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LA POLITIQUE PERSONNELLE DU SULTAN

dePlevna; il comptait que l’innocence de l’un, la popularité de l’autre lui seraient une protection sacrée. A son palais d’Yldiz-Kiosk, il s’entourait d’une garde choisie de Kurdes et d’AIbanais, qu’il avait honorés du nom de Hamidi€s. Bien entouré par des gens qu’il payait très cher, il avait peur encore, il n’osait coucher deux nuits de suite dans le même appartement*. Sa vie n’était qu’une perpétuelle terreur de la mort, et cette terreur le livrait aux volontés de ses favoris du moment, lui suggérait les plus atroces violences contre ceux qu’il soupçonnait ou qu’on lui faisait soupçonner.

Par lui-même, ou par ces influences occultes, il avait ressaisi son rôle de chef religieux. 11 accueillait avec une bienveillance respectueuse les « hadjis », les pèlerins de La Mecque, dont il défendait son trône comme d’une garde divine : il consultait les cheikhs les plus vénérés, comme cet Aboul-Houda, un derviche fanatique, venu de Syrie avec une réputation de sainteté et de sagesse, prêchant le long de la route contre la tiédeur des croyants, contre la faiblesse du khalife devant les raïas : Abd-ul-Hamid s’était réservé le monopole de ses vertueux conseils. Il entretenait de même des relations étroites avec les corporations religieuses de la Tripolitaine, avec les Senoùsiya surtout, qui étaient représentés auprès de lui : ils agitaient ensemble le rêve du panislamisme, et ils ne désespéraient pas de refaire par-dessus la vallée du Nil l’unité du monde musulman^.

A cette politique, il’fallait des instruments d’action, et le sultan acheva la réorganisation de son armée. Il avait appelé en 1883 des généraux prussiens à son service, et ils perfectionnèrent l’armement et la discipline des troupes ottomanes. En dehors de l’armée régulière, il veilla particulièrement à la formation et à l’entretien de corps spéciaux, les Hamidiés, destinés à l’exécution rapide et sûre de ses volontés : ils étaient nombreux au palais ; ils pouvaient agir dans les provinces les plus lointaines, et jouissaient pour cela, d’avance récompensés et gagnés^ de privilèges dont les autres soldats étaient jaloux. Il fallait de l’argent, et le sultan entassa à Yldiz-Kiosk un trésor fait de la pénurie des finances publiques, de la cessation des travaux publics, de l’augmentation arbitraire de tous

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