‹ La question de Galilée, les faits et leurs conséquencesChapitre 3 sur 9 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

" S'il est une croyance à peu près généralement accréditée dans le monde, c'est qu'en 1633 la torture a été infligée à Galilée. Quelle est sur ce point la vérité?

Au dix-septième siècle, personne n'a jamais dit que Galilée ait été torturé. Apparemment, si le fait avait eu lieu, ses amis l'auraient su et en eussent parlé. L'ambassadeur Niccolini, qui écrivait au bailli Cioli et au grand-duc les moindres particuFarités concernant le procès, l'eût mentionné : Galilée lui-même, si véhément dans ses

plaintes, n'en aurait pas retenu l'expression dans ses lettres intimes à Diodati, à Peiresc. Sans doute Luc llolstein écrivant à Peiresc a dit : Galileus nunc in vinculis detinetur^, mais c'est là une phrase de rhélorique. La lettre est du 7 mai 1633. Les fers où Galilée était retenu pouvaient tout au plus désigner sa détention au Vatican, et nous avons vu ce qu'étaient ces prétendues rigueurs. Il faut descendre assez avant dans le dixhuilième siècle pour trouver les premières traces d'une allégation qui, saisie avidement par l'imagination populaire, n*a cessé d'être répétée -« depuis par de nombreux écrivains. Fabroni réfutait le bruit déjà répandu en 1778*. Targioni,^^ dont l'ouvrage fut publié en 1780, le rapporlailégalement sans y croire, car il était frappé de 1 condescendance extraordinaire qu'on avait eu» pour Galilée, et celte condescendance lui paraissai absolument incompatible avec « le tourment de lecorde. »' En un passage, Targioni faisait cèpe

* Lucœ Ilolsfenii Epistolœ ad diversos, éd. de M. Boisi nade, qui lui donne par erreur la date de mars, tandis q Niceron, Kelli, Yenturi, la mettent au mois de mai, d'après! réponse de Peiresc disant avoir reçu cette lettre du 7 ma dont l'autographe d'ailleurs est à la bibliothèque Barbcrin (Abbé Santé Pieralisi, p. 2'25.)

* Vilœ Ilalonmi, t. I, p. 141.

^ E^li convenue in si grave età subire rigorosum exame cioè corne coinunemente credesi il tormento délia corda.... ta

dant une concession en disant qu' « afin de remplir les formalités de la procédure il a peut-être été présenté à la corde, mais il n'apasété suspendu. » Le savant éditeur des œuvres complètes de Galilée, M. Alberi, s'est étonné^ de voir cette opinioh naître cent cinquante ans après le procès, au moment où Fabroni publiait la correspondance de Niccolini avec Cioli, qui aurait dû en montrer la fausseté; il a remarqué que le doute alors émis s'était changé pour beaucoup en cer-. tîlude, par une suite d'arguments qui ne faisaient point honneur, disait-il, à l'intelligence de leurs inventeurs. M. Libri était évidemment désigné, oar il s'était montré des plus ardents à affirmer le fait de la torture ; « il aurait été, selon lui, impossible aux inquisiteurs de ne pas faire subir la torture à Galilée dès qu'ils le soupçonnaient Sur son intention *. »

« Maintenant, écrivait M. Alberi, la seule lec- *^re des lettres et des documents recueillis en ^e volume suffit pour exclure entièrement le

^^aordinarie abilità accordate al Galileo, colle quali mi pare ^ssolutaraente incompatibile il tormento délia corda, etc. (Tar- ^Oni-Tozzetti, AUi e memorie inédite delV Accad'emia del ^^^entOf e nolizie aneddote deiprogre$8i délie scienze in Tos- ^**ia, t. I, p. 113-116, et p. 60 et suivantes.)

* Opère di Galileo, t. IX, Proœmium, p. 5.

* hfivue des Deux Mondes, 1" juillet 1841 , p. 125.

doule. » M. Albéri le croyait dans son honnêteté de savant ; mais tous n'ont pas procédé avec la même droiture, et plus d'uifie intelligence est resté aveuglée par le préjugé. Ainsi M. Wagemann a regardé comme probable que Galilée ait été effectivement torturé, et M. Parchappe n'a pas cru impossible qu'il ait été appliqué à la torture. Au contraire, MM. Biot, Tfbuessart, Çhilarète Chasles, Reusch, Porena, ont nié que la torture ait été donnée. M. Wohlwill a trouvé que la question avait une importance secondaire; car lors même que Galilée ne l'aurait pas subie, la barbare violence faite à la conscience, a-t-il dit, n'en serait pas essentiellement diminuée.

Deux pièces que j'ai publiées en 1867, et sur lesquelles j'aurai à revenir, devaient pour un historien mettre fin au débat. '« Tout soupçon d'une torture physique infligée à Galilée, dit en effet M. Th. H. Martin, est devenu impossible pat la publication du décret du 16 juin 1633. » Cel^ pièce c< aurait tranché la question, ajoute le savant doyen de la Faculté de Rennes, lors mêfû^ qu'elle n'aurait pas été résolue d'avance *' M. Tabbé Pieralisi appelle également le texte ^^ quel je fait allusion, « l'argument qui montra * volonté du pape et décide la question ». Né^^ moins depuis la publication de 1867, il re

pour M. Govi « une douloureuse obscurité sur cefte phase de la procédure », et M. Mazzoleni a écrit en toutes lettres que « nu et dépouillé de ses vêtements Galilée a été tiré par la corde ». Juant à M. Berti, il est persuadé que la torture levait, suivant l'usage, être infligée à Galilée ; que 'ordre a été donné bien certainement de la lui nfliger, mais qu'en fait il ne l'a pas subie, pour une eule raison, c'est que le commissaire, ému de lîUé, a pris sur lui de ne pas exécuter la loi et 'ordre transmis. Cette explication très-singulière, improbable au premier abord, est contredite par :ous les textes, comme Fa très-bien prouvé !fl. l'abbé Pieralisi. Inutile de dire quedes savants comme M. de Gebler et M. Gilbert, combattent l'opinion de la torture donnée à Galilée.

Rappelons en commençant qu'on ne doit attacher aucune importance à une lettre de plaintes que Galilée aurait écrite au P. Renieri; car d'abord cette lettre ne contient rien au sujet de la torture; ensuite personne — sauf l'auteur de la récente biographie de Gahlée dans la Bibliothèque républicaine — n'ignore à présent que celte lettre est apocryphe.

Un homme d'esprit, un duc Caetani, se joua ^e Tiraboschi en lui communiquant une lettre ^ont, disait-il, l'original était dans ses archives.

Tiraboscbi accepta les yeux fermés cette lettre, où on ne parlait pas de torture, mais où on laissait peut-ûtre entendre qu'elle avait été donnée; la lettre fut publiée, et depuis tous les écrivains s'en sont emparés. Cependant Pierre Giordani avait élevé des doutes sur l'authenticité d'un écrit dont le style n'était point, disait-il, celui de Galilée : il alla plus loin. Dans ses recherches aux archives du duc Caetani, au lieu de l'autographe de Galilée, il trouva une note du duc indiquant que c'était lui qui pour s'amuser avait composé la lettre.

Voyons donc quels arguments plus sérieux on a invoqués pour affirmer que la torture a été donnée à Galilée.

On a dit : c'est ordinaire dans la procédure de l'Inquisition. Il est trùs-vrai, la torture était généralement employée dans tous les tribunaux. La torture était un legs de l'ancien droit romain : inconnue dans le droit canonique à son origine, elle y fut introduite, lorsqu'à la suite du progrés des mœurs la procédure germanique et barbare des Ordalies fut remplacée par la procédure canonique et plus civilisée de l'enquête. La procédure à*in(iuisii\on per Inquisitionem fut alors un progrès incontestable et, d'après tous les auteurs, incontesté, car elle rétablit en faveur de l'accusé

plusieurs des garanties auxquelles il a droit : nais pour appliquer cette procédure» il fallait *ecourir au droit romain, et le droit romain offrait x>inme un moyen de compléter les premiers inlices d'une preuve la torture de l'accusé, c'est- Ihdire l'application de moyens matériels pour jue la douleur ou l'intimidation forçassent l'acaisè à dire la vérité. Tous les tribunaux, en tous .es pays, se servirent alors et se sont servis depuis de ce moyen de procédure dont la disparition a'eut lieu en France qu'en 1780. Voilà en deux mots l'histoire de la torture. Au premier abord 1 semble que, en suivant lusage, on eût pu remployer ou ne pas l'employer dans le procès que subit Galilée; mais on ne Ta pas employée et on ne devait pas l'employer : c'est ce qu'il faut prouver.

n y avait des circonstances où on ne pouvait donner la torture à un accusé : Galilée se trouvait dans une de ces circonstances. Il y avait des formalités à remplir avant de donner la torture : ces formalités, on n'en trouve la trace nulle part.

Si on étudie les auteurs qui ont parlé de la procédure devant le saint-office, on voit que « le juge ne devait pas trop facilement faire subir la torture, car tant qu'il y avait une autre voie de

connaître la vérité, on devait la prendre*. » Ainsi, ^ ^ s'il y avait eu aveu de la part de l'accusé, ou s'il i- i n'y avait pas un commencement de preuve contre lui, il n'y avait pas lieu de lui donner la torture. Or, Galilée avait avoué le fait qui lui était reproché.

Une fois le fait connu ou avoué, l'intention de; l'accusé pouvait être ignorée, et s'il y avait pré — -è somption que cette intention fût coupable ou di moins douteuse, — c'est ici le cas, — on pou— vait alors soumettre l'accusé à la torture; mais disent les auteurs, « cela arrivait très-rarement » et « on ne le faisait pas facilement et tout de suite on prenait en considération « la qualité de personne et toutes les circonstances du prc ces* ». Or, nous savons ces circonstances; noi nous rappelons assez quelle déférence on a tém( gnée à Galilée, pour croire que Ton eût suivi cel règle de la procédure afin de mitiger la riguei

* Lucerna inquisilorum. R. P. F. Bernard! Comensis. Roirr^Laî, 1584, in-4% p. 127, et tous les auteurs.

* Praetermittondum tamen in hoc loco quod non ita de îm.^^ \ et semper deveniendum est ad torturam super ista intentio «^e, J 8cd tune deinum cuin omnibus considéra tis, sed maxime q; '■-M- ! litate personœ , roi, loci, modi et aliarum circumstantian-» «>, j (Garena, Tractatus de officio S. Inquisilionis^ Bononise, 1^CÎ8, j p. 55.) Praînolandum autem primo quod non illico et facite ?!' j infligrenda tortura super intentione. (Sallèles , De tnate^'*^' iribunaiium S. In.qitisitionis, 3 in-fol., Uomaî, 1051-1653, t- *'• ; reg. 350, n» 45.) Rarissime tamen id contigit. (W.,reg.350,n«^'^-'^ 1

De plus, il y avait eu aveu sur Tintenlion, aveu extra-judiciaire d'abord, répété ensuite judiciairement devant le juge : or, cet aveu extra-judiciaire rendait à lui seul la torture inutile, car il produisait le même effet que Taveu judiciaire*.

Continuons : dans tous les cas où la torture pouvait ou devait être appliquée, un décret spécial, ou, comme on dit, une sentence interlocutoire à laquelle l'évoque et l'inquisiteur hrtervenaient, une sentence interlocutoire devait l'ordonner, et en fait, dans tous les procès-verbaux, la mention de cette sentence suit immédiatement les menaces de la torture et en précède l'application*.

Yoici la formule : « Tum Domini, visa perti- « nacia elobstinalione ipsiusconstituti,visoque et

^ Confèssio extrajudicialis sufficîens est ad eumdem tortur» Rectum. Sallèles, De maleriis tribunalium S. Inquisitionis, *. Il, p. '28.

* Accusator pelât et requirat a judice ut reum ponat ad torturam et tfuod judex pronunciet deveniendum esse ad tor- ^^am (Petr. Paella, Tractalus de tortura, Romse, 1583, qui donne ^ formule que tout le monde prononce aujourd'hui. ) La môme ^ègle est dans Opus quod judiciale inquisUorum dicitur, écrit parle F. llumbert, évoque de Bagnorea, commissaire général de ^'Inquisition, publié à Rome en 1570 ; Forma sentenliœ ad *^pponendum aliquem quœslionibus seu tonnent is, p. 482. Le ^ifectorium inquisUorum d'Eymeric donne aussi la formule, (éd. Venise, 1607), p. 480, ainsi que le De officio S. Inquiùtionis ï'Ugduni, lij80, 2 in-fol. de del Bene, t. I, p. 574, le Tractatus ^ officio. de Carena, p. 299, et YOpus quod judiciale inquisiiorum dicitur de lévôque de Bagnorea, p. 483.

