‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 76 sur 142 · Maurice Gourant, p · texte numérisé non relu

Maurice Gourant, p

Driault. — Extrême-Orient. 16

droite à travers le ventre, quelle contenance enfin il fallait garder jusqu'à la mort pour mériter les louanges des connaisseurs. Aussi étaient-ils passionnément attachés à la coutume des deux sabres^ Tun pour vaincre et tuer Tennemi, l'autre pour se tuer si Ton est vaincu.

Pourtant, pendant les troubles qui avaient amené la Révolution, ils avaient conçu de Tadmiration pour les armes européennes et du respect pour leur efficacité; du jour où les conseillers du mikado avaient compris la supériorité de TEurope, ils avaient commencé d'avoir quelques troupes armées et disciplinées à la manière de TOocident, ces contingents furent grossis sensiblement par ceux du shogoun qui rallièrent la cause du mikado quand elle eut définitivement triomphé. Ce fut le noyau de l'armée japonaise telle que BOQs avons appris depuis à la connaître*

Par un premier progrès, cette organisation militaire s'étendit^ tout en restant encore à demi féodale. Okoubo se mit d accord avec les grands daïmios qui venaient de détruire leshogounat. Ils se chargèrent, comme dans l'ancien régime, de lever des troupes; mais ils s'engagèrent à les équiper et à les instruire selon les méthodes européennes ; ainsi les terres du Satzuma durent fournir k bataillons d'infanterie et li batteries d'artillerie; celles de Nagato, le baron de Choshu, 3 bataillons- et 3 batteries; celles de ïosa, 2 bataillons, 2 batteries, avec 2 escadrons de cavalerie. De plus ils employèrent le même système de recrutement, d'ailleurs à peu près limité encore à la classe des samouraïs; ils s'arrangèrent pour obtenir une parfaite uniformité d'armement et de discipline. Dès le premier jour, les résultats furent remarquables; il n'en pouvait pas être autrement, la population japonaise, et notamment la classe des samouraïs, ayant toujours montré les plus remarquables aptitudes militaires : « des chevaliers du temps de Bayart armés de canons Krupp », on en pouvait dès lors attendre de merveilleux succès ^

1. Alexandre Halot, L'Extrême-Orient, études d*hier, événements d'aujourd'hui (préface de M. Michel Revon), p. 25. Raris, F. Akan.

LE GNOUVBRNMENT ÉCLAIRÉ %k$

Mais il était dangereux de créer plusieurs petites armées régionales, de mettre de telles foroes à la disposition de daïmios qui pouvaient être ambitieux; il était urgent que cette transition fût courte. Elle ne dura que jusqu'en 1872. Alors le Japon fut doté d une organisation militaire complète et de caractère national. La même année la France, éclairée par ses récents désastres, adoptait le priacipe du service militaire universel. Il en fut de même au lapon : il n'y eut plus de classe militaire distincte ; les samouraïs perdirent limr mcien monopole; tous les jeunes gens, de toutes les classes sociale, furent astreints au service personnel à partir de vingt ans. Ce fut, comme ailleurs, un remarquable instrument de inshm entre toutes les classas de la p^ulatioiu, une atteinte nou<velle aux anciens préjugés féodaux. Le service militaire fui réparti, comme en AUemagae, m trois périodes, celle de Tarmée active, celle de la réserve ou laadwefar, celle deTarmée territoriale mobilisable oti landstiirm. L'ensemble des troupes fut distribué d'abord en six corps d'armée, à Tokio, Sendaï, Nagoïa, Osaka, Hiroshima, Kuisamoto. Le ministère de la marine fut dès lors distingué de celui de la guerre; des arse^ naux furent ouverts, à Osaka, à Nagasaki^ à Sasebo; des vaisseaux furent achetés en Angleterre, servirent de modèles dans les chantiers nouveaux, furent rapidensent imités; te Japon fut en quelques années pourvu d'uûe floMe redoutable, les événements le prouvèrent bientôt. Le teo^ps n'était pas venu de « balayer les étrangers comme avec un balai ». Du moins le lapon était-il assuré de poav^ojr défendre son indé^ pendance et ses intérêts.

