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politique intérieure et extérieure de l'Espagne, à la mort du Roi, survenue en 1833 eussent leur contrecoup dans les affaires de Cuba. On pensa donner la possession de cette île en garantie de l’emprunt et de l’aide matérielle prêtée par les puissances amies du gouvernement constitutionnel. Cette fois encore le gouvernement de Washington désavoua toute idée d’annexion, mais en même temps proclama sa ferme résolution de ne tolérer l’intervention d'aucune autre puissance.
Entre temps, se préparant ainsi à s’emparer éventuellement de la Grande-Antille, les Etats-Unis en commencèrent la pénétration économique : les relations commerciales devinrent de plus en plus fréquentes entre les ports cubains et les ports yankees; chose plus grave, des citoyens américains s’établirent en grand nombre à Cuba, notamment à la Havane, et s’y firent naturaliser espagnols, chose que les gouverneurs acceptèrent imprudemment, parce qu’ainsi augmentait le nombre des contribuables. En outre, l’île de Cuba, encore esclavagiste, était convoitée par les Etats du Sud, eux aussi esclavagistes : ceux-ci songeaient, en effet, à balancer le pouvoir grandissant des Etats antiesclavagistes du Nord et de l'Ouest : la Grande Antille annexée, on l’aurait divisée en autant d'Etats que possible et on aurait ainsi sensiblement augmenté le nombre des voix du Sud au Congrès. En sorte que les Etats-Unis en viennent dès lors à considérer Cuba comme devant incessamment devenir leur chose et ils transforment leur maxime : (Cuba ne sera à personne autre qu’à l’Espagne » en celle-ci : « Cuba sera à l’Espagne jusqu'à ce qu’elle soit à nous ». « C’est alors, dit
M. deOlivart (1), qu'on commence à découvrir les premiers symptômes d’un changement dans la politique Nord-Américaine : on parla au Sénat de l’achat de Cuba, et le Vice-Président, M. Dallas, porta un toast à l'annexion de cette colonie espagnole avec celles du Texas, de l’Orégon et de la Californie. »
Aussi, lorsque en 1843 éclata une nouvelle insurrec-tion, celle-ci fomentée par l’Angleterre, le gouvernement de Washington se montra très énergique dans ses réeriminations auprès du Cabinet de Londres, et refusa non moins énergiquement d'intervenir auprès de l’Espagne en faveur des insurgés, estimant que ceux-c1 verraient d’un œil d’autant meilleur ses avances que la métropole leur rendrait la situation plus intenable.
A partir de 1845, Cuba est constamment agitée d’insurrections plus ou moins importantes ; les Espagnols continuèrent à les réprimer très énergiquement, mais sans succès. Le général O’Donnel ayant alors voulu essayer de la conciliation, est désavoué par le gouvernement de Madrid. Bien plus, vers 1850, l'Espagne commet la lourde et injustifiable faute de supprimer le droit de représentation des Cubains aux Cortès : il en résulte que toute une partie de la population créole, restée tranquille jusque-là, se jette aussitôt dans l’insurrection.
Vers la même époque s'était fondée à New-York une association dans le but d'étendre le pouvoir, l'influence et le commerce des Etats-Unis dans tout l'hémisphère occidental, et particulièrement, dans les îles de l’Atlan-
(1) Marquis de OrIVART.— Le différend Hispano- Américain au sujet de la
question cubaine.
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tique et du Pacifique. En réalité, c'était une association fhbustière ; son nom était d’ailleurs symbolique : «la Lone Star » (V Etoile solitaire), allusion à la situation isolée de Cuba, qui, une fois annexée, eût été l’occasion de l’adjonction d’une nouvelle étoile au drapeau des Etats-Unis. Cette association était richement subventionnée par les financiers yankees et aussi, mais secrètement, par le budget fédéral. La Lone Star possédait une flotte de forceurs de blocus qui livraient combat aux croiseurs espagnols et ravitaillaient les insurgés en armes et munitions. Néanmoins, malgré ces procédés, la puissance espagnole tenait encore bon.