<c mature consideratotototenoreprocessus» decrec< verunt ipsum constitutum esse torquendum tor- « mento funis.... et ideo mandaverunt ipsum « constitutum duci ad locum tormentorum. » Or le procès-verbal du dernier interrogatoire de Galilée ne mentionne pas cette sentence interlocutoire : il finit brusquement après la menace, par ces mots : « cum nihil aliud posset haberi ia executionem decreti, remissus fuit ad locum suum. » Remarquons que sur l'obligation de signifier la sentence interlocutoire qui permet l'application à la torture il n'y a aucun doute chez

les auteurs*, et cependant, je le répèle, la sen-

lence ne figure pas au procès-verbal, et il ne ,^3 peut y avoir eu suppression dans le manuscrit, ^ puisque cette partie de l'interrogatoire est tout ,5#^ ^ entière sur la même page, un recto, et est suivie ^^^( immédiatement au bas du recto de la mention d Tordre donné le 50 juin sur la rélégation à Sienne.

On a dit : Mais le procès-verbal de la torturer aurait pu être à part et avoir été omis dans 1<^ recueil des pièces du procès ? Non, car ces demc procès-verbaux de l'examen sur Tintention aves^^^

* Circa obligationem proferendi sententiam interloquuto* riain de reo lorquendo, nuUus auctoram dubitat. [Sallèlcs, matcriis tribunalium S. hiquisUioniSy reg. 361, !!•• 110, 117—

menace de torture et de Texamen in tortura sont toujours unis. Il fallait que la mention de la sentence interlocutoire et le procès-verbal de la torture fussent là : ils n'y sont pas, parce que la torture n'a pas été ordonnée et n'a pas eu lieu.

Mais admettons que la sentence interlocutoire pour faire subir la torture, quoique non menlionnée ici, eût été rendue ; Galilée évidemment aurait interjeté appel de cette sentence, car l'accusé avait droit d'appel^ pour produire les raisons çui pouvaient le dispenser de subir la torture, et ies raisons que Galilée eût pu présenter devaient être admises. La règle était qu'à soixante-dix ans on ne pouvait être soumis à la torture, à soixante ans même, si on avait une santé faible. Or Galilée avait soixante-neuf ans et demi; il avait produit un certificat signé par trois médecins oonstatant que sa santé était très-affaiblie « deiDilitata assai » ; enfin il avait parlé de son infirmité spéciale, de cette « hernia carnosa » qui le faisait souffrir , dont les médecins avaient constaté Texistence, et qui était un cas d'exemption de la torture. Si le certificat des médecins de Florence n'était pas accepté, il fallait suivre la règle, qui "prescrivait d'appeler un médecin pour visiter la

^ Th. del Bene, De officio S. Inquisitionis, 1 1, p. 574.

personne qui alléguait quelque infirmité.

Ce ii'est point tout : comme l'appel devait être porté au pape pour être accepté ou refuséS on trouverait sans doute la trace de la décision prise ; or, cette trace n'existe pas. Puis cette décision sur l'appel eût demandé du temps; or la menace de la torture a été faite le 21 juin, et la sentence et labjuration ont eu lieu le lendemain 22. Le temps matériel a évidemment manqué.

Toutefois on dit : Le texte de la sentence indique précisément que la torture a été donnée, peu importe à quel moment. « Nous avons cru nécessaire, y lit-on, d'arriver à l'examen rigoureux de ta personne. » Or Texamen rigoureux, c'est la torture. M. Libri*, et après lui M. Berti, le disent formellement et ils invoquent le texte du Sacro Arsenale. M. Berti y a joint letextededeuï (sic) manuscrits du couvent de la Minerve à Rome.

Le c( Sacro Arsenale^ ovvero prattica deWofficio délia Santa Inquisitions , di nuovo corretto et ampliato » a été écrit par le P. Elisée Masini, inquisiteur, et une édition a été annotée par Pasqualoni. Le texte cité par M. Berti est exact : « Il est nécessaire, dit-il, pour connaître la vérité,

* Th. del Bene, De of/lcio S. biquisitionis^ 1. 1, p. 575.

* Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1841, p. 124.

de venir contre Taccusé à un examen rigoureux, la torture étant justement retrouvée pour suppléer ^u défaut des témoignages ^ » On pourrait produire d'autres passages,comme celui-ci par exemple : a Si des indices sérieux s'élevaient contre l'accusé, on devra le soumettre au rigoureux examen, car la torture n'emporte pas infamie dans le délit d'hérésie». »

le manuscrit de la bibliothèque Casanate porte -'g nom de Désiré Scaglia, évêque de Melfi, neveu du cardinal Adéodat Scaglia, un des juges de Galilée : il est dédié au cardinal Barberini, autre JUge de Galilée. Désiré Scaglia, comme inquisiteur ^ IMilan en 1615, avait été chargé d'interroger le I^» Ximenès. Le manuscrit ai deux parties (ce que M ^ Berti nomme deux manuscrits) : la « theorica » ^t la « pratica », à laquelle la « theorica » renvoie. Le texte cité par M. Berti est celui-ci : « Si ^11 décrète de donner la corde Une seconde fois à **2iccusé, il n'est pas nécessaire d'en faire men- '^ion, mais il suffit de dire : Il fut résolu de procéder contre toi à l'examen rigoureux. » Et encore : « En faisant mention de la torture décrétée touchant l'intention on dira : Il fut résolu de procéder contre- toi à l'examen rigoureux pour con-

Sacro Arsenale, p. 147.

* Xbid.f p. 303, Lxx.

• naître et mieux s'assurer de ton intention. » Les mêmes expressions sont reproduites dans ce passage que M. Berti eût pu citer : a Quand l'accusé <îonfesse le délit dans l'examen rigoureux de la coide, etc. » Ces textes paraissent très-clairs, et

cependant on me permettra de n'être pas coh j

vaincu. Je remarque d'abord que le Sacro Arse — —^ nale est peut-être, ai\ec le Spéculum InquisUionù^^ de Jean, des Lois, imprimé en 1628, le seul ou— ^b \rage concernant l'Inquisition où il. soit pari» J du rigoureux examen : tous les auteurs parlent d^ « l'examen sur l'intention et de Texamen avec U torture; aucun n'emploie l'expression a men rigoureux ». Je remarque encore ceci lorsque le Sacro Arsenale parle du rigoure examen, il le définit « mode et forme de l'ex men différents de ceux avec lesquels on avait é examiné avant la torture ». Ces formes étaie plus brèves. « Leé juges ne devaient pasprocèd avec d^ longs circuits de paroles et des interr^ '"^ gâtions prises de loin, mais aller droit au fa^^^î dont il s'agit, dans la forme ci-après, etc. » Cet ^^"fi forme est exactement celle suivie dans l'intenv-^^^iro gatoire du 21 juin. « Il y avait plusieurs form^ -•^ d'examen rigoureux, selon la diversité des cas.— ^-^ Or, si un de ces cas était réellement l'exam^^*^ dans la torture, un autre pouvait n'être pas a- — ^"

Compagne de la torlure ; mais on comprend que dans la pensée d'un auteur qui donnait à Texamen dans la torture le nom d'examen rigoureux la confusion se soit faite peu à peu et qu'il ait dit d'abord-: « examen rigoureux de la corde, examen rigoureux de la torture»; puissimpleïnent qu'il ait pris Texamen rigoureux comme synonyme de la torture. Cependant cette confusion n'a été faite par aucun autre auteur. la lettre des cardinaux du Saint-Office pour instituer 'e P. Jean des Lois dans sa charge d'inquisiteur à Besançon lui donne pouvoir « d'arrêter, d'empri- ^nner et, selon les règles du droit, de soumet- *feau rigoureux examen et de faire torturer*.» Il y a donc là, dans l'esprit et la lettre de éet acte, deux choses séparées, distinctes.

L'examen rigoureux, lorsque ce mot est employé, reste donc pour nous cet interrogatoire à formes brèves, rapides, avec menace de torture, ^tii dans les formule3 précède le décret ordonnant de donner la torture.

En effet, dans le manuscrit de Désiré Scaglia, ^n texte placé à la page précédente de celui cité Se rapporte précisément à la formule employée dans la sentence de 1635 : « Quand l'accusé

* Spéculum Inquisiiionis Bintntinœ, 1628, in-12, p. 30, cité par M. Gilbert, Revue des ouestiom scientifiques , avril 1877.

n'est pas hérétique formel, dit-il (Galilée ne Tétait pas, il n'était que soupçonné d'hérésie), on doit l'interroger sur son intention et dans la sentence, après avoir exposé les indices et l'aveu, on ajoutera qu'interrogé, il a répondu sur son intention au sujet du fait ou des paroles qu'il confesse avoir commis ou dites ; or il suffit de dire qu'interrogé sur ce point il a répondu catholiquement. On est libre d'ajouter et d'expliquer ce en quoi consiste l'intention de Taccusé, comme plus bas nous avertirons en parlant de la torture donnée sur l'intention^ » Ainsi, dans la pensée de Scaglia lui-même, la formule de la sentence, la réponse catholique, ne se rapporte pas au cas où ily aurait eu torture, cas dont il parlera plus bas, et où en effet après avoir noté que « Faccusé paraissant n'avoir pas dit la vérité entière on a résolu de procéder contre lui à Texamen rigoureux, on devait ajouter s'il avait confessé dans cet examen : qu'exposé a la corde il confessa, etc. S'il n'avait pas confessé, on en fera mention. » Ainsi

*■ Perche il reo quando non ë eretico formale sempre deve si înterrogare sopra Tintenzione sua dôppoche nella sentema s saranno espressi gl'indizii e le confessioni di lui, si aggiungei^ che interrogato rispose sopra la sua credulità nel fatlo o neile parole ch'egli confesso d'haver commesso ; e basta dire che interrogato sopra di questo : cattolicamente rispose. Ms. CaiOr nat, l. cit.

la réponse catholique à la suite de rexamen est celle faite sans la torture : s'il y avait eu torture, mention serait faite. On peut trouver une confusion dans les termes employés par Masini et Scaglia; il n'y a pas contradiction avec les règles de la procédure et les formules juridiques de ^'Inquisition relatées partons les auteurs. La mention de la torture devant être faite dans la sentence par les mots «'exposé à la corde, etc. », Cette mention n'existant pas*, les mots « examen **igoureux », pris quelquefois en ce sens, ne suffisant pas dans la sentence pour désigner la torture, si la torture avait eu lieu, il suit de là que le texte même de la sentence rendue contre Galilée prouve qu'il n'a pas subi cette torture.

Au surplus, quels que soient les textes du Sacro •^'^senale et des formulaires que l'on puisse invoquer et que la sentence aurait en partie mala- ^roitement reproduits par habitude de style et ^'usage, textes que l'on explique cependant trèsl^ien, ils seraient de nulle valeur en présence du décret du 16 juin et du procès-verbal où est mentionnée l'exécution du décret. Il faut en effet reve-

* M. Libri se débarrasse de cette objection en disant : « On n'en

IP^rle pas dans la sentence, mais cela était si régulier et si

binaire dans les procès de l'Inquisition, qu'on ne prenait pas

^* peine d'en parler. » [îievue des Deux Mondes, !•' juillet 1841,

p. 125.) Si, on en parle lorsqu'il y a eu torture.

nir sur ces documents pour monlrer que le souverain pontife et la Congrégation ont formellement défendu de mettre Galilée à la torture.

Le 16 juin 1633, la congrégation du Saint-Office s'élant réunie en présence du souverain pontife, le pape ordonna d'interroger Galilée sur son intention, de le menacer même de la tortureS et, s'il persistait, de le condamner àla prison après lui avoir fait préalablement abjurer le soupçon véhément d'hérésie qu'on avait contre lui. En 1867, j'avais lu dans le manuscrit: ac si sustinuerU\ leçon acceptée par M. Berli : M. l'abbé Pieralisi a lu et si. Je crois en effet qu'il vaut mieux ' lire ainsi. M. de Gebler a aussi adopté et si.

En 1867 je traduisais ac si sustinuerit en donnant à ac si le sens àeperinde ac si ou le sens de quasi, synonymes admis par Forcellini, etjedisais : « le pape ordonna de le menacer de la to^ ture comme s'il devait la supporter ». M. de GeUcr adopta le même sens, ainsi que M. le professeur

* Le décret du 16 juin, fait remarquer M. Gilbert, est resté ■ Hdële aux règles de la procédure : « Lorsque les accusés d'hérésie ne peuvent, wl leur jeune âge ou leur vieillesse, ôirt torturés, ils peuvent cependant être effrayés avec modération,

' eu égard à la personne et à son tempérament. » {De orig. t^ progr, officil S. Inquisitionis j auctore Ludovico a ParanWi p. 592.)

* Voir le fac simile, d'après la photographie, dans les Piè^ • du procès, p. 92.

Porena* ; mais M. Th. H. Martin et le P. Bonora ont traduit : « et s'il ne cédait pas devant cette me^ mcen.M. SanlePieralisi amis : « et s'il persistait dans son intention »; M. Gilbert : « s'il supportait' celte épreuve ».