Cependant ces nouveautés considiérabies ne pouvaient manquer de rencontrer des résistances. Les samouraïs forent mécontents de n'être plus les seuls guerriers de l'empire ; ih furent confondus dans l'armée avdc des laboureurs; il leur arriva de les avoir pour chefs, l'a^aftcefiieQt étant ^iialurellement aissuré au mérite et non à la naisaaiice'; leur orgueil et leurs intérêts en furent ensemble atteints* Un décrett impérial institua une caisse sationale où ik fom^ieni trouMer 4«s capi-

taux pour acheter des terres; ils profitèrent peu de celle facilité, où ils voyaient une nouvelle déchéance.

Il y eut aussi des mécontentements parmi les daïmios, qui n'avaient pas obtenu de la Révolution tous les avantages que sans doute ils en avaient d'abord espérés. Ainsi Tillustre Saigo, du Salzuma, qui avait été un moment le principal conseiller du jeune mikado, celui à qui il avait dû la victoire, qui avait été nommé au commandement en chef des troupes, et qu'on n'jappelait que « le maréchal », très populaire d'ailleurs, s'était de bonne heure retiré boudeur dans ses terres de Kiu-siu; peut-être avait-il rêvé, après la ruine des Tokugawa, de fonder à son profit un nouveau shogounal; ou plus simplement les nouvelles institutions, vendes de l'étranger jusque-là méprisé et détesté, lui donnaient de la défiance et de l'inquiétude; il souffrait de voir disparaître si vite, en une sorte de catastrophe, les coutumes les plus vénérées; on peut admettre qu'il en éprouvait une douleur sincère. 11 était possible en ce temps d'hésiter sur la valeur de la politique où s'engageait le gouvernement impérial, et beaucoup de bons patriotes sans doute partageaient les angoisses du maréchal Saigo.

Les affaires de Corée furent la cause du premier conflit entre les parties adverses; elles devaient être pour plus d'un quart de siècle l'objet des préoccupations du gouvernement japonais. Jusque-là, à l'avènement de chaque shogoun, des ambassades étaient échangées entre Séoul et Edo, et renouvelaient les assurances de bon voisinage. L'empereur Mutsu-hito, selon celte coutume, envoya une ambassade à l'empereur de Corée pour lui annoncer son avènement et le succès de la « régénération japonaise » ; l'ambassade ne fut pas reçue à Séoul, parce que les lettres du mikado portaient l'expression de « Grand Empire du Japon » ; car la Corée n'a pas cessé de considérer avec défiance les ambitions japonaises; sans doute elle se souvenait des entreprises du temps de Hideyoshi, au XVI* siècle. Le gouvernement japonais passa sur cette première difficulté. A quelque temps de là, des matelots coréens

furent jetés par la tempête sur les côtes japonaises; le gouvernement de Tokio les secourut, les traita avec beaucoup de générosité et les renvoya dans leur pays avec quelques officiers pour tâcher de renouer les relations : les naufragés ren-' trèrent chez eux, mais les officiers japonais ne furent pas accueillis par le gouvernement coréen, qui attribuait toutes ces politesses à de secrets desseins contre lesquels il jugeait prudent de se tenir en garde.

L'opinion publique commença de s'agiter très fort au lapon. Les samouraïs déclarèrent que la guerre était nécessaire, qu'il fallait se venger de tous ces outrages. L'agitation gagna même quelques conseillers du mikado. Okoubo ne se laissa pas entraîner : l'œuvre de la réorganisation intérieure ne pouvait être que compromise par une diversion de cette nature; il ne voulait pas que le Japon s'engageât en Corée « comme un martin-pêcheur dans la coquille d'une huître qui baille » ; il craignait que la Russie survenant ne jouât trop facilement le rôle du chasseur*. Le Dajokwan fut bouleversé par cette querelle, et, comme le mikado adopta l'opinion d'Okoubo, il y eut de nombreuses démissions, dont les plus retentissantes furent celles du maréchal Saigo et du ministre Eto Shimpei.

Saigo se contenta pour le moment de s'enfermer définitivement dans ses terres ; Eto souleva les samouraïs de son pays de Saga, en Hizen, dans le nord de Kiu-siu; il proclama la volonté de restaurer l'ancienne féodalité et de conquérir la Corée ; car ici comme en d'autres pays les questions extérieures sont souvent des prétextes à l'agitation des partis de l'intérieur, Eto fut vaincu; pris, il fut décapité avec six antres chefs de la révolte; leurs têtes furent exposées sur la grande place du palais impérial à Tokio (1874).

En août 1875, un vaisseau de guerre japonais fut insulté en rade ûc Tchemulpo, le port de Séoul. Le parti de la guerre ne put contenir son émotion. Okoubo osa ne la point

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