C'était une erreur matérielle
traité d'Unkiar-Skélessi, sans perdre le bénéfice de sa situation isolée et prépondérante. Elle restait à peu de frais la protectrice de la Turquie. Une action commune lui aurait enlevé ces avantages. « Le cabinet russe, mandait M. de Bourqueney (averti par son collègue M. de KisselefF), décline toute intervention dans les affaires intérieures de la Turquie... Aujourd'hui que la Porte va ellemême au-devant d'un rapprochement et adresse à l'Egypte des propositions d'accommodement acceptables, il faut (suivant lui) laisser marcher la négociation h Constantinople et la seconder uniquement de ses bons offices. Autrement il n'y a plus de puissance ottomane indépendante. » Au contraire, les cabinets de Londres et de Paris, approuvés par ceux de Vienne et de Berlin, attachaient un grand prix h ce que la négociation se poursuivit sous les yeux et par l'entremise de l'Europe. « Je crois, écrivait le maréchal Soult, que les puissances, tout en donnant une pleine approbation aux sentiments conciliants manifestés par la Porte, doivent l'engager h ne rien précipiter et à ne traiter avec le vice-Roi que moyennant l'intermédiaire de ses alliés. » Lord Palmerston applaudissait h ce langage, qui répondait h son intime pensée.
Nous saisissons ici la faute initiale qui devait avoir bientôt pour notre pays de si funestes conséquences. En effet deux politiques s'offraient au cabirx't franrais. Il jxmvait, comme la déix'^che du maréchul le suggérait, s'opposer ii un arrange-
ment direct et retenir la négociation entre les mains des puissances; en ce cas, il fallait être prêt à accepter même des conditions qui nous paraîtraient insuffisantes pour le Pacha. Car les dispositions des autres cabinets nous étaient connues : aucun n'avait autant de sympathie que nous-mêmes pour Méhémet-Ali, et celui de Londres en particulier lui était franchement hostile. Si nous redoutions ce dénouement inévitable, il fallait, dès le début, tenir un langage opposé à celui qu'on vient de lire, il fallait se prononcer contre tout intermédiaire entre le Sultan et son vassal, et se borner à une action individuelle et officieuse pour rendre la transaction aussi pondérée que possible. La pire des conduites était celle qui consistait à s'associer aux autres puissances, pour ensuite se refuser h les suivre jusqu'au bout. Il n'était que trop évident qu'on se condamnait par là à sortir, h une heure donnée, du concert européen et à donner au monde le spectacle de son impuissance, h moins qu'on ne voulût faire appel à la fortune des armes. Cette période est intéressante à étudier parce qu'elle prépare aux événements qui se déroulèrent en
Les quatre cours s'assignaient un double but : d'une part, retenir la Porte sur la pente où l'entraînaient ses frayeurs et au bout de laquelle pouvait se trouver la dislocation de l'empire ottoman ; d'autre part, enlever à la Russie son rôle privilégié en la renfermant dans le concert
européen. De son côté l'Empereur Nicolas, discernant à merveille que la ruine de son protégé le condamnerait lui-même à des sacrifices excessifs, préféra se rapprocher des puissances. Il se déclara prêt à agir en commun si elles persistaient à prendre en mains la négociation. En conséquence fut rédigée et remise à la Porte, le 27 juillet 1889, par les représentants de la France, de TAngleterre, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, une note collective conçue en ces termes :
« Les soussignés ont reçu ce matin de leurs ffouvernements respectifs des instructions en vertu desquelles ils ont l'honneur d'informer la Sublime Porte que l'accord sur la question d'Orient est assuré entre les cinq grandes puissances, et de l'engager h suspendre toute détermination définitive sans leur concours, en attendant l'effet de l'intérêt qu'elles lui portent. »
La politique de la France était désormais fixée. Nous devions nous ouvrir franchement avec l'Angleterre pour aboutir h une solution transactionnelle, que les autres puissances eussent acceptée. Il importait de se hâter, car la note avait relevé le courage des ennemis de Méhémet-Ali et ils allaient travaiMer éncrgi(jucment à réduire ses avantages. « Notre démarche, écrivait le jour môme Lord Ponsonby, a donné an grand vizir la force et le courage de résister au Pacha et de défendre les droits et les intérêts du Sultan... Elle ouvre la voie à tout ce <jue le gouvernement de Sa Majesté fwurra Juger hou et utile de faire. »
