L'ANNEXION DE LA BGKOVINE
de la tsarine avaient été tout passagers. L'annexion de la Bukovine fournit à Frédéric un prétexte pour garder ce qu'il avait occupé au delà de sa ligne de démarcation, La Russie ferma les yeux, et pour lui eh témoigner sa reconnaissance, le roi de Prusse se chargea de déterminer les Turcs à ratifier le traité de paix. Ils protestaient et ajournaient toujours. Le ministre de Prusse, Zegelin, se démena si bien, que les ratifications furent échangées le 24 janvier 1775, et que le 2 février uni ambassade partit pour les porter à Pétersbourg. Le* Turcs, n'ayant plus rien à espérer, se résignèrent alors à céder la Bukovine aux Autrichiens. Le traité fut sign< le 7 mai 1775.
La joie fut grande à Vienne de ce nouveau succès. Aussi longtemps que l'affaire avait été en suspens, l'impératrice n'avait pas laissé d'être agitée de quelques scrupules tant sur la justice de l'entreprise que sur les chances de réussite. Elle écrivait à Mercy le 5 février : « Kaunitz me paraît très prévenu contre Breteuil * et compte se tenir roide vis-à-vis de lui, surtout s'il débutait sur les affaires de la Moldavie où nous avons entièrement tort... J'avoue, je ne sais comme nous en sortirons encore, difficilement honorablement; cela me chagrine au delà de toute expression... » Marie-Thérèse trouva, paraît-il, que le traité, si difficile qu'il eût été à conclure, avait une fin honorable, car elle écrivait à Kaunitz, après en avoir reçu la nouvelle : « Je prends un vrai intérêt à votre satisfaction, et vous rendez bien justice à mes sentiments pour vous qui ne finiront qu'avec mes jours; ma reconnaissance vous est entière-
1 Ambassadeur de Louis XVI et successeur du cardinal de Rohan depuis 1774.
ment due, et mon amitié et estime de même. » Quant à l'empereur, il triomphait. On lui avait signalé un nouveau libelle contre sa politique. « Tout cela ne me fait guère d'impression, écrivait-il à son frère, le 6 mars 1775, et je suis de l'avis qu'il faut laisser dire tranquillement tout le monde ce qu'ils veulent, pourvu qu'ils nous laissent faire ce que nous voulons. »
. Les Polonais avaient fait comme les Turcs : ils ! s'étaient soumis. Les traités de cession avaient été signés ; au mois de mars 1775. En 1776, les trois copartageants se garantirent leurs nouvelles frontières polonaises. La démarcation de la Bukovine fut réglée en même temps. « Le prince de Kaunitz vient d'avoir la satisfaction d'avoir fini glorieusement l'affaire des limites avec les Turcs », écrivait l'impératrice, le 16 juillet 1776. La grande querelle commencée en 1768 était terminée; il n'y avait, pour le moment, plus rien à faire avec les Turcs. Aussi le grand Frédéric, qui n'aimait point à perdre ses écus en vaines ostentations, rappela-t-il le ministre qu'il avait à Constantinople ; il n'y laissa qu'un chargé d'affaires, le sieur de Gaffron, et le réduisit à la portion congrue. « Ne suis-je pas à plaindre, disait, en arrivant à son poste, ce malheureux diplomate ', dans un pays où je ne souhaiterais pas mon ennemi, si pardessus les ennuis du séjour je me vois même forcé de m'endetter? » — « Le ministre de Russie, écrivait-il un an après 9 , m'a offert sa bourse, pour prévenir la publicité de ma détresse, qui n'en perce pas moins par la manière dont je vis. »
Thugut, au contraire, grandissait en fortune et en
1 18 mai 1774.
* 18 février 1777.