VŒUX DU CLERGÉ [A. NÉRAC — NIVERNAIS
raux. La justice applaudit à cette vue(i). Nul objet n'intéressera plus TAssemblée nationale que le soin des générations qui doivent la perpétuer (IV, 247).
244f. L'expérience a montré depuis longtemps que les ecclésiastiques devaient recevoir une éducation plus suivie et plus sévère que le reste des citoyens; qu'il était convenable de les élever loin du monde pour qu'ils y remplissent dans la suite, avec plus de fruit, les fonctions de leur état. Les séminaires ont été établis dans cette vue ; ils n'ont d'abord été dirigés que vers les études et les épreuves qui disposent immédiatement au sacerdoce. La dépravation actuelle des mœurs a fait sentir à plusieurs évêques la nécessité de s'y prendre de plus loin, pour entretenir les goûts vertueux dans les jeunes aspirants à l'état ecclésiastique. Il s'est, en conséquence, formé des petits séminaires dans quelques diocèses. Les bonnes inclinations s'y fortifient par l'exemple et par d'utiles instructions.
(I) J'ai recherché dans nombre d'ouvrages les déclarations du gourernement auquel il est ici fait allusion. J'ai trouvé seulemeut dans le discours du garde des sceaux à la clôture de la seconde Assemblée des notables, le 12 décembre 1788, ces quelques mots: tt Sa Majesté, certaine que TAssemblée des États généraux comblera les vœux de la nation, s'occupe continuellement de ce qui peut en hâter le moment. Quelle époque, en effet, plus mémorable pour le règne de Sa Majesté que celle où la prospérité générale va renaître Pédiication de la jeunesse et les études relrouvei* leur
ancien lustre! » (Réimpression du Moniteur, Introd., p. 492). — Le gouvernement manifesta d'ailleurs, dès la séance d'ouverture des États généraux, l'intention de poursuivre l'exécution de ces idées de réforme et de donner satisfaction au vœu public sur les questions d'enseignement. Je remarque dans le discours de M. de Barentin ce passage : « Tous les efforts du génie et toutes les lumières de la science ne feraient qu'ébaucher cette heureuse révolution, si l'on ne surveillait avec le plus grand soin l'éducation de la Jeunesse. Une attention exacte sur les études, l'exécution des règlements anciens et les modifications nécessaires dont Us sont susceptibles, peuvent seules former des hommes vertneux, dos hommes précieux à l'Eut, des hommes faits pour rappeler les mœurs à leur ancienne pureté, des citoyens en un mot capables d'inspirer la confiance dans toutes les places que la Proyidçnce leur destine, n (Réimpr. du Moniteur^ t. I, p. 3.)
i«8 LA QUESTION D'ENSEIGNEMENT EN 1789.
Votre Majesté est suppliée de favoriser ces établissements et de faciliter les unions de bénéfices, tant pour servir à leur dotation, que pour établir, dans les grands et les petits séminaires, des bourses qui se donnent au concours. Si l'ordre ecclésiastique qui fournit déjà les ministres des autels devient encore la pépinière des instituteurs, il y aura un titre de plus pour obtenir appui et protection en faveur des petits séminaires {Ibid,).
245. Les communautés religieuses de filles sont presque Tunique ressource pour l'éducation des jeunes personnes de leur sexe (empêcher qu'on y. renferme les femmes qui plaident en séparation, etc.) [Ibid,),
Orange (Principauté d'). — 246. On éteindra tous les titres des bénéfices qui n'ont plus aucun objet à remplir, soit pour l'avantage de l'Église, soit pour l'utilité publique, et, après la mort des titulaires, les revenus desdits bénéfices paraissent devoir être employés de préférence à l'éducation des jeunes ecclésiastiques [et à l'entretien des vieux prêtres] (IV, 266).
Pamiers. — 247. On a prodigieusement écrit sur l'éducation et rien n'est plus rare en France qu'un collège où elle soit fondée sur des principes fixes et raisonnables. Nous en trouvons les causes dans le régime qui dirige aujourd'hui la plupart des collèges. --Réformes nécessaires dans les collèges royaux. Les collèges royaux sont soumis à la vigilance d'un corps administratif, nommé parle roi. La constitution même de ces bureaux est très abusive. Pourquoi les réduire au nombre insuffisant de sept vocaux (1)? Pourquoi soumettre ces bureaux à des présidents-nés (2) qui, presque toujours absents et occupés de vastes plans d'administration, dédaignent une partie obscure et peu faite pour leur donner de la célébrité? N'est-il pas évident que leur influence détruit ou énerve l'action
(1) Membres ayant droit de suffrage.