Le mois d'août se passa, entre les cabinets de Paris et de Londres, en conversations qui ne faisaient pas avancer beaucoup la question. Nous restions dans le vague : « Il y aurait certainement de l'affectation, écrivait le maréchal à M. de Bourqueney, à paraître croire qu'après les succès que vient de lui procurer la folle agression de la Porte, il (le Pacha) n'a rien h attendre de plus que ce qu'il était en droit de demander auparavant, » Mais nous nous gardions de préciser. Au fond, nous souhaitions pour Méhémet-Ali la Syrie tout entière, mais nous sentions combien nous étions loin de compte avec nos partenaires. Lord Palmerston, qui démêlait nos désirs, était fort net dans son opposition et il ne tarissait pas d'arguments pour la justifier. « Nous n'obtiendrons cet objet (la sécurité de l'empire ottoman), disait-il à M. de Bourqueney, qu'en séparant le Sultan et son vassal par le désert ; que Méhémet-Ali reste maitre de son Egypte; qu'il y obtienne l'hérédité, qui a fait le but constant de ses efforts; mais qu'il n'y ait plus de voisinage et par conséquent plus de collision possible entre ces deux puissances rivales... Je suppose l'Egypte et la Syrie héréditairement investies dans la famille de Méhémet-Ali, et je me demande comment l'Europe peut se flatter que le moindre incident ne viendra pas briser le dernier et faible lien qui unira ces provinces à l'empire ottoman. »
Le général Sébastiani reprit possession de l'ambassade, en même temps que le baron de
Brunow arrivait de Pétersbourg dans le but spécial de suivre les négociations. Ce dernier avait l'agréable mission de déclarer h Lord Palmerston que son gouvernement le suivrait dans la voie qu'il adopterait. Plus difficile était la conduite du premier, qui devait attirer Lord Palmerston hors de ses lignes. Ses débuts ne furent pas heureux. « Je ne puis le dissimuler h Votre Excellence, mandait-il au maréchal le 5 septembre, la disposition du cabinet anglais à l'emploi des moyens coercitifs contre Méhémet-Ali, soit pour obtenir la restitution de la flotte ottomane, soit pour lui faire accepter exclusivement l'hérédité de l'Egypte comme base de l'arrangement à intervenir avec la Porte, cette disposition, dis-je, peut bien, de temps h autre, céder sur certains points, aux représentations de la France, mais elle reparait toujours. » Quant à Lord Palmerston, il ne cessait de répéter qu'il fallait que Méhémet-Ali « soit mis hors d'état de nuire et de rendre peut-être plus décisifs les coups qu'il a déjà portés à l'empire ottoman ».
Il serait oiseux de reprendre en détail les pourparlers qui remplirent les derniers mois de Tannée 1889. ^^ '"^ bornerai à signaler une tentative qui fut faite par Lord Palmerston, dans les premiers jours d'octobre, pour diminuer la distance qui séparait les deux cabinets. « Il a consenti, après une longue discussion, écrivit le général, le 3 octobre, a ajouter à l'investiture héréditaire de l'Egypte en faveur de Méhémet-Ali,
LA QUESTION d'iÎGYI'TE. ^5
la possession, également héréditaire, du pnchalik d'Acre. La ville seule d'Acre demeurerait h la Porte, et la frontière partirait du glacis de la place, dans la direction du lac Tabarié. » Le gouvernement français, qui devait bien comprendre que le cabinet britannique était au bout de ses concessions, aurait sans doute accepté, s'il n'avait été retenu par l'état de l'opinion publique, devenue presque intransigeante en faveur de Méhémet-Ali. Les rapides succès d'Ibrahim avaient enthousiasmé, le nom de la Syrie était actuellement inséparable du sien ; lui ravir sa conquête devenait une suprême injustice. En outre on le croyait pourvu d'une force bien supérieure i\ ce qu'elle était réellement; on ne faisait pas la part de la faiblesse des adversaires qui lui avaient été jusqu'ici opposés, on le déclarait capable de résister aux volontés de l'Europe et le moindre appui de la France devait assurer son succès final. Nous verrons jusqu'à la fin ces idées fausses prévaloir et dominer notre politique h Londres. Le cabinet du maréchal ne sut pas s'en affranchir. Mais alors, il aurait fallu marcher avec le Pacha dès le début, sans se lier par des démarches collectives. Aujourd'hui, il était trop tard. Le refus du maréchal, bien que justifié par les considérations intérieures, était impolitique et nous séparait de l'Angleterre. Le général Sébastiani s'en aperçut, dès qu'il l'eut notifié : « Je puis vous déclarer, au nom du conseil, répliqua Lord Palmerston, que la concession que nous avions faite
d'une portion du pachalik d'Acre est retirée. » Lorsqu'il essaya de reprendre la discussion, Lord Palmerston lui « opposa constamment un silence poli, mais glacial ».
