CR LEE
30 Voies ouvertes pour sortir de l’île à tous ceux qui voudraient le faire sans que les révolutionnaires, après leur soumission, pussent être astreints au service militaire contre leurs amis de la veille ;
49 Organisation politique et administrative de Cuba
sur le modèle de Porto-Rico ;: — accès aux Cubains
dans l'administration locale.
Tout ne fut pourtant pas fini avec la capitulation du Zanjon : les derniers mois de 1878 et les premiers de 1879 furent marqués par des soulèvements et des répressions. Après les dix années de la grande guerre que venait de terminer Martinez Campos, on eut, dans les provinces orientales, la guerra chiquita, la petite guerre, qui fit la réputation du général Polavieja ; et après la guerre chiquita elle-même, on eut plutôt des trêves que la paix.
En 1880, l'Espagne fit cependant un effort sincère et promulgua des réformes importantes : l'esclavage fut définitivement aboli dans l’île ; furent munies de Conseils municipaux élus ; d’autres Conseils locaux furent institués pour délibérer sur l’administration de la Grande Antille, à laquelle on rendit aussi sa représentation aux Cortès. Néanmoins, le bénéfice que l'Espagne tira de cet effort réformateur ne fut pas aussi grand qu’on aurait pu le présumer : le gouvernement de Madrid eut, en effet, le tort de conserver les cadres de l’ancienne administration, et les gouverneurs et les subordonnés continuèrent les vieilles pratiques de l’exclusion systématique des emplois publics, des créoles cubains. En outre, on mit à la charge du budget spécial de Cuba tous les frais occasionnés par
les villes cubaines
par
la guerre de Dix Ans et spécialement la charge des emprunts contractés pour cette guerre par l'Espagne: en sorte que les Cubains payèrent les frais de répression d’une insurrection avec laquelle ils avaient toujours sympathisé. De tout ceci résulta une accalmie apparente qui, loin de lui profiter, fut, en réalité des plus préjudiciables à la Métropole ; car, tandis que les gouverneurs de Cuba, leurrés par ce calme trompeur, se laissaient aller à un optimisme proche de l’aveuglement, les insurgés, au contraire, qui ne s’abandonnèrent jamais, préparèrent d'autant mieux leur prochaine insurrection. Et comme, dans la crainte que sa sévérité ne passât pour une provocation, le cabinet de Madrid venait de rappeler le clairvoyant général Polavieja, signataire d’arrêtés d'expulsion contre Maceo, Crombet et autres agitateurs ; l’audace des révolutionnaires ne connut plus de limites : la propagande séparatiste se fit désormais publiquement, tout lui devint une chaire : elle eut ses journaux jusqu’en de toutes petites villes, et ses sergents recruteurs jusqu'en des recoins ignorés; en sorte que la domination espagnole demeura à Cuba aussi précaire que par le passé, et l’insurrection nouvelle qui éclata en 1895 ne fut que la floraison de cette agitation cachée.