‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 51 sur 142 · LE TRAITÉ DE NANKINQ · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE NANKINQ

7 janvier 1841, dont les Anglais s'étaient d'ailleurs assuré par la force les principaux bénéfices : il leur reconnaissait la possession de Hong-kong ; il leur attribuait une indemnité de six millions de dollars pour les préjudices qu'ils avaient soufferts dans leurs personnes et dans leurs biens, — il s'agissait notamment des caisses d'opium noyées, — et une autre indemnité de douze millions de dollars pour les frais de leurs opérations militaires; enfin il leur permettait de faire du commerce, et de nommer des consuls, non seulement à Canton, mais dans quatre autres des meilleurs ports de la Chine du Sud, Amoy, Fou-tcheou, Ning-po et Chang-haï : c'était à peu près les principales villes que les Anglais avaient occupées et dont ils promirent la prochaine évacuation. Le gouremement chinois gardait le droit d'établir dans ces ports des tarifs de douanes qui furent fixés à 5 p. 100 de la valeur des marchandises. Il ne fallut que quelques mois pour l'appli* cation des détails d'exécution, car de part et d'autre il y eut une bonne volonté sincère. Hong-kong en particulier, dont les Anglais eurent l'habileté de faire un port franc, ne tarda pas à ruiner Macao, et devint, avec Canton et Chang-hai, l'un des principaux entrepôts du commerce de l'Europe et de l'Inde avec l'Extrême-Orient, par là un des premiers ports du monde. Il ne fut pas particulièrement question de l'opium au traité de Nanking, tant il est vrai qu'il n'avait été que le prétexte, ou la manifestation extérieure, d'un conflit beaucoup plus général. Lorsqu'on s'occupa de régler les tarifs douaniers, sir Henry Pottinger tenta d'y faire admettre l'opium , en proposant de le frapper de droits considérables pour en limiter l'usage; les commissaires chinois ne s'y prêtèrent pas, et s'en tinrent aux édits impériaux qui prohibaient absolument C6 commerce. Cependant une réglementation très sévère eût peutêtre mieux valu que cette prohibition; car l'opium fut dès lors Tobjet d'une contrebande active que le gouvernement de Péking fat toujours impuissant à réprimer, et qui ne pouvait manquer de produire d'autres difficultés avec les marchands anglais.

Quoi qu'il en soit, les nouveaux arrangements commerciaux entre la Chine et TEurope furent publiés à Canton le 22 juillet 1843, et ce fut Toccasion d'une proclamation de Kiying, qui invitait les Chinois à adopter à Tégard des étrangers des maximes nouvelles, celles de la paix et de la confiance. Il y eut encore naturellement dans le peuple quelque sourde irritation contre la pénétration européenne, dont la supériorité avait quelque chose d'humiliant, et il y eut des incidents regrettables dont la responsabilité n'incomba pas toujours aux Chinois. Ainsi, en 1847, des marchands anglais s'introduisirent, contre tout droit, à Fatschan, une petite ville très industrieuse qui se trouve à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Canton ; la population s'ameuta contre eux et les chassa vers leurs barques avec des pierres. Le gouverneur de Hong-kong, sir John Davis, se fâcha, adressa à Kiying une menaçante demande de réparation, conduisit des navires de guerre devant Canton. L'émotion gagna tout le peuple de la ville comme aux premiers temps des hostilités. Kiying, entre l'irritation de ses administrés et la colère du gouverneur anglais, régla l'incident avec tant de patience et de courage que le gouvernement de Londres, qui pourtant n'aime pas à désavouer ses agents les plus zélés, rappela Sir John Davis. Pour éviter le retour de pareils incidents, il fut décidé que les étrangers ne pourraient pas s'éloigner d'un port à traité, dans l'intérieur de la Chine, pendant plus de vingt-quatre heures aller et retour. Il est peut-être inutile de dire que ce règlement fut continuellement violé.

De même, l'année suivante, des missionnaires catholiques furent mal accueillis à Tsing-pu, près de Chang-haï; la population les hua, les chassa et dispersa les brochures dont ils accompagnaient leur évangélisation. Le consul anglais de Chang-haï obtint la punition des insulteurs qui furent bâtonnés, et les missionnaires s'enfoncèrent aussitôt dans la profondeur de la Chine, bien au delà des limites établies par les traités. Les Chinois dès lors ne furent plus maîtres chez eux.

Car le traité de Nanking fut le modèle d'un grand nombre

Page 1