M. Berti au contraire s'est éloigné de ces interprétatioi^ et a traduit par les mots : a menace de la torture et application de la torture, si le patient peut la supporter'». Je ne tiens nulle* ment à ma traduction, que je crois cependant rentrer dans l'esprit de l'acte^ et je reconnais ({u'il est plus conforme au sens littéral de dire : « s'il a tenu bon, s'il a résisté, s'il a persisté ». En tout cas ces traductions, sauf celle par trop ► fantaisiste de M. Berti, n'indiquent pas que l'on ait voulu donner la torture ; au contraire, elles montrent que Ton devait seulement menacer de la torture avant de passer à la condamnation, les juges l'ont ainsi compris, et, après les ïttenaces de la torture, le procès-verbal constate ?ne pour obéir au décret on n'a pas fait davantage : « Comme onne pouvait yen faire de plus, . ^ qu'il fallait exécuter le décret, on renvoya Gali-

^ * Ârchivio storico ital., Z* série, t. XXII, p. 5i4 ; corne se- **avesse soslenuta, comme s'il l'eut, soutenue.

* La minaccia délia tortura e la applicazione délia medesima,. ^ il paziente la puo sostenere. Il processo, p. GV.

lée, cum nihil aliudposset haberi in executionem decreti, remissus fuit,

11 faut se résumer et conclure : La torture n'a pas eu lieu, puisqu'aucun des contemporains n'en a parlé, puisque tous, au contraire, sont d'accord pour attester la bienveillance qu'on eut pour Galilée ; la torture n'a pas eu lieu, puisque le procès-verbal de Finterrogatoire non-seulement ne donne pas celui de la torture, mais ne mentionne pas la sentence obligatoire pour soumettre à la torture ; la torture n'a pas eu lieu, puisque la donner en de telles circonstances, c'eûl été violer les textes formels de la loi qui disenf- l

qu'après un aveu extra-judiciaire on ne peu at

mettre à la torture, qui admettent toujours le -^=s cas d'exemption que Galilée pouvait invoque .^=r

et qu'en fait il avait invoqués par avance en er 3-

voyant un certificat signé de trois médecins aft ft* ? ■

tant ses infirmités ; enfin la torture n'a pas ^ "u lieu, puisque le Pape et les cardinaux avaient ^Be 16 juin interdit de la donner, en décidant qu^' il devait y avoir interrogatoire avec menace de to :^ture, abjuration, condamnation; c'est pourqw-oi le commissaire comprenant ainsi l'ordre de la Congrégation a déclaré dans le procès- verbal q^mje pour obéir à cet ordre il n avait plus rien à fai:

ée dans ses Dialogues a-t-il voulu se mo- Li pape Urbain YIII en le désignant sous le î Simplicius? Cette attaque persolinelle estsause du procès, a-t-elle au moins eu de nce sur la condamnation de 1,633? Il faut iner.

Jiot a écrit que le P. Olivieri, maître du stlais, lui avait dit en 1825 : a Soyez conque les torts personnels de Galilée envers î Urbain VIII ont puissamment contribué' rte, car il l'avait joué dans ses Dialogues î personnage de Simplicius*. » Depuis le i M. Biot rapportait ainsi la conversation ait eue au Vatican avec le P. Olivieri, le 3ra a publié un travail du P. Olivieri

lal des SavanfSj mars 1858.

demeuré inédit où cette opinion n'est nullement indiquée. La mémoire de l'illustre savant français l'aurait-elle donc mal servi en cette circonstance?

Nelli a parlé longuement de rextrêrae colère ^ du Souverain Pontife en voyant ses arguments ^

produits et amoindris par Simplicius et il a re

gardé ce fait comme la raison principale de l'a— j version témoignée par Urbain VIII contre Galilée^^ comme la cause de la violence avec laquelle ^=sévit contre lui. Jean Rosini, dans un discoui prononcé en 1839 à Tinauguration de la statu

de Galilée, a dit nettement : « La querelle éta^^û entre Galilée calomnié et Thomme puissant a quel on lit croire qu'un homme indigne et qu'i ingrat l'avait offensé en le désignant sous le n(» m de Simplicius. » Mgr Marino Mari ni a paxTi croire à l'intention réelle de Galilée de désigner Urbain VIII sous le nom de Simplicius. M. Par* chappe, M. Delvigne, M. Gilbert de leur côté sont convaincus que Galilée ayant mis dans la bouche de Simplicius les paroles d'Urbain VIB» le pape a pu croire que Galilée avait voulu le ridiculiser lui-même sous les traits de Simpli" cius. M. Philarète Chasles en a pris thème po^r écrire un morceau de mélodrame dans le livre où son imagination se donne si souvent carrière.

Cette opinion acceptée, on le voit, par un bon nombre d'auteurs — M. l'abbé Sante-Pieralisi les ai tous cités V — a été contredite par d'autres, comme M. Alberi, M. Th. H. Martin, etc.. L'abbé Sante-Pieralisi traitant la question à fond a nié cjue l'intention prêtée à Galilée ait existé et a affirmé que le premier bruit à cet égard date seulement de 1635.

Le pape était personnellement très-irrité contre Galilée, voilà qui est certain. Quelle était la cause €le cetle animosité? Était-ce la conviction que cette doctrine créait pour l'Église un véritable danger? était-ce la pensée qu'il avait été tourné en ridicule par Galilée? Examinons brièvement quelle a été a ce sujet l'opinion des contemporains d'Urbain Vm.

Ni Castelli, ni Campanella, ni aucun autre qui lurent alors les Dialogues, n'ont paru soupçonner que le pape pût être Simplicius. Magalotti, parent des Barberini^ dit bien que le Saint-Père avait imaginé lui-même un argument contre le mouvement de la terre et que cet argument est placé dans la bouche de Simplicius dont le rôle est ri*, dicule ; mais l'abbé Sante-Pieralisi n'admet pas îue ces paroles prouvent que Magalotti ait partagé

* Vrbatio Vllh p. 344 et suiv.

l'opinion dont il s'agit j car, dit-il, le sérieux avec lequel Salviali discutait cet argument montrait Timportance qu'on lui accordait ^

Le pap(; qui s'ouvrait si facilement avec Niccolini ne se plaignit jamais devant lui de l'insulte que lui aurait faite Galilée, et il paraissait même si loin de se reconnaître sous les traits de Simplicius que le 8 décembre 1654 il dit au comte de Noailles : « Galilée n'a pas tenu compte de Targumentque nouslui avons présenté*, d II semble donc, dit l'abbé Sanle-Pieralisi, que ce soit seulement peu avant le 22 décembre 1655 que Toi voit poindre cette opinion'. Casielli, en effet, eir parle pour la première fois dans sa lettre endat( de ce jour*, mais il n'en dit pas l'origine, se coi tentant d'assurer au cardinal Antonio Barberii que c'était une calomnie. Le 12 juillet 165CII3, Casielli écrit qu'il a donné au cardinal rass*.jrance que jamais Galilée n'avait eu la pensée c3e vilipender Sa Sainteté, et il racontait que l'ar-Mibassadeur avait dit à ce sujet au pape le 11 ji^ illel, que Galilée ne pouvait supporter que cHes méchants eussent mis en avant une aussi scC^lé-

• Opcre, Suj)})!., p. 3'ii.

•* (rhano VI II, p. 505.

* Opère, t. X, p. 131.

raie invention dont jamais il n'avait eu la pensée : « Nous le croyons, nous le croyons », aurait répliqué le pape, qui ajouta à l'ambassadeur que la lecture du Dialogue avait été très-pernicieuse à la chrétienté ^

Quoi qu'il en soit, ces calomnies, émises en 1635 ou en 1652, furent pour Galilée, lorsqu'il les connut, comme une révélation qui expliquait à ses yeux bien des choses. Y faisait-il allusion lorsqu'il écrivait le 26 juillet 1636 au P. Micanrio : a Mes ennemis ont réussi à persuader au pape mon intention coupable, et c'est là le premier moteur de tous mes tracas*. » Une note écrite sur un exemplaire de la lettre de Galilée à la grande-duchesse imprimé en 1 656 ^ recueillie par Nelli'^ et Venturi*, ne paraît pas du reste avoir une grande valeur, mais elle atteste la persistance de ces bruits. Urbain Vill, y lit-on, fut i^'rité de trouver un de ses arguments favoris ^ans la bouche de Simplicius, et c'est pour cela 9^'il le fit abjurer. M. Alberi* proteste de toutes ses forces contre l'opinion de ceux qui ont cru et ^'"oîent encore que telle ait pu être l'intention de

Opère 1 1. X, p. 159.

* Ib., t. VII. p. 71.

Zi, c, 2* partie, p. 194.

0/>cre, t. IX, p. 271. i

*m GALILÉE.

Galilée. En premier lieu, dit-il, Urbain VIII n'avait pas trouvé un argument spécial contre Ie> mouvement de la terre, il avait produit ceux d( tous les partisans de Ptolémée; et il était doni naturel que celui qui était chargé de soutenii l'opinion de ces partisans le répétât; ensuite Parfection et le respect de Galilée envers le pape, soi intérêt même de conserver la bienveillance di pontife afin de pouvoir obtenir la révision dudfe= cret de 1616, tout l'empêchait de donner à se -s plaisanteries une intention personnelle.

M. Th. II. Martin, quoiqu'on niant Tintentio^cr n de Galilée, soutient que cette accusation remont»- -^^ jusqu'en 1632; seulement il ajoute que si jamai -i^ Urbain VllI crut que Simplicius fut sa caricature^S^i il ne le crut pas longtemps. M. Reusch ne croiE ^^^ ni prouvée, ni probable, une telle pensée d'oK *' fense de la part de Galilée^

M. l'abbé Pieralisi prouve qu'aucune des psEï^ *^" rôles dites par Simplicius, aucun des trait:^ -*^' avec lesquels Galilée a mis en relief ce persor^*' ^ nage, type du philosophe péripatéticien, jurarr^r ni sur la parole du maître, et entêté dans les vieilles J^^ formules, ne convient à Urbain VIII. Ainsi Sin^^-*îî' plicius traite les taches solaires d'illusion d'op" ^ti-

* ZcUschrif't hislorische, 1875, n" 5, p. 432.

CONSÉQUENCES DES FitlTS. 223

jue : or Urbain VIII en avait fait un sujet d'éloge lans une ode à Galilée; Simplicius déclare qu'il ::i'a pas eu seulement la curiosité de lire cet ouvrage, or Urbain VIII Pavait lu et ^Galilée le savait bien.

En résumé, s'il paraît certain que Galilée n'a pas eu rintention de se moquer du Souverain Pontife, il faut convenir que les apparences étaient contre lui. Si Urbain VIII ne crut pas être ainsi désigné, plusieurs ont pu être persuadés qu'il l'était. Ce bruit a été mis en circulation et souvent répété paf des personnes intéressées à aigrir les rapports entre le pape et Galilée. Celuici, en apprenant celte calomnie en 1636, fut persuadé qu'Urbain VIII en avait été blessé et il se défendit de toute intention injurieuse.

Soit, dit-on; la rancune personnelle d'un pape n'a pu faire intenter à elle seule le procès, mais ce procès, engagé en partie pour punir la désobéissance de Galilée à la défense qui lui aurait été signifiée en 1616 de ne pas enseigner ni soutenir l'opinion du mouvement delà terre, est inique, car celte prétendue défense ne lui a pas été faite et le document qui la relaie a été inventé. La condamnation repose sur un papier sans valeur, écrit par des ennemis irrités pour préparer par une intrigue coupable une condamnation au mépris et transgression d'un ordre clair et précis du pape.

S'il en était ainsi, comme on l'affirme avec une conviction chaleureuse, ce serait bien grave et il est nécessaire d'examiner la question.

J'ai publié pour la première fois en 1867 la

pièce aujourd'hui incriminée de faux. En Texaminant M. Wolhwill conçut des doutes sur son authenticité. Il voulut bien m'écrire pour me demander si je n'avais pas observé au milieu de cette page un changement d'écriture, et en 1869 il fit imprimer une dissertation pour exposer les ^ raisons qui, selon lui, établissaient la fausseté du fait mentionné dans la pièce insérée dans le dossier du procès de Galilée *.

Aux yeux de M. Wohlwill la nécessité de soumettre l'histoire du procès à une révision complète s'imposait donc à Tèrudilion, puisque la vérité du fait généralement accepté ne pouvait plus se soutenir, disait-il, en présence des contradictions signalées dans les documents.

M. Gherardî émit presque en même temps la même opinion en Italie et la fortifia par la publication d'une nouvelle pièce, le rapport fait par Bellarmin à la Congrégation sur les faits passés le 26 février 1616 ^ Soutenue par M. Cantor*, admise par M. Riccardi* jusqu'à plus ample in-

* Der Inquisitions process der Galileo Galilei* In-12, Berlin, 1870.

* Il processo di Galiléo rîveduto sopra documenti di nuova fonte, dans Rivista Europea, 4870.

* Zeitschrift fur Mathematik und Phisik, i" janvier 4874.

