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LES EUIIOPÉENS DANS LA VAIJ.ÉE DU NIL

Cette rédaction eût pei-mis à l’Angleterre de prolonger indéfiniment son protectorat, reconnu désormais [)aj- un acte officiel. L’Allemagne y adhéra : il lui plaisait qu’il y eut entre la France et l’Angleterre une cause permanente de discorde ; l’Autriche et l’Italie suivirent l’exemple de l’Allemagne. Mais la Russie et la France adressèrent de vives protestations au sultan ; elles l’emportèrent : Abd-ul- Hamid refusa de ratifier la convention négociée par ses ministres. La condition provisoire de l’Égypte fut maintenue. La question resta entière.

Les Anglais n’en consolidèrent pas moins leurs positions. Tewfik étant mort le 7 janvier 1892, son fils Abbas-Hilmipacha manifesta bientôt quelques velléités de résistance et prétendit choisir ses ministres. Lord Cromer les brisa, menaça le jeune khédive de destitution ; il céda, mais il semble que le « parti national » ait alors fondé quelques . espérances sur lui.

Longtemps pressé par la France de tenir ses promesses et de préciser la date de l’évacuation, la sécurité étant parfaite dans le pays, le gouvernement anglais, représenté par lord Salisbury, déclara que « la sécurité ne pourrait vraiment être considérée comme parfaite en Égypte que lorsque le drapeau égyptien flotterait sur Khartoum. »

En conséquence, il ordonna en 18961a reprise des hostilités contre les derviches. Il en demanda les ressources à la caisse de la dette égyptienne : les gouvernements français et russe s’y opposèrent et eurent gain de cause. L’Angleterre dut pourvoir elle-mêmè aux frais de ces entreprises, ce qui lui donne le droit d’en tirer avantage. Dongolah fut réoccupé sans peine par les Anglo-Égyptiens. En 1897, Berber fut reprise aussi aisément, dans les mêmes conditions. En 1898 enfin, ils achevèrent la défaite des mahdistes ; le sirdar Kitchener enleva Khartoum, au mois de septembre, et dispersa les Derviches à travers le désert. La vallée du Nil est à l’Égypte.

^ La convention franco-anglaise du 8 avril 1904 est «une sorte de confirmation des résultats obtenus par les Anglais en Égypte. Du jour où le canal de Suez fut percé, la possession leur en devint Indispensable, et ils ont su se l’assurer avec une extrême habileté : ils y sont fort aujourd’hui du service rendu, de l’ordre rétabli. Car l’Égypte est plus que jamais la grande route de l’Inde, et l’Inde concentre plus que jamais leurs préoccupations. Il est vrai que d’autres routes seront ouvertes dans cette direction par Constanti-

nople et par la Mésopotamie ; mais jusqu’ici le pays du Nil est le grand passage. i

L’Égypte est encore utile à leur pénétration en Afrique. , Ils ont entrepris de joindre Alexandrie au Cap par une ligne continue de chemins de fer et déjà ils ont atteint au nord Khartoum, au sud le Zambèze : xes deux tronçons seront sans doute réunis bientôt. Sans cela même, l’Égypte est de plus en plus nécessaire à leur influence en Afrique. Ils ne sont pas les plus puissants dans la partie occidentale du continent, où la prépondérance française s’affermit ; ils ont à compter à l’est, et même au sud, avec la rivalité déclarée des Allemands. Par l’Égypte, ils ont l’espérance d’être les maîtres au moins dans la vallée du Nil, c’est-à-dire de garder une bonne place dans le par-tage du continent noir. Elle est la garantie de leur empire actuel, la condition de leur grandeur future.

Les Italiens sont les maîtres de Massouah et du pays des Somalis. Celui-ci est mal placé pour l’extension vers le Nil* dont il est très éloigné, séparé par les zones d’influence anglaise et française. Massouah est une meilleure position, du moins pour les relations commerciales avec l’Éthiopie; car les Italiens ont rendu Kassala aux Anglo-Égyptiens au commencement de 1898, et se sont interdit ainsi toute possibilité de s’étendre dans la direction de Khartoum. L’exploitation de la vallée du Nil leur paraît à jamais fermée.

La grandeur de l’Italie eût été autrement assurée si elle avait pu garder l’Éthiopie dans la sphère de son influence politique; et, à ce point de vue, la guerre de 1895-1896 a été très funeste à ses intérêts. Quel sera d’ailleurs le rôle de l’Éthiopie dans la conquête du continent noir? Quoique le négus prétende y prendre part au même titre que les autres puissances chrétiennes, en aura-t-il les moyens? Aura-t-il la force d’aller jusqu’au Nil? Est-ce à lui qu’il est réservé de barrer la route du Sud aux Anglais •? — A quelle nation européenne demandera-t-il les ressources scientifiques et militaires nécessaires à cette ambition ? A qui se confiera-t-il? A l’Italie, en oubliant les malentendus récents et en reprenant les traditions fondées par Antinori et Antonelli? A la Russie, qui depuis une dizaine d’années cherche à exploiter les sympathies religieuses qui l’unissent aux chrétiens de l’Abyssinie ? A la France, voisine du Ghoa, et

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