II. LA PÉRIODE DU GOUVERNEMENT IMPÉRIAL
Les populations primitives du Japon paraissent avoir été les Aïnos, dont les derniers représentants vivent dans Tîle du Nord, Yéso, au nombre de 20 à 25 000. Quant aux Japonais d'aujourd'hui, il est difficile d'en définir la race; il semble bien qu'ils aient surtout des caractères chinois et qu'il faille les rattacher à la grande famille mongolique ; ils doivent en effet beaucoup à la Chine dont Tarchipel japonais est une sorte de prolongement vers l'océan Pacifique. Mais il y a aussi parmi eux des éléments malais amenés au Japon par le pont naturel que font la chaîne des îles Philippines et Formose. Par sa population, comme par sa position géographique, le Japon serait ainsi intermédiaire entre le continent asiatique et le grand Océan, destiné par là à un rôle semblable à celui de l'Angleterre entre le continent européen et Tocéan Atlantique. Mais il n'est pas encore temps de rapprocher l'Angleterre et le Japon : dans les premiers siècles dont nous parlons d'abord, ils s'ignoraient totalement.
11 ne faut -pas dire aux Japonais que leur premier empereur mortel authentique, Zimmu, ne fut sans doute qu'un heureux 00 nquérant Chinois ; il ne convient point de compromettre le prestige quasi-divin de ce fils du soleil. Du moins il semble établi qu'il arriva au Japon par l'île de Kiu-Siu : située en face de la Chine, elle en recevait naturellement les influences; elle fut toujours le pont du continent au Japon ; c'est pourquoi elle tint toujours une grande place dans l'histoire japonaise; elle fut le point de départ de quelques-uns de ses mouvements politiques les plus importants, même jusqu'à la restauration impériale de 1868. Elle s'oppose à certains égards au Japon du Nord.
De là, Zimmu soumit à son pouvoir les pays voisins qui étaient sans doute jusque-là sous le gouvernement de plusieurs chefs. 1] les prit comme nous prenons des alouettes; en con-
duisant ses barques de guerre à travers les îles japonaises, il déployait à la proue de larges miroirs aux reflets éclataûts ; éblouis par ce luxe inouï, les plus vaillants guerriers se précipitaient aux pieds du conquérant. Ainsi le Japon commença d'avoir une unité politique, et ce fut le commencement de son histoire.
Zimmu régna de 660 à 585 avant Jésus-Christ ; il fut un contemporain de Confucius; ainsi à cette date la Chine avait déjà une longue histoire; le Japon est de beaucoup son cadet. Son empire s'étendait alors depuis Kiu-Siu jusqu'à la hauteur de la presqu'île de Noto et de Tîle Sado : c'est à peu près tout le Japon proprement dit d'aujourd'hui. Il eut pour capitale Kashiwabara [près de Tokio]. Il eut déjà des relations avec la Corée; un de ses fils en aurait été roi. Ce fut l'origine d'une politique singulièrement tourmentée; le Japon fut parfois traité par la Corée comme un pays vassal; plus souvent, le Japon imposa tribut à la Corée, par exemple au temps de l'impératrice du Japon, Jingô, vers l'an 200 après Jésus-Christ*. Ce fut une voie de plus aux influences venues de la Chine ; c'est par la Corée qu'il en connut les arts et l'écriture; car toute sa civilisation est tributaire de celle de la Chine, quoi qu'il lui en coûte de le reconnaître.
Zimmu partagea son empire en neuf provinces ; il en confia le gouvernement à des généraux, qui allaient s'y attribuer des pouvoirs héréditaires et y constituer une sorte de féodalité; c'est une histoire qui n'est pas particulière au Japon.
Dès lors les savants japonais divisent l'histoire de leur pays en trois périodes, qu'il convient de distinguer avec eux :
1** La période du gouvernement direct de l'empereur ou mikado; alors le souverain exerça directement les pouvoirs administratifs; il y eut des variations de détails; mais la puissance impériale demeura prépondérante, et l'autorité du souverain fut effective dans toutes les parties de l'empire et
1. Nagaoka, Histoire des relations du Japon avec l'Europe aux XVI* et XVIP siècles, p. 12.