* Alcune memorie, p. 16. Les doutes sur Tauthenticité sont très-graves, dit-il, et nous attendrons la découverte de docu-

formation, attaqué par M. Friendlein qui engagea avec M. Wohlwill une longue polémique, disculée par tous les auteurs, cette thèse a été reprise avec un grand éclat par M. de Gebler*. M. Berti a combattu Targumenlation de M. de Gebler* ; mais M. de Gebler en répondant à M. Berti dk. maintenu et précisé son opinion. Plus récemment encore, après avoir examiné le manuscrit du Va — tican, M. de Gebler a affirmé que son premieiM.' soupçon était fondé, que la défense n'avait pa^ été faite par le commissaire, puisqu'un procès — verbal authentique n'avait jamais existé'.

Par quels faits, à Taide de quelle argumentation introduite dans le débat, la conviction de M. de Gebler s'esl-elle donc formée?

Le 25 février 1616 le pape ordonnait au cardinal Bellarmin de faire venir Galilée pour l'avertir (moneat) d'avoir à abandonner son opinion ; si Galilée refusait d'obéir, le commissaire devait lui donner l'ordre (faciat praeceptum) dc5 l'abandonner. Si Galilée n'obéissait pas, il serai*^-

ments qui viendront les confirmer ou les dissiper : lo non oscr di pronunziare per ora in modo assoluto laparola falsificazioii^ ma ô nella stesura di queiratto vi lu una insidia, una frod^^ un dolo. (1\ 17.)

* Dans Galilco Galilci uncl Die Rômische curie^ 187C,

* // processo, p. cxxxvi, noie 54 et p. 155.

' Die Arten des Galilei'schen Processes, p. xxii-xxxn.

CONSÉQUENCES DÏS FAITS. 227

mis en prison. Ainsi, dit-on, il devait y avoir là

une succession de trois faits : avertissement,

ordre, châtiment que Tacquiescement de Galilée

pouvait réduire à un seul': l'avertissement.

L'avertissement devait avoir un caractère privé,

ssins témoin, sans sanction pénale : la défense

devait être intimée devant témoins, elle était

csoactive.

Le 5 mars, le cardinal Bellarmin rendant compte de sa commission, aux cardinaux disait q xje Galilée, averti par ordre de la Congrégation â.* abandonner son opinion, y acquiesça*. L*obéissstnce de Galilée, observe-t-on , semble avoir «^^ndu inutile Tordre qui devait lui être donné.

Le 26 mai le même cardinal Bellarmin, en reï^ïci.ettant à Galilée un certificat au sujet des faits l?sissés trois mois auparavant, disait qu'on avait porté à la connaissance de Galilée la déclaration ^^ite par le pape et publiée par la Congrégation ^^*on ne pouvait défendre ni tenir la doctrine de ^-•opernic*.

^ * Facta relatione per 111. D. C. Bellarminum quod Galilseus ^^Uei mathematicus monitus de ordine Sacrae Congregationis ^^ deserendam opinioncm quam hactenus tenuit quod sol sit ?^*itrum spherarumetimmobilis, terra autemmobilis,acquievit. *^ce publiée par Gherardi, Rivista Europeay 1871. — Di alcune j^^^enti memorie 9ul processo del Galilei, del prof. cav. Pietro ^^ccardi, docum. ti,

I^i pièces du procès, p. 75..

Ainsi, conclut-on, les trois documents du 25 février, du 3 mars, du 26 mai, concordent parfaitement entre eux, mais ils ne concordent pas avec le document du 26 février mentionnant d'abord l'avertissement donné par le cardinal à Galilée, ensuite Tordre donné par le commissaire et la promesse d'obéissance à cet ordre faite p»^ Galilée. Pourquoi, demande-t-on, le commissait® a-t-il sitôt intimé cet ordre qui ne devait Yë\^ qu'en cas de refus d'obéissance à raverlissement'î Si aucun mot n'indique ici la promesse d'obéissance, aucun non plus ne vient attester un r^fus d'obéir, refus qui n'exista pas, puisque le rapport présenté le 3 mars constate qu'averti pai* 1^ cardinal, Galilée acquiesça. Comment dono le commissaire a-t-il contrairement aux ordres du pape intimé l'ordre? S'il l'a intimé, comment Bel" larmin, devenu alors un rapporteur inexact, n'en a-t-il rien dit le 2 mars?

Mais Tordre n'a pas été intimé, continue-t-^^> car Cellarmin se conformant à Tordre du p^^P^ n'a pas eu besoin de le faire donner, puis^^^ Galilée, selon le rapport du 3 mars, avait ^^" quiescé à Tavertissement ; Tordre n'a pas ^ intimé, car pendant seize ans, de 1616 à Ift^ ^/ personne n'en a parlé. Ainsi Galilée a é^^'^ plusieurs ouvrages où la doctrine du mouvem^^

de la terre élait évidemment soutenue : la lettre sur le flux et le reflux, le Saggiatore, la lettre à Ingoli, et cependant personne n'est alors venu lui rappeler sa promesse de ne rien écrire à ce sujet. Bien plus, lorsque le ISaggiatore a été dénoncé, le consulteur répondait que quand même la doctrine de Copernic y eût été soutenue, il n'y aurait pas lieu de poursuivre. Ainsi encore lorsque Galilée présenla son Dialogue à Texamen du maître du sacré Palais, môme silence de la part de ce dernier jusqu'à ce qu'on découvrit un jour celte pièce qui suffisait pour perdre Galilée, disait alors le maître du sacré Palais. L'ordre n'a pas été intimé, car Galilée interrogé sur ce point a déclaré qu'il en entendait parler pour la première fois, et sa parole est d'accord avec le rapport du 3 mars et avecle certificat du 26 mai ; Tordre n^a pas été intimé, car un procès-verbal réguiier, avec signature des témoins, comme est par exemple le procès-verbal du 1" octobre 1632 S ne Se voit nulle part; s'il avait existé, on l'aurait produit dans le cours du procès pour confondre Galilée, on le trouverait à présent dans les Archi- Ares où, dit-on, il a été cherché sans résultat. A la place de ce procès-verbal que produit on? Un

* Les pièces du procès ^ p. 54.

papier sans valeur, écrit peut-être subrepticement par des ennemis acharnés, habiles à préparer dans l'ombre la machination dont Galilée doit, être la viclime.

Tels sont, sans qu'on puisse m'accuser de les avoir affaiblis, les arguments présentés par MM. Wohlwill et de Gebler à l'appui de leur opinion, opinion nouvelle, je le remarque tout d'abord, que Galilée, si intéressé à l'adopter, n'eut jamais la pensée de formuler.

Sans doute, lors de son interrogatoire il dit qu'il entend pour la première fois parler de cet ordre, qu'il n'a pas gardé souvenir de ce qui s'est passé le 26 février — c'était là le moyen de défense d'un accusé; — mais Galilée avoue déjà presque immédiatement que des religieux dominicains étaient présents ; mais dans sa défense présentée par écrit ilreconnaît ensuite qu'il a reçu en particulier, et par. ordre du Saint-Office, le commandement (comandamento) de ne pas soutenir, défendre ni enseigner l'opinion du mouvement de la terre; il s'excuse de n'avoir pas déclaré au maître du sacré Palais l'ordre [precetto) qui lui aurait été donné en particulier* ; mais après le procès, comment n'a-t-il pas été révolté par la

* IjBi pièces duiiroceSy p. 73.

CONSÉQUENtES DES FAITS. 231

pensée qu'on lui a opposé un fait faux, et comment a-4-il pu sur ce point garder le silence? Il est imposible, car son intelligence était entière, qu'il ne se soit pas rappelé la séance du 26 février. Comment-donc, pendant les neuf années qui suivirent sa condamnation, lui si véhément dans ses expressions, n'a-t-il pas laissé échapper une protestation, dans ses lettres au grand-duc, à ses sfmis dltalie, de France, etc., contre Tabus odieux ®t l'acte de l'indigne faussaire dont il aurait été victime? Ce silence étonne et ne prévient pas, il f^ut le reconnaître, en faveur de Topinion que '^ous examinons ici. Mais il ne pouvait se plain- ^'^e, car /il savait très-bien qu'on lui avait donné ^^ ordre et il en était convenu.

Les auteurs qui n'adoptent pas l'opinion de

^- de Gebler.ont estimé d'ailleurs que les docu-

^Gnts des 25, 26 février, 3 mars, ne présentent

9^'tine contradiction apparente, et que le docu-

^^nt du 26 mai ne dément en rien le récit du

^6 février; tous au fond disent la même chose.

îdais d'abord qu'est cette pièce du 25 et 26 fé-

^^ier? Est-ce un procès-verbal? Non, car il n'est

l^^s signé; c'est donc seulement une copie ou un

^^ouillon abrégé, comme semblent l'indiquer tous

^^^ signes d*et cxtera insérés dans le texte ; c'est

^ïi récit relevé au courant de la plume sur un acte

que nous n'avons plus pour rappeler ce qui s'étaiL# j passé le 26 février ; c'est une note pour un pro- ^^ cès-verbal qui n'a peut-être jamais été rédigé ,^ noie prise au courant de la plume par le notair—^ré du Saint-Office, rédacteur des autres notes ins^^. rées dans le recueil des pièces ; note auquel czzîe caraclère officiel du notaire donne, à défaut cizSe signature, l'autorité d'une minute authentiqu^^Kî; note constatant que le cardinal Mellini a notifias à l'assesseur et au commissaire du Saint-Ofit <e qu'après avoir eu communication de la censim^ re des théologiens contre les propositions deGalil^^e, le pape a ordonné à Bellarmin, etc....

Si on demande pourquoi le commissaire a pai^K'lé sans attendre que Galilée ait manifesté son s^^ntiment, ait promis ou refusé d'obéir, et comm^^nt Bellarmin a laissé le commissaire dépasser sa^^us

ses yeux les instructions du souverain ponti fe,

on peut répondre en admettant deux chos^^s:

Tune, que Galilée, averti par le cardinal, ne s' est pas soumis sans mot dire ; est-il croyable, en f'" fet, que Galilée soit resté silencieux, n'ait prése^*^^^ aucune objection, lui qui, à cette époque, nou^^'^ savons, était si exalté? l'autre, que le rédacfc^"'' de cette note écrite à la hâte n'a pas relaté ces c^^' jeetions de Galilée qui amenèrent alors l'int^^^' venlion du commissaire, pour ne s'occuper ç ^^

de la mention du point désormais important, Tordre transmis à Galilée. 11 était évident à ses yeux que du moment où il y avait eu un ordre donné, c'est qu'il y avait eu des objections présentées, et le silence pouvait provenir simplement d'un oubli.

D'un autre côté, et bien que ce fût moins régulier, bien que cela violât la lettre de Tordre du pape, je le reconnais parfaitement, ne peut-on pas croire que le commissaire venu chez le cardinal avec le notaire et les témoins prêts à agir au besoin, n'ait pas voulu ou n'ait pas pu rester silencieux et ait pris aussitôt la parole sans laisser à Galilée le temps de rien dire? C'est ce qu'indiquéraientlesmots : successive ac incontinenti^si on ne savait que l'expression inconlinenti est une formule qui signifie seulement une relation entre deux faits, plus ou moins séparés par un laps de temps^ Le commissaire aura voulu répéter ou amplifier ce que venait de dire le cardinal ; et celui-ci Taura laissé parler sans y attacher aucune importance; car en fait l'avertissement n'était pas moins formel que Tordre.

Le rapport du 3 mars, qu'une simple noted*un Polaire nous a fait aussi connaître, n'est pas en

* Beperlorium inquisUorum, Venise, 1575, in-4**, p. 431. Texte cité par M. Gilbert.

opposition avec le procès-verbal du 26 février. Bellarmin n'y parle pas du commissaire, c'est vrai, mais il dit que Galilée a été averti au nom et sur Tordre de la congrégation du Saint-Office; paroles bien fortes s'il ne s'agissait là que de l'avertissement paternel donné par Bellarmin. Quant à la lettre du 26 mai, cette lettre n'ayant été écrite que pour ménager la personne de Galiloc et faire cesser des bruits factieux, il était naturel que le cardinal ne fit aucune allusion à un oï*dre comminatif destiné à rester secret entre le Saint-Office et Galilée; il était naturel qu'il se contentât de dire : on lui a intimé la défense c3e soutenir l'opinion du mouvement de la terre.

Le document du 26 février ne paraît donc p ^s contradictoire aux autres documents ; rien da *^s le fond véritablement n'y répugne, tout au co ^" traire est dans la situation; et si les caractèc^s intrinsèques du document ne prouvent pas ^ fausseté, ses caractères extrinsèques ne perm ^^' tent pas de le regarder comme écrit seulem^? ^^ en 1632.

La pièce que nous avons sous les yeux p^ '^^ sembler irrégulière dans sa forme, mais cet- ^^ forme est celle (le toutes les notes consigna ^^ dans les pièces du procès. Bien différent sa^^^ doute est et devait être le procès-verbal de la

COÎÎSÉQUENCES DES FAITS. 235

tion du 1*" octobre 1652, dont le libellé, revôt.u î signatures, est opposé dans l'espèce à la note i 26 février. Ce procès- verbal, en effet, était rit à Florence pour être envoyé à Rome ; il falit donc qu'il fût légalisé par les signatures pour loir en justice; ici, au contraire, le notaire par

seule écriture donnait à la note un caractère ithentique.

