PREMIÈRE PARTIE
Galileo Galilei, que dans la langue française
nous nommons Galilée, naquit le 18 février 1564
à Pise, où se trouvaient alors sa mère, Giulia
Ammanati, et son père Vincenzo Galilei, issu
d'une famille noble de Florence. Après avoir
fait ses premières classes dans cette dernière
ville et avoir achevé ses humanités et sa logique
au monastère de Vallombrosa où il revêtit un
instant Thabit de novice*, le jeune Galilée fut
* M. Selmi : 1* append. aiVc/ trecentesimo natalizio di Galilei. Pise, 1864. Lettre de Diego Franchi, moine camaldule, contemporain de Galilée.
inscrit le 5 novembre 1581, poursuivre les cours de physique et de médecine à TUniversité de Pise. Eh 1585, il revint à Florence pour étudier les mathématiques.
M. Alberi a établi pour la première fois, d'après une lettre au P. Clavius, en date du 8 janvier 1588, la certitude d'un voyage de Galilée à Rome en 1587 ; deux ans après, en 1589, Galilée, âgé de vingt-cinq ans seulement, mais recommandé par le cardinal del Monte, était nommé par le grand-duc de Toscane professeur de mathématiques à l'Université de Pise.
L'esprit observateur, vif, ardent et plein de sagacité du jeune professeur, l'amena souvent à contrôler, à discuter et à réfuter les doctrines scientifiques d'Aristote. U posa dès lors les principes nouveaux de la dynamique et de la mécanique, et par ces principes, plus encore que par ses découvertes au moyen du télescope, il hâta les progrès de l'astronomie. Mais en adoptant, en démontrant de nouvelles théories sur la philosophie naturelle, Galilée heurta de front et sans aucun ménagement renseignement suivi dans les écoles, je veux dire, ces doctrines péripatéticiennes, acceptées à celte époque par l'immense majorité des savants. Ce fut la cause de sa renommée ; mais comme ce fut aussi la cause de
ses tribulations, il est nécessaire, dès le pr^ fflier moment, de se rendre compte de la situation des esprits» de la direction imprimée aux ëtodes, et des' passions qui agitaient alors les intelligences.
Les ouvrages d'Aristote, devenus depuis près de cinq siècles le fondement de la science hninaine, avaient à la fois rendu un service et créé un danger : rendu un service, en présentant une sorte de résumé des connaissances humaines, une vaste encyclopédie dont les éléments travaillés, rejetés ou acceptés, en tout cas épurés et christianisés par les Pierre Lombard ou les Thomas d'Aquin, trouvaient leur emploi dans leurs Sommes immortelles; créé un danger, en offrant aux Scot, aux Roscelin et autres sophistes plus vulgaires encore, une quantité d'idées fausse» que leur intelligence accepta sans conteste. Re jeter les idées fausses, n'accepter que les idées vraies, telle était la difficulté, et nous voyons par l'histoire de la philosophie au moyen âge que souvent, malgré les avertissements des papes et les recommandations des docteurs, on ne suft pas toujours la surmonter. Cet engouement pour Aristole, parfois combattu, diminué, mais non arrêté, tant s'en faut, du onzième au seizième siècle, afvait peu à peu entraîné beaucoup
d'esprits en des discussions misérables, en des puérilités qui affaiblissaient les intelligences, car elles les empêchaient de repousser Terreuret de propager la vérité. C'est alors qu'on entendit, dès la fin du quinzième siècle, les protestations souvent éloquentes et l'enseignement réformateur des Vives et des Melchior Cano*. Ce respect illimité pour les doctrines d'Aristote, qui régnait encore au commencement du dix-septième siècle, était devenu un obstacle au progrès scientifique que les réflexions et les observations d'esprits supérieurs faisaient déjà entrevoir. Mais ces esprits devaient triompher, car ils étaient entraînés dans la lutte par la résistance même des idées opposées et par ce travail intellectuel, latent, mais continu, dont les résultats, longtemps cachés, allaient apparaître.
En effet, l'idée chrétienne, avec ses idées positives de surnaturalisme, avait créé une métaphysique sublime; associée aux débris de la science antique, elle les avait peu à peu usés et détruits par son contact. Ce résultat, imprévu d'abord, mais rendu chaque jour plus certain,
* Quelques traits de la situation ont élé indiqués, avec les documents à l'appui, dans une « Mote pour servir à l'histoire delà philosophie et de la littérature aux onzième et douzième siècles d, que nous avons publiée dans les Annales de philosophie chrétienne, mars et avril 1858.
IlECIT DKS FAITS. 9
était remarquable. La décomposition de lascience ancienne au contact du dogme chrétien rend extrêmement intéressante la période de transition qui unit le treizième siècle, époque de la grande science théologique, au dix-septième siècle, époque des grandes conquêtes scientifiques, et dans un espace plus restreint, la renaissance catholique du seizième siècle au concile de Trente, à la renaissance scientifique du dix-septième. Il ne faut point en effet perdre de vue ce fait que : « C'est la grande philosophie, pleine de l'idée de Dieu et de l'infini, sortie à son insu de la sainte impulsion des contemplatifs, c'est cette théologie et cette philosophie qui ont surtout
préparé la voie* » Car, comme l'a dit en un
autre passage le penseur que je viens de citer, « les saints produisent ou sont eux-mêmes les grands théologiens mystiques; les grands théologiens mystiques produisent les dogmatiques profonds et les vrais philosophes ; tous ensemble produisent les savants créateurs même en
* M. Frédéric Morin, Dictionnaire de philosophie et de théologie scolastigueSt t. If p. 67, dans V Encyclopédie théologique de 11. Fabbé Migne. Cf. notre article sur cet ouvrage dans les Annales de philosophie chrétienne, octobre 1858. Catholique alors, M. Morin a développé sur l'histoire de la philosophie plusieurs idées lumineuses : depuis il a été entraîné dans de grands écarts de doctrine.
physique et en mathématique ^ » Voilà les enseignements de l'histoire. Il convenait de les rappeler au commencement de cette étude. On sait à présent pourquoi les temps paient mûrs pour de nouvelles conquêtes intellectuelles et pourquoi ces conquêtes devaient être vivement disputées.
Galilée ne fut pas le premier, mais il fut un des plus illustres de ceux qui, en face des vieux préjugés et de la science d'alors, affirmèrent les nouvelles vérités scientifiques. Dans cette tâche ingrate, il devait soulever et il souleva en effet les terribles colères et du corps des professeurs vieillis dans la doctrine de l'école, et de la foule des écoliers qui, après avoir cru aux paroles du Maître, s'irritaient d'entendre insulter tous ses enseignements et se refusaient à contredire sa vieille théorie. Ils ne comprenaient pas qu'il y avait là une question de forme usée par le temps, que l'esprit avait besoin de s'élever au delà des limites où il s'était enfermé, pour chercher à découvrir les secrets de Dieu, et qu'enfin l'on pouvait marcher d'un pas libre, mais respectueux, ferme, mais prudent, vers les horizons nouveaux où l'idée chrétienne victorieuse conduisait le monde.
* Le R. P. Gratry, Logique^ t. H, p. 96 et 415.
Le système astronomique de Ptolémëe était ta rigoureuse conséquence du système métaphysique d'Aristote. La cosmographie antique était le fruit non d'observations de faits, mais de déductions philosophiques ; aussi ceux qui émirent ahwrs sur la cosmographie des idées nouvelles . durent soulever une double contradiction, la métaphysique régnante déclarait à priori les découvertes absurdes en soi et contraires à la raison, parce que ces découvertes venaient contredire des théories philosophiques que l'on croyait indiscutables. C'est ainsi que la théorie philosophique d'un ciel incorruptible auquel la nature ne pouvait appliquer des lois, empêchait d'admettre la nouvelle doctrine cosmographique où tout était réglé par des lois. S'il ne s'était agi que d'opposer à des faits anciennement crus des observations plus précises, révélant des faits nouveaux, le débat eût été un débat purement scientifique; mais comme il était évident que ces théories anciennes s'appuyaient, non sur des observations scientitiques, mais sur des principes philosophiques', l'opposition à ces théories devait venir du monde philosophique et du monde religieux, alors étroitement unis. Aussi l'opposilion contre les nouveaux observateurs s'éleva d'une part au nom de susceptibilités philosophi-
ques, d'autre part au nom de susceptibilités religieuses. Comme les principes de philosophie naturelle avaient été depuis longtemps appuyés sur différents textes de l'Écrilure, la conviction vint naturellement que la cosmographie exposée . par cette philosophie était conforme au sens du texte sacré, et par contre des professeurs et des théologiens crurent ainsi que la cosmographie nouvelle, contraire aux principes de la philosophie admise jusqu'alors, était opposée à l'Écriture sainte.
Voilà toute l'origine de la question Galilée; nous aurons souvent occasion d'en constater les conséquences; mais en fait voilà quelle était, au commencement du dix-septième siècle, la situation des esprits dans le monde savant.
Dès le temps de son premier professorat à Pise, les opinions de Galilée et surtout Tardeur, ou si l'on veut la franchise qu'il mit à les exposer et,à les soutenir, lui suscitèrent des envieux. Devenu plus libre par la mort de son père, arrivée le 2 juillet 1591, Galilée chercha à fuir Forage, en même temps qu'à monter sur un théâtre encore plus renommé; il sollicita et obtint de la République de Venise une place de professeur de mathématiques à TUniversité de Padoue. Nommé le 26 septembre 1592, il fut
continué dans cette charge le 29 octobre 1599 et le 8 août 1606. Ce fut alors que des observations sur l'étoile nouvelle apparue le 9 octobre 1604 dans la constellation du Serpentaire fournirent à Galilée l'occasion d'attaquer plus ouveriement la doctrine fondamentale dans la philosophie péripatéticienne sur l'incorruptibilité et l'immutabilité des cieux. Deux ou trois savants publièrent contre lui des écrits violents. Ce n'était là qu'un prélude. Les colères, longtemps contenues, éclatèrent plus vives lorsque Galilée vint à défendre, sur le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil, l'opinion à laquelle Copernic avait attaché son nom.
Quelle était alors la pensée commune au sujet des systèmes du monde? L'Église, c'est-à-dire les hommes éminents dans l'Église, car évidemment rÉglise n'a point ici à intervenir, favorisaient-ils le nouveau système ou lui étaient-ils contraires? L'exposé des faits va répondre à cette question, dont la solution, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, apportera de nouvelles lumières pour apprécier le caractère vrai de ce qu'on a nommé, à tort selon nous, l'opposition du clergé vis-à-vis des enseignements de Galilée.
Si des philosophes de l'antiquité avaient plus
1i GÂLILKE.
OU moins indiqué lexistence du mouvement de la terre, il est certain que cette opinion, complètement dénuée de preuves, avait été oubliée et que le système de Ptolémée plaçant la terre immobile au centre du monde régna sans conteste jusqu'au quinzième siècle. Nicolas de Cusa, né en 1401 au village de Cues, près de Trêves, mais élevé et vivant en Italie, fut le premier parmi les modernes à énoncer cette opinion que la terre pouvait être en mouvement. Dans son livre De docta ignorantia^ dédié au cardinal Cesarini qui, en 1451 , présida le concile de Bâle, livre que le marquis Pallavicini publia en 1502, Nicolas de Cusa disait : « La terre (|ui ne peut être un centre, ne peut être dépourvue de tout mouvement : Terra quœ centrum esse nequity motu omni carere non potest, » Le pape Eugène IV remit au profond penseur le chapeau de cardinal. Après lui vint Copernic. Né à Thorn en 1473, étudiant à Bologne de 1496 à 1600, donnant peut-être en celte dernière année des leçons de mathématiques à Rome S bientôt prêtre et cha-
' Garaffa, Gymnasio romanoy p. 381, et Rennazzi, Storia deW Vmversita di Roma, 1. 1, p. 228, qui le disent professeur à l'Unî- Tersité de Rome, ne produisent pas de documents pour confirmer leurs assertions Cf. M. Berti, Copernico, p 58. Heticus pense qu'il donna quelques conférences isolées ou quelques leçons, pluiQt qu'il n'eut un titre Téritable de professeur. Fra Paolo, dans
iioine, Copernic ne se contenta pas d'affirmer l'ancienne opinion du mouvement de la terre, il montra la simplicité de ce système et son utilité.
Quelques esprits adoptèrent son opinion, et un AUemand, Jean Albert Widmanstadt, venu à Rom en 1533, exposa la nouvelle doctrine, la nouyelle hypothèse, comme on disait, en présence du pape Clément VII, des cardinaux Orsini et Salviati, de Tévêque de Viterbc Grassi et du médecin Mathieu Corte. Le pape, en témoignage de sa satisfaclion, admit Widmanstadt au nombre de ses secrélaires, et lui donna un manuscrit grec qui, déposé aujourd'liui à la bibliothèque de Munich, conserve encore sur un feuiUet, avec la preuve du bienfait, le souvenir des circonstances qui le motivèrent ^
Dix ans après cette séance donnée au Vatican, le cardinal Schomberg, évêque de Capoue et re-
un mémoire donné en 1616, appelle Copernic pubblico lettor nello studio di Roma, pièce publiée par M. Berti, Il processo di GalUeo, p. 152.
^ Voir Tirabosclii» Storia délia letteratura italiana,, éd. 1797, t. If p. 372. Sur ce manuscrit on lit : aClemens VII, P. M., hune codicem mihi donc dédit amio 1533, Komse , postquam presen- Ubusi Franciotto Ursino, Jo. Salviati, cardinalibus, Jo. Pctro, episcopo Viterbiense, et MatthseoGurtio,medico pliysico, in hortis vaticanis copemicanam de motu terrse sententiam explicavi. JohamiesAlbertus W'idmaiistadiuscognomenlo Lucretius, S. S. D. N. secretarius domesticus ac familiaris. »
ligieux dominicain, triomphant avec Tévêque de Culm des répugnances de Copernic, amena ce grand homme à publier le traité De Revolutioni" buê orbium cœlestium^ auquel il travaillait depuis plus de trente-cinq ans. L'ouvrage était dédié au pape Paul III S dont Copernic, qui avait éprouvé ses bontés, invoquait l'autorité pour se mettre à couvert contre les attaques de ses calomniateurs. Copernic, en effet, rencontrait déjà des calomniateurs, et les péripatéticiens attaquaient sa doctrine en invoquant contre elle des textes de l'Écriture sainte. Auprès du même pape Paul III, un protégé du cardinal Hippolyte d'Esté, Calcagnini, protonolaire apostolique, publiait en 1544 une édition de ses Œuvres, et en tôte d'une dissertation on lisait : « Commentaire sur le mouvement de la terre et l'immobilité du ciel : Quod cœlum stet et terra moveatur cornmentatio. » Calcagnini fut le premier à propager en Italie les idées de Copernic.
Voilà donc quels furent les promoteurs de la
• Copernic dédie son livre au ^ape : a Est facile, dit-il, tua authoritate et judicio calumniantium morsus reprimere possis. » Ailleurs il dit : a Si fortasse erunt /lecToctoXoyoït qui cum omnium • mathematum ignari sint, tamen de illis judicium sibi sumunt, propter aliquem locum Scripturaî maie ad suum propositam detorlum, ausi fuerint meum hoc institutum reprehendere atque jinscctari; illos niliil moror, adeo ut etiam illorum judicium tanquam temerarium contemnam. s
réforme astronomique : un cardinal, Nicolas de Çusa, dans un livre dédié à un autre cardinal, président d'un concile ; un chanoine, Copernic, publiant avec l'aide d'un moine cardinal et d'un évéque un livre dédié au pape Paul III ; un autre protégé du souverain pontife et d'un cardinal, Calcagnini, protonotaire apostolique, initiant ses compatriotes aux théories nouvelles.
Galilée, comme Kepler, son contemporain et son ami, embrassa de bonne heure l'opinion du mouvement de la terre. Dans une lettre écrite le 30 mai 1597, il déclarait nettement qu'il considérait l'opinion de Pythagore comme beaucoup . plus probable que l'opinion d'Aristote, et il réfutait une objection formulée contre ce système. Kepler lui ayant fait parvenir son ouvrage, publié en 1596, Galilée lui répondit qu'il le lirait avec emprei^ement, ayant depuis plusieurs années déjà adopté cette doctrine. Il aurait même publié, ajoutait-il, un grand nombre de démonstrations et de preuves, s'il n'avait été effrayé par le sort de Copernic, notre maître : « car, disait-il, si Copernic s'est acquis auprès de quelques-uns une gloire immortelle, il n'est, pour une infinité de gens, qu'un sujet de raillerie et de mépris*. » Cette lettre résume la situation.
* Operedi Galileo, éd. de Florence, 18i2-1856, t. VI, p 11.
Galilée ne parait pas un instant redouter Thostililé de l'Élise, car les papes ont soutenu Copernic, mais il craint l'opinion ennemie, Tojhnion des philosophes péripatéticiens furieux de voir la nouvelle cosmographie contredire tous leurs principes. En effet, si la doctrine nouvelle était embrassée par quelques esprits d'élite, elle était repoussée et honnie par la foule des professeurs et des érudits.
Qu'on réunisse maintenant les deux ordres de faits que nous, venons d'indiquer et dont la corrélation est manifeste : d'une part les doctrines nouvelles de Copernic et de Galilée qui renversaient les théories d'Aristote, et d'autre part les clameurs soulevées très^énéralement contre ces doctrines, et l'on trouvera encore ici une nouvelle explication de ce fameux décret de 161 è dont nous racontons l'histoire.
Revenons à Padouc où Galilée continuait ses études**.
Le télescope, inventé en Hollande, mais, d'après la seule notion de l'effet obtenu, fabriqué en Italie par Galilée sur une plus grande dimenfiiaB, permît à ce dernier de consolider par de nourelles preuves Tédifice de Copernii^ et d'agrandir les espaces célestes — c'est M. Biot qui parle* — au delà de tout ce que pouvait supposer l'imagination. Le 7 janvier 1610, Galilée décou- Trit les satellites de Jupiter, et dans un écrit in-
*■ Galilée connut alors Maria Gamba : malgré le désordre où l'entraîna son amour illégitime pour cette femme dont il eut trois enfants,- Galilée conserva toujours des senliments de foi sincère. Après avoir quitté Padoue, Galilée ne revit plus Maria, <iui épousa un nommé Bartolucci : Galilée lui fil toujours servir une pension. Cf. une lettre de Liceti dans Opère di Galileo, suppl., p. 34, note 3.
• Biographie universelle de Michaud, art. Galilée ^ p. 323.
lilulé Nuntius sidereus (mars 1610), il enregistra ses découvertes en signalant ce qu'elles apportaient de force à l'opinion du mouvement de la terre. Cet écrit eut un immense retentissement.
Le 15 avril, Martin Hasdale annonçait le succès du livre, et comment Kepler affirmait que Galilée avait ainsi montré la sublimité de son esprits Ce compliment n'était pas une parole vaine, car Kepler s'empressa de donner à Tœuvre l'appui de son nom en la faisant imprimer à Prague avec une préface sous forme de dissertation*. Le grand-duc de Toscane conféra à Galilée le litre de premier professeur de mathématiques et de philosophie, en le déchargeant du soin d'enseigner; le roi de France sollicita la faveur de voir ^appeler Bourbon la première étoile qui serait découverte, et le 28 avril le cardinal del Monte envoya à Galilée un tableau auquel le pape avait concédé des indulgences, en le priant de le garder par dévotion et en témoignage de son amitié S
Si le Nuntius sidereus obtint des applaudisse-
* Opère, SuppL, p. 25; ib., t. VIII, p. 59.
^ Joannis Kepler i^ mathematici cœsarei, Dissertatio cum nuntio sidereo nuper ad morlales misso a GalUxo, mathcmaticê patavino.
^ Opère, Suppl., p. 250.
ments, il s-ouleva aussi de nombreuses réoiamalions : les habitués des universités de Pise et de Padoue, ainsi que tous les péripatéticiens, s'élevèrent contre l'ouvrage ; tel professeur, du haut de sa chaire s'évertua, à force de syllogismes, à chasser du ciel les nouvelles planètes ; tel autre, comme Cremonino, traita les observations de Galilée d'illusions extravagantes. Sizzi écrivit contre lui et le luthérien Martin Ilorky, à Tinstiga-' tion peut-être de l'astronome Magini de Bologne, publia, à Modène en 1610, un pamphlet violent intitulé : Peregrinatio contra Nuncium side-
reum^.
Galilée et ses amis tournèrent alors les yeux vers Rome où ils espéraient trouver des défenseurs. Sans doute l'opposition des péripatéticiens s'y montrait aussi Irès-active, car Cingoli, en suppliant Galilée de venir dans cette ville, lui disait que sa présence était bien nécessaire pour éclairer l'esprit de « ces satrapes et grands bacheliers*. » Sans doute on lui rapportait que le premier astronome de Romej le jésuite Clavius, avait plaisanté avec un de ses amis au sujet des quatre étoiles de Jupiter nouvellement décou-
* Cf. M. Th.-H. Martin, p. 29.
« Opère, t. VUI, p. 120.
vertes^ par Galilée. Mais le 17 décembre 1610, ce même P. Clavius écrivait à Galilée lui-même pour lui amioncer qu'il avait vu plusieurs fois les nouvelles planètes, et il ajoutait : « En vérité, Votre Seigneurie mérite une grande louange pour avoir été le premier à les observer '. »
Le témoignage de Clavius était précieux et, fort de cet appui, Galilée se décida à venir à Rome. Dès le 15 janvier 1611 il annonçait à un ami son intention d'aller y montrer ses nouvelles observations'. Le 19 mars il regardait ce voyage comme nécessaire, aûn de fermer une bonne fois la bouche aux .envieux ^, et quatre jours après, le 23 mars, il se mettait en route pour la ville des papes.
Le prince Cesi qui avait réuni autour de lui quelques savants' et le cardinal del Monte ac-
* Opère, t VDI, p. i09.
« Ib., t. Vni, p. 120.
3 Ib., l. VI, p. 140.
* Ib., t. VI, p. 140. « Mi pareva che fussi necessario per serrare una Tolta la bocca ai maligni. »
* Le 25 avril, Galilée était agrégé aux Uncei, nom que se donnaient les savants groupés autour de Cesi eu une académie dont la première règle était le respect de la loi de Dieu et les pratiques religieuses. Voir Prœscriptioties Lynceœ academiœ, Interamnse 1624, plaquette de six pages réimprimée à la fin de Considerazioni sopra la nolizia degli Academici lincei, par Vandelli, Modène, in-8% 1745, p. 49-57. On y lit entre autres : *Commonentur insuper Deo 0. M. ^quod et principium ab ejus sancto amore et coronis, atque corona proveniat) omnia posthabere
cueillirent Galilée à bras ouverts. Les entretiens que celui-ci put avoir avec plusieurs person* nages distingués lui donnèrent la ferme espérance de recevoir une entière satisfaction et de se justifier complélement au sujet de toutes les vérités qu'il avait démontrées, observées et exposées K Cette espérance était partagée par ses amis; le cardinal del Monte, l'un des plus dévoués, écrivait le 31 mai, au grand-duc de Toscane, Cosme II : <K On a été très-satisfait de Galilée, et Galilée de son côté est, je crois, trèssatisfait de son voyage, car il a eu occasion de montrer si bien ses découvertes, qu'ici tous les hommes instruits les estiment, non-seulement très-vraies et très-réelle^, mais encore véritablement merveilleuses '. » Galilée constatait luimême le succès qu'il avait obtenu en disant : c( J'ai été reçu avec bienveillance par beaucoup de cardinaux, de prélats et divers princes qui ont voulu voir mes observations; tous en sont restés contents, comme moi de mon côté je Taî été en voyant leurs magnifiques statues, leurs
debere, eumqueunura super omnia amabilia diligere, illi servira supplicareque , uti pias Lynceorum mentes respicere Spirilus sancti numine et lumine illustrare.... digiietur. »
* Opère, t. VI, p. 147.
« U)., t. Vni, p. 145.
2i GALILÉE.
peintures, palais et jardins ^ » Le pape Paul V, ce Borghèse qui élevait le palais du Quirinal et construisait la façade de Saint-Pierre, encourageait les arts et n'était' point si ennemi des lettres qu'on s'est plu à le représenter, Paul V avait traité avec distinction Tauteur du Nuntius sidereus, et, contrairement au cérémonial usité, il n'avait point voulu que Galilée lui parlât à genoux.
Le cardinal Farnèse avait reçu à sa table le savant florentin, et après son départ de Rome il devait lui faire encore les honneurs de son château de Caprarola *. Le cardinal Maffeo Barberini, qui depuis ceignit la tiare sou§ le nom d'Urbain VIII, parlait avec éloge des découvertes de Galilée et lui adressait parmi plusieurs lettres (il y en a sept), toutes plus affectueuses les unes que les autres, un billet en date du 11 octobre 1611, où l'on lisait : « Je prie Dieu de vous rendre la santé, car les hommes de grande valeur comme vous, méritent de vivre longtemps pour rendre service au public; » et il ajoutait : « je parle aussi dans l'intérêt de Taffectiôn que je vous porte et vous garderai toujours'. »
* Opère, t. VI, p. 157.
« Ib., t. VIII, p. 154.
5 « Gli uomini, com' Ella' è di gran valore, meritano di vivere
Galilée, nous l'avons dit, se plaisait à raconter à ses amis le bon accueil qu'il avait obtenu de tout le monde» et en particulier des Pères jésuites*. Ceux-ci étaient sincères dans leurs compliments, car l'un d'eux, le cardinal Bellarmin, désireux de préciser la valeur des découvertes de Galilée, ayant demandé (le 19 avril) l'avis de ses confrères les astronomes du Collège romain, touchant les étoiles fixes, la voie lactée, la nature de Saturne, le changement de figure de Vénus, la superficie inégale de la lune et le nombre des étoiles mobiles autour de Jupiter, quatre astronomes, les Pères Clavius, Griemberger, van Maelcote (Malcozzo) et lembo, avaient donné, le 24 avril, deux jours par conséquent après la lettre de Galilée que nous venons de citer, une réponse conforme aux observations du savant professeur. Toutefois, Clavius faisait ses réserves au sujet de l'inégalité de la lune, et il lui semblait plus probable qu'elle n'avait pas une densité uniforme*. Comme le nom de Galilée est
lungo tempo a bénéficie del pubblico, oltra che a ciô mi muoTe ancora il mio particolare interesse dell' affezionfe che le porto et le comprobarô sempre. » (Abbé Sante-Pieralisi, Urbano F///, p. 42). Opcre, t. VIII, p. 173.
* a Circa il mio particolare tutti grintendenti sono a segno, e in particolare i padri Gesuiti. » Opere^ Suppl., p. 250.
« Opéré, t. VIII, p. 160 et 161.
omis dans la demande de Bellarmin, il parle seulement d'wn valente mattematico (un mdiihèmaiicien de valeur), et dans la réponse de Clavius on a vu dans ce fait une preuve de jalousie, tandis qu'il peut prouver uniquement qu'on s'occupait surtout des doctrines et qu'on voulait les juger indépendamment de toute question de personne.
Les Pères jésuites du Collège romain donnèrent alors une grande séance académique dans la^ quelle un Père de la Compagnie lut un discours latin sur les nouveautés apparues dans les cieuit : « Le nom de Galilée, disait-on, devait être justement cité parmi ceux des astronomes contemporains les plus célèbres et les plus heureux ; les observations des astronomes mes collègues, disait le Père, ont confirmé ses découvertes. » Ce discours, dont la trace avait été perdue, retrouvé en 1873 par M. Govi dans la bibliothèque Barberini^, révèle les dispositions des esprits distingués de Rome.
Galilée pouvait donc, à juste titre, être satis-
* Galileo e i mateniatici del collegio Romàno nel 1611, extr. de Atti délia reale'Accad. dei Linceiy 2* série, t. H, p. 8. Le discours, où il n'y a ni date ni nom d'auteur, est intitulé : Nuncita sidereuscollegii romani. Il ahuitp:iges. M. Govi l'attribue peutêtre à Van Maelcote ou à Lembo. Âpres ce témoignage, M. GotI dit avec raison : « cosi poteva dii^i vëramente che in allora i Gesuiti non gli si mostrassero tutti contrarii. o P 5.
lit de son séjour à Rome, aussi Paul Gualdo, apprenant de plusieurs côtés les honneurs qui avaient été rendus à son anni et en lisant le récit transmis par Galilée lui-même, ne pouvait s'empêcher de lui écrire (27 mai i6H) : a Je conclue de votre lettre que la coiiversation des prêtres n'est pas si à 'dédaigner qu'on le croit en mon pays. »
8i à Rome le succès avait été grand et l'estime réciproque, en Toscane la jalousie des péripatéticiens n'était point désarmée. Il s'élevait une grande clameur contre Galilée. Cingoli lui écrivait de redouter des adversaires qui derrière ses épaules préparaient leurs mines : « il y en a partout de ces méchants, ajoutait-il, mais ceux-ci dépassent de beaucoup les autres par les raffi^ nements de leur méchanceté. » Six mois après, il lui signalait encore une certaine bande de malveillants et d'envieux, qui, « réunis dans la maison de l'archevêque, Mgr Marzi-Medici, se montaient la tête, et comme des enragés cherchaient s'ils pouvaient trouver un argument contre le mouvement de la terre, » à ce point môme que l'un d'eux était allé trouver un prédicateur pour le prier de déclarer du haut de la chaire que Galilée disait des choses extravagantes. Le prêtre auquel on s'adressa, pénétrant aisément les intentions de
ses interlocuteurs, répondit, selon le témoignage de Cingoli, comme il convenait à un bon chrétien et à un bon religieux ^ Toutefois, c'étaient là de fâcheux symptômes et les premiers pas d'une opposition qui essayait ses forces.
Pour le moment, Galilée, qui se tenait encore sur le terrain de la science pure, était honoré et encouragé par les hommes les plus éminenfs. Si un jésuite à Mantoue avait attaqué son opinion sur les montagnes de la lune, le P. Griemberger à Rome et à Parme le P. Biancani, professeur de mathématiques, soutenaient la doctrine du savant florentin ; si le P. Scheiner contestait à Galilée la gloire de les avoir découvertes, le P. Adam Tannoro et le P. Guldin lui en assuraient la priorité.
