VI. — Les Européens dans la vallée du Nil
Aujourd’hui l’Afrique septentrionale, devenue le centre le plus actif de la propagande musulmane, est complète-
.Tient enveloppée par les entreprises européennes. Depuis ta mort du Mahdi, l’action des Derviches a perdu sa vigueur. Vers l’est, Osman-Digma fit encore quelques tentatives sur Souakim, en 1888 ; il fut repoussé, et les Anglais réoccupèrent Tokar, à quelque distance de la côte ; en 1889, il se jeta sur Ouady-Alfa ; il fut battu le 3 août à Toski par le général Gfenfeld. La même année, Stanley délivra, un peu malgré lui, Emin-pacha, gouverneur égyptien de la province de l’Équateur, resté enfermé dans le pays de Lado.
Le Soudan retomba alors pour quelque temps dans le silence, sauf quelques contacts entre les Musulmans et les Éuropéens, Belges ou Français, le long de l’Oubanghi.
Puis le mahdisme tomba en décadence : il ne faisait d’ailleurs que cacher sous des apparences religieuses les intérêts des marchands d’esclaves. Son ardeur s’éteignit ; il fut peu à peu resserré, traqué par les approches des chrétiens ; il tomba en dissolution ; il ne trouva même pas dans l’imminence du danger suprême un vigoureux accès de désespoir. Il s’enferma dans la région de Khartoum et attendit le coup mortel que lui portèrent les Anglais.
Les Anglais en effet se fortifiaient en Égypte. Le régime du contrôle anglo-français fut aboli dès le lendemain de l’occupation, et remplacé par une sorte de protectorat exclusif du gouvernement anglais, que représente un résident général, Sir Eveling Baring, devenu lord Cromer. Les ministres de la reine déclarèrent longtemps en propres termes que l’occupation de l’Égypte n’était que provisoire, qu’elle cesserait quand l’ordre y serait assuré dans l’administration et dans les finances, quand la sécurité y serait absolue pour les intérêts des Européens en général.
Par suite, la condition politique de l’Égypte ne fut pas définitivement réglée. Le 22 mai 1887, une convention fut signée à Constantinople entre l’Angleterre et la Porte. Elle établissait la neutralité du canal de Suez, l’inviolabilité du territoire égyptien. Les troupes anglaises devaient quitter l’Égypte au bout de trois ans ; mais si à ce moment il y existait encore quelque danger intérieur, l'occupation pourrait être prolongée; ou si, après le départ des troupes britanniques, quelque danger y reparaissait, l’Angleleire pourrait les y renvoyer. Les grandes puissances sej aient invitées à adhérer à cette convention ; si une seule d'entie elles s'y refusait dans le délai de trois années, l’occupation angiaise continuerait.