On peut observer d'ailleurs que la note du 25

26 février est écrite sur une feuille du cahier lest relaté Tinterrogatoire de Caccini; elle a ir conséquent la marque du papier employé en 316, marque différente de celle du papier emoyé en 1632. Je sais que pour mieux donner le lange on aurait pu prendre en 1632 une feuille 3 papier de 1616 et profiter du folio blanc resté i dos des pièces de 1616 qui précédaient; mais 5S finesses n'étaient guère, il me semble, en sage à cette époque. On remarque ensuite que 'Ute la pièce du 26 février a été écrite par la ême main, et que la pièce du 25 février a une riture semblable à celle de la pièce du 26. Il y a aucune différence ni dans Tencre, ni dans

trait de plume. Lorsqu'on vient continuer une èce commencée seize ans auparavant, il paraît fficile qu'on ne remarque pas une différence lelconque dans la physionomie des deux parties

de la pièce. Cette différence, je le répète, n'existe pas*. Si la seconde pièce est fausse, la première l'est également*.

D'ailleurs, si la seconde partie de la note du 26 février a été écrite en 1652, la première partie écrite, dit-on, en 1616 serait restée inachevée, car on n'y a pas mentionné la promesse d'obéissance que Galilée aurait faite; en sorte que, vu cet oubli et vu l'écriture identique de tout le récit, on doit encore conclure que la note concernant le 25 février ayant été écrite en 1616, la note concernant le 26 février l'a été également; et comme l'écriture de ces notes sur les 25 et 26 février est identique avec l'écriture des notes prises en 1615 et en 1616, tandis qu'elle diffère de récriture des notes prises en 1632, on doit conclure en définitive que ces deux notes du 25 et 26 février ont été écrites en 1616 parla même personne, c'est-à-dire par le notaire qui faisait mention des divers incidents de la procédure; d*oùil suit que le notaire voulant préparer une arme contre Galilée aurait commis un faux bien grossier et eût été bien maladroit, car du moment où

* Voy. le fac-similé dans Les pièces du procès. J'écrivais ces remarques au mois de mai, en ayant sous les yeux le manuscrit. J'ai lu depuis dans Die Acten, etc., q"é ». ae (^ebler avait constaté depuis moi les mêmes faiU.

voulait relater un fait qui n'avait pas eu lieu, il avait, pour éviter toute objection ou contradicm, qu'à ajouter dans sa note du 26 que Galilée ait refusé d'obéir à l'avertissement, ou qu'à ipprimer dans la note du 25 les mois si reçuiverit parère. En sorte que la supposition énonîe plus haut parait très-simple à admettre, à ivoir que le notaire, pressé d'aller au but de sa oie qui était de mentionner Tordre donné par 3 commissaire en présence de témoins, a oublié 'indiquer les objections et la résistance de Gailée à se soumettre au simple avertissement u cardinal.

Je ne dis rien de l'objection tirée du silence ue l'on a gardé de 1616 à 1632, alors que Galée, dit-on, désobéissait à cet ordre prétendu, iv cette objection n'est pas sérieuse et ce siîUce confirme seulement un fait désormais bien labli : c'est la grande condescendance qu'on eait à Rome pour Galilée et l'estime où on le mait.

Après avoir discuté toutes les raisons produites t développées avec tant de talent par MM. Wohldll et de Gebler, il me semble donc que l'on peut Btenir la pièce du 26 février comme mention ant un fait vrai, passé réellement en 1616. Dans a défense écrite, Galilée a parfaitement reconnu

avoir reçu un ordre iprecello) de ne pas soutenir, etc.; et si cette pièce arguée de faux n'est pas authentiquée par des signatures, c'est néanmoins une note écrite par un notaire, ayant dès lors qualité pour l'écrire et lui donner autorité. Les contradictions signalées entre les documents n'existent réellement pas : il y a une omission sut un point dans la note du 26 février, cela est vrai; il n'y a vraiment pas déclaration contraire au contenu des pièces du 25 février, 2 mars et 26 mai.

On a observé d'ailleurs et avec raison que cette fraude, périlleuse pour l'agent qui l'aurait risquée, était inutile, puisque la pièce dont il ^s^ question n'était pas nécessaire pour engager* 1® procès et amener une condamnation. Le seul avertissement donné par Bcllarmin suffisait, ^^ Galilée n'en tenait pas compte, à le faire tomb^^' sous le coup de la sanction indiquée le 25 i^" vrier : la prison. Cette lettre de Bellarmin vii^^^ par la sentence est précisément la base juridicj*^^ de la condamnation.

Ainsi donc, après avoir examiné avec soin ^ avec une bonne foi dégogée de tout parti pris 1^^ nsscîrlions qui ont été émises, nous pouvons cc^^"* <'>lnre qu'à nos yeux elles ne reposent sur aucv^ y()\\{\i\ londemenl ; que devant l'aveu de Galil

;!ir

il n'y a pas lieu de douter de Texactitude du fait consigné dans la note du 26 février et qu'il n'est nullement établi que la condamnation de Galilée repose sur un fait faux, relaté dans la note d'un faussaire^.

* Le savant M. Gilbert {Revue des questions scientifiques ^ avril et juillet 1877] a combattu avec son autorité ordinaire la thèse de MM. Wohlwill et de Gebler; mais il n'avait pas vu la pièce incriminée et n'avait pu lire la préface de Die Acten où M. de Gebler a repris son argumentation.

Les cardinaux réunis dans la congrégation de rindcx forment un tribunal ecclésiastique chargé de décider si telle ou telle proposition qu'on leur dénonce s'écarte ou non de la vérité catholique, peut ou non nuire à la foi, et par conséquent si tel ouvrage qui contient la proposition doit être prohibé. Or cette congrégation de l'Index, en émettant un jugement sur la doctrine scientifique de Copernic, n'est-elle pas sortie de sa compétence, puisqu'un tribunal ecclésiastique ne peut, dit-on, avoir pour but de connaître et de décider des questions scientifiques?

Assurément la foi et les juges de la foi laissent la science et les hommes de la science libres d'agiter leurs problèmes particuliers, mais il y a dans certaines questions de science des points

CONSÉQUEKCES DES FAITS. 241

de contact avec la foi, ou avec les choses inléressant la foi, qu'un tribunal ecclésiastique peut sans aucun doute connaître et définir.

Ainsi, lorsque le P. Lorini signalait la cloctrine de Galilée « comme contraire aux textes de la sainte Ecriture», et l'interprétation de ces textes comme « contraire à l'opinion des saints Pères* », le tribunal de l'Index pouvait évidemment examiner et décider si réellement le texte de l'Écriture était ou non contraire à cette doctrine. Lorsque le P. Foscarini publiait un ouvrage pour prouver que la doctrine du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil n'était point contraire aux textes de la sainte Écriture, le tribunal de l'Index pouvait évidemment examiner et décider si ces textes de l'Écriture étaient ou non contraires à la doctrine du mouvement de la terre.

Il y avpit là une question d'exégèse, bien ou mal posée, mais qui demandait une solution; car,

Je répète, il faut admettre que la décision sur

sens des textes de l'Écriture sainte relève d'un ruJbunal ecclésiastique.

tJj^e équivoque sur les mots est inutile, et s'y

V'ogrliono esporre le santé scritture a lor modo et con- 1^ comune esposizione de' S. Padri. (Lc« yihcei du procès^

I«'înir, c'est ne vouloir point élucider la question. Assurément la formule de la censure, remise par les onze qualificateurs, qui a servi de base au décret de 1016 rappelé dans la sentence de 1653, <;st une formule scientifique, cela est ceitain; mais il n'est pas moins évident que les considérants qui ont motivé la censure sont religieux et philosophiques : on proscrit le principe pour repousser les conséquences. Voici en effet le raisonrirment que moins de trente ans après la condamnalion de Galilée le P. Fabri, par la bouche d*Kustache Divini,|présentait à Huygens^ Huygens avait avancé que l'opinion du mouvement de la terre n'était nullement condamnée et ne pouvait être condamnée par l'Église, puisque c'était un fait; et, disait-il, dans les décisions sur les passages de l'Écriture qui contiennent des questions de fait, il n'est point nécessaire de s'en rapporter aux décrets des cardinaux et du pape. Or, disait Divini, Fabri a souri en entendant cette assertion d'IIuygcns, tout en disant qu'il fallait l'excuser el lui pardonner, car il était peu versé dans ces matières. « Une question de fait qui touche à la

* Kuslacliii de Divinis, Septeinpcdani, Brevis annolatio w Hj/siema Snhmiiuyn. Roma3, 1660, in-12; réimprimé dans

Vioi**^'""* ""ff«"" <»pcra varia, t. I, p. 397. Lugd. BalaT., 172i. iii-4.

loctrine de la foi et des mœurs peut être définie ît décidée par TÉglise : et puisque TÉcriture larle souvent du mouvement du soleil, il apparient assurément à TÉglise d'expliquer et de dé- ;ider le sens de ces passages. Ce sens doit ôlre propre et littéral, si, sans absurdité et sans in- ;onvénient, il peut être pris ainsi. Or, continuait- 1, on a souvent demandé à vos partisans et à vos îhefs s'ils avaient quelque démonstration pour établir le mouvement de la terre; jamais ils n'ont )sé l'affirmer. Aussi rien n'empêche l'Église l'accepter ces passages dans le sens littéral et ie décider qu'ils doivent être ainsi acceptés, puisqu aucune démonstration ne prouve le contraire. Si par hasard cette démonstration était un jour trouvée par vous (ce que je ne crois pas, observait-il), en ce cas l'Église n'hésitera pas un instant à décider que ces passages doivent être pris dans un sens figuré et impropre. Jusqu'à présent il n'y a aucun des arguments mis en avant pour prouver le mouvement de la terre qui, bien examiné, ne favorise notre sei^timent sur le repos de la terre au centre de l'univers.... (Ici Divini les énumère.) Je n'aperçois donc pas ce qui recommande votre système de Copernic..., et je vois ce qui cadre parfaitement avec notre opinion. »

Caram ifel Lobkowiz, qui était considéré comme un miracle d'intelligence, de doctrine et d'érudition en tout genres parle comme Fabri, et tous deux parlent comme Bellarmin.

C'est donc une question d'exégèse que le tribunal a décidée, et assurément il en avait le droil; pour la décider il a repoussé la doctrine scientifique qui, étant acceptée, aurait fait changer, sans raison alors suffisante, le sens littéral de rÉcriture en un sens figuré.

Plusieurs fois les tribunaux ecclésiastiques ont procédé ainsi. J'en ai cité un exemple dans la Revue des questions historiques y et plusieurs personnes ayant trouvé de l'analogie dans les deux questions que je rapprochais, je le reproduis ici : Un vase de sang trouvé auprès ou dans unloculus est-il ou non un signe que le corps renfermé dans le loculus a subi le martyre? On a d'abord pensé que c'était un signe certain, et d'après celte opinion les congrégations ecclésiastiques permirent d'honorer comme corps desaints les corps auprès desquels étaient ces vases renfermant du sang. Des savants soutenaient celle doctrine, mais bientôt d'autres savants émirent

* Ingenii, doclrinrfî et omnigenae eruditionis miraculum, dit Eust. Divini dans Pro sua annotatione in System, Satumiutnt Romœ, 1661, p. 46.

l'opinion que ce signe du martyre reçu n'était point suffisant. Il semblerait que le débat fût purement du ressort de l'archéologie. Mais on voit le suite la conséquence qui pouvait résulter de îette nouvelle opinion et le trouble momentané lu'elle amenait dans le culte rendu aux saints. La Congrégation des reliques est donc intervenue avec compétence et elle a déclaré en 1668, puis le 10 décembre 1863, que le vase de sang est la preuve du martyre. La congrégation a affirmé ainsi un principe de science pure, elle a posé une règle d'archéologie. Pourquoi? Était-ce pour décider une question de science? Non, mais pour maintenir le statu quo {dont aucune raison scientifique ne demandait le changement), afin de sauvegarder une question religieuse, car on aperçoit avec évidence le motif religieux qui seul a pu amener les cardinaux à prononcer cet arrêt.

