IV. — LE TRAITÉ DE NANKIMG. LA CHINE OUVERTE
La parti de la paix l'emporta à Péking ; ce qui représente une sorte de révolution dans la mentalité chinoise, une révélation de la puissance européenne, une première idée sans doute de la civilisation occidentale. Deux personnages influents à la cour, apparentés à là famille impériale, ce qui leur donna sans doute Taudace nécessaire, Kiying et Ilipou, prirent sur eux de faire passer des lettres aux Anglais, avec des assurances pacifiques. Sir Henry Pottinger leur fit répondre en leur demandant s'ils avaient une qualité officielle, et des pouvoirs suffisants pour traiter. Us furent aussitôt accrédités comme représentants du gouvernement impérial et annoncèrent qu'ils allaient se rendre à Nanking pour l'ouverture des négociations. Ils se mirent en route au plus vite.
En les attendant, les opérations militaires étant interrompues, le plénipotentiaire anglais adressa au peuple de Nanking une proclamation toute remplie des principes les plus élevés, qui représente un bel effort pour éclairer les Chinois : toutes les nations sont égales, sont sœurs, membres d'une même famille, la grande famille humaine; c'est pourquoi elles sont solidaires, elles ont intérêt à entretenir entre elles les relations les plus amicales ; c'est par là qu'elles contribueront à fonder leur prospérité commune; les marchands anglais n'ont pas été autrement inspirés lorsqu'ils sont venus pacifiquement faire du commerce dans les ports de la Chine ; ils avaient les meilleures intentions, qui ont été méconnues ; ils n'ont été accueillis qiie par des cris de haine et des mauvais traitements. C'est pourquoi maintenant ils sontobligés d'exiger des sûretés : ils veulent une indemnité pour les pertes qu'ils ont subies, le droit de trafiquer librement avec la Chine, au moins dans un certain nombre de ports, enfin une île sur les côtes chinoises pour être en mesuretl'y surveiller et d'y défendre leurs intérêts.
Et les commissaires chinois, arrivés au bout de peu de jours, manifestaient désormais les dispositions les plus conciliantes,
Driault. — Extrême-Orient. 9
regrettaient les malentendus passés, les attribuaient à la malheureuse question de l'opium, affirmaient hautement leur désir d'un prompt arrangement.
Les négociations furent en effet poussées avec activité; elles furent commencées près de Nanking, dans un temple au bord du Yang-lsé-kiang; elles furent continuées sur le Comwallis, le vaisseau-amiral anglais. Lorsque les deux ministres chinois se trouvèrent sur ce navire, ils furent ensemble émerveillés et épouvantés de sa puissance, où ils sentirent sans doute comme un symbole de la force européenne; ils demandèrent à le voir dans toutes ses parties et ils en firent une minutieuse visite qui dura plus de deux heures : ils comprirent leur défaite; c'était l'éducation de la Chine qui se continuait. Sir Henry Pottinger se rendit ensuite à Nanking; il y entra à cheval entre Kiying et llipou, parmi une foule curieuse plus que malveillante; beaucoup d'Anglais l'accompagnaient qui s'entendirent assez bien avec les Chinois, mais qui, par une manie insupportable, se mirent à casser des petits morceaux de la grande tour de porcelaine pour en garder un souvenir. Les habitants ne furent pas contents, et Pottinger fut obligé de faire payer à ses compagnons une indemnité convenable.
Cependant les affaires sérieuses se poursuivaient et s'achevaient. Le traité de Nanking fut bientôt signé, le 29 août 1842, à bord du Comwallis, et il devait être très rapidement ratifié par l'empereur Taou-kouang; il portait les signatures du major-général sir Henry Pottinger, au nom de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, et des hauts commissaires impériaux, représentants Sa Majesté l'empereur de Chine, Kiying, membre de la famille impériale, précepteur du prince impérial, général commandant la garnison de Canton, et llipou, allié à là famille impériale, fonctionnaire de première classe, décoré de la plume de paon, ancien ministre et gouverneur-général, alors lieutenant-général commandant à Chapoo^ Ce traité confirmait la convention du