Mais un jour de l'été 1611 , à la table du grandduc de Toscanç, une discussion s'engagea où Galilée, appuyé par le cardinal Maffeo Barberini, rencontra pour contradicteurs le cardinal de Gonzague et quelques péripatéticiens, Louis délia Columba, Vincent di Grazia, George Coresio, Thomas Palmieri, etc.*. Frappé de l'intérêt des questions agitées, le grand-duc pria Galilée de résumer par écrit les points traités et la réponse
* Opère, t. VIII, p. 188. Lettre du 16 décembre 1611.
* Abbé Sante-Pieralisi, Otto lettcre a. Lettre du 2 juin 1612.
à cette demande fut le discours sur les corps flottants, publié en août 1612^ Le cardinal Barberini se déclara en tous points de Favis de Galilée : « Votre opinion, lui écrivait-il, m'y paraît être admirablement soutenue par de très-bonnes raisons philosophiques et mathématiques*. » Le f cardinal Bellarmin le remercia de son envoi ^ et le cardinal Conti, sollicité d'exprimer son, avis sur diverses questions, envoya bientôt à Galilée une consultation en règle où la situation était bien précisée (7 juillet 1612). « Les questions traitées dans le livre, écrivait-il, sont appuyées sur de très-soli(jles raisons et des expériences certaines. Cependant, comme ce sont là des choses nouvelles, elles ne manqueront pas de rencontrer des contradicteurs. » Puis, comme Galilée, déjà inquiet des murmures de ses adversaires, avait demandé positivement au cardinal si l'Écriture sainte favorisait les principes d'Aristote sur la constitution de l'univers, le cardinal répondit que rÉcriture était plutôt contraire au principe péripatéticien de l'incorruptibilité du ciel, car les Pères croyaient communément que le ciel était corruptible. « Quant au mouvement de la
* Diêcorso intorno aile cose che slanno in su Vacqua o che in quella si muovano. In-4<*. Firenze, 1612.
* Opère, t. VUI, p. 208.
terre ou du soleil, disait-il, on observe que les mouvements de la terre peuvent être de deux sortes, l'un direct provoqué par le changement du centre de gravité ; or, celui qui soutiendrait un tel mouvement ne dirait rien contre l'Écriture; l'autre mouvement circulaire, selon Topinion de- Pylhagore et de Copernic, parait moins conforme à rÉcriture ; car si les passages où il est dit que la terre est stable et ferme peuvent s'entendire seulement de sa perpétuité^ néanmoins les passages de l'Écriture relatant que le soleil tourne et que les cieux se meuvent ne peuvent recevoir une autre interprétation, à moins que l'on admette que l'Écriture a simplement employé ici le langage ordinaire du peuple; or, cette manière d'interpréter ne doit pas être admise sans nécessité majeure. Diego Stunicaa bien dit qu'il était plus conforme à l'Écriture de soutenir que la terre se meut, mais son opinion n'est pas communément suivie. » Dans une autre lettre, le cardinal Conli répétait à Galilée que l'Écriture ne favorisait point l'opinion d*Aristote sur la question de l'incorruptibilité du ciel, et lui était opposée au sujet de ses idées sur T éternité et le gouvernement de l'univers. « Au surplus, écrivait à Galilée son éminent correspondant, précisez-moi davantage les points sur lesquels vous
désirez obtenir des éclaircissements ^ x> Mais le témoignage transmis déjà par le cardinal que PÉcrilure n'était point contraire à son opinion suffisait à Galilée, qui était plein de confiance dans la droiture de ses intentions et l'issue de la lutte engagée.
Oui, la lutte était déjà engagée.
Les péripatéticiens, comprenant bien qu'il leur serait difficile de défendre en tous points la doctrine scientifique du maître, avaient, depuis longtemps déjà, cherché tantôt à concilier les observations de Copernic avec le système de Ptolémée (Gaspard Penzer, imité par Antoine Magini^ professeur à Bologne', avait publié en ce sens se^Hypotheses astronomicœ) ^, tantôt à combattre rt à discréditer le système du chanoine deThorn, en lui opposant l'autorité de la sainte Écriture. Tycho-Brahé, le premier peut-être, dans une lettre à Rothman, avait invoqué comme des arguments contre la théorie nouvelle des textes de la Bible*. Kepler, en discutant ces textes en 1596 dans son Prodromus et dans sa Nova dissertatiuncula en 1602, les avait expliqués au contraire au profit
* Opère, t. VIII, p. 222.
* Dan« Novœ cœlèttium orbium tfieoricœ congruentes cum oïhêervationihus Copemici. 1589.
* Witlemberg, 1571.
* Lellre du 24 novembre 1589.
du système nouveau. Mais le mouvement était donné. Il devait se continuer d'un côté avec le P. Foscarini (1615), le P. Baranzano (1617), Lansberg (1633), Herigonius (1647), etc.; de l'autre avec Sizzi, Morin, Fromond, Riccioli, etc.*. Chacun selon ses besoins faisait ainsi de l'exégèse en interprétant à son gré les passages des Livres saints. Rien ne pouvait être plus fâcheux.^
Dans un livre, Dianoia astronomica^ publié à Venise en 1611, pour démontrer l'inanité du bruit causé par le Nuntius sidereus et Tinutilité des télescopes, Sizzi invoqua le témoignage de l'Écriture sainte, afin de prouver que les satellites de Jupiter ne pouvaient exister*. Des Pères jésuites se prirent à rire en lisant ces puérilités. Mais Sizzi amenait ainsi le débat sur un terrain plein de périls. «Vous êtes en contradiction avec les textes de l'Écriture sainte! » criait-on au professeur de Padoue, et ce mot à Tinstant jetait l'alarme parmi les catholiqiies.
Galilée ne s'en effraya pas et continua ses travaux. Bien que l'Académie des Lincei dont il était membre fût à peine organisée, elle pu-
* Arlh. Wolynski. Arch. storico italiano, 1* d*, 1873, p. 14.
* Dianoia asironomica optica Physica quœ siderei Nuncii ru^ mor de quatuor planetis a Galilœo Galilœo mathematico ûc/eberrimOf recens perspicilli cujusdam ope conspectis vanus red» ditur, autore Francisco Sitio florenttno.
à ses frais en 1613 ïlstoria e dimostrazioni intomo aile macchie solari en forme de lettres, où le savant florentin portait un coup terrible à la philosophie péripatéticienne. En effet, disait-il au cardinal Maffeo Barberini en [ lui adressant son li^re, « tout indique ici que le ciel peut changer et abandonner ses anciens aspects pour en prendre de nouveaux, ce qui est le contre-pied de la théorie ancienne. » Il priait le cardinal de lui communiquer ce que pourraient dire à ce sujet les péripatéliciens, et Barberini répondit en promettant de lui faire connaître l'avis « des personnes intelligentes » de Bologne-, ville où il ce trouvait alors. Quant à Son Éminence, elle trouvait dans cet écrit des choses neuves, curieuses, établiesr sur de bons fondements*.
Le cardinal Frédéric Borromeo lut aussi « un ouvrage recommandé, disait-il, par Tintérêt du sujet et Pexcellence d'un auteur pour lequel il éprouvait beaucoup d'estime*. » Le secrétaire des brefs du pape Grégoire XV, Mgr. J.-B. Agucchi, alors principal ministre du gouvernement de Sa Sainteté, que dirigeait cependant en titre le neveu
* Opère, t. VIU, p. 208.
* Ib., t. Vin, p. 271. € Per l'eccellenza delF autore-da me stimato quanto conviene. :»
du pape, le cardinal Ludovisi, Mgr Agucchi, disonsHious, déclara le 8 juin 1613, après avoir lu le travail de Galilée, qu'il se rangeait k son avis. Toutefois il annonçait à Tauteur des contradictions, a car le sujet était une nouveauté, Tenvie était partout excitée et on sait, ajoutaitil, Fobstination avec laquelle on persiste dans une opposition à la vérité. » Néanmoins, continuait Mgr Agucchi, « je suis très-certain qu'avec le tenjps tout le monde approuvera ce que vous^ avez avancé*. » Disons encore que le cardinal Bandini, après avoir fait accorder aux deux filles naturelles que Galilée avait malheureusement eues à Padoue, la permission de se faire religieuses, priait leur père* d'avoir toujours confiance en lui pour le service de ses intérêts*.
Ces témoignages de bienveillance avenus de Rome et de Tentourage même du pape étaient précieux. Galilée^, qui les recueillait avec bonheur, devait saisir la première occasion pour tenir tête à ses adversaires. Or, un jour, à la lable de la grande-duchesse Christine de Lorraine, en présence du grand-duc son fils, de l'archiduchesse, d'Antoine et Paul Giordani, etc., une discussion s'engagea entre quelques profes-
* Opère, t. VIU, p. 274.
' *Ib.,t. Vm,p. 288.
seurs et le moine bénédictin dom Castelli, ami dévoué de Galilée : on y parla dés divers systèmes astronomiques, et la grande-duchesse, ainsi que les professeurs, reproduisant les objections présentées par Sizzi, soutinrent que rÉcriture sainte était contraire au système du mouvement de la terre ; le P. Castelli le nia éner- ^iquement. Des objections furent émises, des r^épliques furent données, et finalement la grandeduchesse parut satisfaite des explications de Castelli. Instruit aussitôt par Nicolas Arrighetti d'une discussion qni fit du bruit, Galilée s'en réjouit et dans une lettre à Castelli il revint sur le débat afin de préciser quelle pouvait être la valeur de la saiate Écriture dans les controverses sur les phénomènes de la nature ; il expliqua en particulier le passage de Josué, que la grande-duchesse et les professeurs avaient opposé à la doctrine du mouvement de la terre et de Timmobilité du soleil. < Il est évident, disait Galilée en reproduisant les observations de saint Jérôme et de saint Augustin, il est évident que la sainte Écriture ne peut ni mentir, ni se tromper : seulement ses interprètes peuvent errer dans les explications -qu'ils en donnent. Si on voulait s'arrêter toujours à la signification littérale des paroles, on serait entraîné en bien des contradictions, absurdités
et hérésies, car il faudrait dire que Dieu a des mains, des pieds, etc. » Galilée prenait exemple du texte même de Josué qu'on lui objectait pour montrer combien le système d^Aristote et de Plplémée répugnait, et combien au contraire le système de Copernic s'accommodait aux paroles du texte sacré. Là lettre était datée du 21 décembre 1613^ Elle ne fut pas alors imprimée, mais plusieurs copies circulèrent. Quelque temps après, le 8 mars 1614, Campanella, qui avait peut-être lu cette lettre, écrivait à Galilée : « Tous les philosophes se dirigent d'après vos écrits, car en vérité on ne peut philosopher sans un vrai système du monde, et on l'attend de vous '. » Au mois de juin 1614, un patricien de Florence érudit, Jean Bardi des comtes de Vernio, se préparait à lire au Collège romain une dissertation pour appuyer les conclusions du précédent ouvrage de Galilée sur les corps qui se tiennent sur Teau. Bardi ayant communiqué son dessein au P. Griemberger, le savant jésuite lui avait
* Les Pièces du procès , p. 11. M. Alberi a donné un texte d'après une copie qn'il avait entre les mains. M. Targioni-Tozzetti en a donné un différent dans Atti deW accademia del Cimenio; il se rapproche plus du nôtre que celui donné par M. Alberi. Kous croyons la copie que nous avons transcrite meilj eure que les deux premières: c'est sans doute celle que Mgr Ciampoli montra au cardinal Barberini. '
• 0/wréf, t. Vm, p. 305.
avoué que son avis était conforme au sien. « Si je n'avais dû respecter Arislole, ajoutait-il, car l'ordre du général est de ne lui présenter aucune objection et de toujours sauvegarder son opinion, j'aurais parlé plus clairement de ce qu'a fait Galilée, parce que sur ce point il a parfaitement raison ; du reste il n'est point étonnant qu'Aristote soit d'un avis opposé au sien, car il Vest évidemment trompé plusieurs fois. » Le P. Griemberger chargeait en môme temps Bardi de présenter ses salutations à Galilée*.
* Opère» t. VIII, p. 321.
Avec des dispositions aussi bienveillantes chez des hommes instruits comme le P. Griemberger, influents comme Mgr Agucchi, les cardinaux Borromeo, Conti, del Monte, etc., on pouvait espérer que la grande révolution scientifique, commencée par Copernic, s'accomplirait sans entraves. Toutefois, les péripatéticiens, nous le savons, élevaient bien des clameurs etleP. Griemberger y faisait allusion, lorsqu'on faisant adresser de nouveaux compliments à Galilée le savant jésuite disait que : a s'il avait pu parler à son aise, il aurait dit plus encore; mais, ajoutait-iU il ne pouvait faire plus qu'il n'avait fait et peutêtre avait-il déjà fait plus qu'il ne pouvait*. » On savait effectivement que Georges Coresio, que Vincent di Grazia, que Louis délie Columbe, avaient
* Opère, t. VIII, p. 323. Juillet 1014 : « Se egli avesse potuto par lare a suo modo, auria detto ancora piu, ma che non poteva i'ar altro, ed aveva forse fatto piu di questo che poteTâ. »
publié des écrits pour défendre et expliquer Topinion d'Aristote délaissée par Galilée*; on ne pouvait ignorer qu'un « académicien inconnu » avait, sous l'inspiration et avec la collaboration d'Arlhur Dannechieschi , des comtes d'Elce, provéditeur de TUniversilé de Pise, commencé une réfutation de Fouvrage de Galilée par renoncé du crime qui soulevait l'indignation des philosophes : « Fu impugnato Aristotile dal discorso del s' Galileo.,.. Arislote a été attaqué dans le discours de Galilée'! d on avait lu dans les Disquisitiones mathematicœ du P. Scheiner une critique contre le système de Copernic; on connaissait la défense faite par le provéditeur de rUniversité de Pise au P. liastelli de parler dans son cours du mouvement de la terre' ; on avait entendu un professeur de cette Université, Boscagiia, traiter le mouvement de la terre de chose incroyable et contraire à TÉcriture*, juste au
* A difesa e dichiarazione délia oplnione d* Aristotile contro tojypoiiziQne del signor Galileo Galilei. In-4'». Firenze,1612. — ùmiderazioni di Vincenzo di Grazia sopra il discorso di Galileo. Id-4». Firenze, 1612. — Discorso apologetico di Loaovico délie Columbe intorno al discorso del Galileo. In-4». Firenze, 1612.
* Considerazione delV academtco incognito sopra il discorso di Galilei. ln-4«. Pisa, 1612.
» Opère, t, VUI, p. 290.
* Ib., t. Vm, p. 292 : « l\ moto délia terra aveva dell' incredîbile e non poteva essere, massime che la sacra scrittuia era maniOestamente contraria a questa sentenza. :»
moment où Laurent Pîgncria écrivait dû Padoue b Paul Gualdo : « on parle de Galilée, et quelquesuns trouvent sa nouvelle doctrine périlleuse'. » Enlin, deux prélats, Gherardini, évèque de ^Fiésole, et Dardi, évoque de Cortone, ne trouvaient-ils pas dans la lettre de Galilée à la grandeducbcssc des propositions étranges et opposées â la sainte Écrilure'î
Ainsi l'orage se préparait : il éclata.
Dans le couvent de S. Maria Novella à Florence, la conversation s'engageait souvent sur ce sujet entre le P. Ximcnés et plusieurs élèves de Galilée, un ecclésiastique, curé de Castel Fiorenlino, nomme AllaxTinti, et un clievalier de S. -Etienne nommé Ridollî. La cellule voisine de celle du r. Ximenés êlail oa'upée par le P. Caccini. Un jour donc, ayant entendu la discussion soutenue (tar Allavanli. le P. Caccini sortit de sa chambre rt vint dans celle de Xinieui^ déclarer que l'opinion de Copernic louchant rimmobtiilé du IÙl aux u»e proposition hérétique; « du te, i{joalait-il, je \eux en parler publiquement haul de U cbaùre *. •
Ce qu'il avait dit, il le fit. Ce religieux expli- ■ quait alors dans Téglise S. Maria Novella le livre de Josué. Or, le quatrième dimanche de TAvent, arrivé à ce passage du chapitre x, où Técrivain sacré rappelle le miracle opéré par Dieu : sol, ne moveariSy etc...^ Torateur, après avoir montré le sens littéral et anagogique du texte, saisit l'occasion pour combattre l'opinion de Copernic, « soutenue et enseignée à Florence, ainsi que. tout le monde le savait, — c'est lui-même qui parle ainsi dans sa déposition, — par le mathématicien Galilée, à savoir que le soleil était le centre du monde et .par conséquent immobile. » Appuyé sur la doctrine d'auteurs très-graves, disait-il, Caccini fit remarquer que cette opinion était op posée à la foi catholique, parce qu'elle contredisait plusieurs textes delà divine Écriture, dont le sens littéral, suivi par les Pères, énonçait justement le contraire. En terminant son discours, le P. Caccini s'appuya sur Taulorité de Nicolas Serrario qui, en confrontant les textes de la sainte Ecriture voyait dans la thèse de Copernic une doctrine quasi hérétique*.
Ces paroles, dites du haut de la chaire, furent applaudies par un grand nombre d'auditeurs,
* Ms., r 354. Interrogatoire de Caccini. Les pièces du procès, p. 21.
mais elles déplurent singulièrement aux amis de Galilée. Quelques-uns d'entre eux vinrent alors trouver un jésuite napolitain qui prêchait à la cathédrale de Florence, pour lui demander de réfuter également du haut de la chaire la doctrine soutenue par le P. Caccini. Le jésuite ayant demandé conseil à un religieux de son ordre, le P. Emmanuel Ximenès, celui-ci le dissuada de parler. Mais le P. Caccini connut cette démarche et alors racotata au P. Inquisiteur de Florence ce qu'il avait entendu au couvent, ce qu'il avait dit en chaire et comment il fallait mettre un frein à l'audace de certains disciples de Galilée. Ne leur avait-on pas entendu soutenir en outre ces trois propositions : que Dieu n'était pas une substance, mais un accident, que Dieu avait des sens, que les miracles opérés par les saints n'étaient pas de vrais miracles? Le P. Ferdinand Ximenès, disait Caccini, avait recueilli ces propositions de la bouche même des disciples de Galilée*.
Ainsi ce n'était pas une doctrine d'astronomie pure que dénonçait le P. Caccini ; il signalait à la censure ecclésiastique des propositions philosophiques et des interprétations du texte biblique contraires à l'opinion des saints Pères.
* Les pièces du procès, p. 22,
Galilée, surpris de Paltaque dont il avait été publiquement l'objet du haut de la chaire, s'en plaignit au P. Maraffi, qui avait alors le titre de prédicateur général de Tordre des Dominicains; mais il se plaignit en termes si mesurés et avec tant de modératian, dit ce religieux*, que Ton eût dit qu'il ne s'agissait point de lui. Le P. Maraffi, dans une lettre du 10 janvier 1615, témoigna à Galilée l'extrême déplaisir qu'il avait ressenti du scandale causé par le religieux domicain, « puisque pour son malheur, disait-il, il devenait responsable de toutes les sottises [besti- <ilità) que pouvaient faire ou que faisaient trente ou quarante mille religieux. Encore que je susse, continuait-il, le caractère de l'individu trèsprompt à changer d'opinion, et le rang de celui qui Ta peut-être engagé à parler, je n'aurais jamais cru à tant de folie. Celte inconvenance a été universellement réprouvée par les gens sages et elle empêchera, je crois, le P. Caccini d'être nommé théologien du cardinal Arrigoni, charge que ses parents voulaient lui faire obtenir. J'en suis'informé par le cardinal Justiniani, qui, lors de sa légation de Bologne, fut obligé d'envoyer la police pour forcer ce même religieux à rétracter
* Opercy t. VIÏI, p. 337,
44 GALILËË.
une semblable sortie faite du haut de la chaire dans l'église Saint-Dominique*. » En même temps Farchevêque de Pise disait à dom Castelli que le P. Geri, prédicateur à la cathédrale de Pise avait blâmé et blâmait le mauvais procédé du P. Caccini.
La désapprobation de cette violence ne pouvait donc être plus formelle, mais les amis de Galilée pensèrent qu'elle devait être publique. Le prince Cesi aurait voulu voir l'archevêque de Florence châtier le P. Caccini et un religieux dominicain réfuter ce que Caccini avait avancé. Le prince aurait désiré en outre que l'on s'adressât à la Congrégation des Cardinaux pour les Évêques et Réguliers où, croyait-il, on ne rencontrerait pas beaucoup de partisans du délinquant. Ccpen dant, comme il savait que toute opinion en apparence contraire à Arislote était proscrite, le prince conseillait de ne pas parler du système de Copernic et de se plaindre seulement des invectives lancées contre les mathématiques*.
Galilée et ses amis songeaient ainsi à accuser leurs adversaires, lorsque ceux-ci, prenant l'avance, dénoncèrent les doctrines de Galilée et de ses amis au tribunal de Tlndex.
* Opère, t. VHI, p. 337.
« Ib., t. Vni, p. 340. Lettre du 18 mars 1615, non « mai, comme dit M.'Ubri» Journal des Savants^ t. VUI, p. 365.
Caccini, blâmé peut-être par ses supérieurs, ne dit plus mot, mais le P. Lorini parla pour lui. Lorini connaissait la lettre à Castelli et les propositions philosophiques émises, disait-on, par les disciples de Galilée. Son sentiment n'était pas douteux : ,dès le 5 novembre 1612, n' avait-il pas écrit à Galilée que l'opinion d'Ipernic (ainsi écrivait-il le nom de Copernic) lui paraissait contraire à la sainte Écriture? Il allait faire davantage. Le 5 février 1615 il écrivit au cardinal Mellini, président de la Congrégation de rindex, pour lui dénoncer un écrit de Galilée qui circulait à Florence*. — C'était la lettre à Castelli. — La raison qui le déterminait à agir ainsi était que dans cet écrit, où la thèse de Copernic sur le mouvement de la terre, était affirmée, il se rencontrait des propositions regardées par tous les Pères du couvent comme suspectes ou téméraires ; on y disait par exemple que certaines manières de parler de la sainte Écriture ne devaient pas être prises à la lettre, que dans les discussions sur les effets naturels l'autorité delà sainte Écriture venait en dernier lieu, que bien souvent les interprètes de la sainte Écriture se ti'ompaienl dans leurs explications, que la
* Ms., f» 342. T^s Pièces du procès, p. 9.
sainte Écriture ne devait ùtre invoquée que dans les questions concernant la foi, et que dans les problèmes de la nature Targument tiré de la philosophie et de Tastronomie avait moins de force que Farguinent tiré d'un texte sacré et divin. Ainsi loi^qu'il était dit que Josuê commanda au soleil de s'arrùler, on ne devait pas entendre que le commandement fut fait à un autre qu*au premier mobile, c'est-à-dire au soleil lui-mt'^me. Le P. Lorini se déclarait convaincu ({ue de fellos explications de rEcriture étaient des explications fantaisistes [a lor modo) y contraires à l'interprétation ordinaire des saints Pérès, inventées pour défendre une opinion qui paraissait entièrement opposée à la sainte Écriture. « On parle avec peu de respect des anciens Pères et de saint Thomas, écrivait Lorini, et on foule aux pieds toute la philosophie d'Aristole si employée par la théologie scolastique, puis pour faire le bel esprit on dit mille inconvenances qui se répandent dans la ville jusqu'alors si catholique de Florence. » Du reste, Lorini reconnaissait hautement que les partisans de Galilée étaient hommes de bien et bons chrétiens, quoiqu'un peu tranchants dans leurs opinions. Aussi n'entendait-il point faire en ce moment une déposition judiciaire, mais donner en secret un avis
amical. L'occasion de l'écrit de Galilée, ajoutaitil en terminant (et cela est une erreur), est une ou deux conférences publiques faites dans l'église S. Maria par lé P. Caccini*.
Cette lettre de Lorini est la première pièce qui figure au procès. Elle en est le point de départ, et il est donc important d'en fixer exactement le <îaractère.
Ce caractère est évident. Lorini ne se préoc- ^îupait point d'une question scientifique. La doctrine du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil n'était introduite dans le débat qu*à cause de ses conséquences. Ce qui poussait Lorini à parler, c'était la question philosophique et la question d'exégèse. L'inquisiteur de Florence le dira tout à l'heure, c'est là le fondement principal de la cause. Lorini venait, la doctrine d'Aristote d'une main, les écrits des «aints Pères de l'autre, demander le maintien des principes de l'école foulés aux pieds et le maintien de l'explication traditionnelle du texte sacré, sanctionnée par les docteurs. Si calpesta TOTSk LA FiLosoFiA d'Aristotile : uc Toublions pas, Toilà ce qui émeut, ce qui passionne. C'est là le ■grand grief.
* S'il en était ainsi, il faudrait reporter au mois de décémhte 1614 la lettre de Galilée à Gastelii.
La lettre à laquelle Lorini se défendait de vouloir attacher un caractère judiciaire parut assez grave au cardinal Mellini. Vingt jours après, le 26 février, le cardinal ordonna au secrétaire de la Congrégation de l'Index d'écrire à Tarchevêque de Pise et à Tinquisiteur de celte ville de se procurer l'original de la lettre de Galilée à dom Castelli, afin de l'envoyer à la Congrégation. - Les deux lettres furent datées du lendemain 27^. L'inquisiteur répondit le 7 mars, et l'archevêque écrivit le 8. que le P. Castelli n'avait plus la lettre entre les mains, qu'il l'avait rendue à Galilée, mais qu'il offrait de la lui demander et de
'■■ ' * On demandait sans doute cette lettre de divers côtés, car, le
'": . 24 juillet, l'inquisiteur de Bellune répondait qu'il n'avait ni Tori- 7: . Ifinal de récrit, ni une copie; qu'il avait su seulement que le l\ . . doyen de Bellune avait lu un écrit envoyé, disait-on, de la part : de Galilée (Ms., f» 367. Les pièces du procès, p. 31.)
la remettre. L'archevêque accepta l'offre de Castelli et le pria de la lui envoyer le plus tôt possible, « simple motif de curiosité delà part d'un ami », disait-il, car il ne voulait pas se découvrir davantage sans Tordre du cardinal. Galilée, averti sans doute, refusa de se dessaisir de Toriginal et la Congrégation n'eut jamais qu'une copie de la lettre.
L'écrit fut soumis à l'examen d'un consulleur qui ne le trouva point très-répréhensible. Trois passages seulement pouvaient au premier aspect être mal interprétés ; mais si les propositions sonnaient désagréablement à l'oreille, cependant on pouvait selon lui les ramener à un sens trèsacceptable. Dans tout le reste du travail, et bien que parfois des termes impropres eussent été employés, l'écrit ne s'écartait pas, disait-il, du langage catholique*.
Si on se fût tenu à cet avis, évidemment la censure n'eût pas été prononcée. Mais ces pre- . mières appréciations ne furent pas conservées, et Topposition des péripatéticiens frappés au cœur par l'écrit de Galilée fit reprendre l'affaire. Le 19 mars 1615, le Pape, saisi de la question, donna l'ordre d'interroger le P. Caccini, alors maître et
* Ms., f^ Zii.^s pièces du procès y p. 17.
50 r.ALIIEE.
bachelier an couvent de la Minerve, que le ca^ dinalderAra-Cœlidêsignailcommeëtantplusparticuliùremenl informé des erreurs soutenues par Galilée ^ En conséquence, le lendemain vendredi 20 mars, le P. Caccini, prévenu par le cardinal, vint déposer judiciairement dans la grande salle du palais du saint Oifice, devant le frère Michel- Ange Seghezzi, commissaire général de l'Inquisition. Le P. Caccini raconta ce qu'il avait dit dans l'église Santa Maria Novella au sujet du texte de Josué; il sétendit sur les faits qui avaient suivi et comment le P. Lorini lui avait communiqué une lettre de Galilée au P. Castelli, lettre qui ne lui avait pas paru contenir une saine doctrine théologique. « Je déclare donc au saint Office, disait Caccini, qu'il est de notoriété publique que ledit Galilée soutient ces deux propositions : « la terre se meut et le soleil est immobile », propositions qui, selon ma conscience et mon intelligence, répugnent aux saintes Ecritures expliquées par les saints Pères, répugnent par conséquent à la foi qui enseigne . que l'on doit tenir pour vrai le texte de PÉcriture. » Le commissaire lui ayant demandé alors comment il savait que Galilée enseignait et sou-
Ms., ^ 352. Les pièces du procès, p. 19.
UECIT DES FAITS. 51
tenait l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre, Caccini repondit : « Le bruit public me l'a d'abord appris, puis je Tai su de l'évoque de Corlone ; je l'ai appris également au mois d'août dernier, dans la chambre du P. Ximenès, d'un gentilhomme florentin de la famille Altavanti, quim'aditque, grùce à l'interprétalion donnée par Galilée, l'Écriture n'était point opposée à son opinion. De plus, j'ai lu cette doctrine dans un livre sur les taches solaires, imprimé à Rome, que me prêta le P. Ximenès ». Interrogé sur la réputation dont Galilée jouissait à Florence, Caccini, — qui donnait généreusement à Galilée soixante ans passés, alors que celui-ci n'en avait îue cinquante et un, — répondit que beaucoup le regardaient comme un bon catholique, tandis que d'autres le tenaient comme suspect dans les choses de la foi, « car il est très-lié avec le frère ftrul (fra Paolo), religieux servite, si fameux à Venise par son impiété, et il correspond avec lui. — Et qui donc vous a donné ces renseignements, demanda le commissaire? — C'est le P. Nicolas Lorini, et le prieur des chevaliers de saint Etienne, nommé Ximenès, cousin du P. Ferdinand Ximenès : tous deux tiennent Galilée pour suspect à cause de ses propositions sur l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre, et à cause
de ses interprétations de la sainte Écriture contraires au sens ordinairement admis par les saints Pères. » Puis Caccini ajouta : « Galilée et ses partisans sont réunis dans une académie qui a pour titre les Lincei et ils sont en correspondance, comme son livre le prouve, avec des habitants de la Germanie. » Caccini en lançant ce mot voulait sans doute émouvoir le tribunal en lui rappelant que la Germanie était le pays des hérétiques, de Luther! Il fut ensuite interrogé au sujet des propositions philosophiques sur la nature de Dieu, et les sens qu'on lui attribuait, mais il n'entra dans aucun détail, et déclara en terminant qu'il n'avait contre Galilée, contre Altavanti et tout autre disciple de Galilée, aucune haine, voire môme qu'il priait Dieu pour eux*.
Le 2 avril, ordre fut donné d'envoyer à Florence une copie de la déposition du P. Caccini, et d'interroger les personnes désignées comme témoins, telles que le P. Ximenès et Altavanti. Le 3, la copie était envoyée, et le 4 le cardinal Mellini écrivit à ce sujet à l'inquisileur*.
