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i* Dans le prrijet de VieDoe, il est dit : c Si, à toute «époque, les empereurs de Russie ont témoigné leur active sollicitude pour le maintien des immunités et privilèges de rÉglise orthodoxe grecque dans Tempire ottoman, les Sultans ne se sont jamais refusés à les consacrer de nonveau par des actes solennels... i On a changé ce passage de la manière suivante : c Si, à toute époque, les empereurs de Russie ont témoigné leur active sollicitude pour le culte de TÊglise orthodoxe grecque, les Sultans n'ont jamais cessé de veiller au maintien des immunités et privilèges de ce culte et de cette Église dans Tempire ottoman, et de les consacrer de nouveau, etc. » Les mots : H dans Tempire ottoman, » et ceux-ci : « le maintien des immunités et privilèges, sont supprimés, mis plus bses et uniquement appliqués aux Sultans. Cette suppression enlève au passage mutilé toute importance et même toute portée, car personne ne conteste aux souverains de la Russie leurs soins ardents pour la foi qu'ils professent et qui est celle de leurs sujets.
Ce qui devait être reconnu, c'est que, dans tous les temps, la Russie montre une sollicitude active pour ses
coreligionnaires dans la Turquie, de même que pour le maintien de leurs franchises religieuses, et que le gouvernement ottoman est résolu d'avoir égard à cette sollicitude et de laisser intactes ces franchises. La tournure présente est d'autant moins acceptable, que, par les expressions qui suivent, on attribue aux Sultans beaucoup plus que de la sollicitude pour le culte orthodoxe. On affirme qu'ils n'ont jamais cessé de veiller à la conservation de ces immunités et privilèges et de les confirme» par des actes solennels.
Or les faits sont diamétralement opposés à ce qu'on avance : ce qui, attendu ce qui est arrivé dans les derniers temps plus d'une fois, et notamment dans l'affaire des Lieux-Saints, nous a forcés à y chercher un remède en exigeant des garanties plus positives pour l'avenir.
Si nous voulions reconnaître que le gouvernement ottoman n'a jamais cessé de veiller au maintien des privilèges de l'Église grecque, que deviendraient les plaintes élevées par nous à ce sujet? Nous reconnaîtrions par cela même que nous n'avons pas de griefs fondés; que la mission du prince Menschikoff était non motivée ; en un mot, que même la Note que l'on nous présente est superflue.
2* Les omissions et additions de mots faites ici avec une affectation marquée, ont évidemment pour but d'affaiblir le traité de KaKnardji, tandis que l'on fait semblant de le confirmer. 11 avait été dit dans la rédaction primitive de Vienne : « Fidèle à la lettre et à l'esprit des stipulations des traités de Kaînardji et d'Andrinople,
relatives à ta protection du culte chrétien, le Sultan le^ garde comme étant de son honneur... de préserver de toute atteinte... les. immunités et privilèges accordés à rÉglise orthodoxe... »
La rédaction qui faisait dériver de Tesprit du traité, c'est-à-dire du principe général établi par l'art. 8, le maintien des immunités, répondait à rintention que nous avions exprimée et que nous exprimons encore. Car, dans notre opinion, la promesse de protéger un culte et ses églises implique le maintien des immunités que ce culte possède. Ce sont là deux choses inséparables. Cette rédaction primitive de Vienne a subi depuis un changement à Londres et à Paris, et, si nous n'avons pas fait d'objection dans le temps, comme nous en avions le droit, ce n'est point que nous nous soyons trompés sur l'importance de cette modification. Nous avions bien compris la différence qu'on établissait entre deux points qui sont, pour nous, indissolublement liés. Mais cette distinction était indiquée d'une manière si douce, que, dans un esprit de conciliation, et dans le désir d'arriver aussitôt que possible à une solution définitive, nous pouvions encore accepter une ielle rédaction, que nous considérions dès ce moment comme ne pouvant plus être changée.
Ces motifs de condescendance ne trouvent plus d'application aux nouveaux changements que l'on a faits à Constantinople à ce passage. La ligne de séparation entre les deux objets est tracée beaucoup trop nettement pour que nous puissions l'accepter sans renier tout ce que
nousavons dit et écrit. Ce rappel du traité deKaïnardji est superflu et sa confirmation sans but du moment que Ton cesse d'appliquer le principe général sur le maintien des immunités religieuses du culte. On a supprimé, dans ce but, les deux mots : la lettre et V esprit. On fait ressortir sans aucune nécessité le fait que la protection de la foi chrétienne est exercée par la Porte, comme si nous élevions la prétention d'exercer nous-mêmes cette protection dans les États du Sultan ; et c^mme on omet en même temps de rappeler que, d'après le texte du traité, la protection est une promesse faite par le Sultan, un engagement pris par lui, il semble que Ton veuille révoquer en doute le droit que nous avons de veiller à Taccomplissement ponctuel de cette promesse.
5® Le changement que Ton a fait à cet endroit de la Note autrichienne est particulièrement inadmissible. Le gouvernement ottoman ne s'engagerait qu*à laisser participer l'Église orthodoxe aux avantages qu'il accorde aux autres confessions chrétiennes qui sont sujettes de la Porte ; mais dès que ces confessions, catholiques ou autres, ne seraient pas formées de rayas indigènes, mais d'ecclésiastiques ou de laïques étrangers (et c'est le cas pour presque tous les cloîtres, hospices, séminaires et évôchés du rite latin en Turquie), dès que , disonsnous , il plairait à la Porte d'accorder à ces établissements de nouveaux avantages et privilèges religieux, alors, d'après les mots que l'on veut intercaler dans la Note, les communautés orthodoxes, étant sujettes de la Porte, n'auraient pas le droit de revendiquer les mêmes
198 — faveurs, et la Russie n'aurait pas le droit de s'employer pour elles.
L'intention malveillante des ministres de la Porte est encore plus évidente, si nous citons un exemple, un cas possible. Supposons le cas probable que le patriarche latin de Jérusalem, dernièrement intronisé par la Porte, obtienne des privilèges que n'a pas le patriarche grec, toute réclamation de la part de ce dernier serait aussitôt repoussée parce qu'il est sujet de la Porte. La même objection serait faite par le ministère ottoman relativement aux établissements catholiques delà Palestine, dès que, dans la suite, il leur serait accordé , au détriment des confessions indigènes, un nouvel avantage l'égal quelconque, qui n'est pas mentionné dans les derniers firmans.
11 n'était plus possible désormais, même aux esprits les plus prévenus, de conserver d'illusions ; la Russie arrachait elle-même le voile qui jusque-là avait caché ses desseins, et, forcée dans ses derniers retranchements, ou croyant ses mesures assez bien prises pour n'avoir plus besoin de ménagements, elle disait enfin, et pour la première fois, sa pensée tout entière. Cette pensée, c'était précisément celle contre laquelle elle n'avait pas cessé un seul instant, depuis six
mois, de protester, c'était le protectorat reli* gieux et poKtiqne de douze millions d'orthodoxes, sujets du Sultan. Le Czar, par Tinterprétation donnée à la Note de Vienne, montrait lui-même combien la Porte avait eu raison lorsqu'elle avait refusé de signer cette note, au moy^i de laquelle les Puissances avaient cru sauvegarder F indépendance et la souveraineté du Sultan.
La nouvelle officielle du refus de la Russie arriva à Gonstantinople le 21 septembre, par dé* pêches datées de Vienne, le 16, transmises à Semlin par le télégraphe, et apportées à Gonstantinople par des courriers extraordinaires qui avaient fait le trajet en moins de cinq jours (1). Aussitôt les représentants des puissances amies de la Porte tinrent entre «ux diverses conférences, notamment dans la nuit du samedi, 24, et dans la journée du dimanche, 25, dans le but de se concerter pour obtenir du Divan qu'il se désistât de ses modifications, et acceptât pure-
(1) M. de Bruck, internonce d'Autriche, avait déjA reça de son goa« ▼erneroent, à la date da 18, par une dépêche télégraphique partie de Vienne ie 13, la nouvelle officieuse du refus du cabinet de Saint-Pétersbourg, mais il avait tenu cette nouyelle secrète.
ment et simplement le projet de Vienne, sous la garantie de leurs gouvernements contre l'interprétation abusive qui pourrait être faite par la Russie, dans l'avenir, des stipulations de ce même projet.
La Porte, de son côté, résolut de convoquer un grand conseil national, composé des ministres actuels et des anciens ministres, des grands dignitaires, des muchirs, des généraux de division et de brigade, des ulémas les plus considérables, des professeurs des grandes mosquées, des fonctionnaires en activité et en non-activité dif premier rang et de la première classe du second rang (1), ainsi que de tous les membres de Vamedji (2). Ce conseil se réunit à la Porte, le dimanche 25 septembre, sous la présidence de Moustafa pacha, grand vizir. Le nombre des membres présents était d'environ deux cents.
