‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 15 sur 55 · LA PHILOSOPHIE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DE FREDERIC

nitz de le faire croire au roi de Prusse. Les Autrichiens

se retranchaient derrière leur prétendue déférence pour

la France lorsqu'ils avaient besoin d'un prétexte pour

décliner les propositions du roi de Prusse; c'est ainsi

que Frédéric leur opposait les exigences de Catherine

lorqu'il ne voulait point déférer à leurs désirs. En

réalité, à Vienne comme à Berlin, on n'agissait qu'à sa

guise, on n'écoutait que ses intérêts, et l'on en prenait

fort à son aise avec ses alliés. Au mois de décembre 1769,

l'ambassadeur d'Autriche en France, le comte de Mercy,

était venu à Vienne où l'on était très occupé du mariage

prochain de l'archiduchesse Marie- Antoinette avec le

Dauphin de France. Ghoiseul, à son départ de Paris,

lui avait remis un mémoire destiné à éclairer le prince

de Kaunitz sur les vues politiques de la France *. On y

sentait percer la méfiance inspirée par l'entrevue de

Neisse et la crainte que V Au triche ne se rapprochât de

la Prusse au détriment de l'alliance française. « Le roi

de Prusse, qui veut certainement la guerre pour pêcher

en eau trouble, écrivait Ghoiseul, n'osera pas remuer

quand la cour de Vienne le contiendra... Ce qu'il y a

de mieux, selon la France, pour notre alliance, c'est

que la guerre de la Porte se continue encore quelques

années avec des succès égaux aux deux partis, de manière

que chacun s'affaiblisse réciproquement, et, si nous

avons le bénéfice du temps, tous les hasards sont pour

nous. On ignore en France ce que pense la cour de

Vienne sur la Pologne et la guerre turque, mais on lui

confie avec la plus grande franchise et la plus grande

simplicité quelle est l'opinion du roi, à qui d'ailleurs il

1 Ce mémoire, ainsi que la réponse de Kaunitz, ont été publiés par M. Béer, Documents, p. 5 et 7.

importe fort peu qui sera roi de Pologne, pourvu que la Pologne soit en mouvement et que la Russie soit occupée encore quelques années par elle et par la Porte, n Ce n'était point l'opinion de Kaunitz. Il venait demander au nouvel envoyé autrichien à Constantinople, Thugut, d'insinuer aux Turcs que, s'ils en manifestaient le désir, l'Autriche poserait sa médiation 1 . La divergence des intérêts et de la politique des deux alliés se trahit ouvertement dans la réponse qu'il adressa à Choiseul. « Il semble, disait-il, que tout au moins il y a le plus grand risque du monde à recourir à la prolongation de la guerre. » Il était d'avis de pousser à une paix sur le pied du statu quo ante. La Russie sortirait ainsi affaiblie d'une guerre inutile. Elle se verrait de longtemps incapable de reprendre ses projets ambitieux dans le Nord; « au lieu, poursuivait-il, que d'une pareille paix, il ne faut plus s'en flatter, s'il arrive, comme il arrivera, que de nouveaux succès augmentent

| son inflexibilité. Quant à nous, il est certain que la continuation de, cette guerre ne nous convient pas, vu les risques attachés à sa durée; nous devons par conséquent travailler à la faire finir plus tôt que plus tard. » Sourde aux conseils de son alliée de Versailles, qui la rappelait à la fois à la loi de ses traités et au souci de ses véritables intérêts, l'Autriche se laissait peu à peu entraîner

, vers les scabreuses aventures auxquelles la sollicitait le roi de Prusse. Elle commençait à découvrir sa pensée secrète, qui était moins de contenir la Russie et de conserver l'empire turc que de chercher dans la crise orientale une occasion de bénéfices et un prétexte de conquêtes

, Sa médiation, en réalité, n'avait pas d'autre sens.

1 Dépêche du 20 février 1770. Aiineth, t. VIII, p. 189-206.

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