Voyant donc les esprits agités par les questions religieuses soulevées à Foccasion de la nouvelle théorie de Copernic, à Florence surtout, où, disait le cardinal Barberini, « les esprits subtils et épris des nouveautés pouvaient introduire quelque doctrine étrange », la congrégation de l'Index est intervenue pour donner son avis sur la question scientifique qui entraînait la question

d'exégèse; elle est intervenue pour repousser de l'exégèse le ralionalisme*. Le protestantisme n'altaquait-il pas chaque jour les dogmes de rÉglfse en prenant précisément dans un sensfiguré lestex- j tes pris jusqu'alors dans un sens littéral ? Comme l la Congrégation ne trouvait pas dans Tétat de la science des raisons suffisantes pour rejeter Tar cienne théorie et modifier dès lors le sens des textes \le TÉcriture; comme elle était persuadée, au contraire, avec beaucoup de savants d'alors, que cette ancienne théorie était la seule vraie et la seule scientifique, elle a rappelé le principe d'astronomie qui lui paraissait le plus scientifique et concordant le mieux avec le sens littéral des textes sacrés ; elle Ta rappelé en condamnant et proscrivant, comme c'est Tusage, le principe opposé, contraire, disait-elle, au sens littéral de ■ rÉcriture. Elle a bien ou mal jugé ; mais le motif qui la portait à juger était de sauvegarder l'intégrité de la foi, ne opinio in perniciem catholic^ veritatis serpat^dil le décret de 1616; ne uUerius serperetin grave detrimentum catholicœ veritatis i dit l'arrêt de 1633; mais la matière du débat était une interprétation du texte sacré, dont le

* Encore Galilée, par le P. Eug:. Dosjardins, p. 24 et suivnnlos.

sens pouvait être modifié on fixé : à ces deux litres son intervention était légitime et sa compétence est évidente ^

* La congrégation de V Index mieux- connue et vengée, par

M^ Bailliès, p. 543. Voici comment Caramuel, contemporain de

Galilée, expose la question : a Qusestio erat pliysica et per duo

ssecula tolerata, aut permissa, quamdiu intra philosophise can-

celles mansit. At hoc œvo inceperunt sutores supra crepidam

sapere, astronomi supra arithmeticam et geometriam et velle

torquere ad sensa sua authoritates sacraî Paginse, qu» potius

terram firmant quam volvunt. Et quia sacra non debent manu

illota tractari, displicucrunt astronomi, qui temerario ausu

falcem audacem in messem alienam immiserant. Sacrœ Paginai

expositio probabilis ad sacrae theologiae professores et infalli-

biUs ad summum Pontificem spectat, non ad arithmeticosi non

ad geomelras, non ad astronomos et mathematicos ; et si isti

audeant, ubi theologi timide et circumspecte procedunt, cocr-

cendi sunt. [Theologia moralisa 2* parte, p. 7, éd. in-4*»,

Francofurti,1652.)

Légalement saisi, le tribunal a-t-iljugë forméinent à la loi? Et d'abord quelle est loi? C'est, répond-on, la règle d'exégèse ti par les docteurs de TËglise saint Augustin, Thomas d'Aquin, etc..,. Or saint Augustin t-il pas dit : « C'est une grande honle et un ger, danger très-redoutable, d'invoquer le sacré pour appuyer les erreurs où l'on peut entraîné sur ces questions au sujet du ciel, terre, des éléments du monde, du mouve des astres, etc.... Celui qui n'a pas la foi

npînR h n'ftn nas rirn. pt opi n'pst nas spuIp

tement connu de lui, s'il a vu ce chrétien appuyer son opinion fausse sur des textes des livres saints, comment croiront-ils aux autres textes qui prouvent la résurrection des morts, la vie éternelle, etc., une fois que dans les choses prouvées par l'expérience et mises hors de doute, ils peuvent ainsi penser que le témoignage des livres saints est erroné? On ne pourra dire assez quelle tristesse et quel chagrin causent aux fidèles prudents la présomptueuse témérité de ces hommes qui, ^n moment où ceux qui ne reconnaissent aucune ^tïtorité à nos livres saints commencent à les Convaincre de soutenir une opinion fausse, ne Cï*aignent pas d'aller chercher dans ces livres des Pi*euves pour défendre ce qu'ils ont avancé légè- ^^ftient, témérairement, faussement; ils citant ^Ws beaucoup de textes, s'imaginent leur donner *^ Valeur d'un témoignage, mais ils ne comprennent ni ce dont ils parlent , ni ce qu'ils affirment ^ » Et si la parole de saint Augustin pouvait sembler revêtue d'une forme trop oratoire, pourquoi ^^s tenants de péripatéticisme ne se souvenaienl- ^Is pas de la phrase si nette et d'une précision toute géométrique de l'ange de l'école : « Lorsque dans ces questions (sur l'astronomie, etc..)

. * s. Augustin, De Gènes, ad, //^,lib. I, cap. xix; cf. cap.xYiUi ^*i fine.

250 GALILKE.

la sainte Écriture peut recevoir des interprétations diverses, que personne n'adhère trop fortement à aucune interprétation, afin que si on vient à prouver positivement l'a fausseté de l'opinion où Ton croyait exprimer le sens de VÉcriture, on n'ait pas eu l'audace d affirmer son interprétation, afin de ne pas fournir ainsi à ceux qui ne croient pas l'occasion de tourner l'Ecriture en dérision, ce qui leur fermerait le chemin de la foi^ »

Ces paroles semblent assez précises, et on se demande pourquoi les consulteurs et les cardiïiaux de la Congrégation ne se sont pas rappelés ces principes. Alors sans doute ils eussent interdit aux coperniciens comme aux péripatètidens de mêler désormais les textes sacrés à leurs débats', et abandonnant la question scientifique encore douteuse aux disputes des hommes, ils eussent ainsi mis hors de cause la question d'exégèse religieuse.

Comment n'est-on pas entré dans cette vole?

Avant de répondre, il faut examiner une autre

* 1» q. 08, 1 c. s. Jérôme avait déjà averti [Comment, x^ Jercm,^ c. xxviii, 10) que «beaucoup défaits sont rapportés dans les saintes Écritures, d'après l'opinion reçue à Tépoqueoùils eurent lieu et non d'apiès la vérité intrinsèque des choses. »

* C'est le troisième des partis entre lesquels la Congrégation avait le choix, dit M. Th.-H. Martin, Galilée, p. 155.

pinion et se demander si la Congrégation, élant oiiné le temps où l'on se Irouvait, pouvait ne ien décider. Au dix-neuvième siècle on agirait eut-être ainsi, et volontiers on écarterait une écision précipitée, remettant à la théorie du ^ndemain le. soin de faire oublier la théorie lG la veille. Aujourd'hui la matière d'un juge- (lent échappe le plus souvent à la discussion. A- -on le temps de juger une théorie scientifique, jmise hier avec fracas, lorsqu'aujourd'hui elle lisparait, poussée dans l'oubli par une théorie wuvelle? Est-ce que dans ce temps les doctrines rantées avec le plus d'éclat ne s'usent pas vite, et :rès-vite? La publicité a cet avantage de passer :out ce qui n'est pas la vérité sous un laminoir erribleoù, par le seul poids des théories nouvelles qui chaque jour se pressent au soleil ie l'avenir, Terreur, hier gonflée par le succès et croyant remplir le monde, est aplatie soudain : le vent qui passe remporte alors et il n'en reste rien. Dans ces conditions intellectuelles faites à notre âge y a-t-il le temps déjuger ou seulement d'examiner? Au dix-septième siècle il en était autrement, et c'est pourquoi le tribunal auquel on laissait le temps d'examiner a cru nécessaire de décider.

Cela admis, il faut se demander si, croyant

i>2 »;\LILEK.

nécessaire de décider, il était facile de se .soustraire aux entraînements qui poussaient à une condamnation et aux passions qui agitaient un si grand nombre d'intelligences. On ne se représentera jamais assez la force de ce despotisme péripatéticien tel que, sauf d'illustres mais rares exemples, il dominait les esprits. Le jésuite Andrès Ta bien rappelé lorsqu'il a écrit : a L'excessif respect pour Aristote et ses commentateurs tint pendant beaucoup de siècles l'esprit humain comme dans les fers ; on ne pouvait faire un pas vers la vérité sans rompre d abord ces chaînes et se séparer de cet esclavage lyrannique*. » Le tribunal, composé de cardinaux entourés par des théologiens vieillis dans l'école, n'a pu rompre ces chaînes : il a obéi en esclave de l'opinion, et sans être parfaitement fixé sur la réalité de Popposition entre le sens du texte de l'Écrilure cl le sens de la doctrine scientifique, il a dicté un arrêt, contraire, semble-l-il, aux principes émis par saint Augustin et saint Thomas, alors môme qu'il croyait leur rester fidèle et défendre ainsi toute la tradition chrétienne*.

* MVnr'ujhw, progressa e stato attuale di ogni letteratura. U. Ilonia, IXir>, in-i, t. V, p. '22.

* Ii<' li'xU* d(» saint Augustin est cité par Riccioli à l'appui ti^ sou oi)iuiou. Almaycstum, t. II, p. 479.

« L'apparence imaginaire d'une contradiction autre la foi et la raison, a dit le récent concile du Vatican, vient principalement, ou de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés suivant l'esprit de l'Église, ou de ce que les erreurs des opinions sont prises pour les jugements de la raison. » Voilà le principe.

Quelle pensée a donc conduit le tribunal lorsqu'il paraissait oublier les conseils des grands docteurs chrétiens? Tout le montre, il a cru d'une part qu'une attaque contre Aristote était une attaque contre la religion, à ce point qu'un consulteur de la Congrégation, le P. Incofer, qui remit des mémoires sur l'affaire de Galilée, nomme Kepler, Lansberg, Galilée, opposés à Aristote,. des contempteurs de la religion ^ Ainsi la passion pour Aristote se couvrait chez plusieurs d'un zèle pour la foi. D'autre part, le tribunal a cru à un grand danger religieux; il a cru que la nouvelle théorie emportait inévitables ment des conséquences funestes pour la vérité et il l'a proscrite*, ce Si on n'avait pas réprimé les

* Peripateticœ philosophige, quid dicam? religioiiis contein ptores. Vindiciœ sedis apostolicœf manuscrit de la Bibliothèque Gasanate, xx. vu, 9, p. 41

* Del ambre qui, le premier, a eu communication des pièces du procès de Galilée, a fort bien vu le point capital : « S'il n'eût été véritablement question que du mouvement de la terre^

écarts d'une folle imagination, écrivait en 1641 ie savant P. Athanase Kircher, il eût été fort à craindre devoir au lieu d'une science nouvelle, et ■SOUS le prétexte d'une philosophie plus trans- "cendante, toute bonne philosophie détruite, la religion, la foi elle-même déracinée et le monde entier enveloppé dans les ténèbres profondes de ^ignorance*. »

Plusieurs défenseurs de l'arrêt du tribunal,

tout en reconnaissant que la nouvelle théorie

-était vraie, ont rappelé oe principe qu'une vérité

-écrit-il, il est à croire que les péripatéticiens et les théologiens 'mômes auraient transigé en adoptant les explications de Kepler, 4e Foscarini et de Galilée, relativement aux passages de l'Écriture; mais ils craignaient les conséquences d'une première •concession pcc Si la liceqceidit Riccioli (p. 290], que se donnent lies Coperniciens d'interpréter les textes de l'Écriture et d'éluder les décrets ecclésiastiques était soufferte, il serait à craindre qu'elle ne se contînt pas dans les limites de Tastronomie ou de la philosophie naturelle, elle pourrait s'étendre à des dogmes plus saints : il est donc important de maintenir la règle d'entendre tous les textes sacrés dans le sens littéral. Or, il n'y a nul besoin de s'en écarter en ce qui concerne le mouvement de la terre. » {Histoire de V Astronomie moderne, in-4, Paris, 1821, t. I. p. 672.) Ailleurs, Delambre dit ; « Galilée s'est attaché spécialement à saper, dans tous ses fondements, l'édifice de l'ancienne physique, et c'est ce qui fut la cause principale de la persécution qu'il éprouva. » (T. II, p. 188-189.)

* Vehementer tiinendum sit ne loco scientiae novae et philosophiae reconditioris prsetextu, omnis bona philosophia una cum religione ac fide denique ipsa eradicata totum mundum ineitricabilibus ignorantiae tenebris una secum invoivant. Magnes^ sive de arie magnetica, Romse, 1641, p. 559.

ut parfois paraître pernicieuse^ en raison de 'constances, per accidensy comme on parle ns l'école. D'où il suit qu'on peut interdire ime une vérité si per accidens on la croit perîieuse. Est-ce que la Bible n'est pas la vérité?

Sans doute. Est-ce que pour certains esprits idiocrement instruits elle ne peut en plusieurs ssages être dangereuse? Sans doute. — Dès 'S on peut leur défendre de la lire. Il en est

même, a-t-on conclu, de l'opinion de Copernic. Lt-elle vraie, il pouvait être interdit de la poser mrae une vérité absolue, si on jugeait qu'ilyeût 3rs danger de l'accepter, et on a jugé qu'il y avait nger, car en l'acceptant il eût fallu modifier ns nécessité une interprétation traditionnelle i texte sacré ; il eût fallu changer le sens littéral lun'sensfiguré, grave détermination, lorsqu'aume preuve n'était donnée, fâcheuse concession, ir l'erreur protestante ne s'était-elle pas déve- •ppée en affirmant que le sens littéral d'un !xte devait être pris dans le sens figuré? La ermission d'énoncer cette opinion comme hypolétique ne pouvait-elle suffire à la science qui avait encore donné aucune preuve de sa valeur?

