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Quant au gouvernement espagnol, il déclara solennellement aux Cortès que «la vente de Lis serait celle de.la dignité nationale ».
C'était la faillite du plan de Soulé. Ayant démissionné, il retourna d’ailleurs immédiatement aux Etats-Unis reprendre sa campagne annexionniste.
Pendant ces négociations,et comptant, mais à tort, nous l’avons vu, que le gouvernement fédéral serait trop heureux, au cas où elles échoueraient, d’avoir un prétexte d'intervention, les juntes révolutionnaires cubaines avaient activement préparé une nouvelle insurrection; mais novices encore dans l’art des conspirations, elles employèrent pour correspondre avec Quitman, le chef du futur mouvement, un certain Rodriguez, ancien détenu au presidio de Ceuta, où plusieurs conjurés, jadis envoyés là comme prisonniers politiques, l’avaient rencontré. Ce Rodriguez, instruit de tout dans les moindres détails, alla dénoncer au gouverneur espagnol le complot prêt à éclater, et lui remit les noms, les adresses et les preuves. Les Cubains les plus compromis, Ramon Pinto et Estrampe, payèrent de leur vie leur imprudence et la trahison de Rodriguez. Cette énergique répression eut pour résultat d'assurer à Cuba une trève de 14 à 15 ans de tranquillité matérielle, sinon de paix morale, trêve qui ne prit fin que par la Révolution du 10 octobre 1868.
Cependant, durant ce temps d’accalmie, la doctrine américaine sur Cuba se détermine encore plus nettement dans le sens de la conférence d’Ostende : Arrivé à la présidence de l'Union, Buchanan, l’un des signa-
Le Rs taires de l’acte de 1854, déclara, dans son Message de 1858, que le droit de la propre défense (self-preservation) exigeait l'acquisition de Cuba, sous le prétexte qu'on y pratiquait encore la traite. « Dans ces condi- » tions, dit-il, cette île est une source constante d’outra- » ges et d’ennuis pour le peuple américain. Noussommes » obligés, comme la Grande-Bretagne de maintenir des » forces navales considérables sur la côte africaine, et »nous n'aurions pas eu de démêlés avec cette puissance, » si l’île espagnole n’était pas une foire à esclaves.» Il essayait aussi de convaincre l’Espagne que le marché proposé n’était contraire ni à son orgueil ni à ses intérêts, et dans ce but, il rappelait la cession de la Louisiane par Napoléon.
Le rapport du Sénat, rédigé en réponse au Message du Président, approuva l'ouverture d’un crédit pour l’acquisition de Cuba, mais se fonda, non plus comme Buchanan, sur le droit de self preservation, mais sur la faculté qu'ont les nations fortes de s’agrandir et de se développer.
L'achat n’ayant pu avoir lieu, quelques années plus tard, dans son Message du 3 décembre 1867, le Président Johnson revint encore à l’assaut, rappelant aux oublieux que l’acquisition de Cuba était toujours l’un des buts de la politique yankee, et il invoquait pour cela des raisons stratégiques : « Nous avons besoin, disait-il, d’un poste naval entre nos côtes de l’Atlantique et celles de l’Europe. »
« Ce document, dit M. de Olivart (1), à la savante
(1) Marquis de Orrvarr. —Le différend Hispano-Américain au sujet de la
- question cubaine.
RS Tes publication duquel il faut toujours se référer en ces questions, ce document complète la formule de la tradition américaine au sujet de l’acquisition de Cuba : de l’ensemble de l’acte d’Ostende, des Messages de Buchanan et de Johnson, et du rapport du Sénat sur le Message de Buchanan, se déduit une doctrine fort claire : on ne dit plus avec Monroë : La souveraineté de l’Espagne est légitime dans ses colonies, nous la respectons et la respecterons toujours ; — on ne dit même plus comme Everett en 1852 : Cubaseraà l’ Espagne ou à nous, mais non à d'autres ; — on dit franchement : Un jour ou l’autre, Cuba sera à nous. Toutefois 1l est remarquable que, avec une unanimité presque complète, on exclut la guerre comme moyen d'acquisition de Cuba, à moins qu'une éventualité quelconque (traité, révolution anarchique, intervention d’une troisième puissance, insultes au pavillon ou aux citoyens des Etats- Unis, etc., etc.) ne vienne justifier la main-mise des Etats-Unis sur Cuba, en cas de refus de vendre ; et cette attitude est absolument irréprochable devant le droit, car elle ne rentre pas dans son domaine.»