‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 14 sur 142 · LES ORIGINES LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES LÉGENDAIRES

« N'y a-t-il pas là-dedans des terres et des îles? » Ils y jetèrent un harpon en forme d'are — Tarc-en-ciel, — et ils retirèrent en effet des eaux troubles une lie. Ils y descendirent et y habitèrent; celte île est Onogoro, qui s'appelle aujourd'hui Awaji, devant Osaka; elle est la colonne du milieu, sur laquelle Tempire repose.

Le mâle alla à gauche, l'esprit femelle alla à droite, et, ayant fait le tour de l'espace sans forme, ils se rencontrèrent à la colonne du milieu; ils se reconnurent, et l'esprit femelle, ^m^ imagination plus vive, aussitôt se mit à chanter : « Combiea je suis ravie de rencontrer un aussi beau jeune homme? » Cfe qui était le signe d'une éducation imparfaite; Tesprit mâle ausrfttt le lui fit sentir, il l'arrêla d'un regard courroucé, et dit : « Je suis un homme; j'ai donc le droit de parler le premier; comment oses-tu, ô femme, commencer? » 11 lui tourna le dos, elle s'éloigoa de son côte. Lorsqu'ils eurent fait le tour encore de l'espace sans forme, ils se rencontrèrent à la colonne du milieu; ils Si^ reconnurent; la femme garda une honnête réserve, et l'homme commença de chanter en ces termes : « Combien je suis heureux de rencontrer une si jeune et jolie femme! » Ainsi naquit Tamour, et cela vaut bien l'histoire d'Adam et Eve.

De cette union naquirent les montagnes, les rivières, toute la terre et toutes les eaux qui furent désormais le Japon. Ils pensèrent ensuite très justement qu'il fallait quelqu'un pour gouverner le monde qu'ils avaient créé; ils donnèrent donc naissance à une fille, qu'ils appelèrent Ten-Shô-dai-jin; elle était si belle que ses parents la renvoyèrent au ciel, en firent la déesse du soleil et la chargèrent du gouvernement de l'Univers : c'est d'elle que devait descendre là lignée ininterrompue des mikados du Japon. Ils eurent une seconde fille, qu'ils appelèrent Tsuki-no-Kami, aussi belle que l'aînée, mais d'une autre beauté; ils l'envoyèrent aussi au ciel pour gouverner l'univers avec la première. Us furent heureux sans doute, car ils eurent beaucoup d'autres enfants; ils eurent Hiru-Ko, qui, n'ayant pas de jambes, restait fixé à la même

place; ils en firent le dieu de la mer; ils eurent Sôsan-no ô no Mikoto, un enfant bizarre et capricieux, tantôt furieux à la moindre provocation, tantôt très doux et des larmes dans les yeux; ce fut le dieu des orages; mais ses parents le grondèrent, le trouvèrent trop intraitable pour le laisser sur la terre, et ils renvoyèrent à Né-no-Kuni, une région déserte, au nord de Kiolo, qui est Tentrée des régions infernales ; là grondent en effet les orages, qui s'accompagnent de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques ou de pluies bienfaisantes, selon les dispositions du vilain petit dieu.

La création finie, Izanagi et Izanami retournèrent au ciel et laissèrent le gouvernement de la terre aux mikados nés de la déesse du soleil*.

Il est prouvé, en effet, par les livres sacrés, que depuis 10 000 ans sans interruption la descendance de la déesse du soleil n'a cessé de se continuer par les mikados., Ils sont donc eux-mêmes des, divinités, bien qu'ils soient mortels, elles Japonais s'enorgueillissent encore de cette exceptionnelle supériorité de leur dynastie régnante. Il est certain du moins que nulle dynastie n'est au monde aussi ancienne, et qu'elle remonte de la façon la plus authentique, jusqu^au vu® siècle avant Jésus-Christ : il est vrai que le concubinage et un large système d'adoption en ont prévenu l'extinction. Quoi qu'il en soit, le prestige des mikados est fait en grande partie de cette illustre origine. D'autre pari, longtemps enfermés dans les sanctuaires à cause de leur caractère divin, ils ne se sont pas usés aussi vite que s'ils avaient toujours gouverné par euxmêmes, car le gouvernement du Ciel est plus facile que celui de la terre et des hommes. 11 n'est pas sûr que leur autorité actuelle puisse durer encore 10 000 ans; ils seront moins respectés peut-être, maintenant qu'ils sont sortis des temples.

Page 1