‹ La question d'Extreme-OrientChapitre 92 sur 142 · Cf. G. Weulersse, Chine ancienne et nouvelte, p · texte numérisé non relu

Cf. G. Weulersse, Chine ancienne et nouvelte, p

2. Raoul Allier, Les Troubles de Chine et les Missions chrétiennes, p. 0.

d'État de septembre 1898 s'explique sans doute en partie par la faiblesse de Kouang-siu, par Ténergie plus grande de Timpératrice Tseu-hi, alors âgée de soixante-quatre ans, très avide du pouvoir qu elle n'avait pas cessé d'exercer depuis 1861 ; mais il y faut chercher d'autres causes plus profondes.

Les réformes tentées par Kouang-siu ne furent pas populaires; elles ne furent que l'idée de quelques personnages éclairés, elles ne furent pas le fruit d'un mouvement d'opinion, et elles rencontrèrent même dans l'opinion de redoutables adversaires. Tout le mandarinat, c'est-à-dire toute la Chine officielle, se prononça contre elles. 11 faut rappeler, en effet, que la Chine est administrée par une armée de fonctionnaires recrutés par une série d'examens dont l'organisation remonte à la plus haute antiquité et en a pris un caractère sacré ; tous ces jfonctionnaires ou lettrés conquièrent leurs diplômes et leurs grades dans l'étude des classiques anciens, de Confucius et de Mencius, s'efforcent lentement de connaître le plus grand nombre possible des 60 000 caractères de l'écriture chinoise, mettent dans le commentaire des annales ou de la morale antique et dans le déchiffrement des caractères les conditions de la véritable culture, et accablent de leur mépris les ignorants. Qu'on suppose l'état d'esprit de la scolastique du moyen âge parmi nos sciences contemporaines : c'est le spectacle de la Chine ancienne mise en présence de la civilisation occidentale; comment n'y aurait-il pas de conflit et une profonde crise morale? On peut admettre d'ailleurs qu'en dehors de cette opposition de principe, il y avait aussi chez les lettrés quelques sentiments égoïstes; ils purent craindre de perdre leur prestige devant l'invasion des sciences européennes, qui n'ont rien de commun en effet avec les enseignements de Confucius; il faudrait peut-être voir là quelques traits de la querelle des anciens et des modernes, et l'un des premiers décrets de l'impératrice Tseu-hi et de Jong-lou, après la chute du parti réformateur, ce fut de supprimer du programme des écoles diverses l'enseignement des arts et des sciences de l'Occident. Cette situation se résumerait aisément et très exac-

teinent dans cette formule : la Chine ancienne fut toute dans le mandarinat des lettrés; or les réformes inspirées de l'Europe en seraient la ruine; il sera donc difficile de conquérir le mandarinat à la cause des réformes, dont il ne consent pas à voir la nécessité. Peut-être se rappelle-t-on la sanglante persécution des lettrés par le grand empereur jaune, Hoang-Ti*.

La surexcitation des esprits fut encore entretenue par les sociétés secrètes, qui trouvaient leur principale raison d'être dans la haine des étrangers. Il y a là une forme très respectable du patriotisme; il n'est pas question d'en excuser les excès et les crimes, il est cependant permis de demander • quelle serait la conduite de n'importe quelle nation européenne qui se trouverait en butte à la pénétration chinoise dans les proportions où la Chine se trouve en butte à la pénétration européenne. Il est nécessaire parfois, pour être juste, dépasser dans l'autre camp; il faudrait noter aussi les continuelles humiliations infligées à la Chine depuis cinquante ans, les violences exercées contre elle, les mutilations de son territoire sous la forme de cessions à bail, les atteintes presque décisives portées à son indépendance ; en effet le mouvement national des Boxeurs est né dans le Chan-toung, et aussitôt après rétablissement des Allemands à Kiao-tchéou; il ne serait pas juste d'attribuer à l'Allemagne seule la responsabilité des terribles événements de 1900; il convient seulement de remarquer qu'après les nombreux attentats dont souffrait l'amourpropre des Chinois, l'affaire de Kiao-tchéou fut la cause déterminante de la révolte de leur sentiment national. Sans doute aussi il fut l'objet de quelques excitations criminelles.

C'est pourquoi le coup d'État, où Kouang-siu fut dépossédé du pouvoir, fut suivi presque immédiatement de désordres assez graves et très étendus; évidemment l'opinion publique vit dans le succès de ce coup d'État une défaite de l'influence européenne et un encouragement à réagir contre elle. A

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