Dès que la séance fut ouverte, Réchid pacha, ministre des affaires étrangères, présenta un
(i) Les fonctionnaires^ en Turquie, sont divisés en cinq rangs, assimilés aux divers grades de Tarmée, jusqu'au grade de ferik [généra 1 de division). Le premier et le second rang renferment chacun deux classes.
(2) On donne le nom d'amedji au bureau du grand référendaire du Divan.
historique clair et détaillé des négociations; après quoi^ chaque membre de l'assemblée fut invité à donner son opinion motivée sur la question à l'ordre du jour, c'est-à-dire l'acceptation du projet de Vienne non modifié, ou le maintien des modifications faites par la Porte à ce projet.
La première séance dura depuis midi jusqu'à six heures du soir.
La seconde séance s'ouvrit le lendemain à deux heures de l'après-midi, et ne finit qu'à huit heures.
Le procès-verbal de ces deux séances, signé par tous les membres du conseil, constata l'unanimité des voix pour le maintien des modifications de la Sublime-Porte, quelles qu'en pussent être les conséquences.
A la fin de la séance, le cheik-ul-islam apposa son fetva, signe qui rendait la décision sacrée et irrévocable, et légalisait la délibération par laquelle la guerre était déclarée à la Russie aussi longtemps que les troupes russes ne se seraient point retirées au delà du Pruth.
En conséquence de cette délibération, la Porte
fit insérer le document suivant dans le Journal de Constantinople du 4 octobre :
C^mnanleatloM oflleleUe (4I«) de U iMbllne-rerte.
Il avait été précédemment porté à la connaissance du public que le projet d'arrangement soumis dernièrement au gouvernement de Sa Majesté le Sultan, dans le buf de concilier le différend qui s'est élevé entre la Sublime- Çorte et la cour de Russie, ne pourrait être accepté tant qu'il ne serait pas modifié dans quelques-unes de ses parties d'après le gouvernement de Sa Majesté Impériale, et que les grandes puissances n'auraient pas donné les assurances qui leur sont demandées.
Tous les efforts faits depuis lors par les quatre grandes puissances amies du gouvernement ottoman pour faire accepter à la Russie les modifications et corrections apportées audit projet par le cabinet ottoman, n'ont eu aucun effet, et, quelque satisfaisantes que soient les bonnes dispositions témoignées par les quatre grandes puissances en faveur des assurances demandées , il a paru impossible au gouvernement impérial d'accéder purement et simplement à ladite Note. Enfin, il est démontré que ce différend ne peut pas être résolu d*une manière
pacifique. Il est aussi évident à tout le monde que la Russie a commis un acte de violation des traités en fai- ^nt passer le Pruth à ses troupes et les faisant entrer dans les deux Principautés.
La prolongation de cet état de choses ne pouvant plus être tolérée, la question a été soumise au conseil général tenu à la Sublime-Porte le dimanche 22 et le lundi 25 ^ilhidjé, où, après qu*elle a été discutée et examinée sous toutes ses faces, il a été décidé à l'unanimité par tous les ministres, vizirs, ulémas, chefs militaires et autres fonctionnaires de TEtat, que la guerre sera déclarée n la Russie ] et, le fetva donné par le cheikh-ul-islam ayant confirmé cette décision, le procès- verbal du conseil, signé par tous les ministres, a été soumis à Sa Majesté le Sultan, qui Ta revêtu de sa haute sanction par un khattichérif émané à cet effet.
D'après ce qui précède, Tétat de guerre étant constaté entre ces deux gouvernements, une lettre a été adressée, suivant l'usage, au commandant en chef des troupes russes, pour l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie ; en môme temps, il a été envoyé un ordre à Omer pacha de commencer les hostilités dans le cas où l'évacuation ne serait pas mise à exécution dans le délai de quinze jours, à partir de Tarrivce de ladite lettre à sa destination ; les instructions nécessaires à cet égard ont été aussi envoyées aux autres fonctionnaires.
Il n'est pas besoin de démontrer que la Russie, qui avait «commencé par élever des prétentions qui ne peuvent jamais être volontairement acceptées, ayant fini par violer
les traités en envahissant deux provinœs de TEmpire ottoman, est devenue la seule cause de cette guerre. Mais puisque le gouvernement impérial ne l'entreprend que dans l'intention sincère de préserver ses droits sacrés de souveraineté et son indépendance, il est du devoir de chacun de ser\ir cette cause dans la mesure de ses forces. La guerre n'étant déclarée qu'à la Russie, le conseil général a décidé qu'il n'y aurait aucun changement dans le système, soit à Fintérieur, soit à l'extérieur; par conséquent, la dernière ordonnance, qui recommandait à toutes les classes des sujets de se bien comporter les uns envers les autres, devra continuer d'avoir même force et vigueur, et quiconque y contreviendrait serait rigoureusement puni.
Des firmans contenant cette déclaration, ainsi que les instructions nécessaires, ont été adressés à tous les gouverneurs des provinces et des sandjaks.
Que la Providence daigne prêter son assistance au gouvernement impérial î
Le même jour, la Porte adressa aux puissances un manifeste portant déclaration de guerre à la Russie.
■aalfeste (••) de la Sabllne-Porte.
Dans les circonstances actuelles, il serait superflu de reprendre, dès Torigine, l'exposé du différend survenu entre la .Sublime-Porte et la Russie, d'entrer de nouveau dans le détail des diverses phases que ce différend a parcourues, ainsi que de reproduire les opinions et les appréciations du gouvernement de Sa Majesté le Sultan, qui ont été rendues notoires par les pièces officielles publiées en temps et lieu.
Malgré le désir de ne pas revenir sur les motifs pressants qui ont déterminé les modifications apportées par la Sublime-Porte au projet de Note élaboré à Vienne, motifs exposés précédemment dans une Note explicative, de nouvelles sollicitations ayant été faites pour l'adoption pure et simple dudit projet, à la suite de la non-adhésion de la Russie à ces mêmes modifications, le gouvernement ottoman se trouvant aujourd'hui, quant à l'adoption du projet de Note en question, sous l'empire de la plus grande impossibilité, et forcé d'entreprendre la guerre, croit de son devoir de faire Texposé des raisons impérieuses de cette importante détermination, ainsi que de celles qui l'ont obligé à ne pas conformer, pour cette fois, sa conduite aux conseils des grandes puissances ses
alliées, bien qu'il n'ait jamais cessé d'apprécier la nature bienveillante de leurs observations.
Les points principaux que le gouvernement de Sa Majesté le Sultan relèvera d'abord sont ceux-ci : c'est que, dès le principe, il n'a existé dans sa conduite aucun motif de querelle, et qu'animé du désir de conserver la paix, c'est avec un remarquable esprit de modération et de conciliation qu'il a agi depuis le commencement du différend jusqu'à présent. Il est facile de prouver ces faits à tous les esprits qui ne s'écartent pas de la voie de la justice et de l'équité.
Quand même la Russie aurait eu un sujet de plaintes à élever relativement à la question des Lieux-Saints, elle aurait dû circonscrire ses démarches et ses sollicitations dans les limites de cette seule question, et ne pas élever des prétentions que l'objet même de ses réclamations ne pouvait comporter. Elle aurait dû ne pas prendre des mesuras d'intimidation comme celles d'envoyer ses troupes aux frontières, et de faire des préparatifs de force maritime à Sébastopol, au sujet d'une question qui aurait pu être résolue amicalement entre les deux puissances. Or, il est évident que c'est tout à fait le contraire qui a eu lieu.
La question des Lieux-Saints avait été résolue à la satisfaction de toutes les parties. Le gouvernement de Sa Majesté le Sultan avait témoigné de favorables dispositions au sujet des assurances demandées pour cette question et pour certaines autres demandes relatives à Jérusalem. EnGn il n'y avait plus lieu, delà part de la Russie.
à élever aucune réclamation. N'est-ce pas cherclier un prétexte de guerre que d'insister, comme elle Ta fait, sur la question des privilèges de TEglise grecque octroyés par le gouvernement ottoman, privilèges qu'il croit de son honneur, de sa dignité et de son autorité souveraine de maintenir, et au sujet desquels il ne peut admettre ni Timmixtion ni la surveillance d'aucun gouvernement? N'est-ce pas la Russie qui a occupé avec des fcH^es considérables les principautés de Moldavie et de Vaiachie, en déclarant que ces provinces lui serviraient de garantie jusqu'à ce qu'elle eût obtenu ce qu'elle exige? Cet acte n'a-t-il pas été justement considéré par la Sublime-Porte comme une violation des traités, et par conséquent comme un casus belli? Les autres puis^ sances elles-mêmes ont-elles pu en juger autrement? Qui donc pourra douter que la Russie ne soit l'agresseur?
La Sublime-Porte, qui a toujours observé avec une fidélité notoire tous ses traités, a-t-elle pu ^es enfreindre au point de déterminer la Russie à une démarche aussi violente que celle d'enfreindre elle-même ces même& traités?