C’est alors que, emporté par le courant de l'opinion, le Président des Etats-Unis, M. Taylor, crut opportun de faire la première proposition d’achat de l’île de Cuba, la seule d’ailleurs qui ait été faite en forme officielle. Le 17 juin 1848, son secrétaire d'Etat, M. Buchanan chargea M. Saunders, ministre américain à Madrid, de faire des ouvertures dans ce but au Président du Conseil, Narvaez, et au ministre d'Etat, le marquis de Pidal. Les instructions adressées à M. Saunders lui recommandaient de-ne rien écrire et de tout traiter verbalement ; quant au prix d’achat, il devait être le plus bas possible, sans pouvoir dépasser la somme de 50 millions de dollars (250 millions de francs). La première entrevue fut des plus fraîches et le Président du Conseil, Narvaez, jeta presque Saunders à la porte. Mais ce dernier insista, fit de nouvelles visites, si bien que, pour s’en débarrasser, Narvaez le renvoya au ministre d'Etat, le marquis de Pidal. La conférence avec celui-ci eut lieu le 18 août à la Granja. L’ambassa-
He Ur deur des Etats-Unis expliqua que son gouvernement était prêt à garantir la possession de Cuba à l'Espagne; mais 1l ajouta que, cette garantie pouvant l’exposer à des hostilités avec la Grande-Bretagne, il préférait acquérir l’île pacifiquement et que, pour cette raison, il offrait de l’acheter. Pidal répondit que Pile ébait calme et possédait en tous cas des forces suffisantes pour se défendre : que jamais ni son gouvernement, ni aucun autre, n1 le pays lui-même n'écouteraient une proposition quelconque de cession. Malgré cet échec, le ministre américain revint encore sur sa proposition faisant observer que 50 millions de dollars feraient bien dans le Trésor espagnol ; mais il lui fut répondu « que » l'honneur de l'Espagne ne se pesait pas à prix d'argent, » qu'au surplus, si grande que fût la somme payée, » l’opinion ne croirait jamais qu'elle profiterait à la » nation, mais au contraire qu’elle serait empochée par » les ministres », et Narvaez ajouta «que toute la nation » aimerait mieux voir son île engloutie dans l'Océan que » transférée à une autre puissance ». Saunders quitte alors l'Espagne pendant quelques mois ; puis, il revient sur l’ordre du Président Polk : une fois de plus le gouvernement de Madrid refusa de céder Cuba ; et, ce quiirrita encore plus les Etats-Unis, refusa d’accorder la moindre autonomie aux Cubains, tant que ce seraient les Etats-Unis qui la réclameraient pour eux.
Quelques semaines après l’échec des négociations américaines, les insurrections reprirent, secrètement encouragées par les Etats-Unis.
Sans doute officiellement, le gouvernement de Washington avertit la junte cubaine d’avoir à modérer ses
Rs ardeurs, mais en réalité, il lui laissa pleine liberté : c’est ainsi notamment qu'il laissa émettre publiquement des bons financiers remboursables par la République de Cuba. Ces bons furent plusieurs fois souscrits; seulement comme provisoirement ils ne rapportaient rien, on entreprit d'organiser une expédition dans le but de créer la République cubaine. Les croisés de la Lone Star avaient trouvé un chef dans l’ex-général espagnol Narciso Lopez, qui avait été sénateur et même gouverneur de Madrid : Il prépara la première expédition à Round-Island. Le Président des Etats-Unis, pris de scrupules, fit savoir que l’expédition ne pourrait pas compter sur sa protection en cas de répression de la part du gouvernement espagnol ; cela suffit pour tout arrêter momentanément. L’année suivante Lopez et les siens revinrent à la charge : cette fois l’expédition s’organisa dans l’île mexicaine de Muvères, mais
tous ses éléments lui venaient des Etats-Unis; elle arriva à Cardenas le 17 mai 1850; poursuivie par les autorités espagnoles, elle dut aussitôt se rembarquer, non toutefois sans avoir eu le temps de piller la
caisse publique.
