‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 26 sur 142 · Boulger, History of China, II · texte numérisé non relu

Boulger, History of China, II

dans l'étiquette chinoise, comme un vassal. Hideyoshi devait mourir avant d'avoir obtenu des résultats. Et la Corée, le royaume-ermite, allait retomber pour des siècles dans son silence; cependant le prince de Tsou-shima, Tlle double qui fait comme un pont entre le Japon et la Corée, prêta ses bons offices aux relations pacifiques entre les deux pays, qui, d'une façon à peu près régulière, échangèrent désormais des politesses, par exemple lors de Tavènement d'un nouveau prince.

Hideyoshi avait de grands desseins, non seulement sur la Corée et sur- la Chine, mais jusqu'aux îlesPhilipines; avec lui le Japon entrait dans la grande politique et jetait le regard sur k Pacifique, lointaine préparation des événements contemporains. Mais il n'avait pas encore des moyens d'action suffisants. Il eut assez de largeur d'esprit pour reconnaître à cet égard la supériorité des Européens, et pour compter sur eux; il atUra près de luià Osaka marchands et missionnaires portugais. Il rechercha les jésuiles; il leur déclara qu'il se serait fait volontiers chrétien s'il n'avait pas eu une passion effrénée pour les femmes, bien content sans doute de ce prétexte pour relarder, faire désirer et se faire payer sa conversion. Il précisa même les conditions du marché : « Quand j'aurai deux cents navires, j'achèverai la guerre contre la Corée et la Chine, el je serai dans le pays conquis le plus zélé propagateur de la religion de Yasso (Jésus) ».

Les Portugais ne se prêtèrent point à la satisfaction de ces ambitions; ils craignirent de les voir se retourner ensuite contre eux-mêmes, de donner au Japon les moyens de se passer d'eux; ils voulurent garder leur supériorité. Un jour, Hideyoshi exprima le désir de voir dans le port d'Osakaun beau et grand niivire portugais qui venait d'arriver à Hirado; le capitaine lîji répondit qu'un pareil navire ne pouvait pas s'engager dans les étroites passes qui mènent à Osaka sans risquer de se perdre. Ce fut le signal'de la rupture. Les Portugais cessèrent alors d'avoir une politique suivie à l'égard du Japon; leur pays venait de tomber, en 1580, sous la domination espagnole ; il en résultait beaucoup de désordres et d'erreurs dans

la conduite de leurs marins et de leurs commerçants; abandonnés à eux-mêmes, ceux-ci commirent des excès, sans souci de l'avenir et des intérêts généraux de leur pays ; ils abusèrent de leur force, en Extrême-Orient; ils commirent de nombreux attentats contre les personnes, enlevant les femmes pour s'en faire des esclaves, se livrant à la débauche ; des milliers de malheureux furent achetés, vendus et embarqués pour Macao et les Philippines ; c'est pourquoi les Japonais avaient Thabitude de dire que les prêtres d'Europe prêchaient une loi et que les marchands d'Europe en suivaient une autre*.

Le succès moral du christianisme en fut compromis, dans le temps où Hideyoshi était obligé de renoncer à en tirer du profit. Les bonzes bouddhistes en profitèrent pour faire leur paix avec le gouvernement; ils l'aidèrent par exemple à apaiser une révolte dans le pays de Satzuma. Dès lors Hideyoshi se décida à proscrire le christianisme : « Le Japon, disait-il dans un édit, est un pays de Dieu, et les pères chrétiens ne doivent pas y prêcher leur loi fausse. Nous ne pouvons pas les admettre à rester plus longtemps au Japon; ils devront quitter ce pays pour retourner dans le leur, et cela dans un délai de vingt jours. D'ici là, il n'est permis à personne de les molester en aucune façon. » Cet édit ne fut pas appliqué; il ne fut d'abord qu'une menace un peu platonique. Cependant le prince d'Omonra, l'un de ceux qui avaient envoyé une ambassade à Rome, fut dépouillé de son fief de Nagasaki; ce port demeura ouvert au commerce étranger, dont Hideyoshi espérait toujours des avantages; en 1597, 24 chrétiens furent crucifiés, dont deux jésuites et plusieurs franciscains. Mais, dans Tensemble, les missionnaires chrétiens ne furent point expulsés; ils continuèrent leur propagande, parmi l'indifférence affectée du gouvernement, et, en 1548, lorsque Hideyoshi mourut, les chrétiens, par leur nombre et par leurs canons, constituaient une puissance avec laquelle il fallait compter. Ce fut l'origine d'une terrible crise,

Page 1