‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 49 sur 142 · Ànnual Registerj 1801, p · texte numérisé non relu

Ànnual Registerj 1801, p

et donna à tous Tordre de lui obéir « avec tremblement ». Dès Tabord, Lin interdit toute relation de Macao à Canton, il interdit tout commerce de Topium; il donna aux marchands anglais trois jours pour livrer Topium de leurs magasins ; en attendant il les retint à Canton, avec défense de quitter leurs factoreries, où ils furent comme emprisonnés. C'était une formelle déclaration de guerre au commerce étranger.

EUiot arriva pour délivrer ses nationaux, et, pour en imposer, il arbora le grand pavillon anglais au mât de son vaisseau; les colères populaires en furent surexcitées; une foule énorme se porta, avec de grands cris de haine et de mort, autour de la factorerie anglaise; les Anglais crurent leur dernière heure venue, ils pensèrent périr comme dans l'affaire du Trou Noir. Elliot recula devant une pareille responsabilité; il demanda à voir Un-tsihseu : il fut reçu par lui, accablé de reproches, sommé de livrer sans retard tout l'opium des magasins anglais, sous, menace de l'exécution des prisonniers. Vingt mille caisses d'opium furent aussitôt réunies, d'une valeur de 50 millions de francs; elles furent livrées au commissaire chinois qui les fit aussitôt jeter dans la rivière (18 mars 1839). Les Anglais furent remis en liberté.

Cette grande victoire encouragea les Chinois. Lin-tsihseu écrivit lui-même à la reine Victoria pour lui défendre, avec une arrogance comique, d'envoyer des marchands d'opium en Chine; une loi nouvelle fit de la vente de l'opium un crime punissable des plus terribles peines ; plusieurs Anglais furent poursuivis pour commerce illicite de la marchandise défendue. Même, des mesures furent prises pour obliger les étrangers à acheter autant qu'ils vendraient, afin d'empêcher la sortie de la monnaie précieuse. C'était le commencement de la prohibition. C'était la politique du gouvernement impérial : Lin-tsih§eu fut récompensé et nommé vice-roi des deux Kouang. On crut peut-être à Péking que l'incident était clos.

Il ne pouvait pas l'être ainsi; les conflits au contraire en furent aggravés. Les marchands anglais qui avaient perdu leur opium à Canton se plaignirent à leur gouvernement, à

Lord Palmerslon, réclamèrent des indemnités, reprochèrent au capitaine Elliot d'avoir cédé trop vite aux rodomontades du commissaire Lin, oublièrent de quel danger il les avait tirés, voulurent être défendus contre les fonctionnaires capricieux et corrompus du gouvernement chinois. Le gouvernement anglais reçut ces plaintes, étudia les moyens de leur donner satisfaction.

Cependant les incidents se multipliaient. Le jour anniverversaire de Favènement de la reine Victoria, dans la même année 1839, les canons des vaisseaux anglais de la rivière de Canton tirèrent des salves d'artillerie;, les mandarins chinois se mirent dans une grande colère et faillirent relever cette provocation. Le 7 juillet, dans une querelle banale, un paysan chinois fut tué par des marins anglais débarqués; Lin réclama le meurtrier, proclamant son principe : « Une vie pour une vie! » Le commandant anglais refusa de livrer personne. Lin furieux interdit aux Chinois tous rapports avec les Anglais, qui furent privés de serviteurs et de vivres, qui prirent de force ce qui leur était nécessaire.

A quelques jours de là, un petit schooner, le Black Joke, conduit par un maître chinois et sept matelots de son pays, portait à son bord un passager anglais, M. Mark Moses. Entre Macao et Hong-kong, ils furent attaqués par des Ladrones; tous les Chinois furent tués; l'Anglais fut grièvement blessé. Aux réclamations qu'il reçut. Lin répondit qu'il n'y pouvait rien, que ce n'était qu'un acte ordinaire de piraterie, que les Anglais pouvaient se défendre eux-mêmes, qu'ils n'avaient qu'à ne pas venir en Chine.