Ou bien, contrairement à la promesse consignée explicitement dans le traité de Kaïnardji, s'est-il produit dans l'Empire ottoman des faits pareils à ceux de démolition des églises chrétiennes ou d'obstacles apportés à l'exercice du culte chrétien?
Le cabinet ottoman, sans vouloir entrer dans de plus longs détails sur ces points, ne doute pas que les hautes
puissances ^es alliées ne trouvent et ne jugent tout à fait juste et véridique ce qui vient d*ôtre mentionné.
Quant à la non-adoption, sous sa forme pure et simple, du projet de Note de Vienne par la Sublime-Porte, il est à remarquer que ce projet, sans être tout à fait conforme à la note du prince Menschikoff, et tout en contenant, il est vrai, dans sa composition quelques-uns des paragraphes du projet de Note de la Sublime-Porte elle-même, n'est point dans son ensemble, soit dans sa lettre, soit dans son esprit, essentiellement différent de celui du prince Menschikoff.
Les assurances récemment données par les représentants des grandes puissances, au sujet du danger d'interprétations nuisibles du projet de Note en question, sont une nouvelle preuve des bonnes intentions de leurs gouvernements respectifs pour la Sublime-Porte ; elles ont, paç conséquent, causé une vive satisfaction au gouvernement de Sa Majesté le Sultan. 11 faut remarquer, cependant, au moment où nous avons encore sous les yeux le débat des privilèges religieux soulevé par la Russie, qui cherche à s'appuyer sur un paragraphe si clair et si prëm Hu traité dé Kaïnardji, que vouloir consigner dans uiîL^ pièce diplomatique le paragraphe concernant la solliithude des Empereurs de Russie pour le maintien dans ks États de la Sublime-Porte des immunités et des privilèges religieux octroyés au culte grec par les Empereurs oUûJTians avant même Texistence de la Russie comme empire, laisser dans un état douteux et obscur l'absence de tout rapport entre ces privilèges et le traité de Kaïnardji,
employer en faveur d'une grande communauté de sujets de la Sublime-Porte, professant le rite grec, des expressions qui pourraient faire allusion à des traités conclus avec la France et l'Autriche relativement aux religieux francs et latins, ce serait courir la chance de mettre à la disposition de la Russie certains paragraphes vagues et obscurs dont quelques-uns même sont contraires à la réalité des faits; ce serait également, sans nul doute, offrir à la Russie un prétexte solide pour ses prétentions de surveillance et de protectorat religieux, prétentions qu'elle essayerait de produire, en affirmant qu'elles n'ont rien d'attentatoire au droit souverain et à l'indépendance de la Sublime-Porte.
Le langage même des employés et agents de la Russie, qui ont déclaré que l'intention de leur gouvernement n'était autre que de remplir l'office d'avocat auprès de la Sublime-Porte, toutes les fois que des actes contraires aux privilèges existants auraient lieu, est une preuve patente de la justesse de l'opinion du gouvernement ottoman.
Si le gouvernement de Sa Majesté le Sultan a jugé nécessaire de demander des assurances, lors même que les modifications proposées par lui à la Note de Vienne auraient été accueillies, comment, en conscience, pourrait-il être tranquille si la Note de Vienne était maintenue dans son intégrité et sans modifications?
La Sublime-Porte, en acceptant ce qu'elle a déclaré à tout le monde ne pouvoir admettre sans y être forcée, compromettrait sa dignité vis-à-vis des autres puissan-*
ces ; die la sacrifierait aux yeux mêmes de ses propres sujets, et tout en attentant à son honneur, elle eommet- U^it un suicide moral et matériel sur elle-même.
Quoique le refus de la Russie d'accéder aux modifications réclamées par la Sublime-Porte ait été basé sur une question d'honneur, on ne saurait nier que la cause réelle du refus de la Russie provient uniquement de son désir de ne pas laisser remplacer par des termes explicites, des expressions vagues qui pourraient ultérieurement lui fournir un prétexte d'immixtion. Une semblable conduite oblige conséquemment la Sublime-Porte à persister de son coté dans sa non-adhésion.
Les raisons qui ont déterminé le gouvernement ottoman à faire ces modifications ayant été appréciées par les représentants des quatre puissances, il est prouvé que la Sublime-Porte a eu complètement raison de ne pas adhérer à l'adoption pure et simple de la Note de
En entrant en discussion sur les inconvénients que cette Note présente, le but n'est pas de critiquer un projet qui a obtenu Tassentiment des grandes puissances. Leurs efforts ont toujours tendu, tout en dédiranl préserver les droits et l'indépendance du gouvernement impé* rial, à conserver la paix : les démarches faites dans cette intention étant on ne peut plus louables, la Sublime- Porte ne saurait assez les apprécier.
Mais comme chaque gouvernement possède évidemment, par suite de ses propres connaissances et de son expérience locale, plus de facilités que tout autre gou-
vernement pour juger les points qui touchent à ses propres droits, l'exposé que fait ie gouvernement ottoman provietit de Tunique désir de justifier la situation obligatoire où il se trouve placé à son plus grand regret, tandis qu'il aurait désiré continuer à ne point s'écarter des conseils bienveillants qui lui ont été offerts par ses alliés depuis Totigine du différend, et qu'il a suivis jusqu'à présent.
Si on allègue que Tempressêment avec lequel on a arrêté en Europe un projet résulte de la lenteur de la Subliirie-Porte à proposer un arrangement, le gouvernement de Sa Majesté le Sultan se trouve dans l'obligation de se justifier en exposant les faits suivants :
Avant l'entrée des troupes russes dans les Principautés, quelquesmns des représentants des puissances, guidés par rintentîon sincère de prévenir l'occupation de ces provinces, ont exposé à la Sublime-Porte la nécessité de rédiger un projet de fusion des projets de Note de la Sublime-Porte et du prince Menschikoff. Plus tard, les représentants des puissances ont remis confidentiellement à la Sublime-Porte différents projets d'arrangement. Aucun de ces derniers ne répondant aux vues du gouvernement impérial, le cabinet ottoman était sur le point d'entrer en négociation avec les représentants des puissances sur un projet rédigé par lui-même, conformément à leur suggestion.
Dans ce moment, la nouvelle du passage du Pruth par les Russes étant arrivée, ce fait a changé la question de face. Le projet de Note proposé par la Sublime-Porte a
dû être mis de côté, et les eabinets ont été priés d'exprimer leur manière de voir sur cette violation des traités après la protestation de la Sublime-Porte. D'un côté, le cabinet ottoman a dû attendre les réponses, et de Tautre il a arrêté, sur la suggestion des représentants des puissances, un projet d'arrangement qui a été envoyé à Vienne. Pour toute réponse à toutes ces démarches actives le projet de Note élaboré à Vienne a paru.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement ottoman, craignant à juste titre tout ce qui impliquerait un droit d'immixtion en faveur de la Russie dans les affaires religieuses, ne pouvait faire plus que de donner des assurances propres à dissiper les doutes qui étaient devenus le sujet de la discussion, et ce ne sera pas surtout après tant de préparatifs et de sacrifices qu'il acceptera des propositions qui n'ont pu être accueillies lors du séjour du prince Menschikoff à Gonstantinople.
Puisque le cabinet de Saint-Pétersbourg ne s'est pas contenté des assurances qui lui ont été offertes ; puisque les efforts bienveillants des hautes puissances sont demeurés infructueux; puisque enfin la Sublime-Porte ne peut tolérer ni souffrir plus longtemps Tétat des choses actuel, ainsi que la prolongation de l'occupation des Principautés moldo-valaques, parties intégrantes de son empire, le cabinet ottoman, dans l'intention ferme et louable de défendre les droits sacrés de souveraineté et rindépendance de son gouvernement, usera de justes représailles centre une violation des traités qu'il considère comme un casus beUi.
Il notifie donc officiellement que le gouvernement de Sa Majesté le Sultan se trouvet)bligé de déclarer la guerre, et qu*il a donné les instructions les plus catégoriques à Son Excellence Orner pacha pour inviter le prince Gort- «cbakoff à évacuer les Principautés, et commencer les hostilités, si, dans un délai de quinze jours, à partir de l'arrivée de sa dépêche au quartier général russe, une réponse négative lui parvenait.
Il est bien entendu que, si la réponse du prince Gortschakoff est négative, les agents russes devront quitter les États ottomans, et que les relations commerciales des sujets respectifs des deux gouvernements devront être interrompues. Toutefois, la Sublime-Porte ne trouve pas juste que l'embargo soit mis sur les navires marchands russes, conformément aux anciens usages. En conséquence, il leur sera donné avis de se rendre dans la mer Noire ou dans la Méditerranée, à leur choix, dans un délai qui sera fixé ultérieurement. En outre, le gouvernement ottoman, ne voulant pas apporter d'entraves aux relations commerciales des sujets des puissances amies, laissera pendant la guerre les détroits ouverts à leurs navires marchands.
