‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 24 sur 55 · NT AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

NT AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

sa dépêche lepost-sci'iptum sui-

soir chez l'impératrice, qui me ss Autrichiens s'étaient emparés ros des *, et qu'ils avaient arboré i starosties les armes impériales, ourquoi tout le monde ne prene répliquai que, quoique vous n cordon tiré en Pologne, cepenccupé de starosties. — Mais, dit

pourquoi n'en pas occuper? — nte Czernichef m'approcha et me , en ajoutant : — Mais pourquoi ivêché de Warmie? Car il faut,

ait quelque chose. — Quoique ;ours de plaisanterie, il est très is pour rien, et je suis convaincu que vous profitiez de cette occajolms écrivait au roi de Prusse :

i de la starostie de Sandecz a fait p d'effet; on dit que la Prusse, subsides qu'elle a payés, devrait que les Russes, pour se dédomîerre, devraient annexer la Livo- :huanie jusqu'à la Dwina et au ces sont très favorables pour les ; ministre prussien, it la conversation avec Panine.

écrément satisfait des invasions jne. a II ne m'a pas parlé de rivait le prince Henri le 11 jan-

SXVI, p 345.

vier 1771. Tout cela provient de la division du conseil; tous ceux qui sont portés pour l'agrandissement voudraient que tout le monde prenne, afin que la Russie pût profiter en même temps, tandis que le comte de Panine est porté pour la tranquillité et la paix. J'éclaircirai cependant cette affaire, et je suis toujours d'opinion que vous ne risquez rien de vous emparer, sous quelque prétexte plausible, de cet évêché, au cas que la nouvelle soit véritable que les Autrichiens aient. effectivement pris ces deux starosties, sur lesquelles on prétend qu'ils réclament des droits qu'ils ont recherchés dans les archives, en Hongrie. »

Pendant que Ton causait ainsi à Pétersbourg, Frédéric s'impatientait à Berlin, et comme il lui semblait politique d'inquiéter la Russie, il ne dissimulait point sa mauvaise humeur. Il écrivit au prince Henri, le 1 1 janvier : « Si j'entreprenais les négociations sur les bases proposées par l'impératrice, la guerre entre l'Autriche et la Russie serait déclarée au printemps. Ne voyez- vous pas qu'ils veulent avoir le dos libre, pour disposer à leur gré de la Pologne à la première occasion? Je commettrais l'impardonnable faute de me river moi-même mes chaînes, et je ne jouirais que du bénéfice de Polyphème, d'être dévoré à la fin. Ils veulent la guerre : autrement ils n'exigeraient ni la Valachie, ni l'indépendance des Tartares, ni l'île dans l'Archipel. Je ne travaillerai pas en esclave à leur agrandissement sans que l'on stipule quelque chose en ma faveur. Je m'en tiens à ce que j'ai écrit à l'impératrice, et je me retire du jeu si cela ne produit aucun effet. Vous ferez bien de penser à votre retour. » Cette lettre fit impression à Pétersbourg, trop d'impression même. « Je ne m'attendais pas, dit la tsarine, à entendre le roi de Prusse plaider la

cause des Turcs. » Cependant elle se montra plus modalité, et indiqua que dans le cours des négociations, elle se désisterait d'une partie de ses exigences. Elle écrivit le 20 janvier 1771 au roi de Prusse : elle ne négocierait jamais à Constantinople, disait-elle, et jamais avant qu'Obreskof fût libre. Azof et les deux Kabarda avaient autrefois appartenu ù la Russie, et elles étaient nécessaires à la sécurité de ses frontières. Quant au \ séquestre de la Moldavie et de la Valachie, elle yrenon- J çait entièrement et ne s'opposait point à ce que ces pays | fussent indépendants. C'était l'intérêt de la cour de Vienne, et la cour de Vienne avait tort de ne pas le comprendre. L'équilibre de l'Orient ne serait pas altéré parce que la frontière de la Turquie serait reportée du Dniester au Danube. Quanta l'indépendance des Tartares de Crimée, c'était l'humanité qui l'exigeait : la puissance de la Porte n'en serait point diminuée, et d'ailleurs la Crimée ne touchait point aux frontières de . l'Autriche. « Je n'obtiendrai jamais une bonne paix, concluait la tsarine, si je ne m'endurcis pas contre l'orgueil des Turcs et la partialité qui les soutient. « j~ Le jour où Catherine II écrivait cette lettre, le prince I Henri quittait Pétersbourg. « Sachez qu'avec ce prince ' rien n'est perdu, » avait dit la tsarine l . L'Europe n'allait \ pas tarder à vérifier l'exactitude de ce jugement. Les évé-