La vérité étant que la sainte Écriture ne peut 1 aucune manière avancer une chose qui soit usse, car « Dieu ne peut se nier lui-même, ni le

-vrai contredire jamais le vrai ^ », il faut, lorsque la science avance un fait, ou que ce fait concorde avec les textes de TEcriture, ou que, s'il leur paraît contraire d'après leur sens littéral, on trouve une explication qui soikacceptable. Or le tribunal appelé à juger ne crut pas à la vérité scientifique du fait présenté et il proscrivit l'opinion contraire à celle qu'il croyait la plus scientifique, parce qu'elle était conforme au sens littéral des paroles divines. L'opinion nouvelle lui sembla anti-scientifique, car, je le répète, elle n'était pas alors prouvée' et il crut défendremieux l'Église en repoussant une doctrine non encore prouvée qui était condamnée par le sens littéral de l'Écriture.

* Concile œcuménique du Vatican, 3* session, ch. iv.

* Delambre, dans son Histoire de VAslronomie moderne, Siëi' a La question n'était pas mûre... Galilée par ses découvertes a levé quelques difficultés : les phases de Vénus et la mesure plus exacte des diamètres, la rotation du soleil, les satellites de Jupiter ont augmenté des probabilités déjà si fortes. Les lois de Kepler ont ajouté à la beauté et à la simplicité du système. Newton, en montrant que les lois de Kepler sont des corollaires mathématiques du principe de la pesanteur universelle, a lié plus intimement encore toutes les parties du système. II a prouvé l'impossibilité physique du mouvement du soleil autour de 1« terre; l'expérience de Richcr prouve le mouvement diurne, l'aberration découverte par Bradley démontre le mouvement annuel... Riccioli avoue que les inquisiteurs n*ont prononcé sur le sens des passages de l'Écriture que d'après le témoignage des astronomes d'alors, qui ne croyaient valable aucune démonstra* tion du mouvement de la terre. » (T. 1, p. 680.)

Moins aveuglés par les préjugés séculaires en faveur de la doctrine scientifique d'Aristote, les cardinaux pouvaient penser qu'après tout Aristole n'était pas infaillible, que sa doctrine pouvait être une erreur et qu'il ne fallait pas lier son sort à celui de l'Écriture sainte. Plus pénétrés des principes émis par les docteurs de TÉgiise, il leur eût été sans doute possible d'arrêter toute excursion irréfléchie sur le terrain de l'exégèse, d'affirmer la vérité du texte sacré en maintenant même l'ancien sens littéral, sans déclarer absurde au nom de la science et contraire à FÉcriture une théorie que TÉcriture — Bellarmin l'avait déjà dit — accepterait le jour où la science l'aurait prouvée. Ne connaissait-on plus la protestation éloquente que douze siècles auparavant saint Augustin, qui semblait découvrir les périls de l'avenir, jetait aux échos du monde? Oui, on la connaissait^ mais encore une fois les esprits étaient tellement aveuglés par l'engouement pour Aristote, que les peripatéticiens, je l'ai dit, foudroyaient leurs adversaires en invoquant précisément l'autorité des paroles du grand évêque d'Hippone. Un tribunal faillible, composé d'hommes sujets dès lors aux passions, s'élève rarement au-dessus des opinions de la société au milieu de laquelle il est appelé à rendre ses arrêts.

' Le décret de 1616, visé également parTanèL de 1635, apparaît comme un épisode dans Thistoire de la lutte du système péripatélicien conte les principes scientifiques chaquejourdeplusea plus élucidés. Catholiques et protestants s'unirent alors pour combattre ceux qui attaquaient la doctrine du Maître. Plus tard les protestants attaqueront l'Église en lui jetant à la tète cette condamnation; mais lorsqu'elle eut lieu, protestants et catholiques, tous péripatéticiens, en furent complices. Luther s'était élevé contre ceux qui soutenaient le mouvement de la terre ; Melanchthon avait repoussé le système de Copernic; Bellarmin avait averti « du grand danger d'irriter les philosophes et les théologiens scientifiques.» V Le prince Cesi avait signalé « la multitude de^ péripatéticiens qui à Rome étaient maîtres dt> terrain* »; Dini aurait voulu qu* « on n'excita'' pas la passion des tout-puissants péripatéti^ ciens* »; Diodati avait déclaré que « les proposi^ tions opposées à la philosophie péripatéticienne avaient soulevé bien des haines contre Galilée' » etc.; en sorte qu'au siècle dernier J. B. Nelli adi>-

* Opère di Galileo, t. VIII, p. 242.

* /6., t. YIII, p. 338.

^ Prœf'atio ad Utleram Reglnœ Chris tinœ, éd. 1636. Cf. M. Gi bert, Revue des questions scientifiques j juillet 1877, p. 185.

CONSÉQUENCES DES FAITS. 25î>

le mot vrai, lorsque dans une de ses lettres il a écrit : « Vus savez mieux que moi que la vile et ignorante tourbe des méchants péripatéticiens persécuta dans le siècle passé Thomme le plus respectable*. » D'où il suit que la responsabilité du procès et de la condamnation de Galilée retombe, il faut le reconnaître avec le docteur Wolynski, non-seulement sur le pape et la Curie romaine, interpellés et harcelés par les përipatéticiens, mais tout particulièrement sur les astronomes qui pendant longtemps s'opposèrent aux nouvelles théories, les combattirent et ainsi provoquèrent les tribulations du savant' Florentine La responsabilité des premiers, ajoute le même érudit, est moindre que celle des seconds et Galilée fut la victime de ses collègues. Cette lutte soutenue par les péripatéticiens a existé en tous les pays, en Allemagne, en Belgique comine en France, et un fait passé à Paris peut donner une idée de la passion qui dominait alors^

^ Saggio di storia fiorentina, Lucca, 1759, p. 5.

« Archivio storico 1» d*, 1873, p. 42. Le docteur A. Wolynski a fait ce relevé que sur 2530 ouvrages d'astronomie publiés de 1543 à 1687, il y en avait seulement 180 publiés par des partisans du système de Copernic. (/6. p. 13.) Tandis que le livre de Copernic est imprimé quatre fois, celui de Ptolémée a vingtquatre éditions en sus des douze qu'il avait eues avant Copernic. Peurbach, partisan de Ptolémée, a dix-neuf éditions, Regi<H montanus vingt et une, etc., p. 14.

et amener ainsi un esprit imparlial au point de vue où il faut se placer pour apprécier la question de Galilée. Je l'ai rappelé dans Tavant-propos des Pièces du procès; je dois le consigner encore ici. En 1624; huit) ans après le décret de 1616 et neuf ans avant la condamnation de 1633, trois étudiants, Jean Bitaud, Antoine de Villon et Etienne de Claves, présentaient des thèses où la doctrine d'Aristotesur les éléments et les formes substantielles était attaquée*. La Faculté de théologie adressa sur-le-champ requête au parlement pour ,que Bitaud, Villon, de Claves, comparussent afin d'avouer ou de désavouer leurs thèses dont on demandait la saisie. Le 1" septembre la Faculté de théologie se réunit pour délibérer sur la censure, car, disait-elle, « rien n'est plus dangereux pour la république chrétienne, rien au jugement des saints Pères ne doit être plus surveillé que la nouveauté des opinions, de celles surtout que l'on sait manifestement contraires à la vraie science et à la doctrine sacrée. Certaines de ces propositions, lit-on encore, dont le but est de combattre la doctrine d'Aristote,

. ^6 P; Bottala a montré récemment combien le système pénpatéticien sur la substitution des formes répugne aux données théologiques, les heurte, les blesse et contredit même des décisions du Concile de Trente. Cf. Force et Matière, excellent livre du D' Frédault. •

chef sans contredit de lous les philosophes, et l'application qui en a toujours été faite par tous les académiciens, paraissent entraîner bien des dangers pour les principes de la foi et de la religion. » Plusieurs propositions furent ensuite spécialement censurées comme téméraires, erronées dans la foi et proches de l'hérésie. Ce n'est point encore tout. Le 4 septembre le Parlement rendit un arrêt ordonnant de lacérer les thèses, enjoignant aux trois con^plices de sortir de Paris dans les vingt-quatre heures, leur défendant, d'enseigner la philosophie et même de séjourner dans les villes de son ressort. L'arrêt fît en outre défense « à toutes personnes, à peine de la vie, de tenir, ny enseigner aucunes maximes contre les anciens aùtheurs et approuvés, ny faire aucunes disputes que celles qui seraient approuvées par les docteurs de la Faculté de théologie * ». Voilà ce qui s'est passé à Paris, voilà, je le répète, ce qui s'est passé partout et ce qui marque la force de l'opinion qui aveuglait les esprits.

En résumé, le tribunal de l'Index s'est trompé, puisque la doctrine astronomique qu'il a déclarée fausse a été démontrée être vraie, puisque l'Écri-

* Launoy. De varia Aristotelis fortuna, éd. 4653, p. 63 et 64. — Cf. Jourdain, Historia universitatis ParisietisiSf xvii et xviii ^c, 4*'.liv. p. 106.

ture sainte qu'il a déclarée être cofitraire à celte doctrine nY est réellement pas opposée, on le sait très-bien aujourd'hui.

Les membres du tribunal se sont trompés sur le fond de la question, voilà leur erreur ; ils ont suivi leurs opinions péripatéticiennes, voilà la cause de leur entraînement ; ils ont cru au danger que la théorie nouvelle devait par voie de conséquence faire courir à la science et à la religion dont les causes restaient unies dans leurs , préoccupations, voilà la raison de leur jugement.

On peut souhaiter* que le tribunal ait décidé autrement; mais on coînprend pourquoi son arrêt a été ainsi libellé, et par toutes les circonstance que nous avons dites on doit admettre hautement sa sincérité.

Si Ton reconnaît (ce qui est évident) que letribunal de l'Index s'est trompé en déclarant fausse en philosophie la doctrine de Copernic qui est vraie, et contraire à TÉcriture cette doctrine qui ne lui est nullement opposée, peut-on trou- \er dans ce fait un argument contre la doctrine catholique deTinfaillibilité du souverain pontife?

Quelques mots suffiront pour éclaircir cepoint..

Les arrêts ou décrets rendus par les cardinaux^, membres de congrégations instituées par lepapey. alors même qu'ils parlent au nom du pape, n'ont . aucun caractère d'infaillibité. Si ensuite le pape, remplissant, comme dit le concile du Vatican, la charge de Pasteur et Docteur de tous les chrétiens, définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine (comme celle qui. aurait pu êlre l'objet d'iin décret d'une congréga-

tion) concernant la loi et les mœurs, doit être tenue par TÉglise universelle, alors ce décret doit être attribué au souverain pontife parlant ex cathedra, et est par conséquent infaillible. Mais tant que cette approbation solennelle n'esU point donnée par le pape, tous les arrêts de» congrégations ne représentent que le jugement faillible .des cardinaux, encore qu'ils soient obligatoires (comme tout arrêt rendu par un tribunal légitime) dans les applications disciplinaires.

Le décret de 1616 et la sentence de 1633 rentrent évidemment dans cette dernière catégorie : ce sont des actçs administratifs, disciplinaires, judiciaires. Dans le décret de 1616 le nom du pape ne figure même pas ; la Congrégation paçle en son propre nom : « Comme il est arrivé à la connaissance de fa Congrégation, etc.. »

Ces actes n'ont pas été approuvés spéoialenient, solennellement par le souverain pontife. Encore que le décret et surtout la sentence aient été rendus conformément à l'avis d'Urbain VIII, en sa présence et pour ainsi dire sur son ordre, jamais ces actes n'ont reçu l'approbation particulière d'aucun souverain pontife.

M. Cantor le premier a même remarqué que sur dix cardinaux composant la Congrégation et

dont les noms se trouvent en tête de la sentence, sept seulement (si la copie que nous avons est exacte*) l'avaient signée. Cette omission de trois signatures, qui n'a pour nous aucune importance, a paru grave à quelques auteurs. On s'est demandé (M. Govi entre autres) si les cardinaux non signataires n'avaient pas désapprouvé Farrêt, ce qui n'enlèverait à l'acte aucune force légale, mais en atténuerait moralement la portée. On a répondu à cette observation que l'un de ces cardinaux, le cardinal Borgia, étant alors plus qu'en froid avec le pape', se rendait trèspeu aux congrégations de la Propagande et du Saint-Office dont il était membre, que dès lors son nom a pu rester en tôte comme membre du tribunal, sans attester sa présence à la séance où la condamnation fut prononcée, et par conséjuent sans que l'omission de ce nom à la signa- :ure indiquât son refus de signer. Un autre des cardinaux non signataires était le cardinal Fran- ^oisBarberini. Assista-t-il à la réunion où fut libelée la sentence du 22 juin? On ne peut ni le nier li l'affirmer ; mais il est permis de penser avec

* On n'a pas produit l'original de la sentence. Un texte latin a tté donné par lUccioli, et un texte italien (l'original sans doute) i été publié par Polaccus, /. c, p. 69.

* Muratori, Annal., 1632, a raconté la scène qui eut lieu au Ilonsistoire du 8 mars. — L'abbé Pieralisi, /. c, p. 221.

