EUROPÉEN
En 1832, le gouvernement anglais abolit le monopole de la grande compagnie des Indes orientales pour le commerce de la Chine, il commençait d'entrer dans la voie du libre échange ; par suite, le trafic dans les mers de l'Extrême-Orient devint beaucoup plus actif; d'ailleurs toutes les nations européennes
1. Comte Fédor Golovkine, La Cour et le Règne de Paul /•', 57-60.
en général prirent alors un développement économique tout nouveau et cherchèrent des débouchés plus larges. La résistance des Chinois à cette invasion en fut plus obstinée ; comme ils achetaient beaucoup aux étrangers, opium, tissus, et qu'ils ne leur vendaient presque rien, quelques soieries ou des vases, ils s'émurent de la sortie abondante de leur monnaie précieuse ; ils eurent peur d'être dépouillés de tout leur argent *.
Le 10 décembre 1833, lord Napier fut nommé surintendant du commerce en Chine; c'était l'annonce d'une politique économique très résolue. Il y eut aussi dans les relations des Anglais avec les mandarins chinois un complet changement de ton; ils ne demandèrent plus avec humilité, comme avaient fait jusque-là les marchands de la Compagnie, la permission de débarquer quelques objets dans leurs factoreries; lord Napier parla avec quelque hauteur, en représentant du gouvernement anglais.
Cela ne lui réussit pas aussitôt. Dès qu'il fut arrivé à Macao, il eut des difficultés avec le vice-roi du Kouangtoung; les Chinois l'appelaient, en leur langue pittoresque, « Tœil barbare venu pour explorer les mystères et les ressources du pays des Fleurs ». Il lui fut déclaré qu'il ne serait admis à Canton qu'après en avoir adressé la demande au vice-roi selon les règles établies. Il arriva à Canton sans se soucier de ces chinoiseries ; il débarqua [1834]. Les mandarins entrèrent dans une grande colère; ils interdirent immédiatement toutes relations avec les Anglais. Napier, menacé, dut s'enfermer dans une factorerie ; les domestiques, les bateliers lui refusèrent tout service, sur l'ordre du vice-roi; il se trouva comme prisonnier avec les quelques marchands européens qui se trouvaient là.
Il essaya de s'en tirer par l'énergie; il prétendit que les marchands avaient le droit de trafiquer en Chine comme ailleurs ; il affirma qu'il serait plus facile d'arrêter la rivière