Mais le P. Ximenès n'était point alors à Florence. Il était parti pour Milan à la fin de mars et ne devait revenir qu'après les trois fêtes de
' Interrogatoire de Caccini ; la Pièces du procès^ p. 20-26. * Ibid., p. 26.
HECIT DES FAITS. 53
Pâques. Son absence se prolongea, et à la date du H mai Tinquisiteur écrivait que le retour de Ximenès n'était point encore prochain. Cependant sa présence était nécessaire pour avoir des explications au sujet des trois propositions philosophiques soutenues chez lui, disait-on, parles disciples de Galilée, propositions qui devaient être le fonds du procès, s'il y avait lieu à l'intenter contre Galilée, mais propositions qu'il fallait prouver*. Le 27 mai on adressait à l'inquisiteur de Milan l'ordre d'examiner le P. Ximenès : la lettre partait le 29ï mais le P. Scaglia (l'inquisiteur de Milan) répondait le 24 juin que le P. Ximenès, après avoir soutenu des actes publics à Bologne dans le chapitre général de son ordre, devait se rendre à Florence pour y passer quinze jours avant de revenir à Milan*. Quatre mois après, le 21 octobre, le même P. Scaglia écrivait que Ximenès n'était pas encore de retour à Milan. Il ne devait pas y venir, et le 4 novembre le cardinal Mellini donna à l'inquisiteur de Florence Tordre d'examiner le P. Ximenès, alors rentré au couvent de Sanla Maria
* a Clie è il fondamento principale dl quanto si possa pretendere contre Galileo e che solo ha bisogno di prova. i» (Ms., f* 363. Les pièces du procès ^ p. 28.) Pour l'inquisiteur la question scientifique n'était pas la question.
' ÏjCS pièces du procès, p. 29.
:»i (ivi.iLEE:.
Novella. Le 7 la lettiv partait et le P. Ferdinand Xinicuf^s, se déclarant àf;6 de quarante ans^ et re!igi(*ux dominicain, comparut le 15 novembre iUi5 devant Tinquisiteur.
hîterroj^ù par le chancelier du saint Office de Florence, IVeie Louis Jacobini, de Trévi, il déclara que Topinion du mouvement de la terre était (liamétralejiient opposée à la vraie théologie et à la vraie pliilosopliie ; il ajouta qu'il avait eniendu Gianozzio Âttavanti et Ridolfi avancer — mais il ignorait si c'était leur opinion ou l'opinion de leur maître — que Dieu était un ac* cidenl, qu'il n'y a ni substance des choses, ni ' quantité continue, mais seulement désagrégée, formée de choses abstraitesS que Dieu est sensible en tant que Dieu, qu'il rit et pleure en tant que Dieu. Le P. Ximenés ne se souvenait pas d'avoir ent(jndu dire à ses interlocuteurs que les miracles des saints ne fussent pas de vrais miracles; du reste, selon lui, Altavanti n'attachait pas d'importance à ces propositions : Ximenés l'avait entendu déclarer qu'il s'en remettait à l'Église et agitait ces questions seulement pour discuter, car Attavanti navait fait aucune étude de théologie, ni de philosophie ; il n'était pas docteur
*■ « Non dari substantiam rerum nec quantitatem continuami sed tantum discrelam ex vacuis. »
et répétait seulement ce qu'il avait entendu dire*.
Leiendemain 14 novembre Gianozzio Attavanti fut interrogé*; il déclara être âgé de trente-trois ans, revêtu des ordres mineurs, et curé de Caslel Fiorenlino. Il avait étudié les lettres sous deux religieux dominicains, le P. Vincent de Civitella et le P. Vincent Populeschi; la grammaire et les humanités lui avaient été enseignées par M^ Simon délia Rocca et M® Jean-Baptiste, alors précepteur des fils du grand-duc de Toscane; il y a un an il éludiail les cas de conscience avec le P. Ximenès. Jamais il n'avait été Télève de Galilée, mais il avait eu avecluiune correslpoiîdancesur des question philosophiques; jamais il n'avait entendu dire à Galilée rien qui fût contraire à la sainte Écriture et à la foi catholique : quant à la philosophie et aux mathématiques, il lui avait entendu avancer que la terre était en mouvement, et que le soleil mobile à son centre n'avait cependant pas de mouvement. Cela n'empêchait pas que Galilée n'admit le miracle de Josué, car à ses yeux Galilée était un très-bon catholique, puisque autrement il ne serait pas admis auprès du grandduc. Attavanti rappela sa conversation dans la
* Les pièces du procès^ p. 52.
« Ibid., p. 35.
se GALILÉE.
chambi'e de Ximenès sur les absolus de saint Thomas, conversation entendue de la chambre voisine oii habitait le P. Caccinî, qui s'imagina alors que lui Attavànti parlait dp ces choses comme si elles étaient vraies et exprimaient l'opinion de Galilée, ce qui n'élail point exact. Il ne se rappelait nullement qu'on eut parle des miracles des saints, mais en suivant la doctrine de saint Thomas, on avait conclu que Dieu n'était pas doué de sensations, qu'il ne riait ni ne pleurait, car autrement il serait un corps organique, alors qu'il est une substance très-simple.
Tel fut le résultat de l'inferrogatoirc des témoins après la lettre introductive d'instance. Revenons sur nos pas, et voyons ce qu'avaient fait pendant ce temps Galilée et ses amis.
Au moment même où le P. Lorini envoyait sa
letlre à Rome,tîalilée, instruit peut-être de cette
démarche, recommandait à son ami, Mgr Dini,
défaire prendre des copies de sa lettre à Castelli,
de la porter aux cardinaux del Monte, Bellarmin,
Barberini, et de la lire avec le P. Griemberger;
caFjdisait-iljilfautla faire connaître^aux jésuites
comme « aux personnes les plus instruites* ».
Puis, de concert avec Mgr Ciampoli, Mgr Dini
parla longuement de Galilée, au pardinal Bel-
larmin*. Le cardinal ne pouvait croire qu'il fût
question de proscrire l'opinion de Copernic. « Le
pis qui pourrait arriver, croyait-il, c'était qu'on
mît à son ouvrage quelque avertissement pour
déclarer que sa doctrine était présentée afin de
- * Opéré, t. n, p. 13.
* Ib., p. 17. Lettre du 7 mars 1615.
sauver les apparences, ou toute autre phrase semblable, comme dans le système opposé on avait introduit les Épicicles. Avec une semblable précaution, ajoutait le cardinal, Galilée pourra en toute circonstance traiter de ces matières^ » Mgr Dini en rapportant à son ami sa conversation avec Bellarmin écrivait : a 11 n'y a pas à présent de plus grande objection contre le nouveau système du monde que le texte d<i l'Écriture : exultavit ut gigas ad currendam viam, et ce qui suit. — Maison peut assurer que le passage s'accorde très-bien aussi avec notre opinion,» avait répliqué Mgr Dini, et Bellarmin avait répondu : « Il ne faut point agir à la hâte, et inconsidérément, ni condamner aucune opinion. » Le cardinal, qui avait eu sur ces matières un entretien avec le P. Griemberger, avait ajouté à Mgr Dini qu'il lirait bien volontiers les explications présentées à ce sujet par Galilée, mais que du moment où celui-ci, comme on le lui assurait, était disposé à accepter la dé-ision de l'Église, il ne pourrait certainement lui arriver rien de fâcheux. Quant au P. Griemberger, il
* Opère, t. VHI, p. 354. a Quanto al Copcrnico dice S. S. UhutriMima, non poler crcdere clie si sia per proibere, ma il M^o che possa accadere per quanlo eo gli crede sara il inet'tcrvl qnaldie postilia. i
croyait que les arguments de Galilée étaient plus plausibles que vrais, car plusieurs pass;»gcs de rÉcrilure lui faisaient peur et il eût préféré que Galilée présentât d'abord sa démonstration avant d'expliquer les passages de ^Écriture^ Celait la marche à suivre, et le tort de Galilée est de ne l'avoir pas compris.
Il semble cependant qu'à Rome presque personne n'attachait à celte question la môme ipportance que le P. Lorini dans sa lettre du 5 février, a Je ne sache pas qu'on en ait parlé, écrivait MgrCiampoli le 21 mars 1 615, et j'imagine que les premiers auteurs de ce bruit se croient être une grande partie de la ville* ». Et alors, afin de rassurer Galilée, MgrCiampoli lui parlait de ses nombreux amis et de ses admirateurs : c'étaient ks cardinaux del iMonte, Conti, Barberini, etc.; c'était le prince Cesi, qui, le 7 mars 1615, signalait à Galilée comme un nouveau partisan de son système le savant jésuite Torquatus de Cuppis, professeur au Collège romain ; c'était surtout Mgr Dini qui, à la date du 14 mars, assurait lui aussi qu'à Rome personne ne pensait mal sur le compte de Galilée. Toutefois, comme l'archevêque de Pisfe multipliait ses efforts pour faire condamner
* Opère, t. VIII, p. 354.
« Ib., t. VII, p. 3.
ijfMMlorliirKî iliV.lîiivc par lui scandaleuse, lémélairiî t'{ o|iiM)s«'î.î fila sainte Écrilure, la prudence |ioiJ\ail M'iiilïljîr ih-ressaire. Aussi Mgr Ciampoli /•riivjiil-il il Ciilil.'r, le 28 février 1615 : a Le carfliri:il M.illni hiiilirriiii («lepuis Urbaia Yllli m"a dit hiiT -nir t\\iii son avis il serait plus prudent (II' ut' pus '.'rraiirr des raisonnements de Ptolémée ou tU* (io|HTiii(., i\i) ne pas franchir en fin de coiiipht ii'S limites de la physique ou des mathéfriiitifliif!s, parce que les théologiens soutiennent qui' t\\rd il iMix de déterminer le sens des Écrilun"), <!l si on exprime une opinion nouvelle il nit iiiuru|in* pas de g(;ns pour amplifier et dënatutv.t'i'M qui a été dit^ » Trois semaines après, le 21 mars, (liainfioli allait avec Dini voir le cardinal di'l Moule qui dans le courant du mois avait eu une convcrsalion avec le cardinal Bellarmin; tous deux avaient élé du môme avis que le cardinal IJarlxîiini : pour éviter les difficultés, Galiléiî (hîvail, s'il était amené à parler du système de <lop(Mni(î, n'entrer dans aucune explication des textiîs de 1^ sainte Écriture, car leur interprétalion <l(;vait être réservée aux seuls professeurs de théologie approuvés par l'autorité ccclésiasslique. Si (ialilée agissait autrement, disaient les
* Opère, t. \UI, p. 351^
RECIT DES .FAITS. tl
cardinaux, ses explications du texte sacré, si ingénieuses qu'elles fussent, ne pourraient être admises, car elles s'éloigneraient trop de la commune opinion des Pères de l'Église*.
Ainsi tous les avis concordaient : un religieux carme, le P. Foscarini ne les entendit pas et lança un écrit brûlant. C'était une lettre apologétique sur le système de Copernic , dédiée au P. Fantoni, général de son ordre*. Elle fut imprimée à Naples, et Foscarini, en l'adressant au cardinal Bellarmin, lui demanda de vouloir bien lui exprimer son opinion sur ces matières. La réponse du cardinal est du 12 avril 1615 : « Je crois que vous et Galilée, disait-il, agiriez prudemment, si vous vous contentiez de présenter votre opinion comme une hypothèse et non comme une vérité absolue ; vouloir affirmer que ^réellement le soleil est immobile au centre du monde et que la terre tourne autour du soleil' est une chose très-périlleuse, car c'est
* € E ci conchiudeva che quando Ella traitera del sistema Copernicano e délie sue dimostrazioni, senza entrare nelle scritture, la interpretazione délie quali vogliono che sia réservât a ai professori di Teologia approvati con pubblica autorità, non ci devra essere contrarielà veruna, ma che altrimenti difficilmente si ammetterebbero dichiarazioni di Scrittura, benche ingegnose, quando dissentissero tanto délia comune opinione dei Padri délia Chiesa. » (Opère, t. VHI, p. 360.)
« La lettre est dans Opère di Galileo, t. V, p. 455-494.
irriter tous les philosophes et les théologiens scolastiques, c'est en môme temps porter préjudice à la foi, puisque c'est dire que rÉcriture sainte énonce des choses fausses. Tous les Pères ont interprété dans le sens littéral les passages où il est parlé du soleil qui est dans le ciel et tourne autour de la terre, de la terre qui est immobile au centre du inonde. Considérez donc avec \otre esprit prudent si TÉglise peut supporter qu'on donne aux Écritures un sens contraire à celui des sainis Pères et de tous les interprètes grecs et latins. Ne répondez pas que cela n'est pas matière de foi, car si l'objet n'est pas un article de foi, nous devons avoir foi en celui qui parle. Cette opinion du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil au centre du monde devînt-elle vraiment démontrée, il faudrait alors expliquer avec beaucoup de prudence les passages qui paraissent la contredire et avouer plutôt rignorance où nous sommes de leur sens qu'affirmer leur fausseté. Pour moi, je ne croirai pas à une telle démonstration avant qu'elle ne soit prouvée : démontrer que l'hypothèse du soleil immobile et de la terre mobile sauvent les apparences, ce n'est pas la môme chose que de démontrer la réalité de Timmobilité du soleil et du mouvement de la terre : car si je crois que
l*on peut prouver le premier point, je doute très-fort que Ton prouve le second, et en cas de doute on ne doit pas abandonner le sens de TÉcriture, tel que les saints Pères l'ont expliqué *. »
La citation a été longue, mais elle est importante pour fixer le point en queslion. Ainsi, après la dénonciation de Lorini, trois cardinaux éminenls, del Monte, Barberini et Bellarmin, viennent, par leurs paroles et leurs écrits, expliquer la nature du débat qui s'engage. Parlez science, disent-ils, on n'a rien à y voir ; mais si en parlant science vous donnez aux textes de l'Écriture des interprétations nouvelles, vous laïque, vous rencontrerez de graves difficultés. — « Un point est gagné, écrivait à ce sujet le 2 mai Mgr Dini, faisant sans doute allusion à Tavis donné par les cardinaux, un point est gagné : on peut écrire comme mathématicien et sous forme d'hypothèse, comme a fait, dit-on, Copernic; on peut écrire en toute liberté, pourvu qu'on n'entre pas, comme on l'a dit, dans la sacristie'. »
Aussi le même Mgr Dini, sans rien craindre pour Galilée, aurait voulu le voir garder le silence
* Publié par M. Berti, Copernico, p.. 125, qui parle de la légèreté et de l'ignorance qu*à ses yeux dénote cette lettre. ^ Opère, t. VIII, p. 351.
et fortifier sa thèse par de bonnes et solides raisons qui plus tard seraient publiées*. Le prince Cesi conseillait également le silence jusqu'aprijs la publication de la seconde édition de l'écrit du P. Foscaiini. Mifis Galilée s'inquiétait des bruits qui circulaient; il voulait venir à Rome; et comme on le voit par une lettre du 12 décembre écrite au- secrétaire du grand-duc, Picchena, il était enchanté d'obtenir pour ce voyage l'approbation de tous ses amis *. Il n'ignorait pas les difficultés de la situalion, mais celles qu'il pourrait rencontrer ne dépasseraient pas son attente, et, tout en reconnaissant qu'on avait été irés-vivement impressionné, il espérait avec la douceur apaiser une émotion que le temps feraît oublier.
Le 8 janvier 1616 Galilée était déjà à Rome, el en écrivant à Picchena il s'applaudissait d'être Tenu dans celte ville parce qu'on lui tendait de nombreux pièges où, victime des calomnies répandues contre lui, il aurait été pris*. En effet, le P. Lorini était arrivé également à Rome, et sa kprésence devait aviver l'espoir secret dés péripaléliciens.
* opère, t. ïlll, p 578 »Ib.. I. ïl, p. aH.
» Ib.. i. VI, p. 315.
le grîind-duc de Toscane tenu au courant des affaires, et sachant sans doute les interrogatoires que l'on avait fait subir au P. Ximenès et à Attavanti, écrivit aux cardinaux Borghèse, Orsini, del Monte, pour leur recommander Galilée, le cardinal del Monte, dans sa réponse, assurait que celui-ci était son grand ami. Grâce à ces protecteurs, Galilée fut reçu par tous les personnages distingués de la ville. Admis dans les réunions les plus brillantes, chez les Cesarini, les Ghislieri, etc., il développa souvent devant ses auditeurs étonnés et ravis, nous dit Mgr Querenghi, le système nouveau de la constitution du monde*. Là Galilée discutait, s'animait, et toujours cherchait à réfuter Tanciènne doctrine.
Le P. Caccini, également à Rome, lui fit demander un entretien qui se prolongea pendant, quatre heures. Le religieux chercha d'abord à excuser les paroles qu'il avait prononcées du haut de la chaire, et offrit de les excuser ou de les rétracter, puis il avoua qu'il avait été poussé à agir ainsi ; mais en môme temps il s'efforça de démontrer l'erreur de l'opinion de Copernic. Cette tentative, au moins singulière, n'ébranla pas Galilée qui, peu séduit par le langage du P. Cac-
* Opère, t. VIII, p. 383.
cini, crut reconnaître chez son interlocuteur une grande ignorance et un esprit plein de fiel *.
Cependant Galilée voulait aller droit au but, il voulait savoir à quoi aboutirait la dénonciation portée contre l\ii, et il se plaignait de ces délais. « Pourquoi, disait-il, fallait-il toujours avoir recours à des tiers, sans pouvoir traiter directement avec les personnes saisies de la quei^lion, et écrire des mémoires au lieu de s'expliquer de vive voix? » Les obstacles irritaient son ardeur : il s'emportait contre l'implacable obstination de ceux qui, pour maintenir une première erreur, ne rougissent pas, disait-il, d'avoir recours à toutes les ruses et à tous les stratagèmes afin d'égarer le jugement des supérieurs. « Je n'ai rien à craindre pour moi, ajoutait-il, mais ils en poursuivent d'autres. J'arriverai toutefois à dévoiler leurs fraudes; je m'opposerai à eux, et j'empêcherai toute déclaration dont il pourrait résulter un scandale pour l'Église *. » — « Ignorance, envie, impiété, voilà les trois puissants ouvriers qui ont fabriqué les incroyables histoires que je vous raconterai », écrivait-il à Picchena.
Galilée croyait avoir fait toucher du doigt aux
■ Opère, t VI, p. 226.
■ Ib, t. VI, p. 225.
cardinaux la droiture de ses intentions, comme aussi la méchanceté diabolique el le mauvais vouloir de ses persécuteurs* ; il trouvait même les paroles des cardinaux si précises, qu'en les rapportant il ajoutait : « si je les croyais, je pourrais m'en retourner à l'instant chez moi*. » Son irritation toutefois était visible, et cette irritation était regrettable ; en vain ses amis lui conseillaient d'avoir du calme, Galilée ne voulait point les écouter. « Il a fait plus de cas de son opinion que de celle de ses amis », écrivait le i mars Guicciardini, ambassadeur à Rome du grand-duc de Toscane. Ce dernier prince, joint au cardinal del Monte et à plusieurs autres membres de la Congrégation du saint Office, l'avait engagé à se tenir en repos et à ne pas envenimer cette alfaire, à cesser ses récriminations et à ne rien brusquer. S'il voulait garder son opinion, qu'il la gardât tranquillement sans faire tant d'efforts pour amener les autres à Tembrasser*. Voilà ce qu'on lui répétait sans cesse, et cha-
*(]!pcre, t. VI, p. 227.
Mb., p. 221.
*Ib., p. 221. M. Alberi, le savant éditeur àesCEuvres de Oalilée, lait cette remarque : « Noi crediamo col Tiraboschi.... che il fervore e l'inipetuositâ sua contribuissero ad irri- ^ gli avversari del sistema Copernicano », t. VIII, p. 579, note 1.
fjK GALILÉE.
qur jour la vivacité de ses expressions blessantes augmentait, dit Targioni, le nombre de ses ennemis ; mais Galilre ne savait point s*arrê(er : « D prend fi'U, écrivait Guicciardini, il a dans Tesprit UHïî extrême violence et peu de force et de volonté pour la vaincre*. x> Aussi craignait-il que la venue de Galilée à Kome lui portât à la fin préjudice, et que loin de s'être justifié et de Iriompher de ses émules il ne reçût un affront.
Guicciardini était bien instruit. Le souverain Pontil'e n'avait-il point conseillé au cardinal 0^ sini, qui parlait en faveur de Galilée, de persuader à son ami d'abandonner son opinfon; et comme Orsini, auquel Galilée venait d'adresser, le 8 janvier 1616, une lettre sur le flux et le reflux de Peau, où le mouvement de la terre était posé ex hypothesi; comme Orsini, disons-nous, insistait, le pape n'avait-il point coupé court à l'entretien en disant que cette affaire était remise entre les mains des cardinaux de la Congrégation du saint Office? Et en effet, lorsque le cardinal Orsini se fut retiré, le pape fit appeler le cardinal Bellarmin, et tous deux tombèrent d'accord que l'opinion soutenue par Galilée était e^ ronée et hérétique. C'était l'avis émis par les
* Opère, t. VL p. 227,
qualificateurs du saint Office. Le 19 février, une copie de la proposition jugée digne de censure, à savoir que le soleil était le centre du monde et par conséquent immobile, que la terre n'était pas le centre du monde, ni immobile*, avait été envoyée à ces théologiens*. Le 23 février, les qualificateurs se réunirent à huit heures et demie du matin, et le lendemain 24 prononcèrent la censure, qui fut signée par onze d'entre eux. La première proposition (le soleil est le centre du monde) était jugée insensée, absurde en philosophie, et formellement hérétique, puisqu'elle contredisait expressément des textes nombreux deTÉcriture sainte, pris dans leur sens liltéral, selon rinterprétation ordinaire des saints Pères et des docteurs théologiens. Tous déclarèrent que la seconde proposition (la terre n'est pas le centre du monde, ni immobile) méritait la môme censure en philosophie, et que par rapport à la vérité théologique elle était au moins erronée dans la'foi*.
Cette censure des théologiens employait ainsi les mêmes expressions que Tycho-Brahé, lorsque celui-ci avait appelé 1 hypothèse de Copernic
*■ Ms., ^ 376.' Les pièces du procès, p. 58.
■ Jje$ pièces du procès, p. 39.
a absurde et contraire à la sainte Écriture* »; les mêmes expressions qu'Alexandre Tassoni, lorsque celui-ci avait regardé cette opinion de Copernic comme « contraire à ta nature, au témoignage des sens, aux raisons naturelles, contraire à l'astronomie et aux mathématiques, contraire à la religion'. » Serrarlo avait également écrit : « Je ne vois pas comment elle peut être absoute du reproche d'hérésie; et Jérôme da Sommaia, provédileur de l'université de Pise, dans ses Iticordi pour l'année 1616, venait de dire : « L'opinion de Copernic et de Galilée détruit toute la philosophie, et il en découle des conséquences extravagantes'. »
C'était là, on peut le dire, une opinion générale parmi les savants.
Le lendemain, 25 février, le cardinal Mellini notifia à l'assesseur et au commissaire du saint Office la censure portée par les théologiens sur les propositions de Galilée. Le souverain FonUfe ordonna ensuite au cardinal Itellarmin d'appeler par-devant lui Galilée et de l'avertir d'abandonner son opinion. S'il refusait d'obéir, le commissaire
Ép. l«.
* Dùl. contempl., h IT, 9.
* Tirgiûni-Taturlti, l. c, 1. I, p. 56. < L'opinione del Coper- ^~edel Galileo iliïtruggono tutia la Olosolia--. e faono str»-
du suint Office devait, en présence d'un notaire el de témoins, lui intimer l'ordre de s'abstenir entièrement d'enseigner ou de soutenir cette opinion, et même d'en parler; s'il ne s'y conformait pas, Galilée devait être mis en prison '.
Le vendredi 26, le cardinal Bellarmin fit venir Galilée dans le palais qu'il occupait ordinairement, et en présence du commissaire du saint Office il l'avertit que son opinion élait erronée et qu'il fallait l'abandonner. Puis « dans la même séance* », en présence du notaire et des témoins, comme aussi devant le cardinal Bellarmin, qui se trouvait encore là, le P. commissaire prescrivit à Galilée d'^abandonner entièrement l'opinion sur le soleil centre du monde et immobile, et sur le mouvement de la terre, de ne plus la tenir, ni l'enseigner, ni la défendre, en quelque manière que ce fût, de vive voix ou par écrit, sous peine de se voir intenter un procès devant le saint Office. Galilée acquiesça à cet ordre et promit d'obéir '.
Le 3 mars, Bellarmin, sans parler spécialement de l'intervention du P. commissaire-inquisiteur, rendit compte à la Congrégation du saint
* Ms., f* 378. Les pièces du procès^ p. 40.
* Voir à la seconde partie, § lil.
* Us., P 378. Les pièces du procès, p. 40.
Office de ravertissement qu'il avait transmis à Galilée pour exécuter l'ordre du souverain Pontife ^ Le 5 mars, on publiait un -décret, de la Congrégation de l'Index portant défense de lire cinq ouvrages de droit et de théologie émanant d'auteurs protestants. A la suite des ouvrages condamnés on lisait le paragraphe suivant * ;
« Et parce qu'il est venu à la connaissance de la Sacrée'Congrégalion que cette fausi^ doctrine de Pythagore, tout à fait contraire à la divine Écriture, touchant le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil, que Nicolas Copernic dans son ouvrage sur les Révolutions des globes célestes, et Diego de Zunica dans son ouvrage sur Job, ont enseignée, s'est déjà répandue et a. été adoptée par beaucoup de personnes, ainsi qu'il apparaît d'une lettre d'un Père carme, dont le titre est : <r Lettre du R. P. Maitre P. A. Fosca- <c rini, carme, sur l'opinion des pythagoriciens et « de Copernic, touchant le mouvement de la terre a et l'immobilité du soleil et le nouveau système « du monde, » imprimée à Naples par Lazzare Scariggio, en 1615, dans laquelle ledit Père s'efforce de montrer que la dite doctrine est d'accord avec la vérité et n'est point opposée à l'Écriture,
* Riocardi. Alcune memorie, docum. VL
• Im pièces du procès, p. 42.
la Congrégation, afin que celte opinion ne se répande plus dorénavant au détriment de la vérité catholique, est d'avis de suspendre les deux ouvrages de Copernic et de Diego de Zunica, jusçu'à ce qu'ils soient corrigés, de prohiber entièrement et de condamner le livre du P. Foscarini, de prohiber également tous les livres enseignant la même doctrine, comme par le présent décret elle les défend, tous et chacun, les condamne et les suspend*. »
Le décret ne citait ni le nom de Galilée, ni le titre d'aucun de ses ouvrages ; ceux-ci pouvaient • seulement se trouver compris dans la condamnation générale.
« L'issue de cette ailfaire, écrivait Galilée le I 6 mars, a montré que mon opinion [n'a pas été > acceptée par l'Église. Elle a seulement fait déclarer qu'elle n'était point conforme aux saintes Écritures, d'où il suit que les livres voulant prouver ex professa que cette (^inion n'est pas opposée à l'Écriture sont seuls prohibés. » Les adversaires de GaliléQ auraient voulu et avaient espéré davantage : ils répandirent donc le bruit qu'on avait exigé de lui une rétractation et qu'on lui avait imposé une pénitence. Voilà ce que l'on
*- Venturi, 1. 1, p. 268. Les pièces du procès, p. 41.
disait à Venise, écrivait Sagredo le 23 avril ■ Galilée s'adressa alors au cardinal Bellarmin pour avoir une altestation écrite qui pût donner un démenti à ces bruits malveillants. « Galilée, disait Bellarmin dans cette note du 26 mai, n'a abjuré entre nos mains ni entre celles .de nul autre, à Rome, ou ailleurs que nous sachions, aucune de ses opinions et doctrines : il n'a pas non plus reçu de pénitence salutaire ; seulement on lui a dénoncé la déclaration faite par le pape et publiée par la Congrégation de l'Index où il est dit que la doctrine attribuée à Copernic, que h. terre tourne autour du soleil et que le spleil reste au centre du monde sans se mouvoir d'orient en occident, est contraire à la sainte Écriture et ne peut en conséquence ni se défendre ni se soutenir ' ».
Le 11 mars, six jours après la publication du décret, Galilée était admis à l'audience du souverain Pontife :,il allait quitter Rome, et le pape sembla vouloir lui témoigner — ce qui d'ailleurs avait toujours été évident — que l'intérêt de la religîoD (bien ou mal compris) mais le seul iniài&t de la religion, et non une basse jalousie, avait inspiré le décret. Pendant trois quarts
Opère. SuppL, p- 109.
Lapiiea At pnett, p, 73.
re, Galilée eut avec Paul V un entretien que ême déclara avoir élé des plus bienveillants, lissima udienza. Galilée revint sur les mo- : son voyage, et coiïime il insistait sur la de ses persécuteurs et Içs calomnies rées contre lui, le pape répondit qu'il conit parfaitement la droiture de ses inten- ;t la sincérité de son esprit. Puis, comme j témoignait quelque inquiétude d'être rs poursuivi par la malveillance, le pape 5ola en lui disant de vivre Tesprit en repos, jue lui-même et toute la congrégation des aux de llndex, avaient conçu de sa perune telle opinion qu on ne donnerait pas Qent créance aux calomniateurs, a De mon , ajouta Paul V, vous pouvez en être sûr. »
de le congédier Te pape lui répéta plufois qu'il était disposé à lui montrer en occasion et par des effets certains sa bonne ï de le protéger*.
lée quitta Rome « emportant, écrivait le al del Monte, les éloges de tous ceux qui tété en relations avec lu\ »*. 11 passa par , et se retira dans la villa Segni à Bello- 0, près de Florence. Là, il travailla, il
5, t. VI, p. 236. i
U VlUi p. 385.