€onstantinople, le !•' moharrem 1270 (1) (4 octobre 1853).
Quatre jours après, le grand vizir adressa,
(1) Le 1*' de moharrem étant le premier jour de Tannée musulmane, les Orientaux regardent cette date comme d'un bon augure.
suivant l'usage, une proclamation aux habitants de Constantinople , d'Eyoub, de Scutari et de Galata (1). .
xxxy
PreHamalion du srasd ▼istr.
L'a<;ceptation des propositions telles qu'elles nous ont élé faites par la Russie, propositions relatives aux privilèges religieux, eût été non-seulement une infraction directe aux droits souverains et à l'indépendance de TEmpire ottoman, mais elle eût encore- entraîné dans la suite une foule de désastres, dont Allah nous préserve !
La Russie a pris une attitude menaçante en faisant d'immenses préparatifs de guerre.
De son côté, la Sublime-Porte, tout en prenant des mesures de précaution, en envoyant des troupes aux frontières de l'Empire, en Anatolie et en RouméKe (% a
(1) Eyoub, Galata et Scalari, sont des faubourgs ou des annexes de- Gonstantinople (Stamboul]. Eyoub, situé au fond du port ou^de la Gorne-d'Or, sur la gauche, renferme la mosquée où les sultans ceignent à leur avènement le sabre d'Osmai:. Galata, de l'autre côté du port, TÎs-à'TÎs Uipointe de Serai, est dominé par la colline de Fera, résidence des ambassadeurs. Scutari (l'ancienne Ghrysopolis] est situé en Asie, sur la rive opposée du Bosphore.
(2) Les Ottomans désignent par ces mots leurs possessions en Asie et en Europe.
-^ 215 — épuisé tous les moyens de négociations. Elle a proposé un arrangement plein de modération; elle a fait tous les efforts possibles pour la conservation de la paix, chose toujours aimée et toujours saciëe.
Tous ses efforts ont été vains; enfin les Russes ont passé le Purth, et une armée a invahi les provinces de Sa Majesté le Sultan. Malgré cet état de choses, la Su- Uime^^orte a eu recours à la médiation dans un but de cûineUiation et dans Tintérôt du maintien de la paix : toutesQore a été inutile.
En conséquence, un conseil national a été convoqué le Sa et le 25 du mois de zelhijé. Ce conseil se composait d'ulémas et de caziaskers, de chefs militaires et autres fanctionnaireSé La question leur a été soumise.
Il était clair el évident que la Russie ne voulait pas accepter un arrangement auquel la Sublime-Porte pût adhérer. La résolution du différend ne pouvait donc pas être pacifique.
Il était reconnu du monde entier que c'était la Russie qui avait violé les traités en envahissant TEmpire otto« man. Cet état de choses ne pouvait se supporter plus longtemps ; aussi a-t-il été décidé à Tunanimité que nous nous confierions à la Providence et à notre saint Prophète. La guerre a donc été décidée. Cette détermination du conseil a été confirmée par un fetva du cheikhul-islam, fetva que Ton jugea propre à ôtre mis à exécution.
Un rapport à cet effet ayant été mis au pied du trône pour provoquer un ordre du Sultan, la décision du conseil
générai a été sanctionnée par un khatU-chérif, et portée à la connaissance des càziaskers des divisions de Tarmée de Roumélie et d'Anatolie, et des habitants de tout l'Empire, par la publication des firmans.
C'est pourquoi, vous aussi, vous rassemblerez les imans des districts, vous leur direz que c'est la Russie qui a soulevé cette affaire, que c'est sur elle que doit en retomber toute la responsabilité. Tls adresseront des prières au Dieu des batailles pour le triomphe de la Sublime-Porte et des troupes impériales. Ils leur enjoindront de prier nuit et jour et avec ferveur pour le succès de notre cause.
Qu'il soit en même temps bien compris que cette guerre est une guerre contre un gouvernement qui, sans la moindre provocation, a violé les droits et l'indépendance de l'Empire ottoman. Les relations amicales qui existent entre la Sublime-Porte et les autres nations amies ne doivent pas souffrir la moindre altération, par suite des conséquences de cette situation. Personne donc ne doit molester les marchands ou les sujets de ses puissances, quelle que soit leur religion. La vie, l'honneur et les propriétés des raïas (1) doivent être sacrés comme les nôtres.
Notre conduite doit être dirigée selon la loi sacrée, en toute circonstance, avec justice et loyauté. En un mot, il répugne à la loi sacrée comme au sens commun, ainsi qu'il a été déjà déclaré anciennement, de regarder les raïas de la Sublime-Porte qui professent une religion
(i) Les raïas sont les snjels non miu^ulmans de la Porte.
conforme à celle de la Russie comme responsables de la conduite du gouvernement de Saint-Pétersbourg. Ce que demande ce gouvernement, il le demande dans son intérêt et pour augmenter son influence.
Les sujets de la Sublime-Porte ont joui pendant des siècles des privilèges religieux que leur avaient accordés les empereurs turcs, sous la protection spéciale de la Sublime-Porte ; et ces privilèges reçoivent tous les jours plus de force et plus d'extension. Les sujets de l'empire ottoman savent parfaitement que les prétentions du gouvernement russe à les prendre sous sa protection ne feraient que diminuer la somme de ces privilèges.
Vous ferez bien connaître à tous que Tune des causes de succès, c'est de vivre tous en bonne harmonie. Personne ne doit humilier ni molester autrui ; tous doivent essayer de vivre en union parfaite et servir leur pays en commun.
Si, par négligence, ignorance ou mauvais vouloir, quelqu'un agissait en opposition à ces ordres légitimes, il serait sévèrement puni.
Toutes les dispositions ci-dessus ont été décrétées dans le conseil général tenu dernièrement. Vous aurez donc soin que personne n'agisse contrairement à ces ordres. Fait le 5 de moutiarem l!270 (8 octobre 1853).
La déclaration de guerre de la Porte à la Russie fut portée immédiatement à Omer pacha, généralissime des troupes turques en Rouméiie,
à son quiirlier général de Chouinla, par le colonel Telik bey. En conséquence, Orner pacha adressa, le 8 oclobre, la leltre suivante au prince Gortschakoff :
LcUrc d'amer paclm, ftcnéralliMiiiiic écm Iroupeit lar«|iics en RoumcliC) au prince CâorlMchakolT.
Monsieur le général, c'est par ordre de mon gouvernement que j'ai l'honneur d'adresser cette lettre à Votre Excellence.
Tandis que la Porte épuisait tous les moyens de conciliation afin de maintenir la paix en même temps que son indépendance, la cour de Russie n'a cessé de faire naître des difficultés, et elle a été jusqu'à violer les traités par Toccupatioti des principautés de Moldavie et de Valachie, qui forment partie intégrante de l'Empire.
Fidèle à son système pacifique, la Sublime-Porte, au lieu d'user de son droit de représailles, s'est bornée alors îi prolester, sans s'écarter de la voie qui pouvait encore mener à uîi arrangement* La Russie, au contraire, se gardant bien de montrer des sentiments analogues, a iini par rejeter les propositions recommandées par les ïiugustes cours médiatrices, et nécessaires à l'honneur
comme à la sûreté du gouvernement ottoman. H ne reste, par conséquent, à celui-ci que Tindispensable obligation de recourir à la guerre. Hais, puisque Tinvasion des principautés et la violation des traités qui raccompagne sont les causes inévitables de la guerre, la Sublime-Porte, pour dernière expression de ses sentiments pacifiques, invite Votre Excellence, par mon intermédiaire , à évacuer les deux principautés, et elle vous accorde, pour vous y conformer, un délai de quinze jours. Si, dans ce délai, je recevais de Votre Excellence une réponse négative, le commencement des hostilités en serait la conséquence naturelle. C'est ce que j'ai l'honneur de faire savoir à Votre Excellence, en saisissant cette occasion pour lui offrir les assurances de ma parfaite considération. Au quartier général de Ghoumla, le 8 octobre (26 septembre) 1853.
* Signé : Omer.
MéiHiiMe du prlitre «ïorlMliAkoir à Omer paeliA.
Monsieur le muchir, j'ai Thonneur d'informer Votre Excellence que j'ai reçu le 27 septembre (9 octobre), à l'heure du matin, la lettre que vous m'avez adressée en date du 26 septembre. Sans entrer dans Texamen de cette communication, je crois devoir prévenir Votre Excellence
que je n'ai aucun pouvoir de Sa Majesté rEmpereur, mon maître, pour traiter de la paix, de la guerre ou de Tévacuation des principautés par les troupes confiées à mon commandement.
Au quartier général de Bucarest, le 27 septembre (9 octobre) 1853.
Signé : Gortschakoff.
