LA PÉRIODE M GOUVERNEMENT IMPÉRIAL U
taies qui les distinguent; cette observation a son intérêt même pour l'époque contemporaine.
Le bouddhisme eut plus de succès au Japon que le confucianisme ; car le shintoïsme ne poilvait donner aucune salisfaction aux aspirations morales d'un peuple dont Téducation se développait parmi les épreuves. Le bouddhisme y eut d ailleurs une influence déplorable, du moins au point de vue politique. Il ne s'imposa point suffisamment aux porteurs de sabres, et il ne garantit point le pays des querelles féodales qui y demeurèrent une tradition incorrigible. Mais les empereurs en furent rappelés au souvenir de leur caractère divin et à des préoccupations purement spirituelles; s'il convient au sage de savoir se distraire des choses de la terre, combien plus aux fils du Soleil! Et ils prirent le renoncement au pied de la lettre; ils s'enfernièrent dans le sanctuaire, loin des vains bruits, parmi les prières et les cérémonies du culte, et ils abandonnèrent la réalité du pouvoir aux chefs de guerre. U y en eut pourtant qui eurent d'autres ambitions ; ils abdiquaient leur titre de mikado en faveur d'un fils pour s'emparer du gouvernement : abdiquer, en ce singulier pays, fut le moyen d'exercer vraiment le pouvoir; ce sont des idées auxquelles les peuples de l'Occident ne sont pas habitués.
Il y eut d'ailleurs peu d'exemples de ces ambitieuses abdications. En général, le mikado ne s'occupa plus que des relations des hommes avec les dieux, cependant que d'autres s'occupaient des relations des hommes entre eux, c'est-à-dire du gouvernement des peuples.
D'autre part, au bout de quelques générations, le haut clergé des bonzes bouddhistes eut des prétentions insupportables. Ils entouraient le mikado, et ils espéraient sans doute gouverner par lui. Les chefs de guerre ne voulurent point du gouvernement des prêtres, qu'ils enfermèrent dans les temples, avec le mikado*.
1. M. A. Tomii, Coup d'œil sur les transformations politiques du Japon depuis Vempereur Zimmou jusqu'à nos jours : communication au Congrès international des orientalistes, à Paris, 1897.
Le mikado demeura toujours « la fontaine d'honneur » ; personne n'avait le droit de lever le regard sur lui, et il fut toujours entouré du plus profond respect; sincèrement, chacun crut que ses fonctions spirituelles importaient essentiellement à la prospérité du pays et qu'il avait réellement un caractère divin. Il ne fut pas un roi fainéant entouré de maires du palais ; il fut un dieu vraiment, intermédiaire entre le ciel et la terre,, et c'est pourquoi l'incomparable dignité de son rang et de son titre se conserva à travers les siècles.
Cependant la « classe militaire » se disputa la réalité du pouvoir temporel. Les seigneurs quittèrent la cour, qui n'était plus qu'un sanctuaire; ils s'établirent sur leurs terres et en furent les souverains ; ils formèrent peu à peu une puissante féodalité; pour lutter contre leurs rivaux, par ambition ou intérêt de légitime défense, ils gardèrent des guerriers à leur service, et les séparèrent définitivement de la classe agricole* Les seigneurs furent entourés dès lors de la troupe guerrière des samouraïs, aux deux sabres croisés sur le ventre : et ce fut le trait caractéristique du Japon; il en prit de bonne heure un remarquable esprit militaire, par lequel il s'oppose encore absolument à la Chine.
Les daïmios naturellement se querellèrent autour du pouvoir; successivement plusieurs familles l'emportèrent et réussirent à fonder à leur profit une sorte de monarchie; le mot shogoun, qui signifiait d'abord général, en vint à signifier suzerain des seigneurs féodaux et fut à peu près synonyme de roi. Les shogouns d'Edo au xvii* et au xviu® siècles, furent de vrais monarques; mais la société resta féodale jusqu'au xix* siècle, et c'est pourquoi le Japon n'a pas cessé d'être troublé par de grands désordres.