Le gouvernement pensa qu'un ambassadeur plus prononcé en ses sympathies pour le Pacha et moins jaloux de l'autorité du Sultan pourrait sans doute, mieux que le général Sébastiani, agir sur l'esprit de Lord Palmerston, et saurait trouver dans sa conviction des arguments nouveaux. 11 résolut donc, vers la fin de l'année, d'envoyer M. Guizot à Londres. Indépendamment de sa juste renommée, . M. Guizot avait un double titre à cette désignation : il avait eu occasion, h la tribune, de prononcer des paroles favorables h Méhémet-Ali, ce qui était une sûre garantie pour l'opinion; d'un autre côté, ses études antérieures, ses relations, son tour d'esprit, sa religion, le rapprochaient de l'Angleterre. Le moment était d'ailleurs bien choisi. Lord Palmerston semblait éprouver quelque regret de la manière un peu rude dont il nous avait éconduits; il se demandait si l'accord avec la Russie, qui cherchait à prendre notre place, vaudrait l'accord avec la Franco, généreuse et dépourvue d'arrièrepensées, alliée si fidèle pendant tant d'années. Bref il faisait savoir, le y.8 janvier i84o, au moment de recevoir le nouvel ambassadeur, qu' « il tâcherait de faire la plus large part qu'il fût possible, dans ses idées, d'accorder à Méhémct-Ali, afin de ménager ii la France la facilité d'accepter les bases dv l'arrangement ii intervenir ». Il promettait en
outre qu'il ne conclurait rien de définitif avant d'avoir vu M. Guizot, « sans doute dépositaire de la dernière et complète pensée du cabinet français ». Tout paraissait donc favorable à une reprise des négociations : à condition cependant que nous eussions une vue nette de la situation et un programme pratique qui pût s'opposer à celui du cabinet anglais. On avait en tout cas un certain temps devant soi. L'armée d'Ibrahim, après ses foudroyants succès, avait suspendu sa marche, à la demande des puissances et particulièrement sur les instances de la France. Quant à la Turquie, elle était absolument hors d'état de reprendre l'olTensive.
M. Guizot n'avait pas hâté son départ, voulant auparavant bien étudier le terrain et peut-être aussi se faire désirer à Londres. Il gagna son poste à la fin de février. A peine débarqué, il apprit la chute du ministère Soult, mis en minorité le 29 février sur la question de la dotation du prince de Nemours. M. Thiers succédait au maréchal et formait son cabinet dès le lendemain, i*' mars. La situation n'en était pas simplifiée, car M. Thiers n'était pas plus porté aux concessions que son prédécesseur et avait grand souci de ne pas froisser l'opinion, tout acquise à la cause de Méhémet-Ali. M. Guizot se trouvait donc fort empêché en ren-
trant dans la négociation; il allait, selon son expression, être dans l'impossibilité de rien offrir et de rien accepter.
Il se mit cependant h l'œuvre et entreprit d'amener Lord Palmerston h lui faire de& propositions plus larges que celles qui avaient été refusées par le général Sébastiani. Il chercha l'appui des représentants de l'Autriche et de la Prusse, qui traitaient le sujet d'un esprit plus dégagé que le ministre britannique. Après d'assez longs travaux d'approche, il vit se dessiner une combinaison susceptible d'être discutée entre lui et Lord Palmerston. Le 5 mai, le représentant de l'Autriche, Baron Newmann, lui suggéra une solution, qui entrait, disait-il, dans les vues de son gouvernement et qu'il s'offrit, si M. Guizot le désirait, de recommander h Lord Palmerston. La Syrie serait partagée, comme précédemment, entre le Sultan et le Pacha, mais celui-ci obtiendrait la place de Saint-Jean-d'Acre et même la plus grande partie de la province, jusqu'aux frontières des pachaliks de Tripoli et de Damas. C'était là une concession sérieuse. Le surlendemain, 7 mai, M. Guizot vit Lord Palmerston. « Il me parla le premier, raconte-t-il, en y adhérant positivement, de l'ouvcrture que le Baron Newmann venait de me faire. L'abandon de la forteresse de Saint-Jcan-d'Acrc à Méhémet-AH lui coûtait évidemment beaucoup; il s'en dédommagea en me disant, ce que je savais déjji, que, pour crt arraiigcnicnl <'t si le Pacha s'y refusait, l'Aiil riche coiiscnlait ii concourir aux
LA QUESTION d'ÉGVPTE. 49
moyens de contrainte, en joignant son pavillon aux pavillons de l'Angleterre et de lu Russie. » Le II mai, M. Thiers répondit à M. Guizot : « Nous trouvons le partage de la Syrie inacceptable pour le Pacha; nous sommes certains, d'après ses dernières dispositions connues, qu'il ne l'acceptera pas. Imaginez que maintenant il revient sur Adana, ne parait plus disposé à le céder, menace de passer le Taurus et de mettre le feu aux poudres. Jugez comme il écoutera le projet de couper en deux la Syrie. » Ce refus équivalait h une rupture des négociations, car il était bien évident que jamais l'Angleterre ne dépasserait la ligne qu'elle venait de tracer.