ï nements s'étaient précipités dans les dernières semaines

de 1770, et il s'était établi de' singulières corrélations f. entre ces événements très divers en apparence. Au mo-

t mont où les Russes achevaient la conquête de la Mol-

* davie et de la Valachie, l'Autriche prenait possession

£■ du Zips et de Sandecz, plantait ses aigles en Pologne

1 Lettre à Mme de Bielke, 11 décembre 1770.

et embrassait cinq cents villages dans cette ligne, qui s'avançait jusqu'à dix lieues de Cracovie. Le roi de Prusse avait élargi considérablement le cordon sanitaire qu'il avait tiré en Pologne; ses troupes étaient entrées dans la Pologne prussienne; elles s'étaient étendues sur l'évêcbé de Warmie, une partie du palatinat de Kulm et de la Pomérellie ; elles avaient même débordé, le long de la frontière de Silésie, sur plusieurs districts des palatinats de Kalisch et de Posen *. On armait à Vienne, on s'impatientait à Berlin. Les confédérés de Pologne étaient à bout. Le 24 décembre, Ghoiseul tomba : la France ne comptait plus. À Vienne, à Berlin, à Pétersbourg, on voulait à la fois beaucoup prendre et se battre le moins possible. Les faits qui s'étaient produits, les intérêts qui étaient en jeu, les passions qui étaient excitées semblaient en conflit et concouraient en réalité vers le même but. Le roi de Prusse l'avait vu dès le mois de janvier 1769; il avait jugé qu'il n'y avait au conflit qu'une solution pacifique, et que cette solution était à l'avantage de la monarchie prussienne : le projet Lynar avait devancé de deux ans le cours des choses. Mais le coup d'œil du roi de Prusse était si perçant, sa connaissance des hommes et des faits si pénétrante, que l'État qui semblait avoir le moins de goût et le moins d'intérêt à justifier ses conjectures fut cependant le premier à les justifier.

Frédéric avait formé le plan, l'Autriche avait donné l'impulsion, la guerre d'Orient fournissait le moyen. Il ne restait plus qu'à saisir le rapport secret qui reliait ces causes diverses. La tsarine le fit, le 8 janvier, en

1 Rapports de l'agent saxon, à Varsovie, 19, 28 novembre et 25 décembre 1770. IIerrmann, p. 483.

badinant avec le prince Henri de Prusse, quand elle lui dit : " Pourquoi tout le monde ne prendrait-il pas aussi?» Les guerres et les révolutions ne sont que le spectacle de l'histoire; la critique s'attache moins à décrire ces grandes tragédies qu'à en rechercher la raison d'être dans le caractère des hommes qui en forment les personnages et dans la nature des événements qui en fournissent la trame. L'heure historique n'est point celle où la pièce se déroule devant les spectateurs, c'est celle où l'auteur, maître de son sujet, distribue les rôles , et pousse l'action vers la catastrophe que la force même I des choses semblera rendre inévitable. Cette heure-là avait sonné pour la Pologne, et c'est dans le mois de : janvier 1771 qu'il convient d'inscrire dans l'histoire les fameuses paroles : Finit Poloniœ.

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