écrivit, il publia des ouvrages, demeurant ti jours honoré à Rome et comble par tous marques d'estime. Nous n'aurions pas' à ne arrêler sur cette époque de la vie de l'illus savant, si nous n'y rencontrions plusieurs f{ intéressants, uliles à connaître, pour expliqi tout à la fois la période que nous venons de p: courir et celle où nous allons entrer.
fi:
pi''
le 1*' juin 1616, un médecin napolitain, membre de l'Académie des Lincei, philosophe et mathématicien, Nicolas-Antoine Stelliota, traçait nettement à Galilée un plan de conduite en ces termes : « Ceux qui cultivent les sciences doivent montrer les calomnies des sophistes. La pensée des supérieurs est sainte et juste, mais, comme le décret de 1616 a été rendu sans avoir entendu les parties, il faudrait revoir la cause qui intéresse tout le monde ; il faudrait que les professeurs de mathématiques étrangers présentassent ua mémoire. » Et ayec un grand sens il ajoutait: « Faites prévenir ceux qui gouvernent le monde que les personnes qui cherchent à mettre la discorde entre les sciences et la reli- . gion sont peu amies de l'une et de Tautre*. »
* Opere^ t. Yin, p. 386.
Ainsi, en deux mots, il disait : un intérêt religieux a pu faire porter le décret, mais la science, en éclairant la question, peut le faire réviser. C'est ce qui a été fait plus tard, mais, en attendant, le 10 mars 1619, le tribunal de l'Index prohiba V Abrégé de r Astronomie de Copernic, fait par Kepler, et, en 1620, il publia les cor- <v rections à l'ouvrage de Copernic, en y joignant
cet avertissement aux lecteurs : <c Comme il y a dans ce livre beaucoup de choses, très-utiles, le tribunal, d'un consentement unanime, a décidé de permettre l'impression des œuvres de Copernic, en modifiant seulement plusieurs passages où il est parlé du mouvement de la terre d'une manière absolue et non comme d'une hy- J pothèse ^ » Cinq passages étaient supprimés, six étaient corrigés. On pouvait donc dorénavant parler du mouvement de la terre comme d'une hypothèse astronomique, et, en fait, elle n'était encore que cela : aucune preuve n'avait été donnée.
Dans sa lutte contre la doctrine d'Aristote dont le cardinal del Monte disait au grand-duc que Galilée s'était tiré avec honneur, le savant florentin avait rencontré plus d'un ami. L'ardent domini-
* Lo P. Riccioli, Ahnagestum, Jt. II, p. 496-497. '
cain,Carapanella, voulait écrire pour prouver que le nouveau système du inonde était plus conforme que l'ancien à la divine Écriture. A Naples, le P. Placido Mirto, religieux théatin et grand théologien, ne tarissait pas d'éloges sur les mérites et la valeur de Galilée. « L« livre de Copernic est suspendu, disait-il, mais l'opinion n'est pas condamnée, ni condamnable. » 11 ne faisait nulle difficulté de reconnaître qu'Aristote s'était trompé en cette circonstance comme en beaucoup d'autres. En face de ees amis nouveaux qui venaient se ranger à côté du P. Caslelli, du prince Cesi, de Mgr Ciampoli, de Mgr Dini, etc., Galilée rencontrait pour adversaires, d'une part, ces hommes convaincus, mais à esprit étroit, dont la maladresse ou la violence compromettent souvent les causes qu'ils prétendent servir; tel était sans doute le P. Caccini, qui s'en allait répétant, diton, que sans la protection des princes de Tos cane Galilée eût passé devant Tlnquisition ^ : puis d'autre part il trouvait les hommes d'études, instruits, mais élevés dans l'inviolable respect de la science traditionnelle, qu'ils défendaient avec une ardeur sincère contre des innovations qu'ils estimaient téméraires; tel était, parait-il, le
* Opère. SuppL, p. 155, 5 décembre 1625.^
80 «ALILEE.
P. Grassi. Dans son livre Ubra fuironomica^ imprimé à Pérouse et publié sous le pseudonyme de Sarsi, le P. Grassi combattit les doctrines soutenues par Galilée, avec plus de ménagement que Ion n'avait fait jusqu^alors. C'est le jugement même d'un ami de ce dernier, de Ciampoli. Cette modération était un heureux symptôme. Aussi lorsque Galilée écrivit en réponse à l'ouvrage de Grassi son Saggiaiore (Essayeur), il le fit paraître à Rome, sachant qu'il y rencontrerait toujours estime et affection ^ L'autorisation d'imprimer, délivrée le 2 février 1623, contenait ce^ mots: « J'ai lu par ordre du maître du sacré Palais cet ouvrage du Saggiaiore^ et, outre que je n'y ai nen trouvé de contraire aux bonnes mœurs ou qui s'éloigne de la vérité surnaturelle de notre foi, j'y ai recondu de si belles considérations sur la philosophie naturelle que notre siècle, je crois, pourra se glorifier dans les siècles futurs nonseulement d'un hériUer des travaux des philosophes passés, mais aussi d'un révèlateurde beaucoup de secrets de la nature qu'ils furent impmssants à découvrir; ainsi le démontrent les ingénieuses et sages théories de l'auteur dont je
suis heureux d'être le contemporain, puisque ce n'est plus avec le peson et à peu près, mais avec des balances les plus sensibles que se mesure l'or delà vérité*. »
Le P. Riccardi, dominicain, rédacteur de cette note, devenu depuis cinq ans qualificateur du saint Office, offrait ainsi à Galilée une éclatante réparation des propos tenus dix ans auparavant par des religieux de son ordre, les PP. Caccini et Lorini. Galilée dut en être heureux, car dans le Saggiatore il prenait contre certaines atlaques maladroites la défense de Copernic et de Kepler: il disait que si leur système étaît condamné par la foi, cela ne dispensait pas les savants qui le rejetaient de lui opposer de bonnes raisons scientifiques et de justifier ainsi la condamna • tion. Il montrait que ce système était en parfait accord avec les observations du télescope qui mettaient à néant les hypothèses des adversaires. Mais comme il- pouvait être dangereux d'avoir trop raison, Galilée concluait que ce système étant condamné par l'autorité ecclésiastique, il fallait en chercher un autre qui ne fût ni l'hypothèse désormais insoutenable de Ptolémée et des péripatéticiens, ni le système trop incomplet sui-
* Opère, t. IX, p. 26.
vant lui de Tycho-Brahé. Galilée entrait ensuite dans Texamen de plusieurs questions spéciales, . toutes importantes pour la science/ Le livre parut sous la forme d'une lettre écrite à Mgr Cesarini, un ami du prince Cesi, un collègue de Galilée à l'Académie des Lincei, devenu maestro di caméra du nouveau souverain, Urbain VUI. L'Academie des Lincei, chargée de l'impression, avait dédié Touvrage au pape lui-même, car Maffeo Barberini en ceignant la tiare ne s'était pas ^ départi de ses sentiments d'estime pour Galilée. Mgr Çiampoli devenu un de sescamériers secrets Tentrelenait souvent de l'illustre Florentin et Urbain VIU exprimait son désir d'avoir une occasion de lui témoigner son affection. Aussi, Çiampoli, se reportant par la pensée à quelques années en arrière, écrivait à Galilée : « Si vous aviez eu, en 1616, les amis que vous avez à présent ici, il eût été inutile de chercher des détours pour écrire vos pensées*. »
Galilée désirait mettre à profit ces bonnes dispositions, et à la nouvelle de l'exaltation d'Urbain VU son esprit ardent formait bien des projets. 11 songeait à venir à Rome et consultait à cet égard le prince Cesi. « Je roule dans ma tête,
* Opère, t. IX, p. 30. Lettre du 27 mai 1623'.
lui écrivait-il, un projet de quelque importance pour la république des lettres; Toccasion est unique : si nous la laissons échapper, on n'en retrouvera pas une semblable*. » Songeait-il à faire rapporter ou modifier le décret du 5 mars 1616? Peut-être. Le prince Cesi lui conseilla un voyage qu'il jugeait même nécessaire : « Il sera en outre, lui disait-il, très-agréable au pape qui plus que jamais montre pour vous son estime et son affection*. » Thomas Rinuccini, frère de rarchevêque de Fermo, ayant prononcé devant Urbain YUI le nom de Galilée, en lui disant de sa part qu'il aurait grand désir, si sa santé le lui permettait, de venir lui rendre hommage, Urbain VIfl avait aussitôt répliqué qu'il en éprouverait un grand contentement. « Oui, ajouta le souverain Pontife, pourvu que le voyage ne porte pas préjudice à sa santé ; caries grands hommes comme lui doivent se soigner extrêmement pour vivre le plus longtemps possible. ^ » Ces paroles n'étaient pas des compliments en l'air, car Urbain Ym était en mesure d'être bien renseigné sur les récents travaux de Galilée. Son maestro di cambra, Cesarini, écrivait que le pape se faisait
, A Opère, t. YI, p. 289. Lettre du 9 octobre 1623. • B)., t. IX, p. 40.
Mb., p. 41.
lire à table le Saggiatore \ et Rinuccîni écrivait également : « on m'a rapporfé que le pape a lu tout le livre avec grand plaisir '. » En fait, dans le monde savant il n'y avait qu'une voix, sur cet ouvrage, et bien que Rinuccini parlât de la défense sévère faite, disait-on, aux jésuites de discuter entre eux sur les ouvrages de Galilée et du P. Grassi, on citait le jugement d'un Père du Collège romain, affirmant que le livre du Saggiatore était très-beau '.
Tout semblait donc préparé pour la réussite du projet, quel qu'il fût, formé par Galilée. « Le pape, le cardinal Barberini et vos nombreux amis désirent ici votre présence, lui écrivait Guiducci, le 18 décembre 1625. Elle est aussi désirée par le P. Grassi : il veut se lier d'amitié avec vous; mais je crois, ajoutait Guiducci, que cette amitié est un mensonge *. » « Tout le monde vous attend, écrivait trois mois plus tard Mgr Ciampoli ^j et vous trouverez dans Sa Sainteté une affection extraordinaire pour vous. »
Galilée se décida et arriva à Home au commencement du mois d'avril 1624, muni entre autres
* Opère, t. IX, p. 43. — 28 octobre 1623.
* Ib.,p. 50. —2 décembre 1623 « con granguslo ». » Th., p. 44.
*Ib.,t.IX, p. 51.
* D)., 55. Lettre du 16 mars 1624.
recommandations d'une lettre de la grande-duchesse Christine de Lorraine pour son fils le cardinal de Médicis. Le 8 juin, Galilée, ravi de son séjour, écrivait au prince Cesi, retenu à Acquasparta par les affaires très-embarrassées de sa fa mille* : « Sa Sainteté m'a accordé de très-grands honneurs et j'ai eu avec Elle, jusqu'à six fois, de longues conversations. Hier, Elle m'a promis une pension pour mon fils et trois jours auparavant j'avais reçu en présent un beau tableau, deux médailles dont l'une d'or et l'autre d'argent, et une quantité à*Agnus Dei*. »
Le même jour (7 juin 1624), Urbain VIII adressait au grand-duc de Toscane, Ferdinand II, un bref qui contenait les phrases les plus élogieuses pour Galilée : « Récemment, disait-il, notre cher fils Galilée, pénétrant dans les espaces ëthérés, a signalé la lumière d'astres inconnus et pénétré dans les profondeurs où se cachent les planètes. Aussi, tant que l'astre de Jupiter brillera dans le ciel accompagné de ses quatre nouveaux satellites, il redira la gloire de Galilée associée à sa destinée. Depuis longtemps nous
* Voir sur ce point Memorie storico-critiche delV accademiade' Lincei, raccolte e scritte da D. BaldassareOdescalchi, duca di Ceri. Roma, 1806, in-4», p. 140.
* PpcTff, t. VI, p. 295.
avons une affection paternelle pour cet homme illustre dont la renommée resplendit dans les cieux et se répand par toute la terre, car nous avons reconnu en lui, non-seulement l'illuslratioti de l'étude, mais aussi une évidente piété, et ces mérites éclatants auxquels la bienveillance d'un souverain Pontife est facilement acquise. Et maintenant que, pour nous féliciter de notre élévation au pontificat, il est revenu à Rome, nous l'avons reçu avec amour et l'avons entendu avec plaisir rehausser par de savantes discussions les beautés de la langue de Florence *. »
Urbain VIII ne voulait pas laisser partir Galilée sans lui donner une marque de plus d'affection, et il ajoutait, en s'adressant au grand- • duc : « Et afin que vous sachiez combien il est cher à notre cœur de Pontife, nous voulons lui donner ce témoignage honorable de vertu et de piété. Nous vous déclarons donc que ce sera une consolation pour nous si, par une munificence paternelle, vous continuez et augmentez même tous les bienfaits dont vous l'honorez. » Le même jour, le cardinal Barberini, en écrivant à la grande-duchesse douairière, parlait de la sincère affection qu'il portait, lui aussi, à Galilée ?•
* Opère, U IX, p. 60
Galilée recevait également les plus affectueuses paroles de Piccolomini, le futur archevêque de Sienne, et les cardinaux de Sainte-Suzanne, Buorcompagni et Hohen Zollern le voyaient avec grand plaisir.
Mais comment faire réussir son projet? Il avait conversé longuement, après un dîner chez le cardinal de Sainte-Suzanne, avec plusieurs érudits, sans toutefois aborder la question. Du reste, le temps allait lui manquer, et beaucoup d'autres affaires estimées, disait-il, plus importantes, allaient absorber l'attention. Le .cardinal Zollern avait paru comprendre à merveille ce qu'il y avait à faire pour entrer dans les desseins de Galilée, et il avait promis d'en parler au pape avant son départ pour l'Allemagne, fixé au 7 juin. Il le fit en effet, et, dans sa conversation avec Urbain VIII, au sujet de l'opinion de Copernic, le cardinal ayant dit que les hérétiques tenant cette opinion pour trèsvraie, il fallait procéder avec beaucoup de circonspection, sans en venir à aucune décision, le pape répondit alors , que « l'Eglise n'avait pas condamné et ne condamnerait pas cette opinion comme hérétique, mais seulement comme téméraire, puisqu'il n'y avait pas à penser que quelqu'un démontrât jamais sa vérité ab-
solue * ». Cependant, sur les instances du Pèr^ Tarquinio Galluzzi, de la Compagnie de Jésu^= Guiducci s'était rencontré avec le P. Grassi, f= tous deux avaient parlé du mouvement de ^H terre. « Quand il se trouvera une démonstn:^ lion de ce mouvement, avait dit le P. Gras il conviendra d'interpréter autrement qu'on r Ta fait les passages de l'Ecriture où il est par de l'immobilité de la terre; c'est l'opinion (W« cardinal Bellarmin. » Et Guiducci de réplique?/* aussitôt : « C'est également la mienne*. » Que/ques jours après (13 septembre 1624), Guiducci écrivait encore : « Je ne vois pas que le P. Grassi ait beaucoup de répulsion à accepter le mouvement de la terre. »
Les péripatéticiens ne se rendaient pourtant pas. Le P. Spinola fulminait au Collège romain (8 déc. 1624) contre les opinions nouvelles si contraires à celles d'Aristote.Le P. Grassi luimême allait publier, à Paris, en 1626, et 5 Naples, en 1627, une réplique au Saggiqtore^ où il s'efforçait de prouver que la physique de Galilée tendait à la négation de la présence
^Optrep t. YI, p. 296. < Fu da S. Santità risposto, corne S. tfetat non Tavea dannata» ne era per dannarla per eretica, ma mIo psr temeraria. > .
. • Ib., t. IX, p. 65-67.
ïiîelle dans rEucharistie. Enfin le Saggiatore, si ^i^u accueilli au commencement, était à la veille d'être poursuivi. De même que le P. Lorini ^vait dénoncé la lettre au P. Castelli, une personne voulut faire prohiber le Saggiatore pai' le Wbunal de l'Index, ou du moins provoquer sa correction, car, disait-on, la doctrine de Coperïûcsurle mouvement de la terre y est approuvée. Un cardinal eut même mission, si on en croit Guiducci, de procéder à un examen et de faire un rapport. Ce cardinal choisit pour consulleur le P. Guevara, général des ihéatins, qui, après avoir lu attentivement l'ouvrgge, le trouva fort bon, en parla avec éloge au cardinal, et lui remit une note pour établir que quand même la P doctrine du mouvement y eût été soutenue, il ne lui semblait pas qu'elle dût être condamnée ^ L'affaire fut ainsi étouffée à son début.
Il eût été difficile qu'il en fût autrement en ce moment où le^ souverain Pontife, instruit par Mgr Ciampoli, lisait la réponse faite par Galilée à Ingoli dans une lettre où l'opinion de Copernic était défendue. Ingoli était un avocat de Ravenne, partisan de l'ancien système du monde, mais admirateur de Galilée. En 1616, il avait adressé
« Opère, t. IX, p. 78. Lettre du 18 avril 1625.
à ce dernier une série d'objections contre 1» nouveau système; mais Galilée n'avait rien rè pondu. Campanella voulait se charger de le futer, et Kepler, en 1618, avait, dans son livi sur l'astronomie de Copernic, combattu les ol jeclions d'Ingoli. Celui-ci, devenu secrétaire la Propagande, avait alors répliqué : Galilfe e, pendant son séjour à Rome, au printemps ^cJe 1624, avait cru devoir prendre la parole atfîiî d'établir que si le système de Copernic fut co tïdamné en 1616, ce ne fut pas par ignorance âes vraisemblances philosophiques sur lesquelles il pouvait s'appuyer; mais en vertu de raisons théologiques supérieures, Urbain VIII avait particulièrement remarqué dans cet écrit, qui ne fut pas alors imprimé, les exemples du crible et des corps pesants peu arptes au mouvement, avec les conséquences que Galilée en tirait *•
Le pape ne cessait d'ailleurs de donner à Galilée des marques de bienveillance. Le P. Castelli, nommé professeur à l'Université de Rome, ayant prononcé devant lui le nom de son ami. Sa Sainteté aussitôt lui demanda de ses nouvelles avec beaucoup d'affection. £n 1627, Urbain YIII ac- '-'èbrdaït une pension de soixante écus au fils de
* Opa^, t IX, p. 97. — 28 déc. 1625.
^ illustre Florentin, et, lorsque le prince Cesi ^^t dédié au souverain Pontife son ouvrage In- ^^Tno aile Api, Ciampoli reçut d'Urbain VIII 1 Ordre d'en envoyer vin exemplaire à Galilée. ^^ Sa Sainteté, lui écrivait Ciampoli, vous nomma ^Vanttout autre*. » Galilée aurait voulu davantage, et il songeait encore à revenir à Rome; ^ais le prince Cesi l'en dissuadait, car la cour domaine, disait-il, est pour le moment absorbée ^ans des affaires politiques dont le pape se lïiontre très-ennuyé. Galilée n'insista pas et se liâta d'achever la composition du grand ouvrage sur les systèmes du monde, qui le préoccupait' déjà depuis plusieurs années. Cesarini, Ciampoli, Castelli, Cavalieri, Marsili,. Cesi, etc., l'avaient encouragé au travail*. Au mois de janvier 1650, le livre [était achevé '^; mais pourrait-il être publié? Galilée n'en doutait pas, et c'était à Rome même qu'il voulait l'imprimer *. De Florence, où il était, il fit sonder le terrain par son savant ami, le P. Castelli. Celui-ci demanda donc un jour, dans le mois de février 1628, au P. Riccardi, en présence de Piccolomini,'le futur
^ Opère, Suppl., p. 181. Lettre du 30 août 1625.
* D)., t. IX, passim et Suppl.» p. 231.
»Ib., p. 335 et 336.
* Ib., p. 337 et 339.
archevêque de Sienne, ce qu'il pensait des objections présentées par le P. Grassi dans sa réponse au Saggiatore. Le nouveau maître du sacré Palais, maestro del sacro Palazzô^ que ses contemporains, par un jeu de mots, nommaient il maestro mostrOy le maître prodige, répondit que les opinions de Galilée n'étaient pas précisé^ ment contre la foi, puisqu'elles concernaient seulement la philosophie naturelle ^
Déjà le P. Riccardi s'était offert pour éclaircir les doutes de Galilée et lui rendre les services que celui-ci pouvait réclamer ; mais il ne voulait pas, disait-il, se mettre en avant, afin de pouvoir lui venir en aide dans le cas où le tribunal du saint Office, dont il était alors qualificateur, lui donnerait de l'ennui *. Le prince Cesi rappelait que, selon un avis donné par Bellarmin, le 25 août 1618, l'opinion du ciel fluide qu'on devait adopter si Ton croyait au mouvement de la terre, n'était pas contraire à l'Écriture'; et, en février 1630, le ciirdinal Barberini, ayant dit dans une discussion avec le P. Castelli que si on admettait le mouvement de la terre il serait
>, ^ • Essendo semplicemente filosofiche. »
• Cjper», t. IX, p. 124.
' Is lettre du prince Cesi du 15 août et la réponse de Bellarmin du 25, ont été publiées par le P. Scheiner dans Rosa Ursina 'et dans Odescalchi, Memorie Utor, crit.,- p. 139.
nécessaire de la ranger au nombre des étoiles, proposition par trop contraire à la théologie, ,« mais non certainement, répondit le P. Castelli, la terre n'est pas une étoile. — Il faudrait alors queGalilée le prouvât, » répliqua le cardinal Barberini^ Nous saisissons une fois de plus ici le sujet des préoccupations continuelles d'un grand nombre d'hommes religieux : ils ne s'inquiètent de la théorie astronomique qu'en vue de ses conséquences possibles, et il leur répugne devoir diminuer l'importance et le rang de cette terre où Notre-Seigneur descendit pour racheter les hommes. Comment croire que Tlncarnation et la Rédemption divine se soient passées dans une planète secondaire, et non au centre même du monde? Il n'y avait pas de parti pris contre la doctrine scientifique.
On discutait, on provoquait les explications, et les explications amenaient l'entente. Seulement, à Rome, comme à un point central, se portaient aussi les efforts tentés par les péripatéticiens pour maintenir dans toute son intégrité la doctrine du maître. Le P. Riccardi racontait qu'il avait eu « à supporter un peu de bourrasque )> de la part de ses religieux au sujet
* Opère 1 1. IX, p. 173. « >E cosi mi disse che V, S. dovesse provar questOi che nel resto le cose potevano passare. i»
de Galilée. Quoi d'étonnant, lorsqu'à Pise, où le professeur avait été autrefois sifflé par des écoliers trop ardents à défendre les vieilles doctrines scientifiques, on cabalait, à la fin de 1629, pour faire perdre à Galilée la pension dont il jouissait sur TUniversilé ^ ? 11 fallut une consultation de jurisconsultes pour réfuter les sophismes sur lesquels s'appuyait la jalousie. Mais ces basses intrigues disparaissaient au milieu de la foule des témoignages d'estime prodigués à Galilée. Aussi Mgr Ciampoli trouvait-il le moment favorable pour l'impression de l'ouvrage auquel il travaillait depuis si longtemps*. Des 'difficultés...., il y en aurait sans doute, mais Galilée saurait les surmonter. Ciampoli n'en doutait pas, et Ciampoli voyait deux et trois fois par jour le pape, dont il était très-aimé. Le prince Cesi venait également de rapporter au P. Castelli, qui l'écrivit aussitôt, à Galilée (16 mars 1630), une conversation du souverain Pontife avec Campanella. Ce religieux, ayant dit que des Allemands, très-disposés à se convertir, avaient reculé en apprenant la condamnation portée contre la doctrine de Copernic, le pape l'avait interrompu en disant ces paroles lextucUes :
* Opère, t. IX, p. 163i Note de M. Alberi.
Mb., p. 175,
« Ce ne fut jamais notre sentiment, et si cela
eût dépendu de nous, le décret n'eût pas été
rendu *. » Le cardinal François Barberini avait
to également à Buonarotti que Galilée n'avait
pas de plus grand ami que lui et le souverain
Pontife.
La publicalion des Dialogues se présentait donc comme devant être la chose la plus facile.
f * Opère, t. IX, p. 176. « Non fu mai nostra intenzione e se
fosse toccato a noi noa si sarebbe fatto quel decreto.»
Encouragé par ses amis, Galilée partageait leurs espérances, s ilnelesexcitait.Dèslemoisde février il écrivit à Mai'sili son projet d'aller à Rome pour publier ses Dialogues S et quittant sa villa de Beïlosguardo il y arriva au mois de mai 1630. Le pape était alors à Castel-Gandolfo : à son retour il reçut Galilée et leur entretien fut long et très-bienveillant. Urbain VIII éleva alors spontanément de soixante à cent écus la pension qu'il faisait à son fils, et le cardinal Barberini le retint à dîner*. Galilée se félicitait de sa réception et exprimait Tespoir que la négociation pour ses affaires, engagée dès son arrivée à Rome, aurait une issue favorable.
Galilée en effet était allé porter son ouvrage au
^'^ Opère, t. VI, p. 337.
•Ib., t. IX, p. 193 et 200.
maître dii sacré Palais, afin d'obtenir Tautorisa- ^^on deFimprimer*. Le P. Riccardi reconnut aisément à la lecture que Galilée, oubliant le décret de 1620 et tous les avertissements qui lui avaient été donnés, ne se contentait pas de présenter le système de Copernic comme une hypothèse, mais qu'il en parlait en termes absolus. 11 chargea alors un professeur de mathématiques, le P. Raphaël Visconti, de lire altentiveinent l'ouvrage, pour lui signaler les passages où une correction pourrait être nécessaire.
D'après la demande formelle de Galilée, l'examen fut minutieux. Le P. Visconti rendit compte au P. Riccardi, en l'avertissant qu'outre les corrections désignées il y avait plusieurs points à discuter avec l'auteur. On les discuta : et le P. Visconti écrivit à Galilée (16 juin) * : « le P. Maître, vous baise les mains; il dit que l'ouvrage lui plaît, qu'il parlera au pape dès le lendemain pour le frontispice, et que du reste en arrangeant quelques petites choses semblables à celles dont nous étions convenus ensemble le livre vous sera remis. »
* Par un décret du 18 septembre 1625, Urbain VIH avait défendu d'imprimer aucun livre sans approbation du cardinal-vicaire ou du maître du sacré Palais. (Le texte du décret est dans del Bene, t. II, p. 697.)
*Supplém.,p. 235.
Cependant le P. Riccardi aurait voulu rev(^ de nouveau l'ouvrage avant de le rendre à GaB lée, et comme celui-ci allait partir, il lui donc r imprimatur pour Rome, afin qu'il pût trait avec les imprimeurs. Seulement Galilée, pre^s de retourner à Florence avant les chaleurs c Tété, promit de revenir à l'aulomne, afin d'ajot ter à la préface et dans le corps de l'ouvrag^^ des passages propres à ramener la thèse à une hypothèse. Le prince Cesi, président de l'Acadé mie des Lincei ," devait prendre soin de l'im pression du volume, comme il Tavait fait poui le Saggiatore; mais le prince mourut le 1 aoû 1650 et cette mort, en privant Galilée d'un am puissant et dévoué, menaçait en même temp d'une prompte dissolution cette Académie de Lincei, si célèbre, mais dont les réunions, très éloignées les unes des autres, n'offraient encor rien de fixe et de régulier.
Un autre malheur sejoignit à celui-ci :*lapest se déclara à Florence*. Le commerce cessa € les communications furent peu à peu interron pues avec Rome. Le P. Castelli donna alors à Ga lîlée le conseil d'imprinaer l'ouvrage à Florence
*■ Targioni-Tozzetti a donné une longue liste d'ouvrages pi bliés au sujet de cette peste de 1630 à 1633. Atti e memor inédite delV Acadcmia del CimentOy t. III, p. 141-146, et il a ir diqué les mesures prises à ce sujet, ibid., p. 298-516.
^ Beaucoup de considérations dignes d'atlenlion, î^e je ne veux pas mettre ici sur le papier, disait-il, me font croire qu'il serait bien d'y feire imprimer l'ouvrage le plus tôt possible. » I^e savant religieux si dévoué à Galilée avait même demandé au P. Visconti si ce changement pouvait donner lieu à quelque difficulté. « 11 n'y a aucune difficulté », répondit Visconti, qui manifesta son extrême désir de voir publier Fouvrage*. Aussi Galilée, voyant Timpossibilité de communiquer avec Rome, chercha à prendre d'au^ très mesures ; il songea peut-être à faire impri- . merle livre à Gênes, car Baliani répondait le 26 octobre 1650' qu'il n'y avait dans cette ville qu'un imprimeur et il lui envoyait quelques pa ges, afin de juger les différents caractères que Ton pourrait fournir.
Galilée se mit bientôt en rapports avec LandiniiCélèbre.imprimeur de Florence, et obtint la permission du vicaire, général et de l'inquisiteur général (11 septembre 1630); puis, jugeant convenable de rendre compte à Rome de ce qui se passait, il écrivit au maître du sacré Palais les empêchements survenus pour l'impression, et son dessein d'imprimer l'ouvrage à Florence. Le
* Opère, t. IX, p. 201.
P. Riccardi pria alors Pambassadeur de dire à Galilée qu'il désirait donner un nouveau coup d'œil à l'ouvrage et qu'il le priait de lui en envoyer une copie. Le 21 septembre i630, le P. Cas- ' telli demandait également à Galilée d'envoyer le manuscrit à Rome, afin que de concert avec Mgr Ciampoli le P. Riccardi pût y faire les modifications jugées nécessaires ^ Mais comment envoyer à présent l'ouvrage à Rome? Lç bailli Cioli, ministre du grand-duc, consulté par Galilée, répondit que l'envoi d'un livre n'était pas prudent, car les fumigations que l'on était obligé de faire à
* la frontière, à cause de la pesie, pouvaient le détériorer. C'est à peine, disait-il, si les simples letli'es passaient. Galilée fit alors exposer la situation au P. Riccardi, par la femme de l'ambassadeur Niccolini, CatherineRiccardi, en offrant d'envoyer le commencement et la fin du manuscrit, comme
. aussi de faire toutes sortes de concessions, d'appeler par exemple ses pensées sur le système du monde, des songes, des chimères, des paralogismes, de vaines imaginations. Quant à la révision de l'ouvrage, elle pourrait, disait-il, avoir lieu à Florence '.
La femme de l'ambassadeur se chargea de la
* Opère, t. IX, p. 205.
« Ib., t. VI, p. 375.
négociation. Elle parla au maître du sacré Palais et elle le trouva, comme à son ordinaire, Irèsbien disposé pour Galilée. Que Galilée, s'il le veut, répondit-il, n'envoie pas ici lelivre entier, mais seulement le commencement et la lin, à la condition que tout Touyrage soit revu à Florence par un théologien de notre ordre, habitué à ces sorles de révisions et nommé à cet effet par les supérieurs. Le père proposa de confier ce soin au P. Clément, Tinquisifeur de Florence, et si ce religieux ne plaisait pas à Galilée, on pouvait, disait-il, en nommer un autre. Galilée, n'ayant . pas accepté le P. Clément, proposa le P. Hyacinthe Stefani, consulteur du saint Office, homme • de grande valeur. Agréé par les supérieurs, le P. Stefani soumit l'ouvrage à une révision minutieuse. Galilée se montra très-prompt à accorder et très-soumis à reeevoir les corrections, c'est le témoignage de Tinquisiteur de Florence, et le P. Stefani pleura d'émotion, c'est Galilée qui . le dit, en voyant en cette circonstance Thumilifé du savant et sa respectueuse soumission à l'autorité des supérieurs * .
