PROS
sent étendre leur système à quelque portion des deux continents äméricains sans mettre en danger notre paix et notre bonheur ». Et, de ce principe, il faisait découler deux àffirmations très nettes :
19 La volonté des Etats-Unis de ne plus voir de nouvelles colonies européennes s'étendre sur le sol américain ;
20 Et en revanche l’engagement formel de respecter les anciennes colonies. — Il faut ajouter sans doute : à condition qu’elles ne dussent jamais changer de maître; car en ce qui concerne précisément l’île de Cuba, Calhoun, qui était secrétaire d'Etat à la guerre au moment où le président Monroë publia son Message,en tirait, quelques années plus tard, l'application suivante: «Nous laisserons Cuba où elle est ; ce que nous ne tolèrerons jamais, c’est qu’elle passe en d’autres mains que les nôtres. »
Conciliatrice, pacifique et négative à ses origines, la doctrine de Monroë est peu à peu devenue,sous la poussée des impérialistes Yankees, une véritable machine de guerre contre l’Europe: avec l’habileté propre à leur race, à faire constamment évoluer, même dans un sens absolument contradictoire, l'interprétation de textes dont ils respectent apparemment la lettre, les Américains en sont, en effet, venus par insensibles étapes à pouvoir affirmer que le Message de 1823 est une défense .adressée à l’Europe de coloniser en Amérique, mais qu'il ne lie pas les Etats-Unis, que ceux-ci ne sont donc pas tenus à une politique non-interventionniste, mais qu'ils peuvent au contraire intervenir à leur guise et régenter tout leur continent : Dans la recherche des
AN ooSEs relations des événements de Cuba avec l'interprétation de la doctrine de Monroë, cette évolution historique de la diplomatie américaine va nous apparaître particulièrement suggestive. Aux temps presque héroïques du cinquième Président, l’attitude des Etats-Unis est purement, nous l’avons montré, une politique d’abstention et de réserve de l’avenir : Monroë promet formellement de respecter les colonies européennes existantes, mais il sous-entend bien que celles-ci finiront tôt ou tard par s’'émanciper et devenir indépendantes : ce qu'il importe en cette occurence, c’est qu’une puissance européenne ne vienne pas remplacer celle dont l’autorité défaille. Le sol américain n’est pas plus colonisable que celui de l’Europe, et le progrès doit le libérer progressivement de tout joug étranger. C’est dans cet esprit qu'en 1825, les Etats-Unis exigeaient de l’Angleterre et de la France la promesse de respecter l'indépendance de Cuba quand celle-ci aurait conquis elle-même sa liberté. Puis, une nouvelle étape fut franchie, la doctrine de Monroë fut interprétée comme tolérant l'intervention des Etats-Unis en faveur des insurgés cubains : dès qu’un peuple américain, dit-on dans’ les cercles politiques de l’Union, fait un effort sérieux pour conquérir son indépendance, les Etats- Unis doivent assurer sa libre émancipation en lui faisant accorder une autonomie de plus en plus grande par la métropole : C’est en vertu de cette idée que le gouvernement de Washington intervint sans cesse auprès de l'Espagne pour faire diminuer les pouvoirs des capitaines généraux de la Havane, dont l’autorité despotique portait ombrage au républicanisme amériCain,