Deux navires anglais arrivèrent, remontèrent jusqu'à Canton. Lin-lsihseu appela toute la population aux armes pour se défendre contre les outrages de l'étranger, défendit de vendre aux Anglais des vivres et de l'eau douce, annonça qu ils allaient être terriblement punis. En effet, le 3 novembre, une flotte de vingt-neuf jonques, sous l'amiral Kwang, attaqua les frégates anglaises devant Chuen-pu ; elle fut facilement repoussée, perdant quatre hommes, et se retira en

grand désordre. On annonça à Canton, puis à Péking, que les étrangers avaient été écrasés, que leurs vaisseaux avaient été détruits, et l'amiral Kwang fut honoré des remerciements et des félicitations impériales. L'empereur ordonna la cessation de tout commerce avec les étrangers et leur expulsion immédiate. Tous les Anglais, en effet, avec leurs familles durent quitter aussitôt Canton, subissant de nouvelles et considérables pertes; ils se retirèrent, les uns à Macao, les autres sur les vaisseaux anglais à l'ancre à Tungkoo près de Hong-kong. Même Macao leur fut interdit, comme étant sous la suzeraineté de la Chine. Ils ne s'éloignèrent pas davantage, attendant les événements.

m. — LA GUERRE

Le gouvernement britannique, en effet, avait résolu des opérations militaires décisives. Il est inexact et, à certains égards, injuste, d'appeler cette guerre « la guerre de l'opium » ; il s'agissait en vérité de garantir la sécurité des personnes et des biens pour les marchands anglais, mais aussi pour tous les marchands européens; il s'agissait de forcer la Chine à entrer dans le commerce universel.

Sir John Russell le déclarait, très nettement aux Communes en leur demandant l'autorisation d'agir : « Il nous faut, disait-il, obtenir- réparation pour les injures faites au surintendant et aux sujets de Sa Majesté; il nous faut obtenir pour nos marchands l'indemnité de leur propriété enlevée par menaces; il nous faut obtenir la sécurité absolue pour leurs personnes et pour leurs biens; il faut enfin que le commerce de la Chine soit établi sur un pied convenable. »

Il y avait là le heurt de deux conceptions, représentatives de deux civilisations, et ainsi ce moment historique a de l'importance : il y avait d'une part la conception de la « muraille de Chine », de l'isolement, de la haine méprisante pour les étrangers, « des barbares », de la contemplation

complaisante du passé, de la défiance du changement, toute une mentalité issue des enseignements de Confucius et cultivée par le bouddhisme; il y avait d'autre part la conception européenne du « commerce », au sens le plus général du mot, des relations entre les marchands, des échanges de denrées et d'idées, du progrès, de la curiosité du mieux ou du moins du nouveau, une fièvre d'activité qui n'avait pas cessé de tourmenter la race blanche depuis le temps où les Phéniciens faisaient le tour du monde alors connu. Assurément ces deux formes de civilisation ne pouvaient pas se concilier aussitôt; c'est à peine si, après un siècle, nous en sommes aujourd'hui à la veille de cette conciliation, qui peut être d'une extraordinaire fécondité. C'est pourquoi tous les conflits qui ont mis aux prises dès lors les Blancs et les Jaunes sont parmi les phénomènes les plus considérables de la vie de l'humanité ; c'est une histoire d'une continuité remarquable à travers tout le XIX* siècle.

La guerre dite de Topium a duré environ deux ans, interrompue à deux reprises par l'arrangement préliminaire du 20 janvier 1841, et par la convention de Canton du mois de juin de la même année, terminée seulement par le traité de Nanking, du 29 août 1842; de Canton à Nanking, c'est le lent progrès de la pénétration européenne ; elle ira plus tard jusqu'à Tien-tsin et Péking.

Au mois de juin 1840, sir Gordon Bremer arriva dans la mer de Chine avec quinze vaisseaux de guerre, dont quatre à vapeur, et vingt-cinq transports montés par 4000 hommes. Les Chinois n'avaient jamais vu sans doute un pareil armement naval. Ils n'en furent pas troublés, et Lin-Tsihseu proclama la mise à prix de tout à la fois, des officiers, des soldats, des navires.

Tout d'abord les Anglais bombardèrent et détruisirent les forts de l'entrée du Si-kiang, mais ils ne pénétrèrent pas encore dans la rivière de Canton. Ils remontèrent plus au nord; ils occupèrent les îles Chousan, à l'entrée de la grande baie de Hang-tschou, après avoir bombardé la principale

ville de TArchipel, Ting-haï : détruire aiûsi les principales défenses des côtes chinoises, c'était une première manière d'ouvrir la Chine à Faction européenne.