On a peine à comprendre, quand on examine la situation à la lumière des événements, les motifs qui, à Paris, ont fait repousser par deux fois les avantages offerts au Pacha d'Egypte. Puisque la discussion était impuissante à en procurer de meilleurs, il aurait fallu que le Pacha fût en état d'imposer ses prétentions. Or c'est ici qu'éclate l'erreur du gouvernement français. Il se faisait d'étranges illusions sur la force réelle de Méhémet Ali ou sur la résolution des puissances. Il croyait que celles-ci reculeraient au dernier moment. Mais s'il pouvait se produire quelque hésitation chez l'Autriche et chez la Prusse, il n'y en aurait certainement pas chez l'Angleterre, toujours prête à montrer sa flotte, et chez la Russie, désireuse d'affirmer sa constante protection sur la Turquie. Quant à la force de résistance du Pacha, considé-
5o LA QUESTION d'Egypte.
rablement grossie par l'imagination populaire, elle était destinée à s'évanouir au contact des armes européennes. La suite n'a que trop prouvé combien était artificielle cette puissance subitement élevée sur les rives de la mer Rouge. En fait, Méhémet- Ali a dû se contenter d'une solution fort inférieure à celle que M. Thiers avait refusée pour lui; de sorte que par excès de zèle ou par méconnaissance des réalités nous lui avons rendu un fort mauvais service, en même temps que nous avons porté un rude coup à notre prestige. Que dire de dépèches comme celle-ci, du 19 juin : « Cela (le partage de la Syrie) est inadmissible, écrit M. Thiers, non pas du point de vue de notre intérêt individuel dans cette question, mais du point de vue le plus important de tous, \a jwssibilité. Le Pacha d'Egypte n'accordeia jamais ce qu'on lui demande là... On lui arracherait certainement Candie et les villes saintes, et peut-être Adana, mais jamais une portion quelconque de la Syrie. Nous ne nous ferons donc jamais les coopérateurs d'un projet sans raison, sans chance de succès, et qui ne peut être exécuté que par la force. Or, la force, nous ne la voulons ]ias et nous n'y croyons pas. » De pareilles déclarations, outre qu'elles créaient un abîme entre l'Angleterre et nous, avaient le tort d'entretenir chez Méhémet-Ali dos espérances décevantes. 11 devait croire <\m' nous le soutiendrions dans sa résistance et il non devenait ((ur plus exigeant. Or nous no nous étions jamais dit ii nous-niênu's que les puissances venant ii passer
LA QUESTION d'kGYPTE. 5i
des paroles aux actes, nous entreprendrions de leur tenir tête.
Une chance heureuse s'offrit cependant à notre politique. Le grand vizir Khosrew, l'ennemi invétéré du vice-Roi, venait d'être destitué. En apprenant la nouvelle, Méhémet-Ali éprouva une vive joie; il se voyait déjà réconcilié avec le Sultan. Il confia à notre consul général, M. Cochelet, qui l'y encouragea, son intention de faire une démarche à Constantinople et d'offrir comme gage de paix le renvoi de la flotte. « Méhémet-Ali ne doute pas, télégraphiait M. Cochelet, que cette démarche spontanée de sa part n'amène un arrangement direct et h l'amiable de la question turco-égyptienne ». En transmettant cette dépêche à M. Guizot, le 3o juin, M. Thiers ajoutait : « Un pareil état de choses doit fournir bien des arguments pour empêcher aucune conclusion à Londres. J'ai écrit à Alexandrie et à Constantinople pour conseiller la modération de part et d'autre ; mais j'ai donné des conseils, et j'ai eu soin d'interdire aux agents de prendre à leur compte, et comme une entreprise française, une négociation ayant pour but avoué l'arrangement direct. Si on nous imputait d'avoir fait une telle entreprise, vous pourriez le nier. » M. Thiers allait au-devant d'une interprétation dont sa clairvoyance lui faisait sentir le péril. Les apparences seraient contre nous, nos conseils ne devant pas tarder, malgré toutes les précautions, à prendre l'aspect d'une entremise dont nous nous réservions les bénéfices. C'est ainsi
qu'on le comprit à Londres. Un membre du corps diplomatique, désintéressé dans la question, mais bien renseigné, dit un jour à M. Guizot : « On prétend que la France a voulu jouer au plus fin, qu'elle voulait et croyait escamoter l'arrangement en le faisant conclure, d'une manière cachée et abrupte, entre les deux parties, » 11 eût été préférable, avant de donner aucun « conseil », de communiquer à Lord Palmerston l'information de M. Cochelet, et de rechercher avec lui le parti qu'on en pouvait tirer ; on aurait prévenu l'impression fâcheuse qui resta dans l'esprit des plénipotentiaires. « Ils n'y ont vu, raconte M. Guizot le 1 1 juillet, ou du moins ils se sont crus en droit de n'y voir qu'un acte depuis longtemps concerté entre le Pacha et la France qui, h Constantinople comme à Alexandrie, avait travaillé à le préparer... Ils ont considéré la démarche de Méhémet-Ali et son succès : i** comme la ruine de la note du aj juillet 1889 et de l'action commune des cinq puissances; 2° comme le triomphe complet et personnel de la France à Alexandrie et à Constantinople. »
Cet incident, qui aurait pu nous aider à sortir d'embarras, ne fît donc que rendre la situation plus critique. Lord Palmerston ne comptait déjà plus sur nous; il risquait maintenant de se voir distancé, il mit toute son ardeur à précipiter le dénoùment. Tant auprès de ses collègues du cabinet (|u'anprès dos ph'nipotcntiaires il faisait valoir la iM'cfssité d'agir vite pour déjouer la
manœuvre du Pacha et les calculs du gouvernement français. Le résultat fut tel qu'il le désirait. Le 17 juillet, il appela dans son cabinet M. Guizot et, après une courte entrée en matière, il lui remit le célèbre mémorandum dont le texte suit — qu'il avait préparé, dit-il, dans la crainte de ne pas exprimer « exactement et complètement sa pensée )>.
