‹ La Question de Cuba: Au point de vue du droit internationalChapitre 18 sur 64 · MORE · texte numérisé non relu

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»le soin de décider sur les relations à entretenir avec » l'Espagne ».

Le Cabinet de Madrid accepta les secours pour les insurgés (leur en accordant lui-même) et, sur la question du Maine, sollicita un arbitrage. Quant à l’armistice, le pundonor espagnol lui paraissait exiger de ne l’accorder que si les insurgés eux-mêmes le sollicitaient. La guerre devenait inévitable. Les puissances tierces auraient bien désiré l’éviter, mais le Saint-Père seul fit des propositions précises : en souvenir de son intervention heureuse entre l’Allemagne et l'Espagne en 1885 à l’occasion des Carolines, Léon XIIT offrit à nouveau sa médiation, conseillant à l'Espagne d’accorder une amnistie complète aux Cubains ainsi que des réformes politiques importantes ; 1l proposait même de faire de l’île une sorte de principauté autonome à la façon des provinces balkaniques : l’Espagne aurait gardé la suzeraineté nominale, mais pratiquement, l’île eût été indépendante. Le Gouvernement Espagnol etsurtout la Reine régente acceptèrent d’emblée l'offre pontificale ; et, sur cette réponse affirmative, le Pape fit, le 4 avril, faire la même proposition au Président Mac Kinley.

Vers le même moment, les grandes puissances, restées jusque-là à peu près inertes, se décidaient enfin, sur l'initiative de l'Autriche, à joindre leurs efforts à ceux du Saint-Siège, pour assurer le maintien de la paix. Le 7 avril, les ambassadeurs d'Allemagne, Autriche, France, Grande-Bretagne, Italie et Russie, firent une démarche collective auprès du Président de l’Union. Celui-ci se borna à des phrases de remerciement vagues, déclarant que l’importance des intérêts en jeu l’em-

RAT Re pêchait de donner une réponse immédiate. Deux jours plus tard, le 9 avril, les représentants des mêmes puissances effectuèrent auprès du Gouvernement Espagnol une démarche analogue ; après quoi, ayant ainsi satisfait à la politesse internationale, l’Europe ne bougea plus et se fit obstinément neutre dans le conflit de plus en plus certain entre l’Espagne et les Etats-Unis.

Le 9 avril, eneffet, malgré que l'Espagne eut consenti à accorder un armistice, sans demande préalable des insurgés, leur reconnaissant presque ainsi la belligérance, le Président Mac Kinley envoya au Congrès un Message que tout le monde interpréta justement comme une déclaration de guerre prématurée. Dans l’île de Cuba, disait-1l, la guerre se continue d’une façon inhumaine et les combattants tombent par centaines. Il est du devoir des Etats-Unis de mettre fin à ces luttes sanglantes. L'intervention pacifique a été essayée! mais le Gouvernement Espagnol y a toujours systématiquement fait échec ; 1l ne reste donc plus qu’à se résoudre à l'intervention violente. Quatre raisons d’aileurs la justifient :

Les Etats-Unis doivent, au nom de Dieu et de l’humanité, venger l'humanité outragée à leur porte (1);

20 Le commerce américain souffre de nombreux

(1) C’est là le fameux argument de la Christian War de la guerre chrétienne par lequel les Etats-Unis ont voulu justifier leur intervention; notons toutefois qu’il était assez mal choisi, car pour si arriérée, arbitraire,parfois violente avec furie qu’elle fut à l'égard de ses colonies, l’ Espagne y a toujours fait ce que les Etats-Unis, comme d’ailleurs tous les Anglo-Saxons, « race essentiellement exterminatrice » (Sir Charles Dilke), n’ont pas su faire sur leurs propres territoires, elle a su y conserver les races indigènes, elle a su en ban-

nir aussi tout préjugé de races.

RE A dommages par suite de l’état de trouble où se trouve Cuba ;

39 Cet état de choses à Cuba coûte fort cher aux Etats-Unis qui sont obligés d’entretenir un réseau de douanes très serré pour empêcher les expéditions flibustières ;

40 Les nationaux Yankees sont lésés à Cuba et nous leur devons protection, car de cette protection le Gouvernement Espagnol est incapable, témoin la catastrophe du Maine (1).

Et le Président Mac Kinley concluait : «La situation » est maintenant aux mains du Congrès : c’est une res- » ponsabilité solennelle. J’ai épuisé tous les efforts pour »sortir de l’intolérable situation qui est à nos portes. » Prêt à exécuter touteobligation qui m'est imposée par » la constitution et par la loi,j’attends votre décision(2).» Etant donnée l'hostilité du Congrès vis-à-vis de l’Espagne, il était désormais sûr que la guerre allait éclater.

