L'EMPIRE CHINOIS A LA PIN DU XVIIP SIÈCLE
toires de la Chine sur les musulmans du Turkestan, ou tout simplement par besoin d'aventures et de butin, elles pillèrent à maintes reprises les fertiles terres du Hou-nan et des bords du Yang-tse, et emportèrent dans leurs rochers de grandes richesses. On envoya contre eux quelques petites troupes de police, qui furent vaincues : deux envoyés impériaux porteurs d'avertissements furent tués, et la lettre impériale déchirée.
Kien-loung ordonna de les écraser; il fut difficile de les vaincre, même seulement de les atteindre dans leurs montagnes; les troupes chinoises pénétrèrent lentement dans le district des Rivières d'or où sont leurs principales ressources. Pourtant elles en triomphèrent, les Miao-lsé furent refoulés, pour ainsi dire, de roche en roche; leur forteresse de Karaï fut prise; leurs districts, qui avaient formé jusque-là une division administrative particulière, furent annexés à la province du Szé-tchouen; quelques familles, pour l'exemple, furent transplantées dans la région de l'Ili ; quelques têtes de chefs demeurèrent quelque temps exposées sur les murailles de Péking. La soumission des rebelles fut au moins nominale ; car les Miao-tsé ont conservé dans leurs montagnes leurs habitudes de brigandage, entretenues par Tindigence naturelle du pays. Ils devaient faire encore souvent parler d'eux.
Mais le prestige et l'influence de la Chine s'étendirent au delà même de ses limites naturelles, sur l'Indo-Chine, sur la Birmanie, sur le nord de l'Inde.
Elle avait de très anciens droits de suzeraineté sur TAnnam; ils dataient de l'époque de la conquête mongole; ils furent renouvelés à la fin du xviu' siècle : pendant longtemps les souverains de ce pays demandèrent à Péking l'investiture de leur pouvoir et y envoyèrent des tributs, en signe d'hom- Daage, à époques fixes. Sauf cela, la dynastie des Nguyen, devenue maltresse de l'Annam au xvi® siècle, y était demeurée à peu près complètement indépendante. Or, à la fin du xvui' siècle, elle fut tout à coup renversée du trône par une formidable révolution, et le roi Nguyen-anh, que nous connaissons sous le nom de Gia-long, dut se réfugier auprès du
Driault. — Extrême-Orient 7
roi de Siam. 11 y rencontra Tévêque français d'Adran, Pigneau de Béhaine, qui lui offrit le concours de la France pour la reconquête de TAnnam. C'était au lendemain des glorieux succès de Suffren dans les mers de Tlnde. Gia-long fut heureux de solliciter la protection de la France; il y envoya en ambassade auprès de Louis XVI son fils aîné accompagné de l'évêque de Béhaine. Louis XVI les reçut, les écouta avec beaucoup d'intérêt, accepta leurs propositions, qui furent l'objet du traité de Versailles, du 28 novembre 1787 ^
Le roi de France s'engageait à soutenir Nguyen-anh de la manière la plus efficace, dans ses efforts pour rentrer dans la possession et jouissance de ses États, notamment à envoyer sur les côtes de Cochinchine quatre frégates avec un corps de troupes de 1200 hommes d'infanterie et 200 hommes d'artillerie; il recevrait en récompense la souveraineté absolue et la propriété de Tile et du port de Tourane, et cette propriété et cette souveraineté seraient immutablement acquises dès l'instant où les troupes françaises auraient occupé le pays. La France avait le droit de construire sur le rivage voisin tous établissements utiles à sa navigation et à son commerce; elle recevrait en outre la propriété et la souveraineté de Poulo-Condor, en face des embouchures du Mékong. Elle avait le droit de libre commerce dans toute l'étendue de l'Annam; nul vaisseau, de guerre ou de commerce, ne serait admis dans les ports annamites que sous pavillon français et avec un passeport français. Le traité était avantageux; il eût avancé d'un siècle l'établissement de la France en Indo- Chine.
Pigneau de Béhaine eut mission de s'entendre avec le gouverneur de Pondichéry, le comte de Conway, pour l'organisation de l'expédition projetée; il négligea de faire visite à la maîtresse du gouverneur, qui, dit-on, se vengea en retardant les préparatifs; d'ailleurs il paraît que le comte de Conway n'estimait pas l'entreprise avantageuse et qu'il le fit connaître