‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 72 sur 142 · LA PIN DU SHOGOUNAT 2S · texte numérisé non relu

LA PIN DU SHOGOUNAT 2S

toutes ses fonctions et dignités, en punition du crime qu'il avait commis en ouvrant le feu sur la bannière impériale. Il s'était enfui à Osaka; les vainqueurs l'y poursuivirent, y pénétrèrent : la ville fut incendiée; Yoshinobu se jeta sur un vaisseau ami, le Kayo Maru^ qui l'emporta à Edo sous les yeux des Européens, témoins encore incertains de la suite de ces événements.

Le mikado créa une « armée du châtiment » pour achever la destruction du shogounat; il la confia au commandement du général Arisugawa, qui fut chargé de conduire contre Edo les contingents des samouraïs de Choshu, de Satzuma et de Tosa. Parmi les chefs du parti victorieux, Ito et Inouyé continuaient à se distinguer. Mais, à ce moment, où se constituait peu à peu le nouveau gouvernement du mikado et des daïmios, Tinfluence prépondérante appartint au puissant seigneur de Satzuma, le maréchal Saigo.

L'enthousiasme de la victoire n'alla pas sans quelques manifestations hostiles contre les Européens; car les chefs seuls avaient adopté l'ancienne politique shogounale de l'admission des étrangers; les masses populaires ne comprenaient pas ce revirement et s'y montrèrent quelque temps réfractai res : ce fut du reste pour le gouvernement une occasion d'affirmer d'une façon décisive sa .nouvelle politique à cet égard.

A Hiogo, des soldats tirèrent sur des étrangers; le gouvernement du mikado en fit des excuses, en rechercha les responsabilités; elles furent après enquête attribuées à un officier qui fut condamné à mort; à cause de sa naissance noble, il fut autorisé à se suicider par le hara-kiri.

A Osaka, dans une querelle, onze marins français du Dupleix furent tués ou blessés par des samouraïs de Tosa. Dès le lendemain, deux officiers et dix-huit de leurs samouraïs furent condamnés à mort; l'exécution commença aussitôt, en présence du capitaine Dupetit-Thouars ; après onze exécutions, il demanda et obtint la grâce des neuf autres. Le prince de Tosa en témoigna une grande satisfaction. De tels exemples étaient faits pour

garantir la sécurité des étraûgers^ qui en effet ne fut plus désonnais troublée que par des attentats sans grandie importance. Le mikado publia une proclamation solennelle oii il annonçait les plus rigoureux châtiments contre tous ceux dont les étrangers auraient à se plaindre ; il annonça aux représeaitants des puissances son intention formelle d'entretenir avec eux les relations les plus cordiales ^

Un samouraï du Satzuma, Okoubo Tosimitsi, devenu un des officiers du maréchal Saigo, et par là un des conseillers les plus écoutés du mikado* destiné par son intelligence et son caractère à la plus haute fortune, le plus remarquable organisateur des institutions nouvelles, rédigeait alors et faisait approuver, par Mutsu-hito et les càefs du parti mikadonal, les bases d'un important rapport sur Ja politique à suivre à l'égard des étrangers. Très attaché aux enseignements issus de la mission d'Ito et Inouyé, il affirmait la nécessité absolue pour le nouveau Japon de renoncer à la tradition séculaire de Tisolement; en conséquence, il conseillait au jeuae souverain de quitter la résidence de Eioto, symbole d'un passé auquel il fallait renoncer, et de s'établir, par exemple, à Osaka, en communication avec les mers extérieures et avec les autres civilisations*. Ce moment est grave; avec une étonnante clairvoyance, les fondateurs 4u Japon moderne, d'ailleurs héritiers de la dernière politique des Tokugawa, renonçaient, avec beaucoup plus de résolution que la Chine, à la tradition juaque-là sacrée, de la haine des étrangers. Ils avaient la conscience, rare chez tous les peuples, de leur infériorité à beaucoup d'égards, et ils prenaient hardiment le parti de saisir partout les armes nécessaires à Tindépendance et à la grandeur de leur pays. On verra d'ailleurs que leur -imitation de l'Europe ne fut pas servile et que le Japon d'aujourd'hui, parmi les transformations qu'il a subies, a conservé néanmoins sa très forte et très remarquable originalité. Les Occidentaux ont besoin de se défier de cette opinion courante que le Japon s'est, comme

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