Mémorandum d'une communication faite à l'ambassadeur de France à Londres par le Principal secrétaire de Sa Majesté britannique.
Le gouvernement français a reçu, dans tout le cours des négociations qui commencèrent l'automne de l'année passée, les preuves les plus réitérées, les plus manifestes et les plus incontestables, non seulement du désir des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, d'arriver à une entente avec le gouvernement français sur les arrangements nécessaires pour eft'ectuer la pacification du Levant, mais aussi de la grande importance que ces cours n'ont jamais cessé d'attacher à l'effet moral que produiraient l'union et le concours des cinq puissances dans une affaire d'un intérêt si grave et si intimement liée au maintien de la paix européenne.
Les quatre cours ont vu, avec le plus profond regret, que tous leurs efforts pour atteindre leur but ont été infructueux ; et malgré que tout dernièrement elles aient proposé à la France de s'associer avec elles pour faire exécuter un arrangement entre le Sultan et Méhémet- Ali, fondé sur des idées qui avaient été émises, vers la fin de l'année dernière, par l'ambassadeur de France à Londres, cependant le gouvernement français n'a
54 LA QUESTION d'ÉOYPTE.
pas cru pouvoir prendre part à cet arrangement, et a fait dépendre son concours avec les autres puissances de circonstances que ces puissances ont jugées incompatibles avec le maintien de l'indépendance et de l'intégrité de l'empire ottoman et avec le repos futur de l'Europe.
Dans cet état de choses, les quatre puissances n'avaient d'autre choix que d'abandonner aux chances de l'avenir les grandes affaires qu'elles avaient pris l'engagement d'arranger, et ainsi de constater leur impuissance et de livrer la paix européenne à des dangers toujours croissants, ou bien de prendre la résolution de marcher en avant sans la coopération de la France, et d'amener, au moyen de leurs efforts réunis , une solution des complications du Levant conforme aux engagements que ces quatre cours ont contractés avec le Sultan, et propre à assurer la paix future.
Placées entre ces deux choix et pénétrées de l'urgence d'une solution immédiate et en rapport avec les graves intérêts qui s'y trouvent engagés, les quatre cours ont cru de leur devoir d'opter pour la dernière de ces deux alternatives, et elles viennent par conséquent de conclure avec le Sultan une convention destinée à résoudre d'une manière satisfaisante les complications actuellement existantes dans le Levant.
Les quatre cours, en signant cette convention, n'ont pu ne pas sentir le plus vif regret de se trouver ainsi momentanément séparées de la France dans une affaire essentiellement europc-cnnc; mais ce regret se trouve diminué parles déclarations réilén'es que le gouvernement français leur a faites qu'il n'a rien à objecter aux arrangements (|ue les quatre |)uissances désirent faire accepter par Méhémel-Ali, si Méhémel-Ali y consent; que, dans aucun cas, la F'rance ne s'opposera aux mesures que les quatre cours, de concert avec le Sultan, pourront juger nécessaires pour obtenir l'as-
sentiment du Pacha d'Egypte; et que le seul motif qui a empêché la France de s'associer aux autres puissances, à cette occasion, dérive de considéi"ations de divers genres, qui rendraient impossible au gouvernement français de prendre part à des mesures coercitives contre Méhémet-Ali.
Les quatre cours donc entretiennent l'espoir fondé que leur séparation d'avec la France à ce sujet ne sera que de courte durée, et ne portera aucune atteinte aux relations de sincère amitié qu'elles désirent si vivement conserver avec la France; mais de plus, elles s'adressent avec instance au gouvernement français, afin d'en obtenir du moins l'appui moral, malgré qu'elles ne peuvent en espérer une coopération matérielle.
L'influence du gouvernement français est puissante à Alexandrie, et les quatre cours ne pourraient-elles pas espérer et môme demander de l'amitié du gouvernement français que cette influence s'exerce auprès de Méhémet- Ali dans le but d'amener ce Pacha à donner son adhésion aux arrangements qui vont lui être proposés par le Sultan.
Si le gouvernement français pouvait, de cette manière, contribuer efficacement à mettre un terme aux complications du Levant, ce gouvernement acquerrait un nouveau titre à la reconnaissance et à l'estime de tous les amis de la paix.