Mais, au point où les choses en étaient arrivées, la Russie ne pouvait plus reculer. Les dernières espérances de paix qu'avait fait concevoir un moment l'entrevue d'Olmûtz (1) n'avaient pas lardé à s'évanouir devant l'attitude, non pas
(1) l.cs deux empereurs d'Autriche cl Je Russie se renconlrèrent le 24 septembre, avec le prince royal de Prusse, au camp d'Oloiûiz. Le 3 octobre suivant, le roi de Prusse eut une entrevue avec le Czar à Varsovie. 11 paraîtrait que la Russie aurait mis en avant, durant ces conférences, le projet d'une alliance offensive et défensive entre les trois cours du Nord ; mais ce projet n'aboutit pas. Les deux puissances médiatrices ne furent pas plus heureuses dans les nouvelles tentatives qu'elles tirent pour arranger à l'amiable le difTérend turcorusse. Le 20 octobre, M. de Bruck remit à la Porte-Ottomane un projet de note qui parait avoir été élaboré à Olmûtz, à un moment où l'on ignorait encore la déclaration de guerre de la Turquie. Voici le texte de ce projet de note, qui a paru sous le titre de Projet confidentiel, et que la Porte repoussa d'emblée :
« En conseillant unanimement à la Sublime-Porte d'adopter le projet de note concerté à Vienne, les cours d'Autriche, de France, d'Angleterre et de Prusse sont pénétrées de la conviction que ce docament ne porte nullement atteinte aux droits souverains et. à la dignité de S. M. le Sultan.
a Cette conviction est fondée sur les assurances positives que le
agressive, mais décidée de la Porte. Le 1" novembre, le Czar lança à son tour son appel aux armes, qui avait été précédé la veille d'une dernière circulaire aux agents de la Russie à Texté-
cabinet de SainUPétersbourg a données quant aux intentions qui animent S. M. Tenipereur de Russie en demandant une garantie générale des immunités religieuses accordées pnr les Sultans à l'Éprlise grecque dans leur empire.
a II ressort de ces assurances qu'en demandant, en verlu du principe posé dans le traité de Kalnardji, que le culte et le clergé grecs continuent à jouir de leurs privilège* spirituels sous l'tgide de Uur souverain, l'empereur ne demande rien de contraire à l'indépendance et aux droits du Sultan, rien qui implique une intention d'ingérnnco dans les affaires intérieures de l'empire ottoman.
a Ce que veut Tenipereur de Russie» c'est le maintien strict du xtatu quo religieux de son culte, savoir : nie égalité entière de droits et d'immunités entre l'Église grecque et. les autres communautés chrétiennes sujettes de la Porte, par conséquent la jouissance en f«i* veur de TEglise grecque des avantages accordés à ces communautés. Il n'entend point ressusciter les privilèges de l'Eglise grecque tombés en désuétude par l'effet du temps ou des changements administratifs, mais demande que le Sultan la fasse participer à tous les avantages qu'il accorderait à l'avenir à d'autres rites chrétiens.
c( Le cabinet impérial d'Autriche aime, par conséquent, à ne pas douter que la Sublime-Porte, en pesant encore une ioi^, avec toute la sérieuse, attention que la gravité de la situation exige, les explications données par la Russie dans le but de préciser la nature et l'extension de ses demandes, ne se décide à l'adoption pure et simple de la note de Vienne.
« Cette adoption, tout en assurant au gouvernement ottoman un nouveau titre à la sympathie et à l'appui des puissances qui la lui ont conseillée, lui offre à la fois un moyen aus<i prompt qu'honorable d'opérer sa franche réconciliation avec l'empire de Russie, réconciliation que tant d'intérêts majeurs réclament si impérativement. »
rieur, dans laquelle la responsabilité de la guerre était rejetée tout entière sur la Porte.
MiiBiffcsIe de l*Eniperear liicolMi.
SainUPétepsbourg, le 19 (31) octobre 1855.
Par la grâce de Dieu, nous, Nicolas P', Empereur et autocrate de toutes les Russies, etc.. etc.,
Savoir faisons :
Par notre manifeste du 14 juin de la présente année, nous avons fait connaître à nos fidèles et bien-aimés sujets les motifs qui nous ont mis dans Tobligation de réclamer de la Porte-Ottomane des garanties inviolables en faveur des droits sacrés de Téglise orthodoxe.
Nous leur avions annoncé également que tous nos efforts pour ramener la Porte, par des moyens de persuasion amicale, à des sentiments d'équité et à Tobservation fidèle des traités, étaient restés infructueux, et que nous avions, par conséquent, jugé indispensable de faire avancer nos troupes dans les principautés du Danube. Mais, en adoptant cette mesure, nous conservions encore l'espoir que la Porte reconnaîtrait ses torts, et se déciderait à faire droit à nos justes réclamations.
Notre attente a été déçue.
En vain même les principales puissances de FEuropéi.
ont cherché par leurs exhortations à ébranler l'aveugle obstination du gouvernement ottoman. C'est par une dé^ claration de guerre, par une proclamation remplie d'accusations mensongères contre la Russie, qu'il a répondu aux efforts pacifiques de l'Europe, ainsi qu'à notre longanimité. Enfin, enrôlant dans les rangs de son armée les révolutionnaires de tous les pays, la Porte vient de commencer les hostilités sur le Danube. La Russie est provoquée au combat, il ne lui reste donc plus, se reposant en Dieu avec confiance, qu'à recourir à la force des armes pour contraindre le gouvernement ottoman à respecter les traités et pour en obtenir la réparation des offenses par lesquelles il a répondu à nos demandes les plus modérées et à notre sollicitude légitime pour la défense de la foi orthodoxe en Orient, que professe également le peuple russe.
Nous sommes fermement convaincu que nos fidèles sujets se joindront aux ferventes prières que nous adressons au Très-Haut, afin que sa main daigne bénir nos armes dans la sainte et juste cause qui a trouvé de tout temps d'ardents défenseurs dans nos pieux ancêtres.
In te, Domine, speravi; non confundarin xteimum.
Donné à Tsarskoé-Sélo, le vingtième jour du mois d'octobre^ de l'an de grâce mil huit cent cinquante -trois, et de notre règne le vingt-huitième.
Siqné : Nicolas.
t'Irenlalre (S*) 4u eomte de iVeMi^Irede.
Monsieur le
Le» efforts que nous ne cessons de faire depuis huit mois pour arriver à Tarrangenient à l'amiable de nos différends avec la Porte-Ottomane sont malheureusement restés infructueux jusqu'ici. Il y a plus : la situation semble tendre à s'aggraver tous les jours davantage. Tandis que TËmpereur offrait, durant son entrevue à Olmiitz avec son intime ami et allié l'Empereur François-Joseph, de nouvelles facilités au cabinet autrichien pour ëclaircir le malentendu qui s*est attaché aux motifs exposés par nous pour rejeter les modifications que la Porte avait voulu introduire dans la Note concertée à Vienne, la Porte cédant, malgré les conseils des représentants européens à Constantinople, à Timpulsion des idées belliqueuses et du fanatisme musulmans, vient, comme vous Taurez déjà appris, de nous déclarer formellement la guerre. Cette mesure précipitée n'a pourtant rien changé' pour le moment aux dispositions pacifiques de l'Empereur, Nous n'abandonnons point encore pour cela les résolutions énoncées dès l'origine dans notre circulaire du 20 juin (2 juillet).
A cette époque, Sa Majesté a déclaré qu'en occupant temporairement les principautés, comme gage matériel
destiné à lui assurer la satisfaction quelle réclame, elle ne voulait pas pousser plus loin les mesures de coercition et éviterait une guerre offensive aussi longtemps que le lui permettraient sa dignité et ses intérêts.
 rheure qu'il est, et en dépit de la nouvelle provocation qui vient de lui être adressée, les intentions de mon auguste maître restent les mêmes. Nantis du gage matériel que nous donne Toocupation des deux provinces moldo-vaiaques, bien que toujours prêts, suivant nos promesses, à les évacuer, du moment que réparation nous aura été faite, nous nous contenterons provisoirement d'y maintenir nos positions, en restant sur la défensive aussi longtemps que nous n'aurons point été forcés de sortir du cercle dans lequel nous désirons enfermer notre action. Nous attendrons Fattaque des Turcs sans prendre Tinitiative des hostilités. Il dépendra donc entièrement des autres puissances de ne point élargir les limites do la guerre, si les Turcs s*obstinent à vouloir nous la faire absolument, et de ne point lui imprimer un caractère autre que celui que nous entendons lui laisser.
