‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 7 sur 142 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

1766]; elle eut moins de perfection céleste que les illustres empereurs de Tâge d'or; elle eut, comme bien des choses humaines, des commencements glorieux^ et ensuite des des-» tins contraires; elle eut des vertus et des vices; les palais des empereurs furent plus beaux que par le passé; moins ouverts au peuple, ils cachèrent souvent de grands désordres; les eunuques y furent bientôt « les vers rongeurs » dont les sages de la Chine ne cessèrent plus de blâmer la puissance ; les femmes se mirent à jouer un rôle politique, et les proverbes chinois en signalent le danger : La poule ne doit pas chanter, disent-ils; ou encore : Si la poule chante, la famille est perdue. En un mot désormais l'histoire de la Chine est marquée de tous les traits de Thumaine faiblesse. Elle en prend un intérêt plus dramatique.

Les épreuves ne lui furent pas épargnées. Riche, entourée de plateaux déserts, elle excita les convoitises de ses voisins ; car les Mongols n'ont pas porté seulement vers l'Europe leurs invasions dévastatrices; la Chine, plus proche, en a souffert davantage, et toute son histoire est remplie de l'action et de la réaction réciproque des Chinois sur les Mongols et desi Mongols sur les Chinois : c'en est un des traits essentiels, jusqu'à nos jours.

Vers l'an 1000 avant Jésus-Christ, vers le temps de la guerfe de Troie, les empereurs de la Chine conduisirent de lointaines expéditions à l'ouest, dans l'Asie Centrale, à travers les vallées qui descendent des monts Kouen-Lun, et qui sont sans doute celles qui forment aujourd'hui le Tarim; peut-être était-ce le chemin par lequel avaient passé les premières migrations chinoises allant vers l'est. La légende a encore enveloppé de grâce cette histoire qui fut probablement sanglante; le roi Mou-wang, embelli par la conquête, connut et aima une gracieuse reine du « pays occidental », Si-wangmou ; ils échangèrent de merveilleux trésors, de tendres sentiments, et la Chine a conservé tout un cycle de poèmes autour de cette expédition de gloire et d'amour. C'est Salomon chez la reine de Saba.

Les relations de la Chine avec TOccident ne furent pas toujours aussi aimables; elle y rencontra de terribles obstacle qu'elle ne renversa qu'après de longs siècles de luttes ; il y eut toujours, il y a encore une barrière de barbarie entre la Chine et l'Europe.

n. — LA PENSEE CHINOISE, — Ci)NFUClUS.

Alors la pensée chinoise trouva ses premières formules dans les enseignements des grands philosophes du vu® et du VI® siècle avant Jésus-Christ, fieur sagesse est grande, elle est faite de modération et de résignation.

Lao-tseu était né en 604 dans le royaume de Tseu, qui a formé plus tard les provinces du Hou-pe et du Hou-nan, de part et d'autre du Yang-tsé-Kiang moyen. Monté sur son bœuf pacifique, il parcourut les montagnes de la Chine, voyagea dans les pays de l'Occident où il eut sans doute quelque connaissance des livres hindous, puis prêcha la doctrine du taoïsme ou de la raison (tao) qui a réglé toute chose dans le monde et organisé la matière; il dégagea l'âme de la matière, l'esprit des choses, et on a pu le comparer à Pythagore*. De ce spiritualisme il ne tira point la morale de l'action, mais celle de la quiétude, de l'apathie contemplative, à peine émue d'une commisération profonde pour les misères de l'humanité et d'une confiance infinie dans le repentir : .« Si coupable que soit un homme, s'il se repent, il ^era pardonné ». Il y a déjà là quelques traits du christianisme.

Quand il eut atteint sa centième année, Lao-tseu fut visité par Confucius, plus jeune que lui d'environ cinquante ans. Alors il s'en alla vers l'ouest; à la passe de Han-Koui, qui mène vers le Hoang-ho supérieur, il donna au gardien un livre de 5 000 caractères contenant ses méditations; c'est le

Page 1