M. Guizot, qui avait écouté cette lecture dans le plus grand silence, présenta aussitôt à Lord Palmerston quelques observations nécessaires. Il protesta tout d'abord contre le paragraphe d'après lequel le gouvernement français, après avoir indiqué lui-même les bases d'un arrangement, n'aurait pas cru ensuite pouvoir les accepter. Il n'eut pas de peine à établir que les propos
tenus à ce sujet par l'ambassadeur, au cours de diverses conversations, n'avaient jamais eu un caractère officiel et ne dépassaient pas le cadre des « hypothèses » ; en sorte que le gouvernement du Roi, qui n'en avait même pas eu connaissance, ne pouvait se trouver engagé. Il contesta également, avec énergie, que le gouvernement eût jamais pu dire que la France ne s'opposerait « en aucun cas » aux mesures que les quatre cours croiraient devoir prendre, de concert avec le Sultan, pour forcer le consentement du Pacha. Une telle aliénation de son action, de la part d'un grand pays, est tout h fait inadmissible. D'autres remarques de moindre importance furent également faites par M. Guizot. « Lord Palmerston, dit-il dans sa dépêche du 17 juillet h M. Thiers, a faiblement combattu mes observations et s'est répandu en protestations d'amitié sincère et sûre, malgré notre dissentiment partiel et momentané. » — « Il ne m'a d'ailleurs donné aucun détail sur les moyens que les quatre puissances emploieraient pour faire rentrer le Pacha dans l'obéissance. »
A ce mémorandum, le cabinet français répondit par la note ci après :
Paris, 31 juillet i8/io.
La Franco a toujours désiré, dans l'aHairc d'Orient, marcher d'accord avec la Graude-Brctafçnc, rAutriclic, la Prusse et la Russie. Elle n'a jamais éti- mue, dans sa (îoiiduite, (ju(! par l'iul'.'rtH de la paix. l'^lIc n'a jamais jugé les propositions qui lui ont été faites que d'un point de vue général, et jamais du point do vue de son
intérêt particulier, car aucune puissance n'est plus désintéressée qu'elle en Orient.
Jugeant de ce point de vue, elle a considéré comme mal conçus tous les projets qui avaient pour but d'arracher à Méhémet-Ali, par la force des armes, les portions de l'empire turc qu'il occupe actuellement. La France ne croit pas cela bon pour le Sultan, car on tendrait ainsi à lui donner ce qu'il ne pourrait ni administrer ni conserver. Elle ne le croit pas bon non plus pour la Turquie en général et pour le maintien de l'équilibre européen, car on affaiblirait, sans profit pour le suzerain, un vassal qui pourrait aider puissamment à la commune défense de l'Empire. Toutefois, ce n'est là qu'une question de système sur laquelle il peut exister beaucoup d'avis divers. Mais la France s'est surtout prononcée contre tout projet dont l'adoption devait entraîner l'emploi de la force, parce qu'elle ne voyait pas distinctement les moyens dont les cinq puissances pourraient disposer. Ces moyens lui semblaient ou insuffisants, ou plus funestes que l'état de choses auquel on voulait porter remède.
Ce qu'elle pensait à ce sujet, la France le pense encore, et elle a quelque sujet do croire que cette opinion n'est pas exclusivement la sienne. Du reste, on ne lui a adressé, dans ces dernières circonstances, aucune proposition positive sur laquelle elle eût à s'expliquer. Il ne faut donc pas imputer à des refus qu'elle n'a pas été à même de faire, la détermination que l'Angleterre lui communique, sans doute au nom des quatre puissances. Mais au surplus, sans insister sur la question que pourrait faire naître cette manière de procéder à son égard, la France le déclare de nouveau : elle considère comme peu réfléchie, comme peu prudente, une conduite qui consistera à prendre des résolutions sans moyens de les exécuter, ou à les exécuter par des moyens insuffisants ou dangereux.
L'insurrection de quelques populations du Liban est
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sans doute l'occasion qu'on a cru pouvoir saisir pour y trouver des moyens d'exécution qui jusque-là ne s'étaient point montrés. Est-ce un moyen bien avouable, et surtout bien utile à l'empire turc, d'agir ainsi contre le vice-Roi? On veut rétablir un peu d'ordre et d'obéissance dans toutes les parties de l'empire turc, et on y fomente des insurrections! On ajoute de nouveaux désordres à ce désordre général que toutes les puissances déplorent dans l'intérêt de la paix ! Et ces populations, réussirait-on à les soumettre à la Porte après les avoir soulevées contre le vice-Roi ?
Toutes ces questions, on ne les a certainement pas résolues; mais si cette insurrection est comprimée, si le vice-Roi est de nouveau possesseur assuré de la Syrie, s'il n'en est que plus irrité, plus difficile à persuader, et qu'il réponde aux sommations par des refus positifs, quels sont les moyens des quatre puissances?
Assurément, après avoir employé une année à les chercher, on ne les aura pas découverts récemment, et on aura créé soi-même un nouveau danger, le plus grave de tous. Le vice-Roi, excité par les moyens employés contre lui, le vice-Roi, que la France avait contribué à retenir, peut passer le Taurus et menacer de nouveau Gonstantinople.