Cette situation tout expectante ne met point obstacle à la poursuite des négociations. Comme de raison, après la déclaration de guerre qu'on vient de lui faire, ce n'est point à la Russie à rechercher de nouveaux expédients, à prendre l'initiative des ouvertures de conciliation. Mais si, mieux éclairée sur ses intérêts, la Porte est plus tard disposée à mettre en avant ou à accueillir de pareilles ouvertures, ce n'est point de l'Empereur que viendront
les obstacles à ce qu'elles soient prises en considération. Voilà, monsieur, pour le moment, tout ce qu'il est permis de vous dire, dans Tincertitude où nous sommes de savoir si la Porte-Ottomane donnera une suite immé* diate aux projets belliqueux qu'elle vient d'adopter. Faîtes part de nos intentions éventuelles au cabinet auprès duquel vous vous trouvez accrédité. Elles attesteront, une fois de plus, le désir de notre auguste maître de circonscrire, autant que possible, le cercle des hostilités, si elles doivent avoir lieu malgré lui, et d'en épargner les conséquences au reste de l'Europe.
Recevez, etc.
Signé : Nesskluode.
Telle est la dernière circulaire, signée Nesselrode, à Tadresse des cabinets européens, circulaire aussi niensongère que le manifeste qui raccompagne et auquel elle est destinée à servir de commentaire ; aussi mensongère que toutes les autres pièces émanées de la chancellerie de Saint-Pétersbourg, depuis l'origine du différend, et qui ont passé successivement sous les yeux du lecteur. Ce sont les mêmes exigences, les mêmes inexactitudes de faits, les mêmes erreurs de principes. c< La Russie ne cherche pas la guerre : elle ne Ta jamais cherchée ; mais elle a été proroiiuée par la Porte ; son honneur est engagé, il
faut qu'elle obtienne réparatioyi : jusque-là ses troupes continueront à occuper les Principautés. » En vérité, cela est-il sérieux, et n'est-ce pas 1(î cas de s'écrier, non pas : Qui trompe-t-on? mak : Qui veut-on tromper ici? Que Ton parle ainsi au peuple russe, dont on cherche à exalter Tes sentiments de nationalité et de religion , cela se comprend: mais que ces allégations se retrouvent dans un document destiné à la diplomatie européenne, dans une œuvre de chancellerie, dans une communication de puissance à puis'sance, et surtout que Ton espère les faire admettre comme des vérités matérielles ; qu'un État aussi considérable que la Russie persiste à vouloir donner le change à l'opinion sur le "caractère et la signification réelle d'événements qui ont eu l'Europe entière pour témoins, c'est ce que l'on s'explique plus difficilement.
Mais que dire de cet autre passage de la cir» tulaire de M. de Nesselrode, où il est dît que c< il dépendra entièrement des autres puissances de ne point élargir les limites de la guerre? » Quoique une telle déclaration pût, à la rigueur, passer pour une menace à l'adresse des puissances médiatrices, celles-ci ne crurent pas de-
voir répondre à celle espèce de mise en demeure. Néanmoins, le Mmiiteur du H novembre, en reproduisant le manifeste de l'empereur Nicolas, le fit précéder d'un en-tête qui, rapproché surtout d'un autre article que le même journal avait publié deux semaines auparavant, en même temps que la déclaration de guerre de la Porte, ne laissait aucun doute sur la manière dont le gouvernement français envisageait désormais la situation, et les obligations qu'elle lui créait.
Voici ces deux articles, que nous croyons devoir reproduire, sinon comme pièces officielles, du moins à titre de renseignements :
Ainsi que l'ont fait connaître les documents officiels récemment publiés, la question ouverte depuis plusieurs mois à Constantinople vient d'entrer dans une phase nouvelle. La Porte a pensé qu'au poiut où en étaient les choses, elle devait renoncer à la voie des négociations, et il ne paraît plus permis d'espérer qu'un conflit puisse Hyg prévenu. Une déclaration de guerre n'est point un fait rare dans la vie des peuples, et ce n'est point la première fois que l'on voit les mêmes rivalités aux prises sur le môme terrain. L'importance et la nature des intérêts impliqués dans le différend, en atteignant plus directement peut-être que la France les autres cabinets de
TEurope, ne sont que des raisons de plus d'envisager avec calme cette évolution nouvelle des affaires d'Orient.
Dès le début de cette crise, le gouvernement de Sa Majesté Impériale en avait apprécié la portée : il avait compris que l'intégrité et Tindépendance de TEmpire ottoman étaient en cause, et qu elles ne pourraient être compromises sans que la pondération des forces sur laquelle repose la sécurité de l'Europe en fût gravement altérée. I/occupation des Principautés du Danube, contraire aux stipulations des traités, ne tarda pas à faire ressortir à tous les yeux le caractère d'universalité qu'avait ainsi la question dès ses origines mêmes.
Les cabinets en furent profondément émus. Déjà la Grande-Bretagne coopérait avec nous à des démonstrations maritimes destinées à marquer la sollicitude qu'elle portait comme nous à l'indépendance de la Turquie. Les deux gouvernements trouvèrent dans ceux d'Autriche et de Prusse un concours qui permettait de donner aux négociations, ouvertes pour la recherche d'une solution amiable, le caractère européen qu'elles comportaient. Grâce à ce concert, créé par la communauté incontestable des intérêts, on put nourrir quelque temps l'espoir d'un dénoûment pacifique. On se rappelle que celte unité d'efforts s'est formulée par une Note où les cabinets essayaient, non sans avoir de grandes diflicultcs à vaincre, de faire aux parties belligérantes ou en cause la juste part qui devait revenir à chacune dans les droits en litige. L'interprétation donnée par une des parties à cette Note a fait craindre que l'œuvre commune
de la conférence de Vienne ne répondît pas assez exactement à rintention qui l'avait inspirée, et qu'elle n'atteignît point le but que Ton s'était proposé : à savoir, le maintien des droits souverains du Sultan, seule base certaine de l'indépendance de la Porte-Ottomane, et, par conséquent, de l'équilibre européen.
La Porte ayant pensé dès lors que la guerre convenait seule à sa dignité, le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur n'avait point à se départir de la ligne politique ijue dés le commencement il s'était tracée. Alors, comme en présence de l'occupation des Principautés du Danube, il s'est rencontré dans les mômes vues avec le gouvernement de Sa Majesté britannique. Les deux cabinets ont prescrit à leurs escadres de franchir les Dardanelles, et, en ce moment, elles doivent avoir mouillé dans la mer de Marmara.
La paix est l'intérêt permanent des peuples. Pénétré de cette pensée, à la veille d'occuper le trône où l'appelait le vœu du pays, l'Empereur a donné la solennelle assurance de concourir de tous ses efforts à la conservation de la paix, dont l'Europe goûtait avec bonheur le bienfait. Mais cette paix manquerait évidemment de sa condition essentielle, si elle cessait d'avoir pour base l'équilibre nécessaire au maintien des droits et à la sécurité des intérêts de tous.
Telles sont les coilsidéfations qui avaient décidé l'en- Voi de la flotte de Toulon à Salamine et de Salamine à Besika. Telle est encore la pensée qui la guidera dans la nouvelle deslinatioil qu'elle a reçue; tel est le but que
le gouvernement de TEmpereur ne perdra point de vue jusqu à ce que la paix puisse se rasseoir sur les seuls fondements qui la rendent profitable et sûre. Une sem* blable entreprise était digne de réunir les pavillons des deux grands États de TOccident, et de faire naître ainsi le beau spectacle d'une entente parfaite dans Taction comme dans les négociations. Si, d'autre part, les gouvernements qui ont prêté leur concours aux deux cabinets dans la conférence de Vienne ne jugent point nécessaire I de s'associer aux démonstrations maritimes faites dans un intérêt qui leur est commun avec la France et TAugleterre^ Tévidence même de cet intérêt autorise pourtant à penser que leur neutralité ne saurait être de l'indifférence. Si les gouvernements qui disposent des moyens matériels les plus propres à influer sur la marche des événements ont cru devoir se rapprocher du théâtre de Faction, la coopération des deux autres cabinets ne saurait donc être perdue pour les négociations qui devront servir à faciliter la solution du différend.
Tant de circonstances réunies en faveur d'une cause qui est celle de toute TEurope permettent d'envisager les éventualités avec sécurité et d'attendre le résultat avec confiance (4).
Le second article, daté du H novembre, s'exprimait ainsi :
'^1) .ÏÏohileur du '2(j octobre.
La question qui s'agite entre le cabinet de Saint-Pëtersbourg et la Sublime-Porte est aujourd'hui bien connue, et les proportions qu'elle a prises, en dépit des loyaux efforts de la diplomatie européenne, ne changent pas son origine.
L'affaire des Saints-Lieux de Jérusalem terminée, M. le prince Menschikoff a réclamé, au nom de son gouvernement, certaines garanties pour le maintien des privilèges de rËglise orientale. Ces garanties avaient uniquement trait à l'avenir; aucun fait précis, aucune plainte du patriarche de Constantinople, n'avaient, d'ailleurs, été allégués à l'appui de la demande de M. l'ambassadeur do Russie, et la Sublime-Porte venait de confirmer sponta- i nément, par un khatti-chérif émané du Sultan, toutes les immunités spirituelles de la communauté grecque. La sollicitude de Sa Majesté l'Empereur Nicolas, pour un culte qui est celui de la majorité de ses peuples, n'avait donc pas d'objet immédiat : néanmoins, la France, l'Autriche, la Grande-Bretagne et la Prusse conseillèrent à la Sublime-Porte d'y répondre par des assurances compatibles avec la dignité du Sultan et l'intégrité de ses droits souverains.