Fabbé Pieralisi* que son amitié pour Galilée l'inclina à ne pas se trouver ce jour-là parmi les cardinaux, d'autant plus que ce n'était pas son habitude, dit Niccolini, d'aller à la congrégation du Saint-Office, particulièrement aux séances du mercredi qui' se tenaient à la Minerve *. Or le 22 juin, jour de la condamnation, était précisément un mercredi. On sait de plus que les cardinaux neveux, comme était le cardinal Barberini, et depuis les cardinaux secrétaires d'État, avaient coutume de s'abstenir souvent de donner leur vote afiix d'avoir une plus grande liberté pour traiter les affaires *. Quant au cardinal. Zacchia, personne n'a donné aucune raison d( son absence. Une4ndisposition, un empêchement quelconque, expliquerait suffisamment pourquoi il n a pas signé, sans être obligé de penseï à une désapprobation. Reprenons à présent notre exposé et disons

que le cardinaldeS. Onofrio, aunomdela congre ^^

gation du Saint-Office, a pu donner la plus grand^i^ ^ publicité à la sentence, mais on ne voit nuU^ — ^ part qu'elle ait été ratifiée par le pape. Tous le .s^ss contemporains le'savaient. Six mois après la coi

* Ojtere, t. IX, p. 433.

' Abbé Pieralisi, l. c, p. 224.

damnation, le 10 janvier 1634, Descartes écrivait au P. Mersenne qu'il n'avait point « encore vu cette censure autorisée par le pape v, et dans un autre endroit, « je n'ai point encore vu que ni le pape ni le concile aient ratifié cette défense^ ». Gassendi remarque en 1642 que « le pape n'a pas approuvé ]a sentence* », et dés 1631 Fromont avait déjà écrit : « je n'oserais pas condamner les coperniciens pour hérésie, à moins de voir un décret beaucoup plus précis émané du chef de TÉglise lui-même' ». Mais on ne vit pas ce décret, et on put constater une fois de plus ici, par cette omission, le caractère disciplinaire et temporaire de celui rendu.

Il ne faudrait pas voir une approbation pontificale, suffisante pour modifier ce caractère, dans l'approbation donnée in globo par le pape Alexandre VII [à tous les décrets insérés dans YIndex Ubrorum prohibitorunj, publié en 1664, où se trouvent compris les deux décrets de l'Index de 1616 et de 1634. Cet acte approbatif n'est en effet

1 Œuvres, t. VI, p. 242-251, éd. de M. Cousin.

« Opéra, t. III, p. 519, éd. de Lyon, 1658.

' Anti-Aristarchus, p. 27 et 97. Quelques catholiques et même ^es prêtres et des religieux, comme le P. Lecazre dans une lettre ^ Gassendi [Opéra, Gassendi, t. VI, p. 451), ou Incofer, dans des notes manuscrites, ont pu employer le mot Église pour désigner la congrégation, mais c'est à tort.

à tous les points de vue qu'une mesure admini*^ trative, qui obligea tant qu'elle ne fut pas retirée mais dont aucun des décrets visés par cette ap probation n'a pu en particulier recevoir un^ spéciale et solennelle autorité.

Aussi le jésuiteTiraboschi a-t-il justement écrit « Ce ne fut pas TÉglise catholique, mais un tri— bunal secondaire et non infaillible qui a con— damné le système*. »

On peut donc résumer ce point de la discussion et conclure :

Il est impossible d'invoquer le décret disciplinaire de 1616 et la sentence de 1635 comme u argument contre l'infaillibilité que le concile dm Vatican, écho de la tradition catholique, a reconnu au souverain pontife décidant solennellement sur les questions qui concernent la foi e les mœurs^. Les caractères requis pour qu'il ait jugement infaillible n'existent point ici.

* Storia délia Litteratura ilaliana, t. X, p. 363. Non fu ^^^â chiesa catholica, ma un secondario e non infallibile tribunale (^zziia cui il detto sistema fu condannato.

* Cf. M. Gilbert, dans la Hevue des questions scientifim avril 1877, p. 3G8-383.

Quelle fut donc la portée du décret de 1616, 't à quoi obligeait-il? Gassend (Gassendi), en 642, voyant que le pape n'avait pas approuvé la »Gïitence, concluait ainsi : «la négation du Nouveau système n'est pas pour les catholiques ^ti ïirlicle de foi*.» Cette parole est juste, ïïais cependant le décret qui proscrit le nou- '^eau système a eu une autorité.

Jean Caramuel Lobkowiz, abbé de Monte-Ser- 'ato, vicaire général du cardinal de Harrach, ar- 'hevêque de Prague, mort évoque de Vigesano, a raité ex professa la question qui nous occupe lans un de ses ouvrages, Theologîa moralis funiamentalis. Sa discussion, remise au cardinal ihigi, fut soumise à un censeur romain, qui la

* Œuvres, t. III, p. 519; l'abbé Delvigne; Galilée, p. 9; le ï*. Eugène Desjardins, Encore Galilée^ p. 67.

renvoya à son auteur avec des annotations. Or, Caramuel se demandait si on pourrait défendre l'opinion de Copernic dans le for extérieur, ou au moins dans le for intérieur. «Et il répondait: « Lorsqu'un livre ou une opinion est ainsi interdite, on n'affirme pas qu'elle est impi*obable, mais qu'elle n'est pas probable ; elle reste dans le degré de probabilité qu'elle avait auparavant; seulement, dans un intérêt public ou particulier, on ordonne de ne pas la soutenir et de ne pas la défendre. »

Caramuel connaissait parfaitement la situation des esprits et les accusations déj*i portées contre les cardinaux. « Les hérétiques se révoltent, ditil, les astronomes catholiques souffrent en silence, se plaignant qu'une question purement astronomique ait été décidée par des personnes qui n'étaient pas astronomes. » Il réfutait alors ces opinions que nous avons examinées plus haut, puis il disait : c< La condamnation portée parles cardinaux ne fait pas que l'opinion, qui n'était pas hérétique, soit hérétique. L'effet de la condamnation est de lui faire perdre en fait toute autorité extérieure et de la rendre, non pas moins probable, mais improbable. » Cette opinion du savant théologien est confirmée par la note du censeur romain, « La Congrégation ne s'occupa

pas delà doctrine ; mais par l'ordre du pape elle prohiba les actes par une loi positive, et tant que ce précepte dp l'Église subsiste , tous ces actes sont certainement illicites.*» Seulement, ditil, il est permis de hâter le moment de la révision du décret en provoquant les études et en préparant les démonstrations.

Le savant jésuite Riccioli, tout en affirmant qu'il fallait respecter, au moins dans le for extérieur, une censure prononcée contre une proposition afin de prévenir un péril, ajoutait qu'il serait néanmoins permis d'aviser pour que les censeurs, Informés par eux-mêmes ou par d'autres, de la démonstration de la vérité, retirassent leur censure.

Voilà donc quelle était la portée du décret de 1616 : il subsistait et on a dû lui obéir, au moins dans le for extérieur, tant qu'il n'a pas été réformé, parce qu'il signalait à tout le moins comme improbable et dangereuse la proposition condamnée *.

* Theologia moralis fundamentaliSf etc. Francofurti, 4652 in-4. 2" partie, p. 6-24 . a Congregatio non egit de doctrinâ. »

* Voir les développements de ces points dans la Somme contre le catholicisme libéral, par M. Fabbé Jules Morel, t. îl, p. 345, et 377, passim.

Si les décrets de 161 6 et de 1654 ont eu réellement une force prohibitive, ne peut-on pas croire qu'ils ont exercé une influence néfasteî Est-on en droit de demander si la condamnation de Galilée, plus encore que les décrets de 1616 et de 1634, parce que des actes contre une personne intimident plus que des paroles contre un livre, si la condamnation de Galilée n'a pas arrêté le mouvement scientifique ? On a affirmé en effet, on affirme chaque jour, que « cette fatale vengeance effraya les successeurs de Galilée et relarda les progrès de la philosophie. » Cela estil vrai? Est-il vrai, comme on le dit, qu'on n'osa même plus prononcer le nom de Galilée et que ses ouvrages ne purent être lus? Est-il vrai qu'en Italie toute observation fut proscrite, que tout

travail cessa, que toute réunion scientifique fut interrompue, et que le manque de liberté dans les études fut cause de la suppression de l'Académie des Lincei et de l'Académie du Cimento*? Est-il vrai enfin que l'Italie, après avoir fourni une brillante carrière du xiii® au xv® siècle, se vit ainsi arrêtée soudain au début d'une troisième et non moins splendide période, et qu'alors on put constater une décadence [inlellecluelle qui s'est traduite par le goût pour les choses frivoles, puis une décadence politique qui a suivi fatalement l'abaissement des idées.

Voilà, si je ne me trompe, les assertions émises à ce sujet résumées de la manière la plus précise. Et moi, en les rencontrant dans les livres de savants professeurs, ou en les accueillant sur les lèvres de plus d'un Italien de nos jours, je suis souvent resté stupéfait ou de l'audace ou de l'ignorance qu'il a fallu pour les proférer, car il suffit de connaître tant soit peu l'histoire des sciences et de la politique en Italie, pendant le xvji® et le xvni ^siècle, pour leur opposer un démenti formel. Sans nous laisser entraîner par l'intérêt et la grandeur des questions, relevons ici au hasard quelques faits qui suffiront pour

* M. Berti, /. c, p. cxxvi.

i;i GALILÉE.

fixer le jugement et apprécier la valeur des précédentes assertions.

1. S'il est dPabord un point reconnu de tous, c est que les théories prématurées ne servent pas la science et souvent lui nuisent. Or, au xvn' siècle, chacun, averti par la condamnation des théories nouvelles, admit bientôt également la nécessité de connaître des faits, des observations, sur lesquels les théories pourraient ensuite s'appuyer comme sur un solide fondement.

Il était interdit à Galilée de parler du mouvement delà terre, cela est vrai; ni lui ni autre ne pouvaient émettre comme une vérité absolue une . théorie nouvelle quelesfaits n'avaient pas.encore démonirée, cela est évident; mais jamais il n'a été défendu ni à Galilée ni à personne d'observer, de constater les faits, de tirer de ces faits des lois certaines. Aussi l'illustre savant put-il continuer d'étudier en s'entourant, comme nous l'avons vu, des lumières de ses amis. Â ceux qui parlent de génie arrêté dans sa course et auquel on aurait coupé les ailes, il suffit de rappeler que c'est à Arcetri, apre^ sa condamnation, que Galilée composa les Discorsi e dimostrazioni matematiche intomo a due nuove scienze^ ouvrage qui, comme profondeur scientifique, est au

igement de tous les juges compétents bien ipérieur au Dialogo sopra i due sistemi del ondo.

Ainsi, sous les yeux de l'Inquisition , Galilée a u travailler en toute liberté ; il a pu échanger îs idées — un seul point excepté — avec tous s savants qui ont eu le désir de le visiter : Setmi, Castelli, Carcavy, Cavalieri, etc.; il a pu /oir journellement comme compagnons de ses udes: Dini, Viviani, Torricelli,

n. Toujours on a pu en toute liberté prononir le nom de Galilée, et lorsque M. Govi écrit le « pendant un siècle tous les traités d'astroomie soumis à la censure taisent le nom de Tilistre Florentin », il ferait croire qu'il n'a pas uvert un des plus fameux ouvrages de ce temps, Almagestumnovumyqne Gassend (Gassendi), qui *y connaissait, appelait le trésor de toute érudiion. VAlmagestum, publié dans les États du pape, Bologne, par le jésuite Riccioli, a été d'abord xaminé par trois théologiens jésuites, et sur leur apport a été approuvé à Rome par le P. Caraffa, énéral de la Compagnie ; il a été examiné eniiite par trois théologiens et matliémaliciens, èlégués par Tarchevôque de Bologne, et sur leur apport il a reçu enfin Yimprimatur de l'inqui-

fi76 ' GALILEE.

siteur général résidant à Bologne. C'est un livre autorisé s'il en fut. Or, presque à chaque page de ce livre soumis à tant d'examens, on rencontre le nom de Galilée, et ce nom est prononcé avec éloge. Riccioli exagère même les avantages du système soutenu par Galilée, à. ce point qu'il a paru, dit Delambre, un Copernicién déguisé se donnant l'apparence d'un contradicteur, pour laisser passer sûrement les objections contre le système de Ptolemée qui sont des expositions du système de Copernic.

Si un jésuite prononce librement le nom de Galilée, le pape Urbain VIII dans sa r'éimpression, en 1642, de ses œuvres poétiques, laisse dans son recueil l'ode latine dans laquelle il célébrait en 1620 les mérites' du grand astronome*. En 1638, Marc-Antoine Pieralli, recteur du collège delà Sapience à Pise, prononçant un discours à la mémoire de Nicolas Aggiunti, professeur de mathématiques dans cette ville, n'est nullement embarrassé pour appeler Galilée « un homme trèsérudit, loué en toutes les langues et par toutes les plumes des plus grands savants d'Europe; Galilée, dit-il, qui empêche notre âge déporter envie aux antiques gloires des