Après ces premiers avertissements, ils firent une démonstration navale devant Amoy et tentèrent d'y faire passer des lettres du gouvernement de Londres destinées aux ministres de l' empereur ; ils y débarquèrent un officier en parlementaire, qui demanda à être reçu par les autorités; il faillit être massacré par la foule et se rembarqua précipitamment; on ne vit dans sa démarche qu'un signe de faiblesse. Amoy fut bombardé, mais sans aucun résultat, l'obstination des Chinois étant plus invincible que leurs murailles de pierres.

Les Anglais pensèrent mieux réussir en se rapprochant de Péking; ils envoyèrent quelques vaisseaux dans le golfe du Pé-tchi-li, devant le Peï-ho; ils parvinrent à faire passer leurs '* leUres, (fui furent remises au ministre Keshen ; elles se trouvèrent en bonnes mains ; il avait de l'influence et des intentions pacifiques; il fut nommé haut-commissaire impérial pour Touverture des négociations, dont le lieu fut fixé à Canton : car il ne convenait pas de garder les étrangers si près de la capitale; ils furent invités à retourner au Si-kiang et il fut entendu que le haut commissaire Keshen les y rejoindrait au plus tôt. En attendant, Lin-tsihseu fut destitué de tous ses honneurs et fonctions; ce qui était une preuve de bonne volonté, et aussi une injustice, car il avait été l'exécuteur très fidèle et zélé des décrets impériaux.

Fatigué de cet effort, le gouvernement de Péking s'enferma dans le silence, et les Anglais à Canton attendirent plusieurs mois la venue de Keshen. Impatients, ils se fâchèrent; le 7 janvier 1841, ils s'emparèrent, sur la rivière de Canton, des forts de Chuenpu, puis, plus loin, de ceux de Taikok , où 500 Chinois furent tués. Keshen enfin- arriva, et, avec une hâte louable, il signa avec les Anglais un arrangement, le 20 janvier 1841 ; la Chine s'engageait à payer une indemnité de 6 millions de dollars, soit environ 30 millions de francs ; ^Ue cédait à l'Angleterre en toute propriété Tile de Hong-

Kong, en face de Macao, à Tembouchure du Si-kiang; elle autorisait le commerce anglais dans la rivière et la ville de Canton. Dès le 29 janvier, les Anglais occupaient Hong-kong; ils en proclamèrent solennellement leur prise de possession : c'était en effet un événement d'une importance exceptionnelle; car on sait la valeur que devait prendre le port de Hong-kong dans le commerce de l'Extrême-Orient.

Les ratifications de l'arrangement du 7 janvier 1841 furent demandées à Péking. La réponse de Taou-kouang fut surprenante : le commissaire Keshén fut disgracié et traduit devant le trône impérial ; huit charges furent relevées contre lui ; il lui fut surtout reproché d'avoir correspondu en termes d'égalité avec des officiers anglais, c'est-à-dire des barbares rebelles; il fut condamné à mort, puis, par haute faveur, la peine fut commuée en celle de l'exil; il fut envoyé à Lhassa pour y demander, dans les temples, le pardon de ses crimes. Un nouveau gouverneur, Eléang, fut nommé à Canton ; il eut l'ordre de courir sus aux étrangers, de les mettre en cages et de les amener en cet équipage à Péking; des troupes furent concentrées à cet effet dans la région.

Lorsque le délai imparti pour les ratifications fut écoulé, les Anglais recommencèrent les hostilités, avec un nouveau commandant. Sir Hugh Gough, qui avait pour instructions d'agir énergiquement sur Canton. Aussitôt il attaqua les approches de la ville. Les Chinois avaient dressé en avant de Canton une formidable ligne de retranchements hérissés de 200 canons. Quoiqu'ils fussent les inventeurs de la poudre à canon, ils ne savaient pas encore s'en ser\ir, et ce fut en somme la raison dernière des progrès de l'Europe; elle renferme toute la philosophie de cette histoire. La route ouverte, les Anglais occupèrent Wham-poa, qui est comme l'avant-port de Canton, à une quinzaine de kilomètres à l'est; les dernières défenses furent détruites, et les vaisseaux anglais parurent en vainqueurs devant la grande ville.