(2) Les évêques.
VŒUX DU CLERGÉ [a. NIVERNAIS — PAMIERS]. 189
d*autres vocaux, et que leur crédit détermine presque toujours le choix de cinq membres, c'est-à-dire du principal, des deux consuls et des deux notables? De cette constitution, découlent plusieurs vices : 1° les places se donnent à Tintrigue et même bien souvent à l'incapacité ; 2° on ne veille pas sur les professeurs et sur les régents et, au mépris de Tarrôt de 1762, on ne voit ni assemblées, ni surveillants; 3° de faux exposés des véritables revenus des collèges ont fait attribuer aux régents et aux professeurs des honoraires trop peu relatifs à leurs travaux et à leurs besoins ; 4° dans beaucoup de collèges, on a détruit les exercices publics, tant des écoliers que des professeurs, et par un esprit d'économie déplacé, on a déduit sur les prix des élèves. — On pourrait détruire ces abus, en ordonnant : Art. /, que le bureau fût désormais composé de seize pères de famille éligibles par la communauté en corps et amovibles, après trois ans d'administration et après une exacte reddition de comptes ; Art. II, qu'ils fussent forcés, sous telle peine qu'on arbitrerait, de s'assembler tous les quinze jours ; Art. III, qu'un surveillant, qui aurait sans cesse les yeux sur les classes, fît un rapport aux mômes époques et qu'on autorisât les régents et professeurs à dénoncer euxmêmes les abus et la négligence des surveillants; Art. /F, que le bureau soit obligé d'assister en corps à tous les exercices publics, soit des régents, soit de leurs élèves ; Art. V, quant aux régents et professeurs, qu'on leur donne de quoi s'affectionner à des emplois auxquels ils devraient une honnête aisance et une retraite assurée, après vingt ans de service; Aw. VI, que toutes les places fussent mises au concours, avec affiches préalables; A7*t. VII, qu'on anime sans cesse le zèle des régents et leur activité, soit par des exercices littéraires, soit par des prix uniquement destinés aux plus affectionnés aux progrès de la jeunesse (IV, 273). 248. Abus à réfoi^ner dans les collèyes confiés à des corps enseignants. — La plupart des corps enseignants
sont libres, c'est-à-dire non soumis à des vœux. De là : 1° nul esprit de corps : quel en serait le principe chez des jeunes gens toujours disposés à reprendre leur liberté? 2° de cette facilité de se soustraire à leurs supérieurs naissent plusieurs abus; S** point de nerf intérieur pour forcer ces jeunes gens à l'application; poussés à bout, ils quitteront, et le corps en a besoin et partant les supporte tels qu'ils sont; 4** les vides que font les désertions se réparent par des choix qui souvent font rougir la délicatesse; qu'attendre de semblables sujets? S"" la délicatesse ou la nécessité de passer d'un collège à un autre les rend aussi insensibles à l'honneur d'avoir bien fait qu'à la honte d'avoir méconnu leurs obligations; 6° ces émigrations annuelles nuisent beaucoup à l'éducation dont le succès dépend d'un système suivi ; 7^ les corps ne se piquent de briller que dans les grands établissements; 8° ils font desservir leurs petits collèges par des gagistes. — 11 paraît difficile de remédier à tant d'abus. On pourrait néanmoins en détruire quelques-uns : Art. /, par la réforme de leur constitution qui renferme des vices dont le détail serait trop long; Art. 11^ en réduisant leur ambition au nombre précis de collèges qu'ils peuvent régir par eux-mêmes; Art, 111 y en établissant dans chaque ville ayant collège, un bureau sur le modèle ci-dessus; Art. IV ^ en forçant les nouveaux venus à comparaître devant ce bureau qui jugerait de leur capacité; Art. F, en ne permettant aux supérieurs les émigrations de sujets qu'avec l'agrément des bureaux d'administration; Art. VI, enfin en établissant quelques prix en faveur du régent ou professeur qui aurait le mieux mérité dans sa partie (Ibid.).
249. Observation essentielle. — Toutes ces réformes ne produiront encore que peu de fruit si l'on n'assujettit pas les études à un plan et si on néglige de multiplier les moyens d'encouragement pour les élèves: Art. y, ce plan devrait consister dans l'esprit de méthode et de suite, dans l'unité de principes, dans