‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 48 sur 142 · Albert Métin, L'Extrême-Orient, p · texte numérisé non relu

Albert Métin, L'Extrême-Orient, p

de Canton que le commerce anglais. Il appela deux vaisseaux de guerre; ils subirent au passage le feu des batteries de la Bocca ïigris ou du Bogue, c'est-à-dire du chenal par lequel la rivière de Canton tombe dans la haute mer. D'ailleurs ils n'eurent pas d'utilité, ils n'en imposèrent pas par leur présence; Napier n'osa pas bombarder la ville; il n'avait pas la permission d'en venir à cette extrémité. 11 prit le parti de quitter Canton et de retourner à Macao, où il mourut quelques semaines après.

Les Chinois renouvelèrent la déclaration officielle qu'aucun étranger ne pourrait venir à Canton sans permission. D'ailleurs, l'alerte passée, les anciens arrangements furent renouvelés avec les marchands, car les Anglais avaient intérêt à faire du commerce avec la Chine; et les marchands chinois y tenaient aussi» désormais; certains produits, comme l'opium, leur étaient devenus nécessaires et leur rapportaient de beaux bénéfices; le commerce étranger était devenu, dans les provinces du sud particulièrement, une part de la vie nationale.

En 1837, le capitaine Elliot fut nommé aux fonctions qu'avait exercées lord Napier. Il fut admis à Canton, par « permission expresse » du vice-roi, « pour y contrôler les marchands et matelots de la nation anglaise, » moyennant l'observation de tous règlements établis. Les relations furent reprises.

Mais les intérêts des Anglais étaient ainsi toujours à la oierci des mandarins; leurs rapports avec les Chinois n'étaient pas garantis par des conventions officielles, admises par le gouvernement impérial; ils étaient tolérés, pour un temps indéfini : le premier caprice d'un fonctionnaire chinois pouvait se traduire pour eux par un véritable désastre commercial. C'est pourquoi le capitaine Elliot conseilla bientôt à son gouvernement d'ouvrir au plus tôt des négociations directes avec Péking et d'établir les relations des marchands anglais avec les ports chinois sur des arrangements réguliers et définitifs.

Le conseil était bon, mais non pas d'une application facile,

car le gouvernement impérial était moins accessible et allait se montrer beaucoup moins complaisant que ses fonctionnaires locaux. On ne sentait pas à Péking, comme à Canton, le besoin des marchandises étrangères, qui n'y étaient pas connues. Voyant les choses de plus haut et de plus loin, on était préoccupé de la sortie du numéraire, qui commençait en effet à se raréfier. On avait la crainte d'irriter les partis nationaux des sociétés secrètes, par quelque faiblesse à Tégard des étrangers, qui leur serait un prétexte d'agitation. On cachait d'ailleurs ces soucis sous des déclarations de principes reteatissantes, que les étrangers n'étaient que des barbares, rebelles à leur légitime souverain, le Fils du Ciel, empereur du Milieu, qu'il fallait les châtier, les lier, les amener repentants devant le trône impérial, qu'on leur avait montré jusque-là trop de bienveillance, qu'il était temps d'en venir à la sévérité.

Il fallait une raison, ou du moins un prétexte, pour écarter les étrangers, qu'on avait tolérés jusque-là; l'opium en tint lieu dans d'excellentes conditions d'hygiène et de morale; il parut facile d'éloigner, de chasser les Anglais comme des empoisonneurs ; du reste l'opium était le principal produit d'importation, la principale cause de l'exportation de l'argent. Ainsi l'opium prit un sens en quelque manière symbolique ;

fut la première représentation de la politique xénophobe.

Kia-king, en 1801, avait publié un premier édit pour interdire le commerce de l'opium*. Il en encouragea d'autre part la contrebande et ne cessa pas d'en faire personnellement une consommation excessive ; c'est pourquoi il ne convient pas de partager sans réserve l'indignation du gouvernement impérial de ce temps contre le poison qui ravageait la Chine. Quoi qu'il en soit, aux premiers efforts des Anglais pour établir des relations enfin normales, l'empereur Taou-kouang répondit par l'affirmation de la politique la plus intransigeante. II envoya à Canton un commissaire extraordinaire, Lin-tsihseu,

Page 1