Les Chinois furent à la fois effrayés et furieux; sir Hugh Gough s'efforça de les calmer; il proclama que la ville ne

serait pas mallraitée, à condition que les habitants ne montreraient pas de dispositions hostiles à Tégard des Anglais; il les engagea à reprendre les anciennes relations commerciales, dont tout le monde s'était bien trouvé. Le 18 mars, deux ans exactement après la livraison et la destruction des caisses d'opium, les factoreries anglaises furent réoccupées, garnies de marchandises; le commerce reprit, sous le canon.

Mais les mandarins chinois excitaient secrètement le peuple aux violences; ils faisaient des préparatifs considérables; ils amenaient de tous côtés des armes ; ils appelaient la population des environs : tout le pays demeurait en état de guerre. Les Anglais devinaient tout cela, sentaient autour d'eux la malveillance, se tenaient sur leurs gardes, prenaient aussi mystérieusement des mesures de défense. Une nuit, les factoreries anglaises furent entourées d'une foule armée, cernées même du côté de la rivière par une nuée de jonques, parmi des cris de mort; l'attaque fut repoussée; les Chinois laissèrent sur la place un grand nombre de victimes; quarante jonques de guerre furent brûlées.

Cette alerte fut suivie de quelques semaines de calme, mais dans un grand malaise, et la situation pouvait paraître sans issue, car les fonctionnaires chinois ne montraient pas la moindre disposition à négocier : la force d'inertie est d'emploi courant dans les pays de l'Extrême-Orient, comme de l'Orient.

Après quelque temps de patience, sir Hugh Gough se décida à une nouvelle action. Le 25 mai 1841, 2000 à 3000 hommes furent débarqués aux environs de Canton; à travers les rizières, ils manœuvrèrent pour envelopper les forts qui défendent la ville vers l'intérieur; ils purent s'en approcher et leur donner l'assaut. L un d'eux fut emporté après une vigoureuse attaque et une égale résistance, en un corpsà-corps qui coûta beaucoup aux deux partis. Dès lors Canton se trouvait sous le canon anglais.

Les Chinois essayèrent de négociations dilatoires. Ils admirent un commencement d'exécution de l'arrangement de janvier; ils s'engagèrent à payer l'indemnité convenue des 6

millions de dollars; même ils en acquittèrent une partie. Le commerce parut reprendre, fout à coup, le camp anglais fut attaqué par une troupe considérable, de 12 ou 15 000 hommes, des paysans de la région voisine excités par les violentes proclamations de l'empereur Taou-kouang. L'attaque fut terrible, mais assez mal ordonnée; elle fut repoussée. Les Anglais prirent Toffensive et poussèrent les paysans à travers la plaine en leur infligeant des pertes énormes; la poursuite fut interrompue par un orage. Sir Hugh Gough déclara que, si les conventions antérieures n'étaient pas observées, il bombarderait immédiatement Canton qui serait réduit en cendres.

Les mandarins se remirent au paiement de l'indemnité. Mais ils avaient autant peur du gouvernement de Péking que des Anglais. Ils craignirent d'être punis de leur faiblesse; ils expliquèrent à l'empereur que les sommes qu'ils versaient étaient des dettes privées contractées par quelques marchands chinois à l'égard des Anglais. Par ce stratagème, en juin 1841, la convention de janvier put être à peu près exécutée ; mais elle ne Tétait pas d'une manière officielle, n'étant pas reconnue par le gouvernement impérial ; le commerce reprenait peu à peu, mais sans aucune garantie pour l'avenir. Les Chinois avaient été punis par la perte de Hong-kong et une indemnité de 6 millions de dollars ; mais la situation était la même qu'avant les opérations militaires; même les Anglais ne pouvaient pas être sûrs qu'on leur laisserait tranquillement Hong-kong. 11 était évident que le nœud de la question était à Péking, et que le commerce étranger ne serait pas véritablement établi en Chine tant que l'empereur n'aurait pas été contraint à un accord. Les Anglais durent pousser plus loin leur entreprise.

