PRÉFACE IX
Y a-t-il entre ces deux formes d'activité nationale une infranchissable cloison étanche?
En préconisant Tune est-on forcé d'abandonner l'autre? Faut-il se condamner à fermer Toeil droit ou rœil gauche? Ne peut-on point les avoir tous les deux également ouverts?
Je suis pour ma part convaincu que cette distinction tenace, systématique et absolue entre une poHtique coloniale et une poHtique continentale doit être fertile en conséquences néfastes comme toute idée non conforme aux nécessités réelles.
Quand on vient dire « la politique continentale a détruit l'empire colonial de la France » , il faut s'entendre. La France, à la suite de batailles perdues sur le continent, a dû céder son ancien empire colonial. Mais ce résultat prouve-t-il l'antinomie entre la politique continentale et la politique coloniale? Tout au contraire; le fait historique en montre le lien, il établit précisément qu'une France vaincue ou même gravement affaiblie en Europe perd nécessairement ses territoires d'outre-mer.
Que comprend on d^ailleurs par poh tique continentale? Si c'est la poursuite d'un plan politique consistant à annexer la partie française de la Belgique et de la Suisse, je suis complètement
X PRÉFxVCE
d'avis qu'une telle orientation de notre action extérieure serait détestable. On parle français à Genève et à Bruxelles, mais on nous y aime médiocrement. Belges et Suisses veulent rester tels; respectons leur liberté. D'ailleurs aurionsnous intérêt à détruire ces États-tampons? Je ne le crois aucunement.
Maintenant par politique coloniale préconiset-on une acquisition /wrfe/m/ede territoires d'outremer? Alors je proteste a^ec énergie.
M. Pauliat, qui est un colonial, lui aussi, mais un colonial pratique, a établi dans un rapport au Sénat en 1901, qu'en 1897 nos colonies réunies, r Algérie et la Tunisie exceptées, ne contenaient que 4.327 colons. En revanche, il est vrai, elles faisaient vivre 10.097 fonctionnaires, soit un peu plus tVun fonctionnaire par demi-colon.
Ces chiffres me dispensent d'en citer d'autres.
Chacun sait que nous avons d'ores et déjà un territoire colonial énorme, susceptible d'absorber l'activité de plusieurs générations. Sachons donc comprendre que si parfois il faut acquérir pour conserver, que si quelques soudures partielles sont encore souhaitables, la période des grandes acquisitions est à peu prés close et que celle de la mise en valeur commence. Accroître sans mesure nos territoires d'outre-mer.