‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 32 sur 55 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

l'annexion de la bukovine (Septembre 1774-juillet 1776)

La traité de Kaïnardji était à peine signé qu'on le vit produire toutes ses conséquences : conflit nouveau entre les Turcs et les Russes, et, par contre-coup, crise nouvelle des intérêts et des ambitions en Europe. Dès que les Turcs eurent conclu la paix, ils pensèrent à s'affranchir d'une partie des clauses qui leur avaient été imposées. Dès que les Autrichiens et les Prussiens connurent le traité, ils y cherchèrent un prétexte à de nouvelles compensations et à de nouvelles conquêtes. «Il est aisé, disait le reis-effendi au ministre du roi de Prusse ! , il est aisé de juger si des engagements pareils peuvent être stables ; mais les circonstances peuvent et doivent changer. Si donc les Russes veulent une paix durable et établir une amitié sincère, il faut adoucir leurs conditions et les rendre supportables. » C'étaient surtout les clauses ! relatives à l'indépendance des Tartares et à l'ingérence des Russes dans les rapports de la Porte avec les Principautés, qui semblaient onéreuses au Divan. Ces stipulations, qui devaient entraîner plus d'une guerre, furent

1 Note du 3 septembre 1774.

ainsi contestées dès le principe. Les Turcs ne perdaient point de temps pour interrompre la prescription. Ils n'avaient pas ratifié le traité; ils retardèrent le départ de l'ambassade extraordinaire qui devait porter les ratifications à Pétersbourg, et ils demandèrent au roi de Prusse d'intervenir.

Frédéric fit porter leurs réclamations à Pétersbourg, mais il se garda bien de compromettre, en les appuyant,, son amitié avec la Russie. Sa conduite dans les affaires de Suède, et surtout ses prétentions sur Danzig, avaient légèrement altéré cette liaison. Quant à l'Autriche, les Turcs n'avaient plus rien à en attendre. Kaunitz ne les honora même pas de sa pitié : du même ton d'impertinence avec lequel il rejetait sur les Français la responsabilité du partage de la Pologne, il reprochait aux [Turcs leur méfiance à l'égard de l'Autriche. «Les Turcs, disait-il au ministre d'Angleterre, ont mérité leur sort, tant pour la mollesse et la sottise avec lesquelles ils ont mené la guerre, que par leur manque de confiance envers des puissances qui, comme l'Autriche, étaient disposées à les tirer d'embarras. Pourquoi n'ont-ils pas réclamé la médiation de l'Autriche, de l'Angleterre et de la Hollande?... Ce peuple est condamné à périr, et une bonne petite armée suffirait à les chasser de l'Europe. » Les Turcs auraient eu de quoi répondre : depuis les deux millions de florins qu'ils avaient payés au mois d'août 1771 jusqu'à la singulière réserve de Thugut pendant les deux congrès, ils avaient plus d'un argument sérieux à fournir pour expliquer leur manque de confiance dans l'Autriche.

Kaunitz ne s'en embarrassait point. Il était tout entier à ses transactions avec la Russie. L'empereur considérait que la partie de la Podolie jusqu'au Sbrucz lui « était

fik.

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