Nagaoka, p
Driault. — Extrême-Orient. 5
que personniûe lyeyasu, Tillustre fondateur du shogounal
d'Edo.
lyeyasu avait le centre de sa puissance à Edo, qui est aujourd'hui Tokio ; Hideyoshi mort, il s'empara du pouvoir, étant le plus fort. Mais la veuve d'flideyoshi et son fils Hideyori avaient encore à Osaka une grande autorité et levèrent contre lyeyasu de nombreuses troupes. La querelle fut décidée le 15 septembre 1600, à la bataille de Sekigaliara, près du lac de Biva. Ce fut une terrible bataille; toute la plaine fut rouge de sang. La victoire resta à lyeyasu; il prit le titre de shogoun, qui lui fut reconnu par le mikado (1603); il fonda ainsi la dynastie des Tokougawa, et inaugura une des périodes les plus remarquables de l'histoire du Japon, celle du shogounat d'Edo, qui dura jusqu'en 1868.
Il eut d'abord de grands desseins commerciaux; semblable même au mikado d'aujourd'hui^ Mutsu-Hito, il «ût voulu ouvrir largement le Japon aux marchands étrangers, à la civilisation ^européenne; il eût avancé l'histoire de plus de deux siècles. Alors les Hollandais arrivèrent des îles de la Sonde ; ils fondèrent un établissement à Hirado, sur la côte septentrionale de Kiu-Siu. Un marchand anglais, le premier de sa race, William Adams, vint aussi faire du commerce dans ce pays, jusqu'à Edo; d'autres Anglais l'y suivirent; ils n'en furent écartés qu'en 1623, lorsque là politique shogounale fut devenue décidément hostile aux étrangers. lyeyasu ouvrit encore des relations avec les lies Philippines; il encouragea le commerce avec l'Amérique, notamment avec l'Amérique du Sud ou Nouvelle-Espagne. C'étaient des préparatifs pleins de promesses; ils annonçaient un avenir tout différent de celui qui fut.
Cette large politique en effet fut compromise par de nouvelles querelles religieuses et par les rivalités des Européens entre eux. Car le parti de Hideyori était toujours puissant à Osaka, et les chrétiens avaient repris leur propagande, malgré les édits du règne précédent : elle gagnait même désormais le Japon septentrional. Daté Masamouné, daïmio de la province
(l'Oshou, un des plus dévoués partisans d'Iyeyasu, à Tinsligation de religieux franciscains, envoya en Europe une ambassade conduite par Hasékoura Rokouémon. Partie en 1613, elle passa par Mexico, y fut reçue avec de grands honneurs : quelcpies-iines des personnes. qui la composaient y furent déjà baptisées. Ensuite, par La Havane, elle gagna TEspagne; elle fut reçue en audience solennelle par les autorités de Séville, auxquelles elle remit des présents. A Madrid, elle se présenta devant le roi Philippe 111 le 30 janvier 1615, et lui fit part de rintention où était le seigneur DatéMasamouné de renoncer aux erreurs des sectes japonaises et d'embrasser la religion chrétienne avec tous ses vassaux : elle sollicitait pour cette grande œuvre Tappui du roi d'Espagne; elle annonçait des intentions semblables de la part du shogoun.
Quelques jours après, l'ambassadeur Hasékoura reçut le baptême, sous les prénoms de Philippe-François, dans le couvent des Franciscains déchaussés, en présence du roi Philippe III et des infantes, parmi lesquelles Anne d'Autriche. Puis il alla visiter à Saragosse le sanctuaire vénéré de Notre- Dame del Pilar; par Barcelone, Savone, Gênes et Civila- Vecchia, il arriva à Rome le 25 octobre 1615, dans les carrosses du cardinal Borghèse. Ce furent alors les mêmes spectacles et la même politique qu'au temps de l'ambassade des seigneurs deKiu-siu. On fit faire aux Japonais une entrée solennelle avec fanfare de trompettes et grand concours de nobles cavaliers; ils furent reçus par le pape Paul V le 3 novembre. L'ambassadeur lut au pontife une lettre où Daté Masamouné déclarait sa volonté d'être chrétien, et suppliait le Saint-Père de « vouloir bien, dans son royaume, disposer, gouverner et instituer tout ce qu'il jugeait utile pour la propagation de la sainte loi de Dieu et pour la conversion de tous ses habitants à la foi chrétienne ». Cette lecture fit une grande impression; elle fit espérer que bientôt tout l'empire du Japon embrasserait le christianisme, et, en effet, rien ne pouvait alors paraître plus vraisemblable. Le 12 décembre, le Sénat de Rome admit Hasékoura au rang de citoyen et de sénateur romain.