Que feront encore les quatre puissances dans ce cas? Quelle sera la manière de pénétrer dans l'empire pour y secourir le Sultan ? La Erance pense qu'on a préparé là, pour l'indépendance de l'empire ottoman et pour la paix générale, un danger plus grave que celui dont les menaçait l'ambition du vice-Roi.
Si toutes ces éventualités, conséquences do la conduite qu'on va tenir, n'ont pas été prévues, alors les quatre puissances se seraient ('ngag(''('s dans une voie bien obscure et bien périlleuse. Si au contraire elles ont été prévues et si les moyens d'y faire face sont arrêtés, alors les quatre puissances en doivent la connaissance à l'Europe, et surtout à la France dont encore
aujourd'hui elles réclament le concours moral, dont elles invoquent l'influence à Alexandrie.
Le concours moral de la France, dans une conduite commune, était une obligation de sa part; il n'en est plus une dans la nouvelle situation où semblent vouloir se placer les puissances. La France ne peut plus être mue désormais que par ce qu'elle doit à la paix et ce qu'elle se doit à elle-même. La conduite qu'elle tiendra dans les graves circonstances où les quatre puissances viennent de placer l'Europe dépendra de la solution qui sera donnée à toutes les questions qu'elle vient d'indiquer.
Elle aura toujours en vue la paix et le maintien de l'équilibre actuel entre les États de l'Europe. Tous ses moyens seront consacrés à ce double but.
M. Guizot donna lecture de ce document à Lord Palmerston, le 24 juillet. Il s'appliqua à faire ressortir l'incorrection du procédé employé à notre égard. On aurait dû, dit-il, quand on touchait au dernier acte, nous appeler et nous déclarer : « Nous n'avons pu jusqu'ici nous mettre d'accord pour agir h cinq; nous ne pouvons tarder plus longtemps; nous sommes décidés à agir; voici sur quelles bases et par quels moyens. Voulez-vous vous associer à nous? n A quoi Lord Palmerston répondit : « Nous avons essayé, pour nous entendre avec vous, de diverses propositions. Les vôtres nous paraissaient inadmissibles. Vous avez repoussé les nôtres. Sur la dernière surtout qui consistait à laisser à Méhémet-Ali la place de Saint-Jean-d'Acre avec une portion du pachalik, vous nous avez donné pour raison
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péremptoire de votre refus, que le Pacha ne consentirait jamais à aucun partage de la Syrie. Nous avons considéré dès lors votre résolution comme arrêtée, et nous ne nous sommes plus occupés que de la nôtre. » La raison, bonne au fond, laissait subsister le manque d'égards, car rien ne s'opposait à ce dernier avertissement, qui nous aurait au moins enlevé le droit de dire qu'on s'était caché de nous*. Mais il n'y avait là qu'un tort de procédure. Vouloir le transformer en offense, en atteinte à notre honneur, comme les partis ont essayé de le faire, ce n'était ni juste ni habile. Pourquoi se proclamer offensé, quand on sent bien qu'il n'y a pas matière h réparation et qu'on n'en demandera pas? Le mieux en pareille occurrence est de prendre les choses avec sang-froid et de les réduire à leurs exactes proportions. C'est ce que fit le gouvernement et il y eut quelque mérite. Il sut résister au courant de l'opinion qui réclamait, selon l'habitude, « des mesures énergiques ». M. Thiers ne voulut rien précipiter. Il ne rappela pas son ambassadeur. Il lui donna les instructions les plus sages et les mieux appropriées. « Ayez soin, lui mandait-il le 21 juillet, sous l'impression de la première amertume, ayez soin, en faisant sentir
I. On a piVïtcndii c|iio M. Giiizol avait maïKinù do clairvoyance et M'était laissé liMirror par los Anjflais. llicn n'osl moins vrai. Lph Anjflais n'ont à aucun nioniont (iissiniuli- lonr pi-o^rainme, incnnipalibln avi»c lo nôtro, et M. (iuizot avait plusieurs fois annoncé «pio s'ils no réunaissaicnt pas à traiter avec nous, ils riniraient par traiter sanit nouH. Mais ils n'ont pas traité contre nous.
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notre juste mécontentement, de ne rien amener de péremptoire... Il faut prendre position et voir venir avec sang-froid. Le Roi est fort calme; nous le sommes autant que lui. Sans aucun bruit, nous ferons des préparatifs plus solides qu'apparents. Nous les rendrons apparents si la situation le commande, et si les égards dus à l'opinion le rendent convenable. »
En même temps, les amiraux recevaient des ordres très mesurés. Ils devaient éviter avec soin tout malentendu, tout conflit. Lord Palmerston se montrait animé des mêmes dispositions. « Nous n'établirons, disait-il, aucun blocus... Méhémet- Ali n'est pas un souverain, nous n'avons pas, à son égard, le droit belligérant; le Sultan aurait seul le droit de blocus. Il fera ce qu'il pourra avec ses propres forces. Pour nous, nous ne nous mettrons en conflit ni avec les intérêts commerciaux, ni avec le droit des neutres. Nous ne le pouvons pas. » Ainsi la prudence des gouvernements tempérait ce que les circonstances offraient de grave et permettait d'espérer encore que la paix générale ne serait pas troublée.