La conférence de Vienne avait cru trouver une formule de rédaction satisfaisante pour les deux parties. Le Divan opposa à ce projet de Note des objections que les puissances regrettèrent, mais dont elles crurent toutefois devoir tenir assez de compte pour engager le cabinet de Saint-Pétersbourg à les admettre. Non-seulement ce cabinet s'y refusa, mais les explications dans lesquelles
M. le comte de Nesselrode est entré, pour motiver le rejet des modifications proposées par Réchid pacha, ont été dételle nature, que la France, rAutriche, la Grande- Bretagne et la Prusse ont reconnu, d'un commun accord, qu'il ne leur était plus possible de recommander à la Porte Facceptation pure et simple de la Note de Vienne. C'est dans ces circonstances que Sa Majesté le Sultan n pris le parti de déclarer la guerre. Ce souverain a agi dans la plénitude de sa responsabilité; mais il n*est pas eisact de dire, comme le fait le manifeste russe, « que les principales puissances de TEurope aient vainement cherché, par leurs exhortations, à ébranler Taveugle obstination du gouvernement ottoman. » Les principales puissances de TEurope, et particulièrement la France et TAngleterre, ont, au contraire, reconnu que si leur action conciliatrice n'était pas épuisée, Tarrangement n intervenir ne devait plus être conclu à des conditions dont le cabinet de Saint-Pétersbourg s'était chargé lui-même de démontrer le danger. ^
Le manifeste se termine en disant qu'il ne reste plus à la Russie, provoquée au combat, qu'à recourir aux armes pour forcer la Turquie à respecter les traités; mais il n'indique pas les clauses de ces traités que la Porte aurait violées.
Par le traité de Kutchuk-Kaïnardji, la Porte s'est engagée à protéger le culte chrétien dans toutes ses églises : les adresses que les communautés arménienne et grecque viennent de remettre au Sultan attestent leur reconnaissance pour les bienfaits récents de Sa Hautesse. Le traité
d'Ândrinople consacre en faveur des principautés de Moldavie et de Valachie des avantages et des privilèges que la Porte a respectés au point de ne pas rappeler les hospodars Stirbey et Ghika, qui quittent aujourd'hui le pouvoir, non devant un firman du Grand-Seigneur, mais devant des ordres de M. le général prince Gortschakoff, que leur loyauté de sujets du Sultan ne*leur permettait plus d'exécuter.
Le mc^me traité d'Andrinople pose le Pruth pour limite aux deux empires ; le Pruth a été franchi, en pleine paix, par une armée russe. En passant le Danube à leur tour, les Turcs ne prennent pas Toffensive, c'est le territoire ottoman, tel qu'il est déterminé par les traités, qu'ils essayent de défendre contre une agression dont la date remonte à plusieurs mois.
Notre intention ne saurait être d'entrer ici dans une polémique inutile, mais il nous a paru indispensable de rétablir, comme nous la comprenons, la vérité des situation^
Dans le même temps (10 novembre), T Autriche et la Prusse déclaraient leur neutralité au sein de la diète germanique ; Tenvoyé de Prusse ajoutait que son gouvernement, eu employant toutes sesi forces, de concert avec les cours de Vienne, de Paris et de Londres, pour amener une entente à l'amiable, continuerait 5 uiilisn la liberté de résolution qu'il s'était réservée jus^
qu'ici. Cette double déclaration fit tomber bien des bruits et bien des hypothèses hasardées dans ces derniers temps. L'Autriche diminuant Tefkciit de son armée, et insistant sur son intention de garder une neutralité rigoureuse aussi longtempsqueses intérêts particuliers ne seraient pas atteints ; la Prusse se déclarant hautement indépendante de toute influence et de tout engagement antérieur, et prétendant n'intervenir que quand et comme elle le jugerait opportun : c'était un démenti donné à toutes les suppositions qui s'étaient produites à la suite des conférences d'Olmûtz ; c'était la preuve que TAutriche et la Prusse, si elles n'étaient pas disposées à s'associer aux démonstrations de la France et de l'Angleterre en faveur de la Turquie, ne cesseraient pas, du moins, d'agir en vue de cet intérêt européen qui domine les considérations et les liens de nation à nation, et qui veut préserver, dans l'indépendance de l'Empire ottoman, l'avenir et l'équilibre des Ëtats modernes (1).
(1) Ces lignes étaient composées lorsque parut la noie du Moniteur du 8 décembre^ portant qu'un protocole avait été signé, le 5, à Vienne, entre les représentants des quatre cours, dans le but de travailler de concert au rétablissement de la paix, en prenant pour baee le maintien âp. Vinlégrité territoriale de VBmpire ottoman.
Pendant ce temps*là les événements militaires marchaient à ^ands pas. La réponse du prince GortschakofT à la sommation d'Orner pacha donnait le droit à la Porte d'ouvrir sur-le-champ les hostilités, sans même attendre l'expiration du délai fixé au 25 octobre. Néanmoins, sur une démarche des représentants des quatre cours médiatrices à Constantinople, te Divan envoya l'ordre à Omer pacha, le 21, de rester sur la défensive jusqu'au ^l""" novembre. Dans le cas, néanmoins, où les hostilités auraient déjà commencé, cet ordre devait être considéré comme non avenu.
Or, le 23, le jour même de Texpiration du délai, un engagement avait eu lieu à Isatcha, petite forteresse turque située sur la rive gauche du Danube, entre Ismaïl et Reni sur l'autre rive. Deux bateaux à vapeur et une petite flottille de chaloupes canonnières russes, ayant tenté de remonter le fleuve avec l'intention évidente de gagner Galatz, au delà de Fembouchure du Pruth, essuyèrent un feu très-vif de la forteresse. Le même jour une rencontre avait eu lieu entre une compagnie de soldats égyptiens et deux compagnies russes, non loin de Turtukaï. D'un autre côté, le 3^ octobre, avant que l'on eût
- 257 ~ pu recevoir à Saint-Pétersbourg la nouvelle de ces escarmouches, le Czar avait lancé son manifeste. La guerre était bien et dûment déclarée.
. Le 2 novembre, les Turcs passèrent le Danube sur plusieurs points, et occupèrent une partie de la petite Yalachie. Le 4, ils battirent les Busses à Oltenitza, petit village situé près du confluent de l'Ârgis, à huit heures seulement de Bukarest. Depuis lors, la saison avancée et les pluies torrentielles qui sont survenues les ont forcés à reprendre leurs positions sur la rive droite du Danube, tandis que les Russes, de l'autre côté, se sont repliés à quelque distance dans rintérieur. Malgré cela, une division ottomane a continué d'occuper Kalafat, d'où elle observe la petite Yalachie.
£n Asie, la campagne s*est ouverte sous des auspices encore plus favorables pour les Turcs. Le 28 octobre, le jour même où la division d'Ismail pacha passait le Danube à Kalafat, l'armée d'Anatolie, commandée par Âbdi pacha, a débuté par l'attaque et la prise du fort de Saint- Nicolas (Schekwetil), à cinq milles de Batoum. Une grande fermentation règne depuis ce temps dans le Caucase, où les généraux ottomans ma-
~ 558 — nœuvrent de manière à relier l(Mir action à celle fie Chamyl.
En dehors des opérations militaires, des incidents graves, quoique prévus, se sont produits dans les Principautés. Nous avons vu précédemment que les hospodars avaient annoncé l'intention de rester à leur poste aussi longtemps que la présence des autorités russes n'entraverait pas leur liberté d'action. L'attente ne fut pas de longue durée : dans la nuit du 28 au 29 octobre, le prince Stirbey quitta Bucarest pour se rendre à Hermanstadt, et de là à Vienne, après avoir délégué le gouvernement de la Principauté au conseil d'administration, sous la présidence du grand ban Filipesco.
La lettre par laquelle Thospodar notifia sa résolution au cx)nseil était ainsi conçue :
L'état actuel des choses nous commande de nous éloigner temporairement de notre Principauté. Nous confions jusqu'à nouvel ordre le gouvernement du pays au conseil d'administration. Son Excellence le premier boyard, grand ban Filipesco, président de ce conseil, s'entendra avec les États des départements pour que les affaires ne soient pas interrompues et que raclivité sojt
entretenue. Les affaires extraordinaires seront soumises au conseil d'administration pour qu'il donne son avis.
Signé : Dihitbi Stiubey.
