LE TRAITÉ DE NANKING
d*autres traités que les nations européennes ou américaines obtinrent du gouvernement de Péking, et les avantages obtenus par les Anglais furent vile généralisés; le gouvernement impérial y consentit sans doute dans la pensée d'exciter des rivalités dont il finirait par profiter; c'était en tout cas le moyen d'échapper à la tutelle économique, et même politique, d'une seule puissance. Mais par là aussi le traité de 18A2 prend une plus grande importance historique; il apparaît, a-t-on dit, comme une des chartes du droit commercial universel.
Les Étals-Unis s'étaient préoccupés d'engager des relations avec la Chine dès le lendemain de leur indépendance, à la fin du xviii* siècle; pendant la guerre de l'opium, ils suivirent de près les événements, et ils eurent pendant plusieurs mois des vaisseaux à l'ancre dans le Bogue [le Bocca tigris de la rivière de Canton]. En 1844, ils obtinrent le traité de Wanghia, près de Macao, c'est-à-dire le droit de faire du commerce dans les cinq ports ouverts.
La même année, la France envoya en Chine une importante mission conduite par M. de Lagrené; elle comprenait un nombreux personnel, et notamment quelques délégués des chambres de commerce. Les Anglais en furent inquiets; et craignirent que le gouvernement français ne se fit céder les îles Chousan, et ils tardèrent le plus possible à en retirer leur garnison, qui ne partit qu'en 1846. Le traité francochinois fut signé à Whampoa, près de Canton, le 24 octobre 1844 : il ouvrait les cinq ports chinois au commerce firançais, et y autorisait l'établissement de consuls français ; il renfermait des clauses spéciales au sujet des missionnaires, et par là il renoue le lien entre l'époque contemporaine et le temps des premières missions jésuites envoyées en Chine par Louis XIV ; il assurait en effet la tolérance des fonctionnaires chinois pour la propagande du christianisme, qui est « un enseignement de vertu » ; il autorisait les Français à construire dans les cinq ports des églises, des hôpitaux, des cimetières et des écoles ; il reconnaissait à la France une sorte de protectorat religieux qui allait être pendant longtemps le signe
ia4 LA PREMIÈRE GUERRE ÉTRANGÈRE
particulier de son influence en Extrême-Orient, comme en Orient; de Tun et de Taulre côté, c'était aussi un moyen d'influence économique.
La Belgique fut admise au commerce des cinq ports en 18/|5, la Suède et la Norvège en 1847. Le Portugal profita des circonstances pour se défaire de la suzeraineté chinoise qu'il £|Tait toujours reconnue et qui se manifestait par un tribut annuel payé au gouvernement de Péking; il ne voulut pas être traité autrement que les autres puissances européennes. Le gouverneur, Ferreira do Âmaral, supprima la douane chinoise de Macao, et prétendit être traité par les mandarins comme le représentant d'une grande puissance et non pas comme un vassal; le 22 août 18&9, il fut assassiné dans une promenade aux environs de Macao ; sa mort acheva ce qu'iJ avait voulu faire ; par une sorte de réparation, le Portugal cessa d'acquitter son tribut annuel et posséda dès lors Macao en toute souveraineté. Cela ne rendit point la fortune à ce port; le Portugal n'eut plus dans l'Extrême-Orient que des souvenirs mélancoliques de son ancienne grandeur; ce n'est pas pour lui surtout que s'ouvrait le marché chinois.
Ainsi la Chine se laissait désormais pénétrer par le commerce universel; elle devenait malgré elle un des grands marchés du monde. Elle se résigna mal à cette condition nouvelle; elle toléra les marchands de l'Europe, faute de pouvoir les chasser; elle ne les accueillit point vraiment; elle se refusa à toutes relations officielles avec leurs gouvernements. Passive et méprisante, toujours haineuse à l'égard des c diables étrangers », elle ne cessa de reprocher à ses empereurs leur faiblesse et leur impuissance, car le traité de Nanking et les traités postérieurs allaient avoir un profond et grave retentissement dans les masses populaires chinoises; l'accord plus ou moins sincère avec l'Europe n'y fut longtemps que le fait de quelques individus.