‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 13 sur 55 · CHAPITRE Vil de l'histoire · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil de l'histoire

Si le roi de Prusse avait si fort à coeur le secret sur son entrevue avec l'empereur, c'est qu'il espérait en , tirer parti. L'entrevue de Neisse avait naturellement éveillé de l'inquiétude dans l'esprit de la tsarine. C'était au moment où ses armées victorieuses occupaient la Moldavie, qu'elle voyait la Prusse ut l'Autriche se rapprocher et se concerter en secret. Elle avait tout à craindre pour ses conquêtes. Si elle avait connu les lettres échangées à Neisse, elle eût été fort rassurée ; mais le mystère dont le roi et l'empereur s'environnaient lui donnait à penser. C'est alors que Frédéric reprit avec elle les négociations qu'il avait laissé traîner i depuis le mois de mai. La Russie se montra tout autrement accommodante qu'elle ne l'avait été au prin-i temps. Elle consentit à prolonger le traité d'alliante 1 jusqu'en 1780 et à garantir la succession des margraviats d'Ansbach et Bayreuth, sans la restriction relative au droit germanique ; elle demanda seulement que le roi de Prusse garantit la constitution de la Suède. Frédéric s'y prêta et promit même une diversion; mais il fit ajouter qu'elle aurait lieu dans la Poméranie suédoise; ce qui pouvait amener la Prusse à demeurer

dans cette province '. La tsarine ne s'opposa point à la clause, et le traité fut renouvelé le 12 octobre 1769. Catherine écrivit le 4 à Mme de Bielke : « Que Dieu donne au plus tôt à la nouvelle princesse de Prusse un beau garçon, et à la fin de l'année du premier un second, et voilà pour moi une lignée (Tamis dont je me réjouirai. »

Les Russes, qui étaient à Jassy depuis le 26 septembre, poussaient leur marche en avant : le 16 novembre, ils occupaient Bucharest. Il y avait de quoi enivrer la tsarine. Cet effacement des Turcs, ces progrès rapides de la Russie frappèrent l'Europe d'étonnement. Frédéric, qui avait vu les Russes de près et les connaissait bien, ne se montrait ni surpris ni décontenancé. Il raillait Voltaire sur le zèle orthodoxe qui l'animait contre le Croissant; il en appelait spirituellement du prophète ordinaire de la grande Catherine à l'auteur de Y Essai sur les mœurs : « Si je n'avais pas lu l'histoire des croisades dans vos ouvrages, j'aurais peut-être pu m'abandonner à la folie de conquérir la Palestine, de délivrer Sion et de cueillir les palmes d'Idumée; mais les sottises de tant de rois et de paladins qui ont guerroyé dans ces terres lointaines m'ont empêché de les imiter, assuré que l'impératrice de Russie en rendrait

bon compte Je voudrais que l'Europe fût en paix et

que tout le monde fût content. Je crois que j'ai hérité ces sentiments de feu l'abbé de Saint-Pierre, et il pourra m'arriver comme à lui de demeurer seul de ma secte*. » Avec son frère Henri, le grand Frédéric était plus sérieux. Le prince Henri était fécond en vastes conceptions : il

1 Martrus, t. VI, p. 48 ei suiv.

* A Voltaire, 25 novembre 1769.

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