaque prochaine. Ibrahim, se voyant menacé, tourna la position le lendemain et livra une bataille décisive : i5ooo prisonniers, l'artillerie presque entière et le campement tombèrent entre ses mains. Quand le message de Méhémet-Ali lui parvint, l'ennemi était anéanti. Tout ce qu'il put faire fut d'attendre sur place de nouveaux ordres. Quant au Sultan, il succombait sous le poids de son infortune. Maudissant Méhémet-Ali et Ibrahim, maudissant ses conseillers et ses généraux qui l'avaient si mal servi, il mourut le 3o juin 1889, léguant le trône au jenne Abd-ul-Medjid. Au même moment, la flotte ottomane faisait défection. Son commandant, en haine du grand vizir Khosrew, emmena ses navires à Alexandrie, où il les mit respectueusement à la disposition du vice-Roi.
L'empire ottoman semblait perdu. Les conseillers du nouveau Sultan l'engagèrent à tenter une suprême démarche pour désarmer Méhémet-Ali. Le grand vizir fut autorisé à lui écrire : « Sa Hautesse, douée de droiture et de sagacité, qualités dont le ciel l'a favorisée, a dit, aussitôt qu'Elle lut montée au trône : « Le Pacha d'itlgypte, Méhé- « met-Ali, s'étanl permis certains procédés off'en- « sauts envers feu nion glorieux père, il s'est passé « ju8({u'ii présent beaucoup de choses, et derniè- « rement encore on a entrepris des préparatils. « Mais je ne veux pas que la tranquillité de mes
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« sujets soit troublée et que le sang musulman « soit versé. J'oublie donc le passé; et pourvu que « Méhémet-Ali remplisse exactement les devoirs « de la sujétion et du vasselage, je lui accorde « mon pardon sduverain; je lui destine une décoce ration magnifique et semblable à celle de mes « autres illustres vizirs, et j'accorde la succession « héréditaire de ses fils au gouvernement de « l'Egypte. » La Porte allait même plus loin, car le 22 juillet, le premier drogman de l'ambassade anglaise donnait à Lord Ponsonby cette information : « La Porte est assez disposée à traiter avec Méhémet-Ali sur les bases suivantes, proposées, dit-elle, par le prince de Metternich, et approuvées par le cabinet de Saint- James * : i° le gouvernement de l'Egypte donné héréditairement à Méhémet-Ali; 2" le gouvernement de toute la Syrie donné à Ibrahim Pacha; 3" à la mort de Méhémet-Ali, Ibrahim Pacha aura le gouvernement de l'Egypte, et la Syrie rentrera de nouveau sous l'autorité immédiate de la Porte, comme cela était autrefois. « De son côté, Méhémet-Ali, comprenant qu'il irriterait l'Europe par trop d'exigences, avait la sagesse d'accueillir ces ouvertures, sauf à améliorer autant qu'il le pourrait les conditions proposées.
Les puissances étaient très diversement impressionnées. La Russie voyait dans ces négociations directes le moyeu d'échapper aux obligations du