MACÉDOINE
Koutzo-Valaqiies sont très peu nombreux, une vingtaine de mille, de quoi peupler une petite ville. Ils sont établis sur les pentes du Pinde de Thessalie, depu^ Mezzovo au sud jusque dans la direction de Monastir. Ils ont pourtant, dans cette région et ailleurs, leurs écoles particulières, en concurrence avec les écoles slaves ou grecques.
Car cette petite nation a fait un grand rêve, — la Macé-j doine est aujourd’hui le pays des vastes pensées ; la ^dtalité intellectuelle de ces peuples est prodigieuse. — Ils se rappellent qu’au XII* et au xiii® siècle, une Grande-Valachie s’étendit sur la plus grande partie de la péninsule des Balkans, du Danube à l’Archipel ; il s’agit du second empire bulgare, qui fut en effet très prospère au temps delà quatrième croisade, et contre lequel les Latins de Constantinople se brisèrent, au lieu de former avec lui, par la parenté des races, une union qui pouvait être féconde. Les Yalaques d’aujourd’hui rêveraient donc de rapprocher les débris de leur nationalité du Pinde aux Balkans, des Balkans au Danube, et de restaurer l’empire Macédo-Roumain.
Mais cette Grande-Valachie, à laquelle ils fixent leurs espérances, était véritablement une Bulgarie gouvernée par des chefs Yalaques. Aujourd’hui, il semble que les Yalaques des Balkans aient complètement disparu, peut-être retournés au nord du Danube, — car les populations balkaniques se déplacent sans cesse encore et, comme d’actives fourmilières en quête de riches terrains d’exploitation, croisent en tous sens les voies de leurs migrations. — Dès lors, Biicharest est bien loin du Pinde ; les Roumciins se désintéressent de l’agitation des Koutzo-Yalaques, et portent une attention plus naturelle vers leurs frères séparés de Transylvanie.
Margariti chercha ailleurs des appuis. 11 fît appel à la nation albanaise ; « Les Grecs sont des étrangers, des exilés d’Égypte et de Phénicie ; les Albanais et les Yalaques sont les vrais descendants des Pélasges, frères ainsi et les légitimes maîtres du pays ». Il fît appel aux fonctionnaires turcs, qui avaient pour lui l’avantage d’écarter à la fois les Slaves et les Grecs, et qui favorisaient volontiers ces querelles, dont ils tiraient prestige et argent. 11 songea à faire appel aux Latins frères des Yalaques, aux catholiques, donc à l’Autriche, à Rome, et à solliciter la bénédiction de Léon Xlll. En somme, Apostolo Margariti fit
LA QUESTION DE MACÉDOINE
beaucoup de bruit; il ne paraît pas que son grand rêve fût autre chose qu’une chimère. Lui mort, il n'en reste rien.
Les Slaves occupent une autre place en Macédoine, et ont un autre avenir. Venus par le continent, ils descendent d’une irrésistible poussée vers le cours inférieur du Vardar et de la Strouma, vers la côte grecque.
Parmi eux, les Serbes ne sont pas les plus nombreux, ni par suite les plus forts. Ils sont assez éloignés de la Macédoine ; car le centre de leur nationalité est la vallée de la Save, et, par elle et ses affluents de droite, leur expansion paraissait devoir être dirigée vers la Bosnie, de même race et de même religion, et vers l’Adriatique, le débouché le plus proche pour leurs produits. En effet, ils espérèrent longtemps annexer la Bosnie et l’Herzégovine.
Le traité de Berlin, en mettant ces deux provinces entre les mains de l’Autriche, fut un terrible coup porté à l'avenir des Serbes, « faucha leurs espérances jusque dans la racine* ». Éloignés de toute côte prochaine, à la merci de l’Autriche qui monte la garde sur les hauteurs de leur frontière occidentale, ils ont été dès lors poussés. à l’Archipel, le long de la vallée du Vardar et de la voie ferrée de Belgrade à Salonique. Faute de Fiume, ils rêvent de faire de Salonique le port de Belgrade.
Des souvenirs historiques les inclinent dans la même direction. Uskub, sur le Vardar supérieur, fut jadis la capitale de la Grande-Serbie et montre encore les ruines des tom’s construites par le puissant tsar Stéphane Douchan. De plus, dans la masse slave de la Macédoine, il est possF ble de trouver des Serbes, et, par un maniement habile des chiffres et des caractères linguistiques, d’en trouver beaucoup, de trouver en Macédoine une énorme majorité de Serbes. Un publiciste de Serbie, M. Goptchevitch, est arrivé 'de cette façon à établir que la Macédoine, sur 1.200.000 habitants, compte environ 900.000 Serbes. Beaucoup de ces Serbes sont sans doute des Bulgares.
Quoi qu’il en soit, encouragés par ces souvenirs historiques et ces découvertes ethnologiques, les Serbes ont organisé, eux aussi, dans la direction de la Macédoine, une très active propagande. Le centre en est la Vieille-Serbie, c’est-à-dire le pays de Prizrend et de Prichtina, jusqu’à Uskub ; c’est en grande partie le plateau de Kossovo, où se