Le lendemain matin, 29, le prince Gorlschakoff adressa une circulaire à tous les agents des puissances étrangères à Bucarest, dans laquelle il les informait que « Son Altesse Sérénissime s'était provisoirementtlémise de la direction du gouvernement, et qu'elle avait cru devoir prendre cette résolution à cause de T espoir nouveau et plus sérieux des affaires politiques dans les Princfpautés. » Le même jour (50 octobre), rhospodar de Moldavie quitta à son tour Jassy après avoir remis également les rênes du gouvernement aux mains du conseil d'administration extraordinaire.
L'acte d'abdication provisoire de Thospodar de Moldavie était ainsi conçu :
Alexandre Ghika, hospodar de la Moldavie, au conseil d'administration extraordinaire :
Notre position étant incompatible avec Télat actuel des choses amené par des événements graves, nous considérons comme un devoir de remettre les rênes du gou ver-
nement aux mains du conseil d'adaiinistration extraordinaire. Nous rinvitons à accomplir collectivement et individuellement la tâche que nous lui confions sous sa responsabilité jusqu'à nouvel ordre.
Jassy, le 18 (30) octobre 1853.
Signé : Grégoire-Alexandre Grikà«
Après le départ des hospodars, le prince Gortschakoff s'empara de toutes les sommes déposées dans le trésor ; les administrateurs reçurent l'ordre d'expédier à Bucarest le contenu des caisses communales ; les milices furent incorporées dans l'armée russe ; la loi martiale fut proclamée, et l'autorité russe fut seule obéie dans toute l'étendue des deux Principautés.
Le 21 novembre, M. Poujade, agent et consul général de France dans les Principautés de Valachie et de Moldavie, quitta Bucarest pour se rendre à Galatz, et de là à Constantinople. Les dernières correspondances de Bucarest annoncent également le prochain départ de M. Colquhoun, consul général d'Angleterre.
Nous n'entrerons pas dans le détail des faits accomplis durant cet intervalle à Constantinople. Nous relaterons toutefois deux incidents qui pa-
raissent de nature à influer sur la marche ultérieure des événements.
Le premier est la résolution annoncée par le Sultan d'ouvrir en personne la campagpe prochaine. Cette résolution a été notifiée à la Sublime-Porte par un khat impérial, en date du 28 mouharem (31 octobre), adressé, suivant Tusage, au grand vizir, et lu, le même jour, par Réchid pacha en séance solennelfë (1). Voici comment s'exprime le Sultan :
Je ne puis me louer assez du zèle et de l'enthousiasme de mes troupes, du dévouement et de la fidélité de tous mes fonctionnaires, sentiments que mes sujets, en général, n*ont cessé, à l'occasion de tous les préparatifs qui ont eu lieu, de me témoigner depuis le jour où la probabilité de voir aboutir à la guerre le différend survenu entre mon gouvernement impérial et la Russie a acquis de la gravité.
(i) Le lendemain Réchid pacha communiqua ce khat aux légiitions par la lettre suivante :
« J'ai l'honneur de vous rcmcltre copie du khatti-chérif autographe impérial qui a été envoyé à la Sublime-Porte, pour annoncer la haute décision prise par Sa Majesté, notre glorieux souverain, de se rendre à Ândrinoplc, avec l'aide de Dieu, au commencement du printemps, par suite de la guerre actuelle.
c Je saisis, etc.
€ Signe: Récuiu. >
Quant à présent, l'état de guerre étant un fait certain, jo no doute nullement que chacun ne prête, à Tavenir, son concours avec plus d'empressement, et ne remplisse son devoir.
La véritable cause de cette guerre ne consistant que dans la louable résolution de préserver les droits sacrés et l'indépendance de mon empire, appuyé sur la toutepuissance du Créateur de toutes choses, et invoquant l'esprit saint de notre Prophète, j'ai décidé de me trouver, avec r^ide de Dieu, présent à l'accomplissement d'un pareil devoir dans les premiers jours du printemps.
11 est, par conséquent, opportun de pourvoir, dès à présent, aux préparatifs que mon cortège exige, et, comme le prunier quartier général de ma garde sera fixé à Ândrinople, il est urgent que tout ce qui est nécessaire aux troupes qui seront sous mon commandement y soit préparé à l'avance.
Tu dois donc, d'accord avec tous mes ministres, t'empresser de mettre en œuvre toutes les mesures opportunes.
Que le Très-Haut, par amoui* pouf son saint Prophète, rende, en toute circonstance, mon empire victorieux et triomphant, et que tous ceux qui Contribuent au succès de cette tâche puissent obtenir le bonheur dans ce monde et dans l'autre !
Par suite de cette décision, qu'il faut juger cil tenant compte de la diiïérencc des mœursj
lies coutumes et des formes de langage particur lieras aux Orientaux, Abdul-Medjid a pris le titre de ghazi. Ce mot, que l'on traduit improprement i^BLVvictorieux^ signifie simplement celui qui fait la guerre. Tout mpsulman qui prend part à la guerre s'appelle ghazi, par opposition à celui qui reste dans ses foyers et qui s'appelle mntekaïch
Le second incident est la réponse du Sultan au discours que lui a adressé le général Baraguey d'Hilliers en lui présentant ses lettres de créance (1) (10 novembre).
Le général a dit :
Sire,
J'ai rhonneur de présenter à Votre Majesté les lettres de créance de Sa Majesté Impériale, mon auguste souverain, qui m'accréditent auprès de la Sublime-Porte en qualité d'ambassadeur.
Dans les circonstances difficiles où se trouve le gouvernement ottoman, je suis heureux d'avoir été choisi par Sa Majesté l'Empereur Napoléon pour renouveler à Sa Majesté Impériale le Sultan Tassuranee de son amitié,
(1) Par décret du 28 octobre, le général comte Baraguey-rrUillicrs a été nommé ambassadeur de France près la Porlc-OUomane, ou remplacement de M. ilcLacoiif ,
f^ France est b plu> ancienne, la plos désintéressée des alliées de b Soblime^rte. Sa sincérité ne saurait être mise en doale.
La France ne craint pas b gnem. Fidèle à l'esprit de ?ia mission, ré?élée par FEmpereor Napoléon lui-même, la France veut la paix, mais elle b veut durable, loyale, honorable pour elle et ses alliés.
Dans ce but. Sa Majesté l'Empereur Napoléon, de concert avec sa puissante alliée, la souveraine de la Grande- Bretagne, a envoyé sa flotte en Orient. Confiant dans les assurances réitérées do cabinet de Saint-Pétersbourg, il espère encore que le différend qui s*est élevé entre la Sublime-Porte et b cour de Russie pourra s^aplanir; que ce trouble passager, en posant nettement la question de l'intégrité de TEmpire ottoman, ne fera qu afTermir une indépendance si précieuse à TEurope entière et si nécessaire au maintien de la paix du monde.
Sa Majesté Impériale le Sultan peut compter que Sa Majesté l'Empereur Napoléon, qui comprend si bien les besoins, les sentiments et la dignité de la France, prêtera, dans ce but, son appui à Sa Majesté Impériale le Sultan, et je crois être ici le fidèle interprète de sa volonté en lui en donnant Tassurance.
Je saisis cette occasion d'exprimer à Votre Majesté Impériale Tardent désir de contribuer, de tous mes efforts, au maintien des vieilles et bonnes relations que la Franco a toujours entretenues avec la Sublime-Porte, et je mets aux pieds de Votre Majesté Impériale Thommage de mon profond respect.
]je Sultan a répondu •
Comme toujours je compterai dans la crise actuelle sur l^appui moral et matériel de mes anciens alliés, la France et l'Angleterre. La France, comme le reste de l'Europe, a raison de vouloir la paix. Moi aussi je la veux, mais en tant seulement qu'elle n'affecte en rien ni mes droits de souveraineté, ni Tindépendance de la Turquie. Pour aujourd'hui un arrangement est inacceptable sans l'entier abandon des prétentions élevées par la Russie et sans Tévacuation immédiate et complète des deux Principautés qui sont parties intégrantes de mon empire.
Telle est la série des événements accomplis jusqu'à ce jour. Maintenant que la mauvaise saison a, sinon suspendu^ du moins ralenti les opérations militaires^ et que le Danube coule de nouveau entre les deux armées, la diplomatie se remet en campagne avec Tespoir de changer cet armistice forcé et temporaire en une paix durable. Mais un tel résultat n est guère à espérer quant à présent. L'issue de cette première campagne, si peu décisive qu'elle soit, a pourtant modifié singulièrement la situation respective des deux parties belligérantes. Vaincue, la Russie ne peut plus céder qu*au prix d'une victoire;
la Porte, victorieuse au prix de tant de sacrifices, entend en recueillir le bénéfice. Considérant avec raison que les traités existant entre elle i»l la Russie sont virtuellement abolis par l'état de guerre, elle espère que de la lutte sortira pour elle une situation diplomatique mieux définie, et c'est pour cela que, le glaive fine fois lire, elle ne voudra le faire rentrer au fourreau qu*aulant qu'elle aura obtenu, par la force ou par le droit, les conditions propres à garantir son indépendance complète et absolue.