Le 13 avril 1898, l'Espagne répondit par une note découragée : elle protestait une dernière fois contre l'intervention étrangère, ainsi que contre les actes dont

(1) De ces quatre arguments, les trois premiers étaient mauvais, seul le quatrième avait quelque valeur,sans toutefois être suffisant pour motiver une guerre.

(2) Sans vouloir entrer dans l'appréciation détaillée de la légalité d’une semblable abdication (car c’est là une question de Droit constitutionnel),il faut pourtant remarquer, qu’en agissant ainsi,le Président Mac Kinley commettait une incorrection constitutionnelle, la guerre et la mobilisation étant, en effet surtout aux Etats-Unis, du ressort du Pouvoir exécutif. La vérité est que Mac Kinley, comme tout son peuple, voulait la guerre, mais que, sentant l'attitude des Etats-Unis peu justifiable aux yeux du monde civilisé, il voulait

se retrancher derrière la responsabilité impersonnelle du Congrès.

AOSTEE on l’accusait et faisait allusion à l'indifférence des grandes puissances devant l'attaque qui se préparait. Mais cette réponse espagnole n’eut aucune espèce de retentissement. Alors, n’ayant plus aucun doute sur la solution définitive à intervenir, le Cabinet de Madrid pria son ambassadeur auprès du Saint-Siège de remercier le Souverain-Pontife de son offre de médiation devenue impossible ; et le 16 avril, le Pape rendit à l'Espagne toute sa liberté d’action.

Entre temps, les Chambres Américaines retentissaient d’échos belliqueux. Un instant pourtant, la guerre parut ajournée : le Sénat venait, en effet, de rejeter une motion préconisant l’alliance avec la République de Cuba. Mais le lendemain, il vota une résolution par laquelle 1l demandait la cessation immédiate des hostilités à Cuba, autorisant le Président à employer dans ce but les forces de terre et de mer des Etats-Unis. La Chambre des représentants n’accepta pas le texte sénatorial, le trouvant trop modéré envers l'Espagne ; et l’on crut un instant à un ajournement ou à un conflit entre les deux Assemblées. Mais, dans leur désir de la guerre, elles chargèrent une Commission interparlementaire de rédiger un texte commun, et le 19 avril 1898, une résolution conjointe fut votée en termes identiques par les deux Chambres. Le texte de cette résolution, assez long, peut se résumer ainsi : La situation à Cuba est une honte pour les sentiments de tout chrétien ; c’est en outre une injure aux Etats- Unis qui déplorent la perte des braves marins du Maine. Cuba doit être libre et indépendante ; nous n'avons aucune idée de l’annexer, elle se gouvernera elle-même, mais nous exigeons que l'Espagne l’aban-

donne sans délai. Tous pouvoirs utiles sont donnés au Président pour faire exécuter ladite résolution.

S'il avait voulu la paix, M. Mac Kinley eût pu gagner du temps en refusant, comme il en avait le droit de par la constitution, de sanctionner cette motion. Au lieu de cela, il la sanctionna dès le lendemain, et le général Woodford reçut télégraphiquement le texte d’un ultimatum à remettre à l'Espagne, dans lequel trois jours étaient donnés à celle-ci pour retirer de l’île toutes ses troupes de terre et de mer ainsi que tous ses fonctionnaires.

Considérant que la notification de cet ultimatum constituerait pour lui une nouvelle injure, le Gouvernement Espagnol s’arrangea de manière à l’éviter : il signifia, quelques heures avant au général Woodford qué toutes négociations diplomatiques entre l’Espagne et les Etats-Unis étaient désormais rompues, et lui remit ses passeports. En même temps, il adressa, mais en vain, une dernière protestation aux Cabinets Européens.

Le refus de recevoir l’ultimatum, faisait tomber le délai accordé à l’Espagne et entraîna l'ouverture immédiate des hostilités. Elles commencèrent en effet dès le lendemain même, 22 avril, sans déclaration de guerre, par la capture dans le golfe du Mexique de plusieurs navires de commerce espagnols. Toutefois, devant les réclamations unanimes des neutres, dans un Message du 25 avril, le Président Mac Kinley demanda au Congrès de déclarer formellement l’existence de l’état de guerre pour légitimer l’exercice des droits des Etats-Unis comme puissance belligérante. Le Sénat et la Chambre adoptèrent d’urgence le même

jour une résolution conjointe ainsi conçue : « Il est » résolu que la guerre soit, comme elle l’est par la pré- » sente, déclarée exister et avoir existé à partir du 21 » avril inclusivement entre les Etats-Unis d'Amérique » et le Royaume d’Espagne. »

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