Cependant le maître du sacré Palais, à Rome, ne se pressait pas d'envoyer à Florence la préface
< Opère, t. VI, p. 375
et la conclusion, ce qui contrariait beaucoup lilée, puisque, sans attendre la fin de ces fomsmr parlers, il avait fait commencer Timpression. Sans doute, cette impression allait lentemevift car on tirait à mille exemplaires, nombre alors considérable * ; mais le 20 mars 1631, il y avaii six feuilles terminées : il devait y en avoir eB tout plus de cinquante. Galilée, écrivit de Bdlo-^ sguardo, le 7 mars 1631', au bailli Cioli, à Florence, pour le mettre au courant de l'affaire, et le grand-duc averti aussitôt fit écrire à son ambassadeur à Rome de presser le P. Riccardi de tout terminer le plus promptement possible.
L'ambassadeur et l'ambassadrice plaidèrent longuement et chaudement les intérêts de Gali-* lëe. Finalement on convint que Riccardi donnerait Y imprimatur y en gardant par devers lui, pour sa décharge, une déclaration convenue entre lui et Niccolini, déclaration que Ton devait envoyer par écrit, afin que le sens fût exact et que Galilée ne pût altérer aucun mot '. Au lieu d'une déclaration le P. Riccardi envoya le 28 avril une longue lettre à l'ambassadeur Niccolini.
a Sans doute, disait le maître du sacré Palais,
* Opère, t. VI, p. 378.
« ft., t. VI, p. 374.
3 Ib., t. IX, p. 242.
1^ P. Stefani avait lu le manuscrit avec attention; ^ais comme il n'est pas instruit de la pensée du pape, 11^ ne peut donner une approbation qui ïûe suffise pour donner l'autorisation d'impriïner; nous pourrions en effet avoir à le regretter, Galilée et moi, si ses envieux venaient à trouver dans son livre le moindre mot qui s'écartât des ordres prescrits *. » — Ils surent trop bien le trouver! — « Je n'ai pas de plus grand désir, ajoutait Riccardi, que d'être agréable au grandduc, mais je voudrais que le protégé d'un aussi grand prince ne courût aucun danger. La permission d'imprimer, qui ne me regarde pas, ne suffirait point, il faut que je m'assure que le livre est conforme aux ordres du pape. En lisant la préface et la fin de. ce livre, je le verrai facilement, puis je donnerai une attestation disant que j'ai approuvé Touvrage. Si on ne peut envoyer la copie que je demandé, j'écrirai alors à l'inquisiteur, en lui notifiant les ordres que j'ai reçu^, afin qu après avoir vérifié s'ils ont été observés, il laisse imprimer en toute liberté. » Niccolini communiqua la lettre à Florence. — «Mais il n'y a dans ce biUet, s'écria Galilée, ni ordre, ni déclaration : on n'y voit que de nouveaux
* < Non sapendo i sensi di N. S.... se egli emoli si troveranno cosa che disdica agli ordini prescritti. » Opère, t. IX, p. 243.
i04 GALILEE.
délais fondés sur des demandes et des prétentions auxquelles depuis Men des mois on a déjà répondu. » Galilée demà'nda donc au bailli Cioli si le grand-duc ne voudrait pas un jour lui donner audience avec l'inquisiteur et le P. Slefani : « J'arriverai avec les corrections qui sont très-légères, disait-il, et tous deux verront que je n'ai jamais eu, en celte matière, une autre opinion et une autre intention que celles qu'ont eues les plus saints et vénérables Pères et docteurs de l'Église, saint Augusti» et saint Thomas *. » Ce rendez-vous n'eut pas lieu ; mais d'après les nouvelles instances de Galilée le grand* duc écrivit encore à son ambassadeur de presser le P. Riccardi pour terminer cette affaire. Le 24 mai, Riccardi donna pouvoir à l'inquisiteur de Florence d'user de son autorité, pour, à son gré, permettre ou défendre l'impression de l'ouvrage de Galilée. « Vous vous rappellerez seulement, écrivait l'inquisiteur, que l'intention du pape est que le titre et le sujet n'indiquent aucune décision sur le flux et le reflux de la ,mer (titre que devait avoir l'ouvrage) , mais présentent seulement les considérations mathématiques de la thèse de Copernic, sur le' mouvement de la terre.
• Opère, U VI, p, 583.
afin de prouver que la révélation divine et la doctrine sacrée étant mises de côté, on pourrail sauver les apparences de cette thèse', en réfutant toutes les raisons contraires que l'expérience et la . philosophie d'Aristole pourraient présenler; en sorte que on ne concédera jamais la vérité absolue, mais seulement la vérité hypothétique, et on ne mêlera pas les Êciitures à cette question. On doit encore faire remar-
querqufi cet ouvrage est composé seulement pour montrer que l'on n'ignore aucune des raisons qui peuvent être produites, et que ce n'est pas faute de les connaître qu'à Rome on a rendu la sentence; pensée qui sera conforme aux paroles de la préface et de la conclusion de l'ouvrage que j'enverrai d'ici toutes préparées. Avec celte précaution, le livre n'éprouvera aucun obstacle â Rome. Vous pourrez de cette manière complaire à l'auteur et être agréable à S. A. le grand-duc qui montre un grand intérêt pour cette affeire*. »
Cette lettre importante marque clairement la pensée des docteurs de l'Église, et cette pensée, nous ne nous lasserons pas de le répéter, est celle des cardinaux Bellarmin et del Monte dans
* Ms., f« 390 r». Leg pièces du procès, p; 48.
leur entrelien avec Mgr Ciampoli, celle de la Congrégation de l'Index, dans son décret de 1620; celle enfin du pape Urbain VllI. La théorie que vous soutenez, nous la jugeons contraire au sens littéral de TÉcriture et à l'explication des anciens docteurs. Nous connaissons vos raisons scientifiques, elles ne nous paraissent pas suffisantes pour la démonstration de voire thèse qui est encore discutable et discutée. Ne présentez donc pas votre doctrine comme une vérité absolue ; puisque scientifiquement vous ne pouvez l'établir et que nous serions forcés de changer l'interpréd tation du sens littéral de FÉcriture ; mais exposezla, si vous le voulez, comme une hypothèse. Voilà, si nous ne nous abusons, rinterprètation fidèle du sentiment qui jusqu'à présent a dicté la conduite des cardinaux et des papes : cela est établi par tous les textes. Mais d'une part la passion mise dans cette affaire par les pèripatéticiens, de l'autre la hardiesse ou l'imprudence de Galilée rendit inutiles ces sages tempéraments : les consulteurs, les cardinaux, le pape lui-même, entraînés par le courant de Topinion et en subissant l'irrésistible puissance, furent amenés, nous le verrons, à perdre de vue, au milieu de l'animosité générale, les mesures de prudence réclamées par les circonstances. Mais
au moment où nous sommes arrivés il convient de faire remarquer ces deux courants contraires : celufdes hommes de l'Église, inquiets de voir modifier l'interprétation des textes de l'Écriture; celui des hommes de Técole, résolus à n'admettre aucun fait qui vienne contredire la doctrine du maître dans lequel ils ont foi, Aristote. Galilée ne voulut comprendre aucune inquiétude, ni ménager aucune susceptibilité.
Q faut que chacun demeure responsable de
ses actes.
Le 12 juillet 1631, l'ambassadeur Niccolini émvit à Galilée que jusqu'à présent il n'avait pas, comme il le désirait, réussi dans son af- .faire^ Mais le 19, le maître du sacré Palais, rassuré par l'inquisiteur de Florence qui, le 31 mai, lui avait promis d'exécuter ses ordres, envoyait la préface destinée à être mise en tête de Touvrage*. Il accordait toutefois à Galilée la ISierté de changer les mots pour donner à la phrase une tournure plus élégante, pourvu que lo fond fût conservé. A la fin du livre, les mêmes observations devaient être reproduites*
« En vérité, écrivait Niccolini à Galilée, le
' Opère, t. IX, p. 245* * Ib., p. 247.
P. Riccardi mérite d'être plaint, car pressé, hm celé, ayant déjà éprouvé bien des désagrémer: au sujet d'autres récents ouvrages, il a &comme on le dit, tiré par les cheveux, et égards que le maitre du sacré Palais a pouE* grand -duc ont seuls permis de tout terminer - L'impression du livre se poursuivit sans ^ barras, et le 3 janvier 1632 Galilée écri^^ que le Dialogo serait achevé dans dix ou dcm jours. Il fit aussitôt relier et dorer un cer* nombre d'exemplaires pour être distribués-»
22 février Galilée présentait son ouvrage au graB duc, aux princes de Toscane et au duc.de GiMiSi qui aussitôt le fit partir pour la France en Vb dressant à un ami. Le 23, trente exemplaire étaient envoyés à Marsili alors à Bologne. Mai comme la peste continuait de sévir à Florence, lî difficulté des communications était toujours ex trême. Pour faire passer des livres, il fallait pu rifier les exemplaires au lazaret, les endommage peut-être. Enfin deux exemplaires parvinrent Rome, Tun au cardinal François Barberini, qi le prêta de suite à Castelli, l'autre au maestro ( camerade Sa Sainteté, Mgr Ciampoli. Balianireçi un exemplaire de la part de Galilée par les maii du P. François des Scuolepie. Tous les amis c
* Opère, t. IX, p. 246.
IIÈCIT DES FAITS. 109
^^lilée amendaient l'ouvrage avec impatience, el '^oiisen furent ravis. Baliani y trouvait des choses Neuves et très-belles expliquées si clairement que tout le monde pouvait très-bien les comprendre*. Un religieux olivetain le signalait comme le livre le plus important qu'on eût jamais publié*; le P. Cavalieri en parlait avec entliousiasme*. Campanella, qui se plaignait le 1" mai de n'avoir pas encore vu le Dialogo^, reçut enfin un exemplaire au mois de juillet par Magalotti; il put donc le lire, et le 5 août il adressait tous ses éloges à Galilée'. Le P. Griemberger avouait, dit Torricelli, avoir eu très-grand plaisir à lire Vouvrage : il y trouvait beaucoup de belles choses sans pour cela, disait-il, approuver une opinion que malgré les apparences il ne regardait pas comme vraie ®. Castelli écrivait le 26 septembre W51 qu'il ne voulait plus lire que son bréviaire «lies Dialogues.
Qu'allait en dire le P. Scheiner, l'auteur de A>»a ursina, cet duvrage tenu en très-médiocre cslime par le P. Castelli qui assurait qu'à Rome
l Opère, t. IX, p. 265.
U)., p. 274. Lettre du 19 juin 1632.
ib., p. 2(34. Lettre du 22 mars 1632.
l ïb., p. 268.
* Ib., p. 280.
îb., p. 287. Lettre du 11 sept. 1632.
tout le monde en avait été révolté* ? Le P. Scheiner en faisait aussi l'éloge tout en secouant la tête, écrivait Torricelli,car les digressions le fatiguaient, disait-il , et il ajoutait : « Je ne veux pas en parler, car Galilée s'est mal conduit envers moi*.» Le même P. Scheiner expliquait ensuite d'un mot toutes les oppositions qui s'étaient élevées et allaient s'élever contre l'auteur dixDialogo. « Il a écrit son livre, disait-il à Gassendi, contre le commun sentiment des péripatéticiens ' ». En effet ce furent les adeptes de cette école blessée à mort qui s'élevèrent si violemment contre la publication de Galilée : « Je vois qu'on élève des difficultés^ des scrupules, écrivait celui-ci le 17 mai, et sur* tout j'entends les péripatéticiens faire grand fra^ tas. » Les plus perspicaces l'avaient prévu . Paul Aproino, qui n'était pas au courant des actes de Galilée, mais connaissait son dessein d'imprimer un ouvrage, lui avait écrit d'y bien réfléchir. îîe sei ait-il pas plus à propos d'en faire des copies en plusieurs langues de l'Europe, afin de les mettra
* Opère, t. TX, p. 253.
« Ib., p. 287.
' a Contra communem peripateticorum scholam. Opere^ t. IXr p. 275, Lettre du 23 février 1633, et dans Œuvres de Gassendh t. VI, p. 56. Nous mettons Gassendi pour nous conformer à l'usage, mais on sait que le nom est Gassend, en latin Gasisenduset non Gassendius. (Cf. M. Tamizey de la Roque, ^ans la ReWf des questions historiques f octobre 1877.)
à la disposition des savants? Car si on imprimait ne pouvait-on pas craindre un éclat fâcheux*? Ce que Paul Aproino prévoyait arriva. Fra Fulgence Micanzio s'attristait alors des oppositions, que déjà il entendait s'élever*; fra Cavalieri s'en plaignait^ L'archevêque de Sienne, Piccolomini ne pouvait y croire' et Campanella apprenait avec le plus grand regret (car, disait-il, il redoutait la violence des gens qui ne savent rien,) que des théologiens irrités voulaient faire prohiber le Dialogo. Ainsi la situation se dessinait : à côté de l'opposition des Aristotéliciens qui se produisait augrand jour *, il y avait l'opposition d'un grand nombre de catholiques. Colères des péripatfrticiehs en déroute ; scrupules des hommes pieux, stricts observateurs du décret du 5 mars 1616, scrupules habilement soulevés, perfidement' entretenus dans l'esprit du souverain Pontife par les îaiûcus de la philosophie d'Aristote, voilà Tori- . gioe du procès. Nous sommes arrivés au moment o4 l'opposition longtemps contenue triomphe et emporte tout.
* t Per circospezioDe di qualche straTaganza che polesse av- Tenire. » Opère, Suppl . , p. 242.
* Opère, t. IX, p. 283.
* U)., p. 285 et Suppl., p. 245.
* Venturi, t. II, p. 122-142, a donné une liste des auteurs qui écnvirent contre les Dialogues.
Au mois d*aoûl 1652, le'maîfre du sacré Palais;; jugeant que Galilée n'avait pas observé pourTim pression de son livrer les ordres donnés parle sou verain Ponlife, avait commandé à rimprimeurde Florence de suspendre la distribution des exem plaîres*, il priait en même temps Magalotli, un parent des Barberini, de lui remettre tous ceux qu'il avait apportés de Florence en lui disant qu'il les lui restituerait dans dix jours. Mais Magalotli . répondit qu'il n'en avait eu que huit et qu'il les avait déjà dislribués.
Cette défense parut à Galilée extrêmement grave. Fra Micanzio instruit aussitôt transmit i Galilée, avec le témoignage de l'admiration que
* Opère, Suppl., p. 318,
Mgr Conlarini, procurateur de Saint-Marc de Veiiise, manifestait pour son livre, l'expression aussi de leur commune indignation au sujet de la saisie qui venait d'être opérée. De son côlé le grand-duc de Toscane s'étonnait qu'après toutes les précautions prises pour examiner l'ouvrage il devînt suspect à Rome : il y aurait donc, pensait^-il, animosité personnelle contre l'auteur.
Cependant dès la première quinzaine du mois d'août, le Dialogo dénoncé au pape avait été, Conlrairement à l'usage suivi en pareil cas, soumis à l'examen d'une commission extraordinaire. Ofl voulait ainsi marquer de la déférence pour le grand-duc et pour Galilée, afin d'éviter, s'il était possible, de porter l'affaire devant le saint Office. « Aucun des membres de cette commis- ^on, disait Campanella, qui se plaignait de n'en pas faire partie, n'est mathématicien, et tous passent pour être peu disposés en faveur de Galilée », en sorte que l'ambassadeur Nicco- Kni, influencé par ces propos, présenta à ce sujet quelques observations au cardinal Barberini. Celui-ci promit d'en parler au pape, car, dit-il, c< il s'agit de quelqu'un que Sa Sainteté aime et estime. » — «Mais les membres delà commission, répondit Urbain VllI, sont des personnes versées ians les sciences, d'un jugement droit, d'un es-
prît juste*. » El Nîccolini écrivait alors*: « elles sont versées en ces matières, mais toutes ont peu d'afTection pour Galilée ».
Il est certain qu'Urbain Vin éprouvait le plusgrand mécontentement. Le 5 septembre, pendant qu'on parlait devant lui de cette affaire, il ajperçut Niccolini, et se tournant vers lui: « Votre Galilée, lui dit-il, a, lui aussi, eu la hardiesse de pénétrer là où il ne devait pas pénétrer et d'aborder les matières les plus graves et les plus dangereuses que l'on puisse agiter en ce momeiitci. — Mais son livre a été imprimé avec autorisation, fit observer l'ambassadeur. — Ouï, reprit Urbain VIII avec la même animation, Giampoli et Galilée m'ont trompé, ils se sotit mal conduits. Ciampoli a osé me dire que Galilée voulait se conformer en tout aux ordres du souverain Pontife et que tout était bien'. » Le pape se plaignait également du maître du sacré Palais.
* « PersoneTersate in diverse scienze, gravi e di santa mente, i Opère, t. IX, p. 422.
* « Persone versate in queste materie, lutte poco affette d S'Galileo. » Ib., p. 419.
5Ib., p. 420, 450, 421. Ciampoli avait-il, comme raffirtne Buonamici (Opère, t. IX, p. 45), envoyé au maître du sacrA Palais un billet écrit, disait-il, en présence du pape, disant que celui-ci lui ordonnait d'approuver le livre? On sait que la relation de Buonamici a été déclarée apocryphe par M; ^* H. Martin; mais M. Gesare Guastien a démontré rauthenticité: seulement cette relation est parfois inexacte.
« Il y a une congrégation réunie, reprit Nicco-. lini, on n'a qu'à donner à Galilée le temps de se justifier. — En matière du saint Office, répondit la pape, on ne fait que censurer, puis on demande une rétractation. — Galilée ne pourrait-il pas sa voir auparavant ce qu'on lui reproche? objec\^j Tambassadeur. — Je vous le dis, répliqua vivement le pape, le saint Office ne procède pas ainsi : jamais on ne prévient personne auparavant; d'autant plus que Galilée sait très-bien, s'il le veut savoir, en quoi consistent les difficultés, car nous en avons causé ensemble et nous le lui avons dit nous-rmôme^ ». Paroles qui se rapportent peut-être aux conversations restées ignorées que Galilée put avoir avec le pape en 1624 '• ce II a été mal conseillé, de publier ses opinions, dit une autre fois Urbain Vlil, et c'est là le fait de Ciampoli, qui a ainsi fait un plat de «on métier \ On peut causer à la religion de grands préjudices, plus grands que jamais il y en eut*. » « Ainsi, concluait Niccolini en rapportant ces conversations dans ses dépêches, le pape
* Opère, t. IX, p. 420. Lettre du 5 septembre 1632.
* Cf. Pieralisi, p. 115.
* < Ëra stato mal consigliato a dar fuori qucste sue opinion! •e cbe stata una certa ciampolata cosi fatta. » Opère, t. II, p. 435.
est on ne peut plus mal disposé envers notre pauvre Galilée ».
Néanmoins Magalotti, à la parole duquel sa parenté avec les Barberini donnait de l*autorité, cherchait à rassurer. 11 avait vu diverses personnes habituées à intervenir dans ces examens du saint Office, et, d'après leur opinion, il pensait pouvoir dire qu'on ne paraissait pas disposé à trancher en ce moment cette question, ni aucune autre controversée entre les catholiques.
Si Urbain YllI se plaignait de Ciampoli et du maître du sacré Palais, celui-ci se plaignait de Galilée : il lui reprochait de ne s'être pas conformé à la lettre écrite à l'inquisiteur de Florence; il trouvait fort mauvais certains détails typographiques, comme par exemple d'à voir employé pour la préface des caractères plus petits que ceux de l'ouvrage, ce qui semblait enlever toute liaison entre le préambule et le corps du livre ; les paroles de la fin ne correspondaient pas non plus, disait-il, à celles du commencement. Le P. Riccardi paraissait aussi très -intrigué de voir au frontispice trois dauphins, dont l'un tenait la queue de l'autre. « Je me mis à rire, écrit Magalotti, lorsque le Père me fit part de cette observation. Galilée, dis-je, n'y a sûrement pas fait attention, et je vous assure que c'est un emblème
continuellement employé par l'imprimeur Landini ». Il fallut encore expliquer à Riccardi les trois ou quatre fleurons insérés dans le (exte. «c En somme, disait Magalolti, on est très-fâché que l'ouvrage n'ait pas élé imprimé à Rome et qu'il y manque deux ou trois arguments par lesquels le pape prétend avoir réduit un jour Galilée au silence et lui avoir démontré la fausseté delathèse'de Copernic. Ces arguments qui se réduisent à un seul étaient bien à la fin de Touvrage, mais ils sont mis dans la bouche de Simplicius, personnage ridicule, disait le P. Riccardi ^ » Magalolti avait bien répliqué que la réponse faite par Salviati à cet argument mon- Irait assez Timportance attachée à Tobjeclion. Hais voilà ce qui apparaît, concluait Magalolti, et le fond doit être que « les Jésuites travaillent sous main vigoureusement afin de faire prohiber louvrage. Le maître du sacré Palais m*a dit lui-même ces mots : les Jésuites le persécuteront ardemment*. »
A la vue de toute cette émotion, Magalotti était d'avis de ne point faire de bruit et de parler seulement au cardinal Barberini, « que je crois, disait-il, rempli d'affection pour Tau-
*■ Voir sur Simplicius la seconde partie, § II. * Opère. Suppl. p. 320.
teur et faisant grand cas de l'ouvrage. » Le H septembre, l'ambassadeur Niccolini donnait le même conseil que Magalotti de ne rien brusquer et de gagner du temps. Le maître du sacré Palais recommandait également d'aller doucement et sans bruit, « car, disait-il, la défense faite à Galilée, il y a seize ans, suffit à présent pour le perdre ». Riccardi avouait pourtant à Magalotti que, s'il y a quelques années, on avait bien tout examiné, on n'aurait peut-être pas rendu ce décret (de 1616), et il ajoutait: « Si alors j'avais été dans la Congrégation, je ne Paurais quant à moi jamais permis, puisque Galilée avait montré que les textes de l'Écriture ne pouvaient causer aucun préjudice. En même temps, le P. Riccardi demanda à voir la lettre de Galilée à la grande-duchesse et il fut étonné d'y trouver tout ce qu'on pouvait dire de plus fort à ce sujet; aussi Magalotti croyait-il pouvoir assurer que « le maître du sacré Palais inclinait beaucoup vers l'opinion de Copernic*. »
Après un mois d'examen minutieux, la commission extraordinaire, qui s'était réunie cinq fois, remit son rapport au souverain Pontife. Les faits que nous connaissons étaient résumés, 6t.
* Opère, SuppL, p. 324.
voici quelles étaienl les conclusions présentées : .
1^ Galilée a désobéi aux ordres qui lui avaient été donnés en abandonnant l'hypothèse pour affirmer d une manière absolue le mouvement de la terre et Timmobilité du soleil; 2'' il a mal l'attaché Texistence du flux et du reflux à la stabilité du soleil et à la mobilité de la terre •qui n'existent pas ; y de plus il a frauduleusement gardé le silence sur l'ordre que le saint Office lui avait donné en 1616 d'abandonner complètement l'opinion du mouvement de la terre, 4e ne pas la soutenir ou la défendre en quel- Afae manière que ce soit, par la parole ou par la plume, sous peine d'être poursuivi, ordre auquel •fialilée acquiesça et promit d'obéir.
Il y avait dès lors à délibérer sur Ja manière de procéder tant contre la personne de Galilée que contre Touvrage déjà imprimé.
Voici comment, dans le rapport, on dévelopipait ces points :
En fait Galilée vint à Rome, en 1630, apporter ion manuscrit ; il avait reçu Tordre de ne parler •du système de Copernic que comme d'une pure liypoûièse mathématique ; or , le livre n'était pas conçu dans cette donnée; on y parlait d'une manière absolue. Alors le maître du sacré Pa-
kiis, pour ramener le livre à Thypothèse, avait résolu d'écrire une préface et une péroraisoD auxquelles se rapporterait le corps de l'ouvrage ; il avait prescrit en outre de n'employer dans toute la discussion contre le système de Ptolémée que l'objection ad hominem pour montrer que la sainte Congrégation, en rejetant le système de Copernic, avait compris toutes les raisons produites en sa faveur.
Dans l'ouvrage on pouvait considérer comme corps du délit les huit points suivants :
1"* Avoir mis en tête du livre la permission d'imprimer délivrée à Rome sans avoir averti celui qui Tavait souscrit ;
2**- Avoir imprimé la préface avec un caractère distinct, Tavoir ainsi rendue inulile et comme étrangère au Xîorps de Touvrage ; avoir mis la saine doctrine {medicina) de la fin dans la bouche d'un sot, et encore ne la trouvait-on qu'avec difficulté, appuyée faiblement par l'autre interlocuteur, présentée d'une manière superficielle^ qui ne mettait pas en relief le bien que l'on semblait dire de mauvaise volonté;
3** Être tombé très-souvent en faute dans le cours de l'ouvrage et élre sorti de l'hypothèse, soit en affirmant d'une manière absolue le mouvement de la terre et la stabilité du soleil, soit
en qualifiant les arguments sur lesquels on s'appuie de démonstratifs et de nécessaires, soit en regardant comme impossible la négation de cette opinion ;
4* Avoir traité le sujet comme s'il n'était pas décidé à l'avance, ainsi que pourrait le faire une * personne qui attendrait une définition et ne supposerait pas qu'elle ait été donnée;
5* Avoir méprisé les auteurs contraires à l'opinion soutenue, bien que ce fussent ceux employés le plus souvent par FÉglise :
6* Avoir faussement affirmé et déclaré qu'une certaine égalité existerait pour comprendre les données géométriques entre l'intellect humain et l'intellect divin ;
7* Avoir présenté comme une vérité que les partisans de Ptolémée se rangeaient du côté des partisans de Copernic, tout en niant que la réciproque fût vraie;
8* Avoir mal rattaché l'existence du flux et du reflux de la mer à la stabilité du soleil et au mouvement de la terre qui n'existent pas.
Tous ces passages, ajoutait le rapport, pourraient être corrigés si Ton jugeait qu'il y eût quelque utilité à conserver l'ouvrage.
Enfin on' rappelait que Galilée avait reçu, en 1616, l'ordre de ne soutenir, enseigner et
défendre, de quelque manière que ce fût, l'opinion du mouvement de la lerre, sous peine de se voir faire un procès devant le saint Office.
Voilà le travail de la commission. On a examiné le^ faits de la cause et précisé les chefs d'accusation ; ils peuvent ainsi être ramenés à deux principaux : — Galilée n'a point tenu compte des instructions qui avaient été données 6n cessant de présenter l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre comme une hypothèse, pour l'affirmer d'une manière absolue; — Galilée a contrevenu à l'ordre donné en 1616, qui lui défendait, sous peine d'être traduit devant le saint Office, de soutenir la susdite opinion.
Le 18 septembre, Urbain VIII chargeait un de ses secrétaires, Pierre Benessi, de prévenir l'ambassadeur du grand-duc que d'après le rapport qui lui avait été présenté il ne pouvait se dispenser de déférer le livre de Galilée à la Congrégation du saint Office; qu'il l'avait fait examiner auparavant,, contrairement à l'usage, par une congrégation de personnes très-versées en théologie et en d'autres sciences, pour voir si on pourrait éviter cette extrémité; mais, après un examen minutieux, on avait reconnu l'impossibilité de le soustraire au tribunal de l'Inquisition *.
* Opère, t. IX, p. 425. Lettre du 18 sept. 1632.
TLe pape résumait ensuite tout le procès lorsque dans sa conversation avec l'ambassadeur il disait : « Quoique Galilée déclare vouloir traiter la question du mouvement de la terre comme une hypothèse, néanmoins il procède par voie* d'affirmation el de conclusion, ce qui est contraire au décret de 1616 et à l'ordre auquel il avait promis d'obéir. » Le cardinal Barberini avait ajouté : « Cette matière est très-délicate, car on peut ainsi introduire quelque dogme bizarre dans le monde, et en particulier à Florence où les esprits sont très-subtils et aiment les nouveautés. »
n'est donc ici bien établi, d'une part, que ropinion astronomique n'est poursuivie qu'en raison des conséquences philosophiques ou théologiques auxquelles on se croyait nécessairement conduit; d'autre part, que l'on voulait punir la désobéissance de Galilée à l'ordre qui lui avait été intimé en 1616.
Campanella, instruit de la tournure de l'affaire, écrivait alors à Galilée : « Ils disent, écrivent et font tout leur possible pour prouver que vous n'avez pas tenu compte de Tordre qui vous fut donné et des corrections qui furent demandées ^ »
* Opère, t IX, p. 303.
L'archevêque de Sienne, Piccolomini, apprenait les difficultés soulevées, et il s'en désolait comme d'un malheur public pour les intelligences ; il trouvait étrange qu'on vint incriminer je ne sais quelles conséquences bizarres qu'on pourrait tirer d'un livre dont la lecture, à son avis, ne pouvait que fortifier une conscience timide et scrupuleuse*. Toujours est-il que cinq jours après la reprise, du rapport, ordre était transmis, le 23 septembre, à l'inquisiteur de Florence, de prescrire à Galilée d*avoir à se présenter à Rome dans le courant d'octobre ' : l'inquisiteur devait ménager, à l'insu de Galilée, la présence de témoins qui pussent certifier la notification. Le T' octobre, l'inquisiteur remplit sa commission. Galilée se déclara prêt à venir', et c( désireux de se montrer tel qu'il était, disait-il, c'est-à-dire très-obéissant à la sainte Église ». Cet ordre lui causa cependant un trouble extrême*, et tout en protestant de son désir d'obéir il demanda conseil au grand-duc. Puis s'adressant au cardinal François Barberini : « Je
* SuppL, p. 245. — 29 sept. 1652.
• Les pièces du procès, p. 52.
