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armée avait fait de grandes conquêtes, la saison la con- , damnait au repos. La tsarine jugea qu'il n'y avait point ' d'inconvénient à négocier. Elle écrivit au roi de Prusse, le 20 décembre, que les derniers événements de la guerre lui permettaient d'assurer à ses peuples une paix équitable, honorable et sûre ; que l'objet qu'elle avait en vue répondait à l'intérêt de toutes les puissances chrétiennes qui jugeraient ces affaires avec impartialité; que la mise en liberté d'Obreskof demeurait la condition préalable de tout pourparler de paix ; que ces pourparlers pourraient s'ouvrir dans une ville de Moldavie ou de Pologne. Quant aux conditions, la tsarine jugeait prématuré de les communiquer aux Turcs; il fallait attendre, pour en instruire la cour de Vienne, que l'on connût mieux ses intentions. « Cependant, poursuivait-elle, j'avoue que je ne voudrais point, par un excès de réserve et par des signes d'éloignement, nuire aux avantages qu'une plus étroite intimité avec l'Autriche apporterait à notre alliance. Car s'il était possible d'arracher l'Autriche au système insensé qu'elle a adopté et de l'amener à partager nos idées, l'Allemagne serait ramenée à son état naturel, et l'Autriche, attirée sur d'autres objets, renoncerait à diriger contre les possessions de Votre Majesté des vues dans lesquelles ses liaisons présentes ont pour effet de l'entretenir 1 . » Un mémoire joint à la lettre déterminait les conditions de paix que — i Catherine confiait au roi de Prusse : c'était la cession J d'Azof, de la grande et de la petite Kabarda en Circassie, l'indépendance de la Moldavie et de la Valachie ou le maintien de ces principautés sous la domination russe pendant vingt-cinq ans, à titre d'indemnité ; l'indé-
1 Dukcker, p. 219. — Frédéric, OEuvres, t. VI, p. 33.
pendance des Tartares de Bessarabie et de Crimée, la libre navigation de la mer Noire, une île dans l'Archipel pour servir d'entrepôt au commerce russe, une amnistie
L générale pour les Grecs qui avaient embrassé le parti des Russes.
L'indépendance des Principautés et du pays des Tartares, c'était en réalité l'assujettissement de ces pays à la Russie. « Si convaincants que fussent », au dire d'un historien russe, « les arguments que l'impératrice Catherine faisait valoir pour démontrer la nécessité d'indemniser la Russie pour les sacrifices qu'elle avait faits, et de rendre une fois pour toutes les Turcs inoffensifs à l'égard des populations chrétiennes de l'Europe \ » Frédéric n'en fut point touché. La lettre du 20 décembre était loin de confirmer les confidences qui lui inspiraient naguère de si belles considérations sur la clémence et la modération des rois. «Des conditions aussi énormes, dit-il en ses Mémoires, auraient achevé de cabrer la cour de Vienne. » Il en était d'autant plus ému que, dans la nuit du 2 au 4 décembre, le reïs-effendi avait déclaré aux ministres d'Autriche et de Prusse que « la constitution actuelle de l'empire ottoman ne permettait d'entrer en aucune négociation particulière avec une puissance chrétienne avec laquelle on était en guerre » ; qu'il l'avait fait savoir au général Roumantsof, et qu'il persistait à ne vouloir négocier la paix que J par la médiation de la Prusse et de l'Autriche*. Fré- 1 déric avait communiqué à Vienne la première note de la Russie au sujet de la médiation; les Autrichiens avaient répondu « qu'on se moquait d'eux » , et le roi
1 Marteks, t. II, p. 10.
9 Hammer, t. XVI, p. 477. Pièces.
de Prusse avait jugé cette réponse trop peu « édifiante » pour être envoyée à Pétersbourg l . Ainsi les Turcs persistaient à réclamer la médiation, et les dispositions de la Russie rendaient cette médiation impossible. Frédéric écrivit au prince Henri le 3 janvier 1771 : « Les cornes me sont venues à la tête, mon cher frère, lorsque j'ai reçu les propositions de paix que les Russes présentent. Jamais je ne puis me charger de les proposer aux Turcs, ni aux Autrichiens; car, en vérité, elles ne sont pas acceptables. Ce qui regarde la Valachie ne peut en aucune façon s'ajuster avec le système autrichien;! premièrement, ils ne quitteront jamais l'alliance de la France, et en second lieu, ils ne souffriront jamais les Russes dans leur voisinage. Vous pourrez regarder cette pièce comme une déclaration de guerre. On se moque de nous en nous donnant un tel leurre; pour moi, qui ne puis en aucune façon me compromettre par complaisance pour la Russie, je leur ferai quelques remarques sur les suites de leurs propositions, et, s'ils ne les changent pas, je les prierai d'en charger quelque autre puissance, et je me retirerai du jeu; car vous pouvez compter que les Autrichiens leur feront la guerre ; cela est trop fort et insoutenable pour toutes les puissances de l'Europe. Les Etats se dirigent par leurs propres intérêts ; on peut avoir de la complaisance pour son allié, mais il y a des bornes à tout; ainsi, quoi qu'il en puisse résulter, il m'est impossible de dissimuler en ce moment, et il faut parler net. » Frédéric chargea en conséquence son frère de déclarer aux Russes, et il / écrivit lui-même à la tsarine, le 5 janvier 1771, que si elle voulait éviter la guerre avec l'Autriche, il fallait
1 Frédéric au prince Henri, 19 décembre 1770.
! rayer les articles relatifs a la Moldavie, à la Valachie, à l'indépendance des Tartares et à l'île de l'Archipel; si elle se contenait d'Azof, des deux Kabarda et de la
i navigation de la mer Noire, la médiation était possible, et Frédéric se chargeait d'obtenir l'adhésion do l'Autriche. '