La convention conclue entre les quatre cours et la Porte est à la date du 1 5 juillet 1840. Divulguée presque aussitôt par la voie de la presse, elle fut communiquée officiellement au gouverne-
ment français, après l'échange des ratifications, le i6 septembre. Ce document, avec son annexe, marquent une phase décisive dans l'histoire de rÉgypte et ont établi son droit nouveau. J'en donne le texte.
Après les préliminaires d'usage, il est dit :
Article premier. — Sa Hautesse le Sultan s'ctant entendu avec Leurs Majestés la Reine du Royaume- Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, l'Empereur d'Autriche, Roi de Hongrie et de Bohème, le Roi de Prusse et l'Empereur de toutes les Russies, sur les conditions de l'arrangement qu'il est de l'intention de Sa Hautesse d'accorder à Méhcmet-Ali, — conditions lesquelles se trouvent spécifiées dans l'acte séparé ciannexc, — Leurs Majestés s'engagent à agir dans un parfait accord, et à unir leurs efforts pour forcer Méhcmet-Ali à se conformer à cet arrangement; chacune des Hautes Parties contractantes se réservant de coopérer à ce but selon les moyens d'action dont chacune d'elles peut disposer.
Art. 2. — Si le Pacha d'Egypte refusait d'adhérer au susdit arrangement qui lui sera communiqué par le Sultan avec le concours de Leurs dites Majestés, cellesci s'engagent à prendre, à la réquisition du Sultan, des mesures concertées et arrêtées entre Elles afin de mettre cet arrangement à exécution. Dans l'intervalle, le Sultan ayant invité ses alliés à se joindre à lui pour l'aider à interrompre la communication par mer entre l' l'Egypte et la Syrie, et à empêcher l'expédition de troupes, chevaux, armes, munitions et approvisionnements de guerre de tout genre, d'une de ses provinces à l'autre; Leurs Majestés la l\einc du Royaume-Uni de la Grande- Bretagne et d'Irlande, et l'Empereur d'Autriche, Roi do Hongrie et de Boh/^me, s'engagent à donner imnu'>-
diatement à cet effet les ordres nécessaires aux commandants de leurs forces navales dans la Méditerranée; Leurs dites Majestés promettent en outre que les commandants de leurs escadres, selon les moyens dont ils disposent, donneront, au nom de l'alliance, tout l'appui et toute l'assistance en leur pouvoir à ceux des sujets du Sultan qui manifesteront leur fidélité à leur Souverain.
Art. 3. — Si Méhémet-Ali, après s'être refusé de se soumettre aux conditions de l'arrangement mentionné ci-dessus, dirigeait ses forces de terre ou de mer vers Gonstantinople, les Hautes Parties contractantes, sur la réquisition expresse qui en serait faite par le Sultan à leurs représentants à Gonstantinople, sont convenues, le cas échéant, de se rendre à l'invitation du Souverain et de pourvoir à la défense de son trône au moyen d'une coopération concertée en commun, dans le but de mettre les deux détroits du Bosphore et des Dardanelles, ainsi que la capitale de l'empire ottoman, à l'abri de toute agression.
Il est en outre convenu que les forces qui, en vertu d'une pareille entente, recevront la destination indiquée ci-dessus, y resteront employées aussi longtemps que leur présence sera requise par le Sultan, et lorsque Sa Hautesse jugera que leur présence aura cessé d'être nécessaire, lesdites forces se retireront simultanément et rentreront respectivement dans la mer Noire et la Méditerranée.
Art. 4- — H est toutefois expressément entendu que la coopération mentionnée dans l'article précédent, et destinée à placer temporairement les détroits des Dardanelles et du Bosphore et la capitale ottomane sous la sauvegarde des Hautes Parties contractantes, contre toute agression de Méhémet-Ali, ne sera considérée que comme une mesure exceptionnelle adoptée à la demande expresse du Sultan, et uniquement pour sa défense dans le cas seul indiqué ci-dessus. Mais il est
convenu que cette mesure ne dérogera en rien à l'ancienne règle de l'empire ottoman en vertu de laquelle il a été en tout temps défendu aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore. Et le Sultan, d'une part, déclare par le présent acte, qu'à l'exception de l'éventualité ci-dessus mentionnée, il a la ferme résolution de maintenir à l'avenir ce principe invariablement établi comme ancienne règle de son empire, et tant que la Porte se trouve en paix, de n'admettre aucun bâtiment de guerre étranger dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles; d'autre part, Leurs Majestés la Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, l'Empereur d'Autriche, Roi de Hongrie et de Bohême, le Roi de Prusse et l'Empereur de toutes les Russies, s'engagent à respecter cette détermination du Sultan, et à se conformer au principe ci-dessus énoncé. Art. 5. — La présente convention sera ratifiée, et les ratiflcations en seront échangées à Londres dans l'espace de deux mois, ou plus tôt si faire se peut.