Ils se rapprochèrent de Péking. Sir Henry Pottinger fut nommé plénipotentiaire avec mission de conclure avec le gouvernement chinois un traité formel. Sir William Parker fut nommé au commandement de la flotte pour lui en assurer, les moyens* Il y fallut encore une année entière»

Le 20 août 18A1, Âmoy fut occupée, par surprise, presque sans s'être défendue; cette grande ville, de 200000 habitants, passait pour imprenable, et les Chinois ne pouvaient penser que les « barbares » oseraient seulement l'attaquer; c'est pourquoi ils la laissèrent enlever; plusieurs officiers chinois se suicidèrent pour ne pas survivre à ce déshonneur. Les Anglais laissèrent trois vaisseaux à l'ancre dans le port et une garnison de 400 hommes dans Tîle de Kulang-su, d'où ils pouvaient dominer la ville; elle demeura tranquille : violée par les étrangers, elle devait leur rester désormais ouverte.

Un peu plus au nord, sir W. Parker s'empara des îles Chou-san et laissa une garnison à Ting-haï. Puis il prit Niing-po, et menaça de détruire totalement la ville, si les Chinois ne se prêtaient pas à une négociation. Il attendit quelque temps. A la même date (décembre 1841), une mission commerciale française arrivait à Macao, sous le commandement du colonel de Jancigny. C'est que le conflit anglo-chinois prenait un caractère international; toutes les puissances européennes peu à peu allaient s'y intéresser et se préparaient à en tirer profit. L'Angleterre défendait là une cause générale.

Cependant le gouvernement de Péking montrait toujours la même obstination ; il attendait les Anglais dans le golfe du Pé-tchi-li, où ils avaient déjà fait leur apparition l'année précédente; il pressait les armements à l'embouchure du Peï-ho, à Tien-tsin; il ne montrait aucune intention de traiter. Au commencement de l'année 1842, le bruit se répandit, dans tout l'Extrême-Orient, avec une extrême rapidité, que les Anglais avaient subi un désastre et avaient été écrasés par milliers dans l'Afghanistan; le bruit était exact; il encouragea les Chinois à la résistance, il leur donna l'espoir d'être aussi heureux que les Afghans. Le 10 mars, une bande chinoise se jeta sur Ning-po, pour y massacrer, ou du moins pour en chasser les Anglais. Elle se répandit par la ville et arriva jusqu'au milieu même, à la place du Marché; les Anglais, peu nombreux, s'y étaient retranchés solidement; ils repoussèrent

toutes les attaques; ils tuèrent 250 Chinois; ils en blessèrent davantage; ils refoulèrent les autres et les obligèrent à s'enfuir à travers la campagne.

Il fallait en finir. Lord Ellenborough, gouverneur général de rinde, était convaincu que les petits coups portés ici ou là, sur Timmense empire chinois, ne pouvaient que faire croire à la faiblesse des Anglais, que leurs hésitations ne pouvaient que prolonger et aggraver la crise. Il préconisa une action énergique sur la vallée du Yang-tsé-kiang, et il envoya même d'importants renforts aux généraux anglais qui y commandaient. Il fut résolu que Ton porterait tout l'effort des troupes disponibles sur Nanking, la seconde capitale de Tempire, la métropole de ses plus riches régions, et qu'on enfoncerait ainsi une profonde trouée au cœur même de la Chine.

Les opérations furent conduites par Parker et Gough avec une extrême vigueur. Hang-tschou fut enlevée : 1 000 Chinois y furent tués, les Anglais n'eurent que 6 morts et 37 blessés. Chapoo, Wou-song, Chang-haï furent prises à leur tour. Une rude bataille s'engagea à Sung-kiang, derrière Chang-haï; la ville était défendue par une forte garnison de soldats tartares; vaincus, ils tuèrent leurs femmes et leurs enfants, puis se suicidèrent. La ville occupée, les Anglais étaient maîtres de la route de Nanking, avec une vaste base d'opérations sur la côte, sur une longueur de 250 kilomètres, de l'embouchure du Yang-tsé-kiang aux îles Chousan : c'était une large porte ouverte sur la Chine.

Ils arrivèrent devant Nanking le 4 août 1842 : la ville comptait alors un million d'habitants et une garnison de 15 000 hommes; elle eut peur des 5 000 Anglais qui la menaçaient; il est vrai qu'ils étaient d'allure énergique*. Son émotion gagna le gouvernement de Péking, qui enfin céda. Les Anglais en éprouvèrent sans doute du soulagement, car ils n'étaient pas aussi assurés de la victoire qu'ils le paraissaient.

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