Iei intervint une seconde tentative de garantie de la possession de Cuba, intéressante parce que l'Espagne en prit l’initiative : la brouille Hispano-Anglaise venait alors de prendre fin ; aussi, le 15 juillet 1850, le marquis de Pidal envoya aux ministres espagnols à Paris et à Londres une circulaire, dans laquelle 1} faisait remarquer qu'il s'agissait depuis longtemps de l’annexion de Cuba aux Etats-Unis ; elle ajoutait que les expéditions s'étaient formées avec l’acquiescement
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du gouvernement de l'Union ; car, observait-elle, s’il avait existé chez ce gouvernement une volonté sérieuse de les empêcher, elles ne seraient. jamais sorties des ports de l'Union.
On ne fit pas mauvais accueil à ces ouvertures et peu après le Cabinet espagnol précisa mieux son plan : l'Espagne , la France et la Grande-Bretagne devaient se garantir réciproquement leurs possessions en Amérique contre toute agression. Mais, lorsqu'il connut ce plan précis, le ministre anglais Palmerston, commença à se refroidir de son zèle premier et, après diverses tergiversations, il finit, en décembre, tout en protestant de sa sympathie pour l'Espagne, par refuser formellement son adhésion. « Ainsi, dit M. de Olivart (1), s’acheva cette négociation qui aurait pu faire reconnaître à la question cubaine son caractère d’affaire concernant l’Europe autant que l'Espagne, et destinée, comme telle, à être traitée par l’Europe tout entière.»
Un procès fut intenté aux membres de l’expédition de Cardenas, mais on ne put trouver un jury qui sût se mettre d'accord sur la culpabilité selon les lois fédérales. Aussi Lopez et ses compagnons en furent en quelque sorte encouragés et ils tentèrent aussitôt un nouvel exploit : ils partirent au mois d'août 1851. Le gouvernement de Washington avait bien officiellement donné l’ordre d'arrêter lexpédition, mais la douane américaine ne parvint pas soi-disant à en empêcher le départ. Débarqués à Playitas, à 30 milles de la Havane,
(1) Marquis de OLrrvarT. — Le différend Hispano- Américain au sujet de la
question cubaine.
ces « Pionniers de la liberté » arrivèrent trop tard pour être secondés par le mouvement intérieur qui devait les aider. Défait à la bataille de las Pozas, non sans avoir pu se croire un instant victorieux, Lopez fut fait prisonnier et peu après fusillé, ainsi que 50 de ses partisans, lesquels étaient tous, moins 2 ou 3, des sujets américains.
Très ému, le marquis de Pidal envoya aux chancelleries européennes une circulaire dénonçant les tentatives des Etats-Unis pour voler Cuba à l Espagne.
Les Cabinets européens firent bon accueil à cette note, et spécialement l’Angleterre et la France envoyèrent des bâtiments de guerre dans les eaux de la Havane sous prétexte d’assurer la protection de leurs nationaux, mais en réalité pour empêcher les Etats- Unis d'envoyer une escadre, chose qui aurait surexcité les insurgés cubains. Grâce à l’appui de ces deux puissances, l'Espagne obtint du Vice-Président Fillmore, élevé à la présidence par la mort récente de Taylor, le désaveu formel de l’expédition Lopez, et la reconnaissance qu’elle était restée dans son droit en châtiant ces étrangers venus sur son territoire pour attaquer sa souveraineté légitime. En revanche, le Cabinet de Madrid consentit à gracier ceux desflibustiers quin’avaient pas encore été exécutés.
Néanmoins, les Etats-Unis ne perdirent pas de vue Cuba : ils avaient été très émus de l'envoi de navires de guerre français et anglais à la Havane : ils craignaient que. la France ou l’Angleterre ne se fit céder Cuba par l'Espagne. Aussi, en octobre 1851, le Cabinet de Washington envoya-t-1l une note au gouvernement