‹ La question d'Orient au XVIIIe siècle: le partage de la Pologne et le traitéChapitre 35 sur 55 · L'ANNEXION DE LA BUKOVINE · texte numérisé non relu

L'ANNEXION DE LA BUKOVINE

dignités. Il s'était joué une étrange comédie entre lui et l'ambassadeur de France. Ils se trouvaient, sans le savoir, collaborateurs et confrères. « Une dépêche de M. le duc de Choiseul me dessilla les yeux, rapporte Saint- Priest, et nous nous expliquâmes. » Saint-Priest n'était que trompé. Il devint dupe. Thugut l'enguirlanda et le persuada que, grâce à lui, le roi voyait « comme dans un miroir » la politique des cours du Nord. Ce que le roi vit de plus clair, en ce miroir, c'était la figure déplorable qu'il faisait dans le monde, et en particulier dans ces années, où les trois cours s'accordèrent constamment à le surprendre et à le jouer. Des deux maîtres que Thugut prétendait servir, le plus trahi ne fut pas le chancelier de cour et d'État. Thugut reçut le titre d' internonce et fut nommé baron. On était également content de lui à Vienne et à Versailles. Mais le jeu était dangereux, et l'internonce trembla quand la mort de Louis* XV vint anéantir ce qui restait de la diplomatie secrète. Saint-Priest fit un beau mémoire apologétique de la conduite de Thugut et demanda pour lui une place à la cour. Louis XVI ne s'y prêta point. Il n'avait le goût ni de ce genre d'hommes ni de ce genre de services. Il refusa de recevoir Thugut, mais il continua de le payer. Thugut resta à Gonstantinople. L'Autriche s'en trouva bien, et le ministère français persista à se féliciter « du zèle, de la fidélité et de la supériorité de vues qui éclataient en Thugut et dont la France avait si utilement profité depuis tant d'années l » .

1 Note de mars 1777. Revue historique, (oc. cit., p. 41-42.

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