Sur le chemin du retour, les villes de l'Italie et de TEspagne entouraient d'honneurs l'ambassade japonaise et lui donnaient des médailles, des vases précieux, des croix, à l'intention des nombreuses églises catholiques qui allaient bientôt s'élever au Japon. Cependant Daté Masamouné avait fait construire luimême un grand navire pour aller chercher ses ambassadeurs dans la Nouvelle-Espagne; c'est ainsi qu'ils rentrèrent dans leur pays en 1619. Il semble bien que ce seigneur avait été inspiré, non seulement et non surtout par le désir de se faire chrétien, mais davantage « par la pensée d'introduire chez lui les méthodes de la civilisation occidentale, autrement dit, de faire alors ce que le Japon ne fit que deux siècles plus lard * ». Mais pendant que l'ambassade d'Hasékoura était en Europe, il s'était produit au Japon de grands changements, et l'ère qu'elle avait ouverte se fermait tout d'un coup ; Daté Masamouné ne se fit pas chrétien; il fut même un persécuteur du christianisme. Hasékoura, condamné comme chrétien, s'ouvrit le ventre selon la coutume du hara-kiri, ou bien, selon d'autres, au moment d'être crucifié, il fut enlevé par une force surnaturelle, et on ne le revit plus jamais.
C'est que les missionnaires chrétiens avaient commis au Japon une déplorable erreur de tactique ; ils ne s'étaient pas mis du côté du plus fort. Dans la rivalité qui mettait aux prises les gens d'Osaka et ceux d'Edo, Hideyori et lyeyasu, ils prirent parti pour Hideyori, parce qu'ils crurent qu'il serait aussi fort que son père Hideyoshi, parce qu'il se fit chrétien et leur promit la conversion de tout l'empire japonais. Déjà ils se voyaient vainqueurs et parlaient en maîtres; ils demandaient l'expulsion des Hollandais comme corsaires et comme hérétiques; par eux, William Adams fut d'abord inquiété dans ses affaires commerciales, puis tenu longtemps emprisonné.
Mais lyeyasu n'avait pas surtout des préoccupations religieuses; il n'attacha pas longtemps de l'importance à la condition hérétique des Hollandais; en 1609, il reçut un amiral
i. Nagaoka, Relations»..y p. 278-310.
hollandais Verhaeven et signa avec lui un traité de commerce ; il refusa d'expulser les Hollandais; il s'en tint à la politique du commerce libre. Ainsi il irrita les catholiques qui mirent de plus en plus leurs espérances dans le triomphe d'Hideyori. Ce furent déjà les jalousies des Européens entre eux qui leur firent perdre le Japon.
Les Hollandais se défendirent contre les Portugais. Le stathouder Maurice de Nassau fit tenir à lyeyasu une lettre où il accusait les Portugais d'être des ennemis redoutables de Tindépendance du Japon et des ennemis particuliers du shogoun : « Votre Altesse, disait-il, ne doit accorder nul crédit à leurs discours, qui sont faux de tous points. La vérité est que les Portugais et les Castillans ont l'ambition de conquérir l'univers, et qu'ils appréhendent la venue des marchands de mon pays sur les terres de Votre Altesse et la révélation de leurs desseins... J avertis également Votre Altesse qu'il est de la plus haute importance de démêler les artifices que les Portugais et les Castillans trament avec leurs prêtres qui hantent ses États : à savoir que, lorsqu'ils prévoient quelque difficulté personnelle pour arriver à leurs fins, ils s'efforcent d'atteindre à ces fins par le moyen des prêtres, et ce, avec une astuce infinie. D'ailleurs l'intérêt qui attire ces prêtres n'est autre que de gagner insensiblement les naturels à leur doctrine et de leur inspirer de l'aversion pour les sectateurs de toute autre loi ; bientôt ils font naître des rivalités avec les différentes sectes et occasionnent des révolutions et des guerres : d'où il peut résulter que ces prêtres deviennent les maîtres de tout l'Empire*. »
Cette lettre contribua sans doute à achever les résolutions du shogoun; il commença la proscription des catholiques. En 1611, un édit prohiba la religion chrétienne sous les peines les plus sévères; il y eut de nombreuses exécutions à Kioto, Foushimi. L'année suivante, le daïmio d'Arima, qui était chrétien, fut compromis dans une conspiration et fut condamné à