* Ib., p. 53. c Lui subito si è moslrato prontissimo. »
♦ « Trovomi ia gi*an confusione per una intimazione. Opère t. Vn, p. 6. « Taie avviso mi afflige gravamente. » ib., t. VII, p. 13. »
m'attendais à trouver des contradicteurs, écrivait-il le 13 octobre, mais je m'étonne que leurs intrigues aient pu persuader aux supérieurs que mon livre était indigne de la lumière ^ » Galilée aurait voulu gagner du temps, et il priait le cardinal de représenter à la Congrégation la fatigue du voyage qui, « vu son grand âge (plu^ de
* soixante-huit ans) et son état pitoyable, mettrait sans doute un terme à sa vie » ; il ne voulait
. nullement éviter de rendre comple de ses actions, bien au contraire ; tout ce qu'il désirait, c'était d'avoir le temps de se justifier. « Qu'on me laisse le temps de présenter un mémoire sur
. cette affaire, disait-il, on y verra mon dévouement et mon zèle pour l'Église ; une personne
* d'une très-haute doctrine et d'une éminente piété m'a donné un avis, et son sentiment a été pour moi comme un écho de l'Esprit Saint : ce n'est pas par un motif religieux que l'on agit ainsi, mais par haine contre ma personne plus que par zèle contre l'opinion incriminée, o Galilée offrait alors de s'expliquer devant l'inquisiteur, le nonce ou l'archevêque de Florence '.
* C'est une des deux lettres publiées par Bigazzi en 1841 , d'après une copie du temps. L'abbé Pieralisi l'a publiée plus exactement d'après l'autographe, l, c, p. 172.
* Opère, t. IX, p. 204.
Le cardinal François Barberini n^était pas à Rome lorsque celte lettre y parvint : Tambaissa^ deur ne put donc la lui remettre et « à vous parler franchement, écrivait-il à Galilée le 23 octobre, je crains que vos paroles ne soient de nature à gâter l'affaire plus qu'à la rendre facile à ter-p miAer. Plus, disait-il, on voudra défendre et justifier l'ouvrage, plus on donnera de force au dessein formé de le condamner en tout et pour tout. »
c( Croyez-bien, écrivait toujours Tambassadeur, qu41 sera nécessaire de ne pas défendre ce que les cardinaux n'approuvent pas, et qu'il faudra en venir à ce qu'ils voudront et se rétracter . comme ils le voudront ; autrement vous rencontrerez de très-grandes difficultés. » Au reste, Niccolini annonçait à Galilée le procès comme inévitable et même sa détention pendant quelque temps comme nécessaire ^ Le frère Micanzio, tout en regrettant l'ordre donné à Galilée de venir à Rome, lui disait d'espérer : « mais ne vous défendez pas, ajoutait-il, ne nous faites pas de chagrin, soumettez-vous entièrement aux désirs de la Congrégation, vous éviterez ainsi bien des embarras. Voyez si une déclaration expresse por-
*Opere, t.lX, p. 304.
tant que vous abandonnez votre livre pour qu'on eiii Caisse ce que Ton jugera à propos ne pourrait pas simplifier Paf faire ^ »
'. Le Père Castelli, qui ne cessait de voir le Père Biccardi et tout son entourage, plaidait sans cesse là cause de son ami. c< Votre autorité, leur disait-il, ne s'étend pas à faire que la terre tourne ou ne tourne pas, et vous ne pouvez empêcher Dieu et la nature de révéler leurs secrets. » — c Le mouvement de la terre n'importe pas au salut des âmes, disait encore Castelli au commissaire de l'Inquisition. Copernic fut encouragé par le cardinal de Schomberg et par d'autres évéques catholiques : son livre fut dédié au pape Paul m, et c'est d'après ses théories que l'Église reforma son calendrier. Pourquoi donc ne pourrait-on plus les adopter? » A cet exposé de faits vrais et à cet appel chaleureux d un ami dévoué à Galilée, le Père commissaire répondait que tel était bien aussi son avis, et que « cette question ne devait pas se décider d'après l'autorité des saintes lettres. » Castelli en rapportant ces mots ajoutait : a II m'a dit que son intention était de rédiger un mémoire à ce sujet. »
Beaucoup de personnes s'intéressaient à Gali-
* Opère, t. IX, p. 307.
léc.Le pelit neveu de Michel- Ange Buouarolli présenta au cardinal François Barberini les mêmes considérations sans craindre, disait-il, d'être importun ni téméraire : « Si l'affaire de Galilée pouyait se traiter ici, écrivait-il de Florence,^ quels nombreux remercimenls ne recevrîez-vous pas de la part de tant de personnes dévouées à Votre Éminence qui gémissent du malheur de cet honorable vieillard * ! » Cette lettre pleine de coeur, remise par le cardinal à la Congrégation du saint Office, ne fut cependant pas prise en considération. Il fallait que le procès se dénouât à Rome. Le grand-duc de Toscane agit de son côté, par l'intermédiaire de son ambassadeur, pour éviter ou du moins pour retarder les poursuites contre Galilée. Niccolini, nous l'avons vu, avait voulu, avoir l'approbation de Caslelli avant de remettre la lettre de Galilée au cardinal Barberini. Castelli ayant* jugé à propos de la donner, elle fut remise, et le cardinal la reçut avec bienveillance. L'ambassadeur alla voir également le cardinal Ginetti, membre de la Congrégation du saint Office, et Mgr Boccabella qui en était assesseur, pour leur représenter à tous deux l'impossibilité où était Galilée de venir à Rome; il en parla lui-
* L^8 Places du procès, p. 50.
même au pape, en faisant valoir le grand âge et la santë délicate de son ami, les rigueurs de la •saison qui s'avançait, les dangers du voyage, les incommodités de la quarantaine. Toulcfois, le pape demeura inébranlable. Il était nécessaire, disait-il, que Galilée vint à Rome pour y être interrogé. On n'avait qu'à prendre pour le voyage toutes les précautions possibles et marchera petites journées à son aise, en litière ; le cardinal Barberini donnerait des ordres pour que la quarantaine fût moins longue et moins pénible, mais il était indispensable de venir.
L'inquisiteur de Florence ayant, le 19 novembre, donné un second avertissement à Galilée, celui-ci déclara, comme la première fois, qu'il était prêt à comparaître; mais se rappelant les conseils de ses amis, il voulait gagner du temps et fit valoir, pour excuser un relard, son âge avancé et l'étal de sa santé qui le retenait, au su de tout le monde, entre les mains des médecins. L'inquisiteur lui répondit qu'il fallait néanmoins obéir et se rendre à Rome, puis il lui fixa, en présence d'un notaire et de témoins qu'il avait amenés, le délai d'un mois pour se présenter devant le saint Office. Galilée se montra de nouveau tout disposé à entreprendre le voyage, mais l'inquisileur ajoutait : « Je ne sais s'il s'exécu-
tera. » Aussi, en réponse à ce doute, le pape fit écrire le 9 décembre à l'inquisiteur, pour lui annoncer que, passé le terme du moiâ assigné à Galilée, il eût à le contraindre, nonobstant tout empêchement de se rendre à Rome *. « Toute demande de délai est du temps perdu, écrivait alors Niccolini qui venait de parler au souverain Pon» tife, et on ne peut en accorder davantage. » Aussi l'ambassadeur pressait-il Galilée de se mettre en route, et il recommandait à Cioli de lui donner le même conseil*. Un des assesseurs du saint Office, ami de Galilée, Mgr Boccabella, y tenait beaucoup', et le Père Castelli Tencourageait également à faire un effort pour arriver*.
Mais le 18 décembre l'inquisiteur de Florence écrivit à Rome que son vicaire avait trouvé Galilée dans son lit, dans l'impossibilité, malgré sa bonne volonté, de se mettre en route avant la fin de la crise. Une attestation de trois médecins de Florence venait confirmer le témoignage de rinquisileur : il y avait chez le malade intermittence dans le pouls toules les trois ou quatre pulsations, la respiration était fatiguée et très-
* />s pièces du procès, p. 56.
* Opère, t. IX, p. 318. Lettre du 12 décembre 1632.
* Ib., p. 430.
* Ib., p. 319.
faible ; il éprouvait fréquemment des crises de mélancolie hypocondriaque, de la faiblesse, une absence de sommeil, des douleurs partout le corps; de plus il avait une forte hernie inguinale avec relâchement du péritoine. La plus petite cause extérieure pourrait, disait-on, mettre sa vie en danger*.
A Rome on n'ajouta qu'une foi médiocre à cetleconsultation ; aussi, le 30 décembre, le pape ordonna-t-il d'écrire de nouveau à l'inquisiteur que ni lui, ni la Congrégation, ne pouvaient et ne devaient supporter de tels subterfuges ; qu' « il fallait donc vérifier si véritablement Galilée ne pouvait sans péril se rendre à Rome, qu'on enverrait un commissaire assisté d'un médecin pour constater Tétat réel du malade, et que si son état lui permettait de venir on l'amènerait prisonnier et lié avec des fers ; si au contraire sa santé l'exigeait et qu'il y eût dans le voyage péril pour sa vie, il y aurait sursis ; mais une fois le danger ][)assé on l'amènerait prisonnier et lié î^vec des fers. Le commissaire et les médecins devaient voyager aux frais de Galilée, puisque, disait le mandement, il n'avait pas voulu venir ^n temps opportun lorsqu'il en avait reçu Yov-
Les pièces du procès, pu 58.
dre et avait refusé d'obéir. » Dures expressions d'un exploit d*huissier, qui choquent toujours ceux qui les entendent*. L'inquisiteur vint lire à Galilée la lettre du cardinal, où ces ordres sévères étaient notifiés. Galilée répondit qu'il viendrait et s'empresserait d'obéir ; les médecins verraient son indisposition et on connaîtrait alors qu'il n'avait inventé aucun prétexte.
. Enfin, le 15 janvier 1633, Galilée écrivit au cardinal de Médicis qu'il allait se rendre à Rome. Le 20 il quitta Florence , passa vingt jours en quarantaine, à la frontière des Etats de l'Eglise, et amené dans la litière que Niccolini lui avait envoyée, il descendit au palais de l'ambassadeur du grand-duc le premier dimanche de carême, 13 février.
Arrôtons-nous un moment, car il est impossible de ne pas être frappé du changement qui s'est opéré dans les paroles et dans les acies du souverain Pontife. Jusqu'alors c'était une ex* trême courtoisie, une bienveillance affectueuse; à présent le langage est sévère, le procédé est rude. Sans doute il faut faire la part de la ri-
* Les pièces du procès^ p. 59. C'était une règle de procédure : « IrKiuisitus si facta hac verbali citatione non comparet, capi débet si pofest (Th. del Bene, t. I, p. 570); citatio unica sufûcil (<iu?e tribus œquivaleat) signato termine competenti et peremptorioad comparendum. » (Ibid., p. 570.)
gueur des termes de procédure, des exploits d'huissier où la formule, égale pour le grand comme pour le petit, est toujours blessante; K^aîs il n'est pas moins pénible d'entendre adresser à Galilée, à ce savant, à ce vieillard, des paroles dures, des menaces qui ne seront pas toutes exécutées, mais dont le simple énoncé choque tellement nos oreilles, en même temps qu'elles indignent nos cœurs, que chacun est disposé à répondre comme le P. Castelli au cardinal Barberini, qui lui exprimait sa sympathie pour le sort de Galilée : « C'est ce que fait le plus grand nombre des hommes de bien et d'intelligence. » Mais d'où viennent ces rigueurs et qui les a Baotivées? 11 faut le dire : c'est la conviction dans laquelle on s'affermissait chaque jour que le livre de Galilée causait le plus grand préjudice à la religion. Mais qui donc rendait cette convic- Uou si impérieuse? « J'apprends de bonne source, écrivait Galilée le 15 janvier 1633, à Deodali que les Pères jésuites ont vivement impressionné le souverain Pontife en disant que mon livre est plus exécrable et plus pernicieux pour la sainte Eglise que les écrits de Luther et de Calvin K »
* V. le professeur chevalier Pierre Riccardi a dit à ce sujet { < I ^^suitisono a torto in générale no verali fra i nemici di Galileo. ^ laluni di essi corne il P. Ricci oli, il Grassi, etc.... si opposero
Nous avons vu que cette source était Magalotti lorsqu'il avait rapporté une parole du maître du sacré Palais, qui accusait les Pères de la Corn* pagnie de Jésus ^ « Cette impression est entrée si complètement dans l'esprit du pape, écrivait Ga lilée quelques années après, que mon livre a été et reste prohibé*. » Remplacez dans ces deui passages le mot a jésuites x> par le mot a péria patéticiens », et vous aurez le mot vrai sur la question. x>
aile dottrlae del Galilei, altri al pari distinti come il Clayîô, Griemberger, in parte le approvavano d Di alcune, etc., p. fl note 9.
* Opère, t. VU, p. 19.
« Ib., p. 190.
Cependant Galilée était à Rome, où il ne manquait pas d'amis puissants et dévoués *. D'après ^^ demande, le grand-duc de Toscane envoyait ^es lettres de recommandation aux neveux du pape, les cardinaux Barberini, aux cardinaux Scaglia, Bentivoglio, Borgia, Zacchia, (îessi, Gi- ^etli, Verospi, membres de la Congrégation du Saint Office*. Le cardinal de Médicis écrivait ati général des capucins , dans Tespoir que celui-ci aurait quelque influence sur le cardinal Antoine oarberini, qui était religieux de cet ordre. A Florence, Mgr Piccolomini, archevêque de Sienne, parlait à chaque instant de Galilée et de son espérance que l'affaire aurait une bonne issue*.
* Opère, t. VIH, p. 20. ♦ *Ib., t. IX, p. 336.
* Ib., p. 337.
« Il n'y a ici personne, écrivait Nicolas Cini i son ami, qui ne désire, même au prix de son sang, vous délivrer des angoisses que vous supportez, et vous voir honoré selon votre mè rite*. » A Rome, les amis de Galilée voyaieni avec joie l'ancien inquisiteur à Milan en 1615 à présent cardinal Scaglia, lire le Dialogo, et ce qui leur paraissait important, le lire ave( l'assistance du P. Gastelli, si capable d'expli quer les passages douteux et susceptibles d'êtr attaqués.
Pendant quelques jours, il ne fut, officielle ment du moins, question de rien pour Galilée Une connaissance et un ami de plusieurs années Mgr Serristori, consulteur. du saint Office, vin seul deux fois le voir. « Il m'a parlé avec beau coup de bonté , écrit Galilée , en me fournis sant habilement l'occasion de dire quelque mois pour affirmer ma sincérité et mon dévoue mental Eglise.» Galilée rendit visite à Mgr Bocca bella, qui venait de quitter la charge d'assesseu du saint Office, et alla chez le nouvel assesseu et le P. commissaire de l'Inquisition : tous deu lui témoignèrent mille bontés. Aussi, en se rap pelant la dure formule dont on lui avait donn
1 Opère, \., IX, p. 438.
lecture à Florence : « Cela semble, écrivait-il, un. commencement de traitements bien doux, •tuBiains et entièrement opposés aux menaces ÇUcTon me faisait en me parlant de cordes, de ^'iafneset de-prison^ »
Calilée avait raison; les menaces de rigueur ^ évanouissaient, et on procédait à son égard * Vcc beaucoup de douceur et de bonté. Au lieu ^*élre en prison au saint Office, carceratus^ Ciorame disait l'ordre du 30 décembre, Galilée *^abilait le palais de l'ambassadeur du grand-duc de Toscane, entouré par Niccolini et sa femme de fous les soins, de toutes les prévenances de l'amitié. Galilée n'y parlait que de défendre ses opinions, d'expliquer la défense faite en 1616, Gl le P. commissaire qu'il était allé voir lui disait 3U contraire, de la part du cardinal Barberini : « Tenez-vous retiré, ne vous montrez pas, s'il est possible, hors du palais : ce n'est pas un ordre de la Congrégation, c'est un conseil d'ami'. » — « Nous tous, écrivait l'ambassadeur, 3vec nos amis et les personnes que nous recelons, nous nous employo.ns à le consoler, à 1 aider*. »
* Opère, t. VIT, p. 20.
* Ib., t. IX, p. 438.
Mb., t. IX, p. 439.
Niccolini comme le P, Caslelli cherchaient ainsi à apaiser Fesprit irrité de Galilée ; ils lui conseillaient de ne pas sortir afin de ne pas paraître braver l'opinion ^ Sans doute cette sorte « de réclusion pouvait lui peser, et le manque ^ d'exercice pouvait lui être à charge; mais en J fait il était libre, il sortait et vivait au milieu .: Àe ses amis, et comme Tambassadeur le remar- tjuait, il n'y avait pas d'exemple de personnes accusées qui n'eussent été mises au secret, fus- sent-elles évoques, prélats ou titrés*. Aussi Tara- bassadeur, après avoir lu au souverain Pontife la lettre écrite par ordre du grand-duc en faveur -de Galilée, put-il sincèrement le remercier d'avoir permis à celui-ci d'habiter dans son palais au lieu d'être enfermé au saint Office. Le pape répondit qu'il l'avait permis volontiers par égard pour le grand-duc, mais qu'il ne fallait pas croire cependant qu'on pût se dispenser de l'appeler ensuite au saint Office lorsqu'il faudrait l'examiner, car c'est la coutume, ajoutait-il, et on ne peut entièremerrt s'y soustraire'. Le cardinal Barberini en prévint l'ambassadeur le 9 avril, et Urbain VIII donna l'ordre de réserver au nouveau
* Opère, t. IX, p. 439.
« Ib., p. 440.
Mb., p. 435.
prisonnier ]es chambres' les meilleures et les plus commodes ^
Le mardi 12 avril, Galilée appelé au palais du saint OfGce, dans les appartements du P. commissaire, fut interrogé en présence du P. Vincent Macolano, commissaire général, et du procureur fiscal*. Le commissaire général le reçut avec des démonstrations d'amitié'. Rien n'avait ici un aspect effrayant. Galilée reconnut être Fauteur du livre du Dialogo, et comme on lui demandait le motif de son voyage à Rome en 1616, il répondit qu'en apprenant les doutes élevés au sujet de la théorie de Copernic, il avait voulu savoir à quelle opinion il fallait se ranger en cette matière afin de rester catholique; qu'il avait vu alors les cardinaux et leur avait expliqué le nouveau .système astronomique; qu'enfin la Congrégation de rindex avait décidé que cette opinion, prise d'une manière absolue, était incompatible avec les saintes Écritures et devait seulement être admise comme une hypothèse, comme l'avait fait Copernic. Galilée reconnut que le cardinal Bellarmin lui avait notifié le décret portant défense de conserver cette opinion, mais il affirma
* Opère, t. IX, p. 437.
* M9., £• 413 r*. Les pièces du procès , p. 60. *C!per«,t. IX. p.440.
que le cardinal lui avait déclaré qu'on pouvait soutenir Topinion de Copernic comme une supposition. La lettre écrite par le cardinal au P. Foscarini, ainsi que sa déclaration dû 26 mai, en faisaient foi. « Avant de me lire le décret, ajouta Galilée , le cardinal m'a entretenu de certaines particularités que je vou4rais dire à l'oreille de Sa Sainteté plutôt qu'à d'autres S. et il a conclu en me disant que l'opinion de Copernic ne se pouvait soutenir, parce qu'elle était contraire aux saintes Écritures. » Interrogé au sujet de l'ordre qu'il avait reçu de ne point, défendre et enseigner cette opinion, Galilée déclara ne point se rappeler qu'on lui eût interdit de la soutenir et de Tenseignçr, et qu'on eût employé les mots quovis modo; il avait attaché, du reste, très-peu d'importance à ce SQuvénir d'une conversation, depuis la déclaration écrite le 26 mai par le cardinal Bellarmin.
On passa ensuite à un autre point du procès
* M. Berti pense que Galilée voulait rappeler au pape Topinioft du cardinal Bellarmin dans sa lettre au P. Foscarini, à savoir que si on démontrait le mouvement de la terre autour du soleil il faudrait interpréter l'Écriture sainte avec plus de prudence; peut-être aussi, dit-il, Galilée voulait rappeler que Bellannin, comme l'indique une de ses réponses au prince Cesi, trouvait que le mouvement de la terre n'était pas contraire à la sainte Jî-criture [Copernico, p. 12). En tout cas ce devait être des paroles très-favorables à sa cause.
et on interrogea Galilée sur la permission qu'il avait pu obtenir d'écrire son ouvrage. Il déclara que dans sa pensée il n'avait pas cru avoir besoin de permission, et qu'en l'écrivant il ne croyait pas avoir contrevenu à l'ordre reçu : il n'avait à ce sujet aucun scrupule, car dans ce livre il n'avait point embrassé ou défendu l'opinion du mouvement de la terre et de Timmobililé du soleil : « Je montre, dit-il, le contraire de l'opinion de Copernic, et combien les Taisons produites par lui sont faibles et nullement concluantes. » Quant à l-autorisalion d'imprimer, il répondit que malgré des offres avantageuses au point de vue pécuniaire, transmises de plusieurs endroits de France, d'Allemagne et de Venise, il était venu spontanément porter son ouvrage à Rome pour le soumettre à la censure du maître du sacré Palais, en lui donnant un pouvoir absolu d'ajouter, de retrancher, de changer à son gré. Or cette révision avait été feite, et cette autorisation lui avait été accordée. L'interrogatoire fut terminé, et on en remit la suite à un autre moment *• . Trois chambres dans la maison des officiers du
* Le tribunal lui avait assigné une chambre dans le dortoir de ^officia lilé, avec défense d'en sortir: on verra comment cet ordre ^t mitigé. Niccolini et Galilée vont le raconter tout au long.
saint Office furent assignées à Galilée comme lieu dé prison ; c'étaient, dit Niccolini, les propres appartements du fiscal. Galilée avait défense de n'en pas sortir sans une permission spéciale, mais il pouvait se promener en toute liberté jusque dans le jardin du palais, « par de vastes espaces », comme il le dit lui-même. On lui permettait de se faire servir par son domestique. Celui-ci couchait près de lui et était libre d*aller et de venir. « Tous mes serviteurs, écrivait l'ambassadeur Niccolini, peuvent également lui apporter dans sa chambre la nourriture préparée chez moi matin et soir. Je peux lui écrire tous les jours, et tous les jours recevoir ses réponses^ » Aussi Bocchineri, parlant du séjour de Galilée au saint Office , écrivait : a Je me figure qu'il aura plus souffert de la quarantaine à Ponte Centino, que de sa prison à Rome^ »
Seule sa fille pouvait de loin s'en alarmer et <5raindre que son père n'y eût peut-être pas toutes ses aises ; mais elle se consolait encore à la pensée qu'une grâce spéciale de Dieu retenait son père à Rome, puisque, vu les maladies qui sévissaient à Florence, il y avait péril en ce moment à retourner dans celte ville.
*0/>ere, t. IX, p. 440 et 441, * Ib., p. 344.
Les justes égards que Ton avait pour Galilée n'étaient un secret pour personne, et Galilée, dans sa leltre à son ami Bocchineri, les reconnaissait en ces termes : « On a décidé que je me tiendrais retiré ici, mais avec une commodité bien inaccoutumée, dans trois chambres qui font partie de Fappartement de ^. le fiscal du saini Office, avec pleine et entière liberté de me promener.... Quant à ma santé, ajoutait-il, je suis bien, grâce à Dieu et à l'exquise attention de 1^ ambassadeur et de Tambassadrice , qui sont aux petits soins pour me procurer toutes mes aises, chose bien superflue pour moi.» Le grande duc, instruit de ces égards, chargeait son ambassadeur d'en remercier Sa Sainteté et le cardinal Barberini. Le 22 avril, Galilée ayant éprouvé à Une jambe des douleurs très-vives garda le lit : le commissaire et le fiscal chargés de l'examiner,, tinrent le voir, lui donnèrent leur parole de le renvoyer aussitôt qu'il serait levé, et l'engagèrent à plusieurs reprises > à rester calme, à ne pas s'attrister.
Cependant le souverain Pontife poursuivait l*enquéte et avait fait demander au P. Riccardi et à Oreggi, consulleurs du saint Office, leur avis sur le but de l'ouvrage de Galilée, et sur son inle^lion, Galilée y avait-il soutenu et défendu
Popinion que la terre était en mouvement et que le soleil était immobile? — Oui, répondirent les consulteurs dans un mémoire remis aux cardinaux. Melchior Incofer remit, de son côté, deux mémoires et les résuma en deux notes précises. Galilée, y dit-il, non-seulement enseigne et défend cette opinion, mais il est très-suspect d'y adhérer, comme le montre la suite de ses raisonnements. Incofer donna dans un premier mémoire les preuves de son affirmation, et dans un second mémoire il montra de plus que Galilée n'admeltait pas comme une hypothèse seulement le mouvement de la terre, mais qu*il l'affirmait comme une vérité absolue ^
L<a condamnation paraissait donc certaine; mais si on était résolu de frapper la doctrine, on voulait épargner la personne. Le pape avait ordonné au P. Vincent Macolano de faire un rapport sur la cause de Galilée. Le rappoi t fut présjenté le 27 avril. Les cardinaux approuvèrent ce qui avait été fait jusque-là, mais ils se trouva rent en présence de plus d'une difficulté. Comment poursuivre la cause? comment la terminer? Galilée ayant nié dans son interrogatoire ce qui, d'après son livre, était évident, ne devenait-il
* Tous ces documen(s sont dans les Pièces du procès.
essaire de laisser la justice suivre son goureux? Pour sortir de cet embarras, le ano proposa un expédient et demanda à égation de lui permettre de l'employer, sait d'entrer en rapports extrajudiciaires iléc, afin, dans une conversation intime, lire comprendre son erreur et de Tame- 1 faire l'aveu, car le P. Macolano savait n qu'il n'avait guère l'espoir de réussir [oyait des raisonnements pour convaincre îrlocuteur. La Congrégation lui ayant louvoir d'exécuter son projet, le P. Vin^ iolano vint trouver Galilée, le 27 avril, in dîner, et à la suite d'une longue conféoblint, grâces à Dieu, dit-il, ce qu'il , que Galilée avouât son erreur. Celui-ci a seulement quelque temps pour réfléchir )ressions qu'il pourrait employer, mais îndemain le P. Macolano, heureux de la de sa mission, sachant très-bien que le in Pontife et le cardinal Barberini éproula plus grande satisfaction de voir l'afnsi terminée, écrivait à ce dernier pour compte de son succès, et cette lettre, docapital pour l'histoire du procès, selon de l'abbé Santé Pieralisi, qui le premier iée, atteste la déférence que l'on n'a cessé
d'avoir pour Galilée*. Le P. Macolano devait^ lendemain , recevoir judiciairement Taveu «g^ u
* Abbé Santé Pieralisi: Urbano VIII eGalileo, p. 197. «L1 leri conforme ail' ordine di N. S. diedi parte alli SS'' Em"' €5LelU S. Cong°* dclla causa del Galileo, lo siato délia quale TeTiTeiTn brevemente. Et aveiido questi SS'' approvato quelle cbe si é ■ falto sin quà, lianno dair altro canto considerate varie diffîc^ol^ quanto al modo di proseguire la causa et incaminarla a sjp^di- ^tione. Massime havendo il Galileo negato nel suo costitutô q«jm.ello cbe manifestamente apparisce nel libro da lui composte; *:>nde dallo stare cosi négative ne seguirebbe la nécessita dÂm»^^^ ri^ore ncUa giustitia, e di riguardo minore agli respetti cBck^ si liaimo in qucsto negotio. Finalmcnte proposi io un partito v cbe la S. Gong"* concedesse a me la facoltà di trattare estngudx ^îûlmcntc col Galileo affine di renderlo capace dell' errer s«-»o, e Tedurlo a termine, quando lo conosca, di confessarle; par'^e a prima faccia la proposta troppo animosa, e non si cenc^ïiv* molta speranza di conseguire questo intente, mentre si l^Toera la strada di convincerlo con ragioni; ma coh baver io accer^nato il fondamento col quale m'avanzave a questo me n'banno à^}^ ^facoltà. E per non perdcr tempo, bieri dope il pranzo, mi poa* discorrcre col Galileo e dope molti e molli argomenti e risfoste passate fra noi, olteniii per gratia del Sig" l'intente mie^ che gli feci toccar con mano l'errer suo, si cbe cbiaramente coo^^^ di aver erralo, et nel suo libro di baver eccedute, il ^^^, tutto espresse con parole di moite sentimento, cerne cl*®. ^* trovasse consolalissinio délia cognitione dell' errer suo, e si ^^ pose a confessarle giuditialmente; mi dimandô perô alquaiito ^ tempe per pensare al mode col quale egli peteva bonestar^ ** confessione, che quanto alla sostanza spere seguirà nella n»*" niera sodotla. Ile stimate oblige mie darne subite part^ * V. E. non bavendolo cemmunicatea niun* altro, perché S. S^^ tità et TE. V. spero resteranne sodisfalti, che in questo moà^ ^* I)on^M la causa in termine che senza difficollà si pqssi spcdi*^* Il tribunale sarà nella sua riputationo col reo si petrà iis^ . binignilà; c in ogui mode che si spedisca, conescerà la €^^L^ chiî li sarà fatta, con tutte l'altre conseguenze di sedisfatî<^*L i'cc iii ciù si desiderano. Heggi pense di essaminarlo per haV^
IIÉCIT DES FAIT&. i47
^vait été fait cxlrajudiciairement, interroger ensuite Galilée sur rinlention, lui donner la parole pour se défendre,et, cela'fait, le renvoyer chez lui. Tinterrogaloire n'eut pas lieu le jour indiqué parle P. Macolano, ni le lendemain; sans doute Oaliléequi, le 22 avril, avait, comme nous l'avons Vu, éprouvé à la jambe des douleurs assez vives pour lui faire garder le lit, en souffrait encore. Le 30 avril, Galilée ayant demandé à être entendu, dit le procès-verbal, exposa que depuis plusieurs jours il avait réfléchi sur les interrogatoires qu'il avait subis, et en particulier sur la défense qui lui aurait élé faite, il y avait seize ans, de ne pas défendre, ni enseigner, de quelque manière que ce fût, la doctrine condamnée du mouvement de la terre, qu'il avait eu alors la pensée de relire son ouvrage, sur lequel depuis trois ans il n'avait pas jeté les yeux. Avail-il,' tsontre son intention très-positive et par erreur, laissé échapper de sa plume quelque proposition susceptible de blâme? Il devait ainsi le savoir, lecture faite de soti livre, il avait reconnu que des arguments présentés par lui pour être réfutés
*3 dette confessione, et bavendosi come spero, non mi restera ■^ïtroche interrogarlo sopra l'intentione, e dargli le'dirfesc, e ci6 '3tto si potrà habilitare alla casa per carcere come mi accennô y» S. alla quale faccio humilissima riverenza. Uoma» li 28 aprile
ne relaient pas suffisamment, et paraissaien même doués d'une certaine force qu'ils n'avaien réellement pas. Le désir de se montrer plus h bile que le commun des mortels Tavait ainsi e traîné. « Si j'avais à exposer de nouveau ce=
arguments, dit-il, je les affaiblirais tellemer qu'on verrait bien qu'ils sont dépourvus de tou valeur. » Galilée s'arrêta, signa sa dépositior" puis il revint et dit : « Pour prouver surabo damment que je n'ai pas tenu, que je ne tie pas pour vraie l'opinion condamnée sur le mo vement de la ferre et l'immobilité du soleil, voudrais avoir la permission et le temps d* présenter une plus claire démonstration ; je sis. prêt à l'écrire, et l'occasion se présente d'elE môme, puisque à la fin du livre déjà publié j'a nonce que les interlocuteurs doivent se retrouv" pour discourir ensemble sur divers problèn»
de la nature. En ajoutant un ou deux entretie je promets de reprendre les arguments déjà p sentes en faveur de celte fausse opinion conda née, et de les réfuter de la manière la plus e cace qu'il plaira à Dieu de nfenseigner. Je p donc le tribunal de vouloir bien me mettra même de remplir cette bonne résolution m'accordant la permission de l'exécuter*. » Xiïï^
* Ms., f^ 420 et 421. Les pièces du procès, p. 70.
ilée ne se contentait pas de désavouer son ou- ^•"age, il offrait de le réfuter. Peut-être se sou- ^<^nail-il alors d'une lettre où le P. Micanzio luirne avait dit : « Je pense qu'on voudra obtenir vous non une rétractation, mais une réfuta- *îoii des arguments de Copernic*. »
le même jour, 30 avril, le P. Vincent Maco- ^afto, après en avoir conféré avec le souverain l^ontife, renvoya Galilée au palais de l'ambassadeur du grand-duc pour s'y constituer prisonnier, ^ la condition de voir seulement les familiers et domestiques du palais, et de se préseiiter devant Ib saint Office toutes les fois qu'il en serait requis, l'a mauvaise santé de Galilée et son grand âge étaient les seuls motifs indiqués pour expliquer <^lte faveur'. Le silence au sujet de tout son pro- <iès lui fut recommandé sous serment.
Le 10 mai, Galilée fut mandé au saint Office, et le commissaire lui ayant assigné un délai de huit jours pour présenter, s'il le voulait, sa dépense, il remit immédiatement un écrit auquel était joint l'original de la déclaration du cardinal Bellarmin, en date du 26 mai 1616.
* Opère, t. IX, p. 299. Lettre du 9 octobre 1632.
* L'abbé Pieralisi pense que l'aveu fait alors par Galilée, et ^\ii terminait tout, rendait désormais la détention inutile.
Vrbano VIII, p. 200.
La défense de Galilée appuyait sur cette afGrmation que son intention n*avait pas été de soutenir la mérité du système de Copernic^ mais seulement d'exposer les arguments présentés en sa faveur. Il invoquait sa sincérité, donnait des explications sur cet oubli qu'on lui reprochait, de n'avoir pas parlé au maître du sacré Palais de l'ordre reçu en 1616 de ne défendre ni enseigner l'opinion du mouvement de la terre, car il s'en était tenu à la note écrite par le cardinal Bellarmin, où les mots enseigner en qudque manière que ce soit ne se trouvaient pas. Le commandement que l'on disait lui avoir été fait était pour lui une chose complétemetit nouvelle et dont il n'avait jamais entendu parler.
La déclaration de Bellarmin représentant à ses yeux le décret du 5 mars, et rien que cela, on ne pouvait lui faire un reproche de n'en avoir point parlé au maître du sacré Palais. La plus grande preuve de son désir de ne rien faire de malséant était la présentation de son livre au grand inquisiteur, en sorte que la pensée qu'il avait pu désobéir sciemment et volontairement aux ordres qu'il avait reçus devait être écartée de l'esprit des juges. S'il avait erré quelquefois, c était, comme il l'avait déjà confessé, emporté par un vain orgueil; aussi était-il prêt à réparer son er-
RÉCIT DEà FAITS. 151
r^Ur, si on voulait bien le lui permettre. En terbinant il exposait l'étal misérable de sa santés ^s tourments d'esprit depuis dix mois , les fatigues d'un voyage accompli à soixante-dix ans- ^ Au surplus, disait-il, je m'en remets en tout et pour tout à la pitié et à la clémence habituelle de Ce tribunal ^ »
Après ces débats, le procès devaitril avoir pour Galilée un résultat favorable? Le cardinal Capponi, qui s'était mis à étudier avec ardeur les Dialogues de Galilée, en était encore persuadé le 21 mai ; il Tavait toujours cru, et Guiducci, qui espérait lui aussi en la justice de la cause et dans les bonnes dispositions des membres de la Conëri'égation, avait assuré qu'il en serait ainsi*. Galilée se laissait aller à cette espérance : il for- *ïiait même le projet de se retirer à Sienne pour attendre dans cette ville la fin de la peste qui sévissait à Florence. Ce projet réjouissait Nicolas Gini et Farchevêque Piccolomini. « Vos amis ^o\xs attendent, écrivait le prélat, ce lieu est aussi ^^lubre que Rome l'est peu, et je sollicite de Nouveau la grâce que vous me promettez'*. » Piccolomini, qui avait toujours été convaincu de^
* Ms., f* 425. Les pièces du procès, p. 72.
^ Opère, t. IX, p. 557.
* Ib., Suppl., p. 249.
rinnocence et des excellentes intentions de Galilée, redoutait pour lui les fatigues d'esprit plus qu'un accident malheureux où la persécution de ses ennemis pourrait l'entraîner*. Bocchineri suppliait aussi Galilée, s'il partait de Rome après la Saint-Jean (comme il l'espérait, car, lui écrivait-il, il y a danger pour qui sort de Rome après cette époque), de s'arrêter à Sienne pour y attendre la fin du fléau qui était alors dans une période d'accroissement*. Piccolômini, impatient de posséder son hôte, offrait déjà d'envoyer ses litières pour que le voyage se lit commodément. En attendant, Galilée continuait de jouir de toutes les permissions : il allait à Gastel Gandolfo pour se promener à pied; seulement, en traversant la ville et en se rendant aux jardins il devait se tenir dans son carrosse à demi fermé', tolérance tout à fait inusitée et sans exemple pour un accusé devant le saint Office, il ne faut pas l'oublier.
* Opère, SuppL, 248.
« Ib., t. IX, p. 364.
5Ib., p. 360 et 443/
Cependant Urbain YIII pressait reypédition du
procès afin que tout fût terminé avant les grandes
chaleurs. Le 16 juin, la Congrégation se réunit,
^t le pape ordonna d'interroger Galilée sur son
^ïïtention, de le menacer même de la torture, et
'^'il persistait de le condamner à la prison à la
discrétion de la Congrégation du saint Office ,
^près lui avoir fait prononcer devant cette Con-
8i*êgation une abjuration préalable sur le violent
Soupçon d'hérésie qu'on lui imputait. On devait eh
^Utre lui enjoindre de ne plus traiter désormais en
Quelque manière que ce fût, par écrit ou de vive
^oix, du mouvement de la terre et de l'immobilité
du soleil, sous peine d'être relaps. Son livre le
^ialogo devait être prohibé, et afin qu'aucun
^^îgnorât ces choses, on devait transmettre les
exemplaires de la sentence à tous les nonces
apostoliques et à tous les inquisiteurs de 11 résie, principalement à l'inquisiteur de Florei qui devait la publier en une grande assembb en présence des professeurs de mathématiqu<
Ainsi tout était décidé et la condamnation él ordonnée. Deux jours après, le pape disaifc i l'ambassadeur Niccolini : a 11 est nécessaire ç[^lj6 cette opinion, contraire aux saintes Écritun^^s, soit prohibée, et il faudra que Galilée reste qua. ^sique temps prisonnier pour avoir contrev^:Hr3u aux ordres qui lui furent donnés en 1616; msi ïs, ajoutait-il, je verrai comment cette condamnât i on pourra être mitigée*. » La pensée du Pape s" ^ J*rêtait alors à une réclusion temporaire dan^ le monastère de Santa Croce, à Florence.
Le lundi 20 juin, au soir, Galilée reçut L^^Wdre de venir au saint Office. Le lendemain. ^* juin, il fut interrogé conformément à Tordrez ^^ pape. On lui demanda depuis quel momea.^ ^^ avait professé l'opinion que le soleil et noK^ '*
* Ms., f* 451, V* Les pièces du procès, p. 93. J*ai don»^ ^ . fac-similé de cette pièce : y a-t-il : ac si sustinuerit ou ^ ' sustinueril? Y a-t-il : qui eam intimarent.... publiée le^^ ■,. qui eam senientiam.... publiée légat? On a discuté sur ce^ \erses leçons provenant d'une assez grande difficulté de lec Comment traduire les mots ac si ou et si sustinuerit? nous expliquerons plus loin à cet égard. (Voir deuxième pa^
« Opère, t. IX, p. 445.
je.
us
RECIT DES ^-AirS. 155
terre était le centre du monde. Il répondit que pien longtemps avant le décret de 1616 il était ^^différent entre les deux opinions de Ptolémée* ^t de Copernic, et Jes croyait également soutena-^ *^les, parce que Tune et l'autre pouvaient être "^i^aies; mais depuis la décision de 1616, con- ^siîncu de la prudence des supérieurs, toute în- ^^ertitude ayant cessé dans son esprit, il avait ^lors adopté, comme il adoptait présentement^ Pour très-vraie et indubitable, Topinion de Plo- Jémée sur l'immobilité de la terre et le mouve- ^ïîent du soleil. Mais, objectM-on, « d après votre livre il y a présomption que depuis cette époque "Vous avez soutenu cette opinion : dites-donc la Vérité; l'avez- vous soutenue? » Galilée répondit : «ï Dans le DialogOj. je ne me suis pas proposé de Soutenir la vérité de l'opinion de Copernic, mais ^ulemeijt dçins l'intérêt commun j'ai expliquéles raisons naturelles et astronomiques qui peu- Vent militer en faveur de l'une et de Taulre opinion, m'appliquant à rendre évident que ni les "Unes ni les autres ne pouvaient être assez fortes • pour amener une preuve et une conclusion. Aussi * je puis dire quadans mon for intérieur je n'ai» point soutenu depuis le décret des supérieurs Topinion condamnée. » On lui objecta encore, que d'après son livre et les raisons présentées-
pour raffifmative il y avait présomption q^ adoptait ou du moins qu'il avait adopté un ment la doctrine de Copernic ; qu'en conséquen. s'il ne se décidait pas à avouer la vérité, on. ^n viendrait contre lui aux mesures de droit et ^e fait qui seraient nécessaires. Galilée répondit pour la seconde fois : « Je ne soutiens pas et n'^î point soulenu celte opinion de Copernic dep*^*^ que Ton m'a signifié l'ordre de rabandonneï" • du reste je suis ici entre vos mains, faites ce q ^J^ " vous plaira. » Et comme on lui répéta de dir^ '* vérité, ou sinon il serait mis à la torture : oc J^ suis ici, répliqua-t-il, pour obéir, mais je l'ai iO^ \'> depuis le décret je n'ai point soutenu celte of^ ^' nion. » Comme on ne pouvait rien faire de pi d'après la teneur du décret, on lui demanda ^^^ signer l'interrogatoire et il fut renvoyé à ^^^ place.
Le lendemain, mercredi 22 juin, Galilée, q avait été retenu au saint Office, fut conduit • couvent de Sainte-Marie sur Minerve, pour e tendre sa condamnation et prononcer son abj ration, en présence des cardinaux et prélats la Congrégalion. Après un exposé des faits de 1 cause, rarret indiquait les motifs de l'accusatio On y lisait :
« Tu as été dénoncé en 1615 au saint Office,
ce que lu soulenais comme vraie une doctrine sse que beaucoup répandaient, à savoir que oleil est immobile au centre du monde et que ten*e a un mouvement diurne, — parce que enseignais celte doctrine à tes disciples, — 'ce que tu entretenais à ce sujet une corresidance avec des mathématiciens de Germanie, parce que tu publiais des lettres sur les taches aires, dans lesquelles tu présentais cette docle comme la vérité, — parce qu'aux objecis qu'on t'adressait, tirées de la sainte Écri-' e, tu répondais en expliquant la sainte Écrie d'après ton idée, — ensuite parce que dans écrit en forme de lettre écrite par toi a un de disciples où tu embrassais Thypothèse de Conic, tu avançais quelques propositions contre ;ens véritable et l'autorité de la sainte Écrie. Le tribunal voulut alors parer aux inconvénts et aux dommages qui en provenaient et ^gravaient au détriment de la foi; d'après •dre du pape et des cardinaux de Tlnquisition, théologiens chargés de cette mission quali- *ent ainsi les deux propositions : le soleil est centre du monde et immobile, proposition ab- :de, fausse en philosophie, et hérétique dans 1 expression, car elle est contraire à la sainte rilure ; la terre n'est pas le centre du monde
i5S GALILÉE.
et n'est pas immobile ^ mais se meut par un rrm.^i^U'' vement diurne, proposition également absuix'^e et fausse en philosophie ; considérée au poinl ée vue théologique, elle est au moins erronée dans. la foi .
« Mais comme il nous plaisait de procéder avec toi avec douceur, un décret fut rendu dans la sainte Congrégation, en présence du saint- Père, le 25 février 1616 ; Téminentissimc cardinal Bellarmin dut [l'enjoindre d'abandonner entièrement la dite fausse doctrine ; sur ton trefus d'obéir, le commissaire du saint Office d^ vait t'ordonner d'abandonner la dite opinion, ^^ ne pas l'enseigner, défendre et traiter. Tu ^^ promis d'obéir. De plus, afin que ta perniciei:ise doctrine ne se répandît pas au détriment de 1* vérité catholique, un décret de la Congrégati^^ de l'Index prohiba les livres qui traitaient ^^ cette doctrine déclarée fausse et en tout contr^^^^® à la sainte Écriture. En imprimant ton livre ^^ as transgressé l'ordre qui t'avait [été don*^^' quoique par des circonlocutions tu t'efforces ^^ persuader que ' tu abandonnes cette doctr^*^
comme indécise ou probable, ce qui est de iï^^^^^Î une trùs-grave erreur, puisqu'une opinion <^^-^ " clarcc et définie contraire à la divine Écrif*^"^^ ne peut en aucune manière être probable.
: Nous t'avons donc appelé devant ce saint ce; tu as reconnu avoir écrit ton livre, tu as ué avoir commencé à l'écrire il y a dix ou ize ans, et, en demandant la permission d'immer, lu as gardé le silence sur l'ordre qui 'ait été donné de ne pas soutenir, défendre, eigner cette doctrine de quelque manière que fût ; tu as confessé également que les argunts ont été énoncés de telle manière qu'ils ivent séduire Tintelligence plutôt qu'être faîment réfutés, erreur qui était loin de ton intion, as-tu dil, mais où t'entraîna le désir urel de briller dans le discussion; tu as prété l'attestation du cardinal lîellarmin, où il st pas fait mention des deux mots : enseigner quelque manière que ce soit ; il fallait croire, ais-tu, que depuis quatorze ou seize ans tu n avais pas gardé mémoire, et ainsi tu t'es jusé de n'avoir pas parlé de Tordre qui t'avait donné. Mais cette attestation du cardinal que présentais pour ta défense aggrave plutôt ta ise, puisqu'il y est dit que ladite opinion est atraire à la sainte Écriture : tu as cependant l'audace d'en parler, de la défendre, de Fenigner comme probable, et la permission exrquée par ruse et par artifice ne te sert de rien^ lisque tu n'as pas montré la défense qui t'avait
été faite. Voyant que tu n'avais pas dit la \éri< ^ entière, nous avons jugé nécessaire, pour co naître ton intention, de procéder contre toi à u examen rigoureux, dans lequel (sans préjudic de ce que tu as avoué et de ce qui a été prouv contre toi au sujet de ton intention) tu as répond comme un catholique doit le faire ^ G est pour quoi étant vus et mûrement considérés les m rites de ta cause et en même temps tes susdites confessions et excuses et tous autres moyens de droit , nous avons porté contre toi une sentence définitive. Nous déclarons que tu t'es rendu fortement suspect d'hérésie, parce que tu as cru et soutenu une doctrine fausse et contraire aux saintes et divines Écritures, savoir que le soleil est le centre de l'univers, qu'il ne se meut pas d'orient en occident, que la terre se meut et n'est pas le cenlre du monde; parce que tu as cru que iu pouvais soutenir et défendre comme probable une opinion qui a été déclarée et définie contraire à la sainte Écriture. En conséquence nous déclarons que tu as encouru toutes les censures et peines portées par les sacrés canons et autres constitutions générales et particulières contre ceux qui désobéissent aux statuts et autres dé-
* Sur le sens qu'il faut attacher aux mots : rigoureux examen , ^oirla deuxième partie, g i.
crets promulgués ; desquelles censures il nous plaît de t'absoudre, pourvu que préalablement, sivec un cœur sincère et une foi réelle, tu abjures devant nous, tu médisses et délestes, suivant la formule que nous te présentons, lesdites erreurs et hérésies, et tout autre erreur et héï*ésie contraire à l'Église catholique, apostolique, romaine. Et afin que fa grave et pernicieuse erreur et ta désobéissance ne restent pas luïpunies, et afin qu'à l'avenir tu sois plus réservé et que tu serves d'exemple aux autres pour qu'ils évitent ces délits, nous déclarons ^ue par édit public le livre des Dialogues de Galilée est prohibé, et nous te condamnons à 1^ prison ordinaire de ce saint Office pour un *€mps qui sera limité à notre gré, et, à titre ^e pénitence salutaire, nous if ordonnons de **éciter pendant trois ans, urie fois par semaine, '^ sept psaumes de la pénitence, nous réser^' ^^nt le pouvoir de modérer, de changer et de ^'einQttre tout ou partie des peines et pénitences ^Messus * . »
Cette abjuration imposée à Galilée afin de le-
* Ordinairement d'après Eymerîc [Directorium, p, 494), * ^juration précède la sentence. Pigna dit qu'à Rome rin- J^silion fait le contraire. C'est ce qui a eu lieu pour Gaulée.
ver toutes les censures encourues était obligatoire pour tous les suspects d'hérésie et elle fut effectivement prononcée. D'après les règles elle eât dû être publique, puisque Tactc qui la motivait avait été public*. Elle ne l'a pas été. Galilée à genoux devant les cardinaux, la main sur rÉvangile, jura qu'il avait toujours cru, croyait * à présent et avec l'aide de Dieu croirait dans l'avenir tout ce que croit et enseigne la sainte Église catholique, apostolique, romaine. » Ici il revenait sur le détail des faits d'après lesquels on l'avait jugé très-fort suspect d'hérésie; voulant donc écarter ce juste soupçon, il abjurait sincèrement, disait-il, et avec une conviction entière ladite erreur et' hérésie sur l'immobilité du soleil au centre du monde et le mouvement de la terre; il promettait de ne dire ou écrire rien qui pût lui faire encourir le soupçon d'hérésie, de dénoncer au saint Office ceux quil connaîtrait être hérétiques ou suspects d'hérésie; il promettait de faire toutes les pénitences qui lui avaient été imposées, se soumettant en cas de désobéissance à toutes les peines et supplices portés par les canons et
* Lud. a Paramp, /. c, p. 594. « Taraen ex causa rationabili. dit Del Bene {l. c, t. I, p. 499), lien possit non publics sed sécréta. *
Constitutions générales et particulières contre 1^5 délinquants. Galilée signa celle abjuration ^t la lut mot à mot.
Voilà les faits : ils sont graves, et nous en apprécierons la portée, mais la légende les a am« plifiés encore. La légende a montré un Galilée svibissant la torture, un Galilée auquel on-arraoliait les yeux, prononçant en chemise son abjxaration, et aussitôt après frappant la terre du J>îed en disant : E pur si muove.
C'est Estevius qui, dans son histoire de l'astxonomie citée par Fabroni S a dît que les inquisiteurs avaient crevé les yeux à Galilée. C'est Nelli* cjui a cité une noie mise sur un livre de la bililiothèque Magliabechiana à Florence, où il est X^arlé du « straccio di camicia in dosso, che fa- <^eva compassione, de ce morceau de chemise 3urle dos qui faisait compassion. » C'est dans un dictionnaire historique publié à Caen en 1789,. que pour la première fois on a lu : « on pré- ^^d qu'il dit : Eppur si muove^ ». Les écrivains qui ne recherchent dans le récit du passé que
' Yitœ Italorum. Pise, 1778, 1. 1, p. 444.
* L. c, p. 908. M. Cousin lui-même parle du Galilée en che- ^"^^ Journal des savants, 1842, p. 295.
' M. Heis a démontré ce point, (v. son ou\rage à la bibîio- ^^hie qui se trouVe à la fin de ce volume.)
les occasions d'attaquer l'Église ont redit è Tenvi ces détails, mais aucun homme instruit ne peut les répéter : c'est un roman, ce n'est pas de l'histoire. Nous examinerons dans la seconde partie de ce travail quelques-unes de ces assertions.
is reste, pour achever le récit des faits, ler comment fut appliquée la condamifligée à Galilée.
3e commua immédiatement la peine en iusion dans le palais de l'ambassadeur d-duc de Toscane au jardin près de la des Monts. Niccolini y conduisit Galilée edi 24 juin ; puis, à la prière de son ami, ida au pape de vouloir bien changer le lui était assigné à Rome en un semblable ice. La santé chancelante de Galilée et ; d'Allemagne d'une de ses sœurs avec enfants que lui seul pouvait aider, mocette demande ^ Mais comme la peste :oujours à Florence, l'ambassadeur solli-
3ce8 du proceSf p. 96.
l-«; GALILEE.
ci la la permission d'un séjour à Sienne dans le
palais de Tarclievêque Piccolomini ou dans un
couvent de la \ille, avec la réserve de pouvoir se
rendre en Toscane une fois la contagion disparue
et d'y prendre pour prison sa propre villa .
Mf(r liicchi se chargea d'en parler au cardinal
Harlierirn' qui conseilla de s'adresser directement
h l;i Congrégation du saint Office. Mais le 30 juin,
le pape avait déjà accordé à Galilée la permission
de se nîndre à Sienne et de ne pas quitter cette
ville*; aussi lorsque le 2 juillet Niccolini vit le
s()uv(»rain Pontife, celui-ci, tout en observant
, niw <Vlait de bonne heure diminuer la peine,
répondil <iu'il l'avait déjà modifiée en permettant
Le jour même, 2 juillet, le P. Vincent Macolano a\ertit Galilée de la décision du souverain Pontife : quatre jours après (6 juillet), Galilée partit de Rome de grand matin, en très-bonne santé, puisqu'on arrivant à Yiterbe il écrivit à Niccolini que pendant la route il avait marché à pied l'espace de quatre milles ^ Le 9, il arriva à Siem\e, et l'archevêque en donna avis au cardinal Barherini*.
Gahlée passa cinq mois dans cette ville, comblé, a-t-il écrit, des inexplicables excès de courtoisie de l'illustre archevêque Piccolomini qui Ictraita comme un père'. Chaque jour il reçut la visite des personnes distinguées de la ville, et il put ainsi engager de longues discussions avec Alexandre Marsili, i)rofesseur de philosophie en l'Université de Pise * .
Cependant Galilée était triste, et le 25 juillet ilécrivaitàCioli, secrétaire du grand-duc : «J'aurais grand désir et grand besoin de retourner chez moi et d'être rendu à la liberté. D'après ce 9ue m'ont dit beaucoup de personnes et les ministres mêmes du saint Office, je pense que cette
* Opère f t. IX, p. 447,
* Les pièces du procès j p. 97.
* Opère, t. VU, p. 44.
lOS GALILÉE.
faveur ne sera pas refusée si le grand-duc la demande, car nous voyons déjà ce que rintenenlion de l'ambassadeur a obtenu. » Galilée priait donc Cioli d'être son interprète auprès du grand-duc pour adresser sa supplique au pape et au cardinal Barberini*. Cioli remplit la commission de son ami, et le grand-duc donna Tordre à Niccolini de presser le souverain Pontife de rendre Galilée à la liberté*. Niccolini ne fut pas d'avis de cetle démarche, et pensa qu'il fallait attendre au moins deux mois pour parler de nouveau au pape'. Le grand-duc l'approuva.
Pendant que Galilée était à Sienne, on communiquait partout, en Italie, en Belgique, en Pologne, en Espagne, en France, elc, la sentence de condamnation et la formule d'abjuration. Le 2 juillet, le cardinal de S. Onufre (Barberini) avait envoyé à tous les inquisiteurs et nonces l'ordre de faire cetle publication. La cérémonie eut lieu à llorence le 12 juillet, avec la solennité prescrite par la Congrégation, en présence de plus de cinquante personnes spécialement invitées par le P. Inquisiteur. Partout la joie fut grande dans le camp des péripatéticiens : c'était
ï Opère, t. VIT, p. 40.
* Ib , t. IX, p. 579. Lettre du 28 juillet.
* Ib., p. 447. Lettre du 7 août 1033.
lour triomphe. A Florence, Berigard avait déjà inaprimé ses Doutes sur le Dialogue^ et Chiara- Daonli, sa Défense des principaux dogmes astro^ 'Comiques d' Aristote^ \ à Venise, Rocco publiait ses Exercices philosophiques^ où sont discutées les thèses et objections contenues dans les Dialogues de Galilée contre la doctrine d'Aristole'; à Pise, Barenghi préparait ses Considérations ^urle Dialogue pour défendre la nuéthode du ïnaître*; à Anvers, Liberl Fromond, professeur à I^ouvain, publiait une Défense du décret contre les pythagorico-coperniciens*; à Rome enfin, luchofer publiait son Tractatus syllepticus, el écrivait son Vindiciœ sedis apostolicœ reslé ma- ^^Uscrit dans la bibliothèque Casanale; mais *nchofer, Fauteur des rapports sur l'ouvrage de Galilée, était encore un modéré auprès des ar-
* Dubitationes in dialogum Galilei Galllei; auctore Claudia «epigardoingymnasio pisano philosopbiam profitente. Florence, ^632.
^ c Difesa nella quale si défende Aristotele ne' suoi principal! ^ogmi del cielo. »
* Eserciiazioni filosofiche^ di Ant. Rocco, filosofo peripatetico. Venise, 1633.
* Comiderazioni sopra il Dialogo,
* Vesla sive ArUi-Aristarchi vindex. Liber unicus in quo de- ^î*etum s. Congreg. S. R. E. Cardinalium anno 1616 adversu»
"ythagorico-Copernicanos editum defenditur. Antuerpiai 1634^ m-4..
tTi) r.\i.ii.ÈE.
{\c\i{< «liMfMisiMirs ir.Vrislolc. Soa Tractatus syl- IfftfirtK phit .Mi\ iinN.mais il déplut à beaucoup, tlKftfn'uif fi'iu p'iitcis. Sju Vindicise sedis apo- Kfnfn\r 110 ivponibit point a la passion générale, vi liulnïfor sa\ail v rô>isU»r'.
Ht*'* ouviMu'i's rôvéltMil Jonc bien l'esprit dans liM|url l.i roiuiaiunation fut poursuivie et obtenue. On voulait MMiifiM* Ari'ilolc attaqué par la nou- \c\\r. (iortrinc M)utenui* par Galilée; on déclarait i|iio <( vr pai'iuloxr n'avait jamais été approuvé, f|U(* cotle o|nniou extravagante (ce sont les termes dr la lottre du rectrur de Université de Douai) devailélri*éncrj;iquenienl repoussée et honnie*». Aussi lorsque la Congrégation de l'Index défendit, le '25 août 105 i, le Dialoyo^ les péripatéticions durent applaudir.
CependiUlt (iulilée ne cessait de songer à son retour à Florence, et il espérait recouvrer toute sa liberté. Il attribuait aux approches de Thiver, plus dur à Sienne qu'à Florence, des douleurs ressenties à une jambe. Aussi, le 15 novembre, Tanibassadeur Niccolini transmit au souverain
' a Galilsci scntenlia oblique non uno loco refeUitur, ipse semel €t ileruin ncccssario nominatur modeste; plus alioqui deme' ritus ipsis lia;reticis. Potebant multi ut perslringeretur acrius, * €ed nobis non est visurn. » Ms. Casanalcme^ XX, VII, 9.
* Les pièces du procès f p. 135.
RÉ<:iT DES FAITS. 17t
Pontife la nouvelle demande de son amiMJrl^^iii VIII répondit qu'il verrait ce qui pourrait se flaire et prendrait une décision avec la Congrégation*; « mais je sais, ajouta-t-il, que plusieurs^ écrivent pour défendre son opinion ». Galilée attendait donc, mais sans grande espérance', te pape alors souffrant ne put réunir les cardinaux ^ue le 1®' décembre : et Galilée reçut alors l'autorisation de -se retirer à sa campagne d'Arcelri, isi villa Marlellini, qu'il avait acquise en 1631 lorsque sa fille Maria Céleste lui en avait proposé ''achat parce qu'elle était voisine du couvent San Matleo, où elle était religieuse. La condition ïïiise à cette permission était pour Galilée de vivre dans la solitude et de n'y appeler ni recevoir personne*, style d'un arrêt de tribunaK Urbain VIU, en chargeant Niccolini de communiquer cette décision à Galilée, l'expliqua en la modifiant. « Galilée, disait-il, ne devait pas adïnettre beaucoup de personnes ensemble, afin d'enlever tout soupçon de tenir pour ainsi dire une académie ; les visites des amis et des parents
* 1x9 pièces du procès, p. 128.
^ Opère, t. IX, p. 447.
* Ib., t. VII, p. 39. cr Sto aspettando qualche risoluzione ***Homa, ma non buona. j>
Les pièces du procès, p. 120. '
172 GALILÉlî.
n'étaient pas néanmoins défendues, pourvu qu'elles ne donnassent point d'ombrage *. »
Galilée, averti le 9 décembre, quitta Sienne immédiatement, et le 1 7 du même mois il écrive d'Arcetri au cardinal Barberini, pour le remcM: cier de la faveur qui lui avait été faite de rev* nir goûter le repos dans sa villa *. 11 y rclrou vait tous ses papiers.
L'archevêque ressentit un vif chagrin du d part de Galilée et regretta son absence. C— regrets le rendirent suspect aux yeux de certaiza esprits; il fut dénoncé à Rome : a Galilée, lil-^ dans une lettre anonyme écrite de Sienne remise le 1®' février à la Congrégation, a répand dans cette ville des opinions peu catholiques, ^ cité par Tarchevôque son hôte, qui a fai tenten à beaucoup de personnes que Galilée avait été justement condamné, qu'on ne pouvait ni devait réprouver ses opinions philosophiques, elles étaient appuyées sur des raisons irréM tables, mathématiques et vraies; que Galilée ét-^
le premier homme du monde et vivrait toujoi :
par ses écrits, encore qu'ils fussent prohibés, qu'il servait de guide aux meilleurs esprits son temps. Ces paroles répandues par un pré -
» Opère, t. IX, p. 407.
* Les pièces du procès, p. 151.
peuvent produire des fruits pernicieux, et c'est pourquoi, disait l'anonyme, je' vous en rends <^inpte^ »
On ne pouvait faire plus de tort à Galilée. En disant que ses amis protestaient contre sa coH'î damnation et soutenaient ses opinions proscrites ^mme l'expression de la vérité, on faisait de ^ui un sujet d'alarmes aux yeux du souverain Pontife et des cardinaux trompés. Après avoir donné satisfaction aux passions péripatéticiennes par la condamnation d'une doctrine qui reriverâait toutes les idées reçues d'après Aristote dans i'étude de la nature, la Cour romaine, nous l'avons m, était revenue à ses premiers sentiments de bienveillance. La dénonciation partie de Sienne, îu signalant un péril, vint ranimer ses craintes H exciter sa rigueur. Urbain YIII vit en ces faits ^ne désobéissance formelle à l'avis transmis de 5a part à Galilée, par Niccolini, de ne pas se Livrer à Sienne à trop de conversations.
A partir de ce moment la condescendance tétooignée à Galilée se ralentit visiblement : les faveurs accordées éveillèrent les soupçons et l'internement fut maintenu, internement {carcere, disent les lettres) doux, il est vrai, dans
Les pièces du procès f p. 134.
une villa dont le propriétaire vantait à Alexandre?^ Bocchineri le très-beau site et l'air excellent. ^ mais dont ju^ue-là'lcs paroles du souveraii Pontife avaient fait espérer la cessation dans ui prochain délai.
On eut la preuve de la mauvaise impres&it produite sur le pape et les cardinaux par la di nonciation, lorsque l'ambassadeur Niccolinî; q — mi l'ignorait, vint le mois suivant (février 16^- 4} demander pour son ami la permission de se rendre à Florence afin d*étre soigné par les inmé^ dccins*. Cette permission fut durement refu^^-ée le 23 mars 1634-, et l'inquisiteur reçut l'ordre de signifier à Galilée d'avoir à s'abstenir désorni sis de semblables demandes s'il ne voulait qu^ la Congrégation ne le contraignît à se constitBjer prisonnier*. L'inquisiteur remplit cette mission
pénible : Galilée s'excusa en disant qu'une her :*i6 qui le faisait beaucoup souffrir avait motivfe sa démarche'; dans une lettre à Bocchineri en 9 ^te
du 27 avril, il parlait également de sa her*:*!*^ plus forte qu'auparavant et de la mélancolie ^^ il élait tombé*. Mais l'inquisiteur faisait ren» ^'
* Les Pièces du procès, p. 134.
* II)., p. 155.
5 Id., il)i(l.
* Opère, t. YII, p. 4j.
RÉCIT DES FAITS. Mb
ÎUer que la villa où habitait Galilée était si voisine de la ville qu'il pouvait facilement appeler ttiédecins et chirurgiens et se procurer les médi- <iainents nécessaires *. Par une coïncidence douloureuse ce refus, dont Tarchevêque de Sienne déclarait avoir été surpris et rie pas bien comprendre la teneur*, fut signifié à Galilée le jour ïïiême où il apprenait que sa fille, religieuse au Baonastère voisin, était dans un état désespéré. Elle mourut en effet à l'âge de trente-quatre ans, après une dyssenterie de six jours. Le chagrin de Galilée fut extrême, et dans une lettre à Deodati il épanchait son cœur de plus en plus aigri par ces tribulations. « La rage de mes puissants persécuteurs, disait-il, devient chaque jour plus forte*. » Il n'en comprenait pas la raison, car il ignorait la dénonciation partie de Sienne.
Cependant de nouvelles démarches furent faites pour obtenir à Galilée une complète liberté d'aller et de venir. Le roi de Pologne, Ladislas IV, s'entremit à cet effet*; Peiresc oflirit son concours*, et le 5 décembre 1634 il écrivait au car-
* Les pièces du procès, p. 135.
* II)., t. X, p. 36.
* Opère, t. VII, p. 46.
, * Ifi. Arthur Wolynski. Relazioni di Galileo Gaîilei colla Po- ^^^la, dans YArchivio storico italiano, 4872, t, XVI, p. 251.
* Ihid, et Opere^ t. X, passim.
dinal François Barberini une lettre très-chaude en faveur de son ami. « La conduite envers lui paraîtra très-dure à la postérité, disait-il» ce sera une tache à la splendeur de ce pontificats » L'ambassadeur de Toscane et le P. Gastelli intéressèrent le comte de Noailles, alors ambassadeur de France auprès du souverain Pontife (décembre 1634). M. de Noailles parla chaleureusement avec le cardinal François Barberini, puis avec Urbain YlII,et « le bon François courut une lance avec une prudence espagnole ». Le pape, dans sa conversation avec Noailles, ne: tarit pas d'éloges sur Galilée, et assura qu'il luii portait estime et affection ; seulement, disait-il. il lui paraissait étrange que Galilée n'eût pas tenu compte de Tavis qui lui avait été donné. La démarche resta infructueuse : cependant on espéra encore, car Gastelli, #qui depuis trois ans n'avait pas vu le souverain Ponlife, avait ét« reçu par lui dans le carême de 1655 avec Is même bonté que dans le passé et avait eu un entretien d'une heure S L'ambassadeur de Franc»
* Arthur Wolynski, Relazionidi Galileo Galilei colla Polonim dans VArch. stor.italiano fi^l2, et Opère, t. X, p. 90. Mais l'abb Saute Picralisi, Urbano VIII, p. 304, l'a publiée tout entières en reclifiant la date de 1055 en 1054. Le 5 janvier 1035, 1 cardinal lui promit d'en parler au pape.
* Opercj t. X, p. \}0.
î'enouvela encore ses bons offices, et le H juillet 1636, il remit aux mains du cardinal Antoine une lettre de Galilée, que Toa put montrer au pape, mais le cardinal refusa en disant que toutes ces démarches étaient faites à l'instigation de Castelli. Le 8 août, M. de Noailles vint à son audience de congé et ayant parlé au pape de Galilée, Urbain YIII lui promit d'en délibérer avec la Congrégation*. Peu de temps après, l'ambassadeur vit Galilée qui était venu à Poggibonsi et lui donna l'espoir de son rapatriement à Floi*ence : Tarchevêque de Sienne, instruit de cette parole, s'en félicita, car, disait-il, tous les hon- Jiêtes gens y applaudiront '. Galilée, très-touché ^es bonnes intentions de M. de Noailles, lui re 'ïîit une copie d'un travail considérable, afin de lui montrer, disait-il, que s'il se taisait, il ne pas- ^^it pas cependant sa vie à ne rien faire.
Galilée en effet s'occupait beaucoup. Les lettres ♦*'Crites à ses amis, les 19 novembre 1634, 1 6juîn, 1 2 et 26 juillet, 16 août 1636, 5, 17 et 20 novembre 1637, 30 janvier 1638, etc., en sont un '•émoignage : il annotait les livres qu'il lisait, le ^e revolutionibus de Copernic par exemple, et ^es noies ont été retrouvées sur plusieurs manu-
^ Opère, t. X,p. 170.
* Opère, t. X, p. 173.
scrils conservés à Florence et au séminaire de doue*; il travaillait" surtout à un grand ouvra les Dialogues sur les. sciences nouvelles, que Ai juges autorisés ont considéré comme son osirvi capitale*- « C'est le résultat de toutes mes études, écrivait Galilée^; c'est le recueil des études de toute ma vie*. » Les deux premiers dialogues relatifs à la résistance des matériaux ne sont pas parfaits, mais dans le troisième et le quatrième dialogue, il posait les véritables principes de la science du mouvement dont il est réellement le fondateur*.
La négociation au sujet de la publication de ce livre fut longue. Alors que l'inquisiteur de Venise défendait l'impression de tout ouvrage /de Galilée paru ou à paraître, Pierre Carcavy, avocat au parlement de Toulouse, grand mathématicien et membre de l'Académie 'des sciences, offrit plusieurs fois à Galilée de faire réimprimer ses œuvres en un volume. Cette idée plut beaucoup à l'illustre vieillard, car depuis longtemps on ne trouvait plus ses ouvrages dans le com'
* BI. Berti a cité plusieurs de ces noies. Copemico, p.l48-i5l^ - M. Bertrand dans la Revue des Deux Mondes, 1" nov. i86#
5 Opère, t. VII, p. 37.
MI. Th. -H. Martin, Le., p. 220.
UÉCIT DES FAITS. 439
merce*. Toutefois, il ne fut pas donne suite à cette proposition. Le 4 janvier 1655, Pieroni, ingéniAir florentin, au service de l'Empereur, avait écrit de son côté de Vienne à Galilée pour lui demander de traduire Ses dialogues en lalinet défaire imprimer son livre de Moto, litre donné alors au grand ouvrage*. Le prince Mathias partit pour l'Allemagne en emportant une copie de la première journée des nouveaux Dialogues de Galilée pour les faire imprimer, et Pieroni la rejjut à Vienne le 11 août. Pieroni avait fait espérer à ' Galilée que l'impression se ferait sans qu'il lui en coûtât rien'; mais il ne put obtenir Tautorisation de l'Empereur. Il demanda alors (en 1636) ^u cardinal Ilarrach, archevêque de Prague, et au cardinal Dietrichstein, évêque d'Olmùtz, la permission de publier l'ouvrage ; toutefois rien ^^ put alors aboutir, et comme Galilée n'en entendait plus parler, il. profita du voyage de Louis Elzévir en Italie pour écrire au P. Micanzio de faire prendre une nouvelle copie des Dialoghi et ^e la remettre au célèbre imprimeur^ qui emporta en effet le manuscrit au mois de septembre
^ Opère, t. VII, p. 134.
* Anh. Wolynski, Ârchivio, t. XVI, p. 233.
* Toute cette négociation avec Pieroni est longuement racon- ^^ par le docteur Arthur Wolynski, qui cite les lettres à l'appui, ^•c./p. 232-250.
1636. Pendant ce temps Pieroni obtenait la p mission de Tévêque d'Olmûlz'et du recleurde 1 niversité de Vienne (29 avril 1637). Il était in tard, et l'ouvrage imprimé à Leyde parut e 1638*. Galilée, reconnaissant des démarche faites en sa faveur par l'ambassadeur de France avait dédié son ouvrage au comte de Noailles.
^ « Discorsi e dimostrazioni matematiche intornoadue[DOS scienze attenenli alla meccanica e ai movimenti locali. »
Cependant la santé de Galilée commençait à donner des inquiétudes. Le 4 avril 1637, il priait le P. Renieri, religieux olivétain, de représenter au cardinal Spinola l'état de maladie où il se trouvait à la suite d'une inflammation à l'oreille droite ^ Il passa au lit le mois de juin; tléjà il avait perdu totalement Toeil droit; Taulre, très-faible, était enflammé par une forte fluxion*; quelques mois après, le 19 décembre 1637, une de ses lettres à un ami contient cette phrase : « Je n'y vois pas davantage les yeux ouverts que fermés'. »Dans une autre, le 2 janvier 1638, on lit : c< Depuis un mois je suis tout à fait aveugle *. »
* Opère, t. yil,^. 161.
* Ib., p. 180.
3 Ib., p. 204. Lettre du 19 déc. 16f>7. j ♦Ib., p.2n.
Il demanda la permission de pouvoir se faire soigner à Florence et son ami Castelli rédigea une note à ce sujet ^ ; on voulut avoir un cerlificat de médecins, et l'inquisiteur vint à Timprovisle pour suiprendre la nature de ses études, disait-il, plus que pour constater son état de maladie. « Je l'ai trouvé totalement aveugle, écrivit-il le 15 février 1638 ; le médecin croit qu'il ne peut guérir, il ne dort pas et a une hernie très-forte. C'est un cadavre plus qu'une personne vivante. La villa est loin de la ville et en un lieu incommode où il ne peut que difficilement avoir des médecins*. » L'avis de l'inquisiteur, dont le rapport sur la situation de la villa est si complètement différent de celui envpyé quatre ans auparavant, était de permettre à Galilée de venir à Florence. Cette lettre ouvrit enfin les yeux au pape et aux cardinaux, trop longtemps abusés: la permission fut accordée le 25 février % et le 9 mars l'inquisiteur général en prévint Galilée. Défense lui était faite cependant de sortir de Florence, de parler de l'opinion condamnée et d'admettre près de lui des personnes suspectes \ défense adoucie, il
* Opere^ t. X, p. 254.
* Ib., p. 'm,
' H)., p 287. (Riccardi, /. c. Document XXIV,) ** Uiccardi, /. <•. Document XXIV.
RÉCIT DES FAITS. i8J
est vraiy par la déclaration faite par Tassesseur au P. Castelli, que l'ordre au sujet des visites ne s'entendait pas rigoureusemeqt, mais emportait seulement la défense de traiter du mouvement de la terre, Galilée ayant demandé d'aller pendant son séjour entendre la messe dans une petite chapelle à vingt pas de sa maison, la Congrégation le lui permit (29 mars 1638) *- Le vicaire du saint Office vint chez lui et, ne l'ayant pas trouvé, lui laissa la permission d'aller pendant la semaine sainte et le jour de Pâques à sa paroisse ou à toute autre faire ses dévotions. Pendant son séjour à Florence, le grand-duc, qui l'avait déjà visité à Arceiri, vint le voir alors qu'il était dans son lit : il avait pour lui tontes sortes de prévenances ; les jours maigres, il lui envoyait du poisson et lui faisait parvenir chaque année cinq barils de vin '.
Après un séjour de quinze joui*s, Galilée revint dans sa villa, et comme il s'était toujours, beaucoup occupé des moyens de fixer la longitude, comme, après avoir présenté ses observations au gouvernement espagnol, il les avait offertes aux États de Hollande, ceux-ci avaient répondu à Galilée en accompagnant leur lettre
* Riccardi, /. c. Document XXV.
■ Targioni, l, c, 1. 1, p. 119.
d'un collier d'or. L'inquisiteur de Florence le su^ et aussitôt de lui-même fit entendre à Galil&. de ne pas recevoir, s'il était possible, l'envo;^^ des États généraux ou du moins, si pour obé^ ^é au grand-duc il ne pouvait s'empêcher de - j voir, de ne pas parler des sujets qui lui étai^^ .en interdits : et aussitôt l'Inquisiteur demanda c^ de^ ordres à Rome*. Le 13 juillet 1638, la Congr -^régation fit répondre à l'inquisiteur de ne pas p ^er-
mellre que la personne venue d'Allpinagni * à
Florence voie Galilée, si cette personne éF — tait hérétique ou de pays hérétique, mais que si p (==^ ffe personne était catholique ou de pays calholiq — mie, on permettait une entrevue, pourvu qu'on ti'j traitât point du mouvement de la terre '► Le 25 juillet, la personne envoyée à Galilée n'fetait pas encore arrivée à Florence et on n'avait aucune nouvelle de son voyage : les présents et les lettres des États généraux étaient cependant parvenus par l'entremise de négociants allemands. Galilée ayant refusé constamment d'accepteï* ^^ les présents et les lettres', le souverain Poati^ l'apprit et ordonna le 5 août. d'exprimer à ^^ lilée que cette action avait été agréable à la Co^
* Ms., f>55i. Les pièces du procès, p. 137.
* Ms., f» 553, v. Les pièces du procès, p. 138.
* Ms., f» 553, Les pièces du procès, p. 139.
RÉCIT DES FAITS. ii^o
grégation^ Or, depuis quatre jours, les négociants allemands, MM. Ebers, avaient apporté à Galilée la lettre et le présent : il garda la lettre, mais il leur rendit le présent, en les priant de le conserver jusqu'à ce qu'il pût écrire et remercier les États : il avait perdu la vue, il ne pouvait plus s'occuper de rien, disait-il, et il serait donc complètement inutile que Ton vînt le trouver, puisqu'on le trouverait aveugle, sans pouvoir donner le moindre renseignement*. Ces observations, que le pape voulait empêcher Galilée de communiquer à la Hollande, de peur, disait une lettre de l'inquisiteur et une lettre du cardinal Barberini', délaisser cet avantage entre es mains des hérétiques, Urbain VIII cherchait à présent à les faire parvenir au prince de Toscane, généralissime des flottes espagnoles. Dom Gastelli devait être l'intermédiaire entre Galilée et le prince Jean-Charles. Aussi lorsque Castelli demanda, le 23 octobre*, la permission de visiter Galilée plus souvent que par le passé, afin que celui-ci pût l'instruire des périodes et des tables des planètes des Medicis, pour fixer la déter-
* Ms., f* 556. Les pièces du procès, p. 140.
* Opère, t. Vil, p. 215. Lettre du 7 août 1638. » Pieralisi, p. 298.
* Ms., 552 bis. Les Pièces du procès ^ p. 136.
mination de la longitude, l'ordre fut transmis à l'inquisiteur, le 25 novembre, d'accorder cette permission ; on y mettait toujours poiir condition qu'on ne parlerait pas du mouvement de la terre sous peine d'excommunication latœ senlentiœ^ dont le pape seul pourrait absoudre *-
Ces visites de Castelli durent être un adoucissement pour Galilée. Assurément il avait toujours pu recevoir chez lui, mais il y avait des amis dont la vue allait plus droit à son cœur. C'est ainsi que sa parente Alexandra Bocchîneri Buonamici et son mari passaient plusieurs jours de suite à Arcetri*. Le chanoine Gherardini, qui a laissé sur Galilée des notes intéressantes, conversait chaque jour avec l'illustre savant qui rencontrait également dans le voisinage le P. Renieri ^. Un Anglais venait, en 1635, lui apprendre qu'une traduction de ses Dialogues avait été faite en Angleterre*. Un Hollandais, le sieur Antoine, le quittait au mois de juin 1656, et était remplacé bientôt par deux amis intimes de Galilée'*. Pierre Carcavy, le conseiller au parlement de Toulouse, venait à Arcetri, et Beaugrand s'y
* Ms., f» 557. Les pièces du procès, p. 137.
2 Opcre, t. VII, p. 43, 564.
s Ib., p. 152.
* Ib., p. 58.
« Ib., p, 05.
rendait à trois reprises différentes ^. Le grandduc rendait visite à Galilée: le prince Jean- Charles lui amenait le poète Coppola, et il recevait deux peintres que lui recommandait Castelli . Les lettres fournissent à cet égard de nombreux renseignements. Galilée ne vivait donc pas dans la solitude que Ton se pleît à représenter, et il pouvait échanger ses idées avec de doctes visiteurs. A Renieri, à Carcavy, à Beaugrand, il faut ajouter le P. François de San Giuseppe (Famiano Michelini) , de la Congrégation des Écoles pies, et les PP. Ange de Saint-Dominique (Ange Sesti), et Clément Settimi, de Camerino, tous deux religieux de la même Congrégation, qui purent travailler avec lui : le P. Clément, par exemple, lui servit de, secrétaire en 1639, et allait chaque semaine à Arcetri ; le saint fondateur de la Congrégation des Écoles pics, Joseph Calasanzio, écrivait même de Rome, le 16 avril 1639, pour permettre au P. Clément de passer la nuit Arcetri, lorsque Galilée le réclamerait*. Galilée, ^ous le savons, eut en 1639 un long entretien ^vec le P. Ambrogio, homme de toute science, disait-il, de toute vertu, de toute sainteté'. Il
* Opère, t. VII, p. 154.
* Ib., t. X, p. 74 et 332. Targioni, t. I, p. 141 ■^ Ib., p. 334.
demanda au grand-duc la permission pour Dino Péri, qu'en 1656 il avait fait nommer professeur de matliématiques à ITniversité dePise,de venir l'aider dans ses travaux, et il Toblint. En 1640, il invita le P. Cavalieri à le venir voir, mais celui-ci, qui en 1636 avait déjà passé huit jours à Arcetri, ne put, vu sa mauvaise santé, répondre à son appel *. Galilée le regretta, car « Cavalieri est vraiment, disait-il, une ad-, mirable intelligence; c'est un autre Archimède'. » C'est alors que sur sa demande et afin, disait Galilée, d'échanger plus facilement ses idées avec les siennes % Torricelli vint se fixer prés de lui après le départ de Dino Peri, et ne le quitta plus jusqu'à sa mort.
Travaillant donc aveq Peri, Settimi, Torricelli, Yiviani, etc., Galilée put en toute liberté élucider les problèmes scientifiques qui préoccupaient son esprit. Poursuivi par les aristotéliciens, il recevait d'autres savants de précieux témoignages de déférence. Peiresc lui faisait passer le calcul des observations des éclipses de lune faites à Paris, pour les confronter avec les
* Opère, t. VH, p. 242.
« Ib., p. 72.
* Ib., t. X, p. 413. «Acciochè agevolmente e con maggior commodità potesse partecipargli tutte l'estreme reliquie degli altissinii suoi sentimenti. » *
siennes. Le P. Paolo Galdino (ou Guldini), de Saint-Gall, en Suisse, lui faisait parvenir un exemplaire de son ouvrage De centro gravitatis^ comme un hommage de son estime et de son grand respecta
L'âge et le malheur ravivent les sentiments pieux : Galilée édifia grandement ses compagnons par la piété dont il fit preuve durant les trois dernières années de sa vie, et il ressentit bientôt les atteintes du mol qui devait l'emporter. Une hydropisie survint, une fièvre lente le mina, et le 8 janvier 1642 il rendit à Dieu son âme immortelle. Il était âgé de soixante-dix-sept ans dix mois et vingt jours.
Son corps fut déposé à Florence, dans le bâtiment des novices attenant à la basilique Santa Croce. Ses amis auraient voulu lui élever par souscription un monument dans l'église même ; mais l'inquisiteur de Florence, en annonçant à Rome la mort de Galilée, demandait ce qu'il y avait à faire dans une pareille occurrence. Urbain VIII en parla à Niccolini, l'ambassadeur de Toscane. «Il ne serait pas d'un bon exemple, lui dit-il, que le grand-duc élevât un monument à un homme condamné par le saint Office pour une opinion
^ Opère f t. X, p. 233.
si fausse et si erronée, qui a séduit tant d'intelligences et causé à la chrétienté un grand scandale. » Paroles assurément sincères dans la bouche du souverain Pontife, mais dont la sincérité prouve justement combien avec les meilleures intentions il est facile de se laisser égarer. L'ambassadeur donna en conséquence le conseil de diflérer. De son côté, l'inquisiteur de Florence, d'après l'ordre du cardinal Barberini (23 janvier 1642), avait fait entendre au grand-duc de ne s'occuper de rien relativement aux obsèques de Galilée, et il prenait en outre ses précautions pour connaître répitaphe qui serait mise et IV raison funèbre qui serait prononcée*. « On a bien parlé du monument, répondit, le 29 janvier, le secrétaire du grand-duc, Gondi, à l'ambassadeur, maison n'a pris aucune résolution; en tout cas, les paroles du souverain Pontife feront réfléchir*. » La réflexion dura cent ans.
C'est le fait, assez simple après tout, des observations du pape au sujet du monument à élever à Galilée, qui sans doute a servi de thème pour broder la fable du « cadavre de Galilée qui faillit être jeté à la voirie » : ainsi s'exprime
» Gherardi. Docum XXX * Opère, t. XV, p. 403.
UECIT DES FAITS. 191
M. Libri *. La fable des écrits de Galilée, dont « les inquisiteurs parvinrent à faire périr une grande partie », ainsi parle le même M. Libri, et la fable de ses écrits confiés au P. Renieri, qui « \it à son lit de mort, ses manuscrits pillés et dispersés • par les suppôts du saint Office' », reposent également sur un on-diïdeFabroni^; assertions complètement gratuites, observe fort bien le savant M. Alberi*, qui en a prouvé la fausseté après en avoir établi Tinvraisemblance. Les papiers, en effet, ont été si peu pillés et ont si peu péri, que M. Alberi les a trouvés en 1843, à la bibliothèque du palais Pilti, et les a publiés en 1846. C'était le chevalier Agostini qui avait pris ces papiers pour son instruction personnelle.
Vincent Viviani , T ami de Galilée, qui avait hérité de beaucoup d'autres papiers, mourut en 1703, et déclara son héritier Jean-Baptiste Nelli, en lui imposant l'obligation d'ériger à Galilée un mausolée somptueux, dans Téglise Santa Croce. Nelli mourut laissant un fils. Les tuteurs du jeune homme voulurent pourvoir à l'exécution du testament,
*■ Journal des Savants, 1840, p. 459.
* Histoire des sciences mathématiques , t. IV; p. 278.
' T. I, p. 74, adn. « Fu spogliato il suo studio, credesi dell* tnquisitore dl tutti gli scritti suoi e dcl Galileo. »
* Ppcrc, t. V. Proœmium.
et le 8 juin 1751: le chevalier! Neroni \int demander à l'inquisiteur de Florence s'il existait au saint Office un ordre de la Congrégation qui empêchât Téreclion de ce monument. 11 devait être en marbre et en bronze, d'une valeur d'environ quatre mille écus. L'inquisitenr écrivit immédiatement à Rome \ Les consulteurs de l'Inquisition, réunis le 14 juin, émirent le vœu d'écrire à l'inquisiteur de ne pas empêcher la construction du monument funèbre : toutefois, on recommandait expressément à ce dernier de demander communication de l'inscription qui devait y être placée, afin de la transmettre à la Congrégation*. Deux [jours après, la Congrégation du saint Office ayant approuvé le vœu des consulteurs', les cendres de Galilée et de son ami Viviani purent être transportés, le 12 mars 1737, dans le monument que nous voyons aujourd'hui dans l'église de Santa Croce : l'inscription nommait :
GALILEUS GAULEIS
GEOMETRIiE ASTRONOHliE PHILOSOPHIiE
MAXMDS RESTITDTOR
NDLLl iETATIS SUM COMPARANDUS.
* Ms., f» 558. Les pièces du procès, p. 40.
* Ms., fo 561. Les pièces du procès, p. 141.
' Gherardi. Doc. XXXH. Le« pièces du procès, p. 141.
Clément XII occupait alors le saint Siège et Benoit XIV allait le remplacer. Sous le règne de ces savants pontifes, et cent ans après la mort de Galilée, on ne pouvait avoir les mêmes craintes qu'au temps du pontificat d'Urbain VIII. La peur d'ébranler la cosmologie d'Aristote par des doctrines fausses devant disparaître après les découvertes de Newton et de Bradley, la crainte d'émettre une opinion scientifique contraire à un texte de la Bible, n'avait plus dès lors de rairaison d'être.
En 1744, les Dialogues sur les deux plus grands systèmes du monde furent réimprimés 3 Padoue, pour la première fois avec la per- Diission de l'autorité ecclésiastique : seulement, on y modifia plusieurs passages où la thèse était posée, pour indiquer qu'ils devaient être pris comme une hypothèse, et enjoignit à Tédi- ^ion le texte de la condamnation et de l'abjura- 'loiî^ en ayant soin encore de prévenir que le Nouveau système n'était qu'une supposition. Le *0 mai 1757, la Congrégation de l'Index, après ^^ avoir conféré avec le souverain Pontife, prît '^ résolution, approuvée le lendemain par Benoit XIV, d'omettre dans la liste des livres prohibés le décret défendant tous les livres enseignant l'immobilité du soleil et le mouvement de
Ja terre. Celte omission eut lieu ; cependant l'Index de 1 758 maintint, par une visible inconséquence, les ouvrages de Foscarini, de Kepler et de Galilée, ce dernier inscrit sous la date du décret du 23 août 1634 ^
En 1820, le chanoine Seltele, professeur à Funivcrsilé de la Sapience, à Rome, ayant écrit Elementi d^astronomia^ où le mouvement de la terre était affirmé comme thèse, le maître du sacré Palais, Anfossi, malgié l'avis du P. Olivieri, consulteur, refusa Yimprimatur en demandant qu'on ne considérât cette doctrine que comme une hypothèse*. Le chanoine Settele fit appel au pape, qui remit l'examen de Taffaire à la Congrégation. Le 16 août 1820, la Congrégation ayant émis l'avis approuvé par le pape qu'on pouvait affirmer cette doctrine, l'ouvrage de Settele reçut Yimprimatur. Le maître du sacré Palais ayant proposé quelques difficultés, la Congrégation rendit un arrêt pour permettre la publication des ouvrages traitant du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil, selon l'opinion commune des astronomes modernes : ce nouveau décret, du 11 septembre 1822, fut con-
* 1)1 Copernico e di Galileo, scrilto postumo del P. Olivieri; Bologna 1871, p. 94. »
2 Ibid., p. 98.
firme le 25 par le souverain Pontife Pie VII, qui en recommanda Texécution^
Dans la nouvelle édition du livre' de l'Index faite à Rome en 1835, sous Grégoire XVI, on ne trouve plus les ouvrages de Copernic, de Kepler, de Foscarini, de Galilée. L'omission dans l'édition de 1758 était en fait l'abrogation de la seconde partie du décret de 1616; l'omission dans l'édition de 1835 était l'abrogation de la première partie du décret de 1616, concernant Foscarini, des décrets de 1619 et 1620, concernant Kepler et Copernic, du décret de 1634, publié après la condamnation de Galilée. Le décret du 11-25 septembre 1822 vise encore plus formellement l'abrogation de tous les précédents décrets, et par conséquent il réhabilite implicitement l'illustre condamné de 1633.
* Ânfossi fît imprimer : Se passa difendersi, ed insegnare, non corne semplice ipotesi ma corne verissima e corne tesi la mobilità délia terra e la stabilità del sole da chi ha fatta la professione di fede di Pic IV. Quœstione teologico-morale. In-8** de p. 76, sans date ni lieu d'impression. — Depuis la page 41, c'est une Risposta al vota del commissario e cortsultore, R. P. OiÎTieri.