‹ La Question de Cuba: Au point de vue du droit internationalChapitre 16 sur 64 · A0 ES · texte numérisé non relu

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résolut d'envoyer un garde-côte cuirassé, le Maine, dans les eaux de la Grande Antille. L'Espagne protesta aussitôt que c'était là un encouragement aux insurgés ; mais les Etats-Unis répondirent, avec raison quant à la forme, qu’un navire n’était pas une flotte, que le port de la Havane était ouvert à tous, et enfin, qu’on avait toujours admis en cas de troubles l’envoi par les divers Etats, de forces navales, pour protéger leurs nationaux. Là-dessus, le Maine se rendit à la Havane. Il y était à peine depuis une quinzaine de jours, quand brusquement, le 16 février, il fut victime d’un explosion violente et sombra sur place en un instant, faisant 250 victimes sur 400 hommes d'équipage. Au début, on ne vit là qu’une catastrophe purement accidentelle : les Américains présents sur les lieux, notamment le consul Lee, si hostile pourtant à l’Espagne, envoyèrent des dépêches dans ce sens, écartant absolument toute idée de malveillance. Le Gouvernement Espagnol adressa immédiatement des témoignages de sympathie au Gouvernement Américain qui l’en fit remercier par son représentant à Madrid, le général Woodford. Mais, dès le surlendemain, quelques Journaux américains, entraînant avec eux la masse irréfléchie du peuple, commencèrent contre | Espagne une campagne d’insinuations. Aussitôt, le Congrès demanda une enquête sur l’explosion du Maine (1). Dans ce but, le président Mac Kinley nomma une Commission composée de deux sénateurs et de trois

(1) Remarquons que cette demande soulevait une grave question de Droit International: l’enquête américaine pouvait-elle légalement porter sur un fait arrivé dans les eaux territoriales espagnoles ? C’était fort contestable en

droit ; mais en fait, l'Espagne ne souleva pas la question.

EROUe représentants. Les autorités espagnoles demandèrent alors, et obtinrent, non sans difficulté, l'autorisation de faire visiter également la coque du Maine pour effectuer de leur côté une sorte de contre-enquête. Trois hypothèses en effet étaient possibles :

= 19 Ou bien le navire avait sauté de lui-même ;

2° Ou bien il avait été torpillé sur l’ordre des autorités espagnoles ;

39 Ou bien lexplosion était due aux insurgés cubains. |

Les deux Commissions procédèrent séparément à leurs travaux ; mais, comme le Maine reposait par environ vingt mètres de fond, il leur fallut avoir recours à des scaphandriers, des récits desquels elles tirèrent d’ailleurs des conclusions absolument opposées : la Commission Yankee déclara que l'explosion était due à une mine, et elle avait un bon argument : la soute à poudre du Maine ayant été trouvée intacte, le navire n'avait donc pas sauté. Quant à la Commission Espagnole, elle soutenait que le bâtiment avait dû sauter de lui-même : en effet, disait-elle à bon droit, les petites embarcations ancrées près du Maine n’avaient éprouvé aucune secousse lors de l'explosion; or, une torpille les aurait au contraire fortement agités. Selon nous, un explosif avait vraisemblablement été déposé à l'avant, à l’intérieur du bâtiment, près du poste de l'équipage, peut-être par quelque Cubain, désireux d’aider les événements et de forcer une intervention américaine qui, à son gré, ne se produisait pas assez vite (1).

(1) En faveur de notre solution, nous tirons argument : 1°de ce qu'il est

certain d’une part que le Maine n’a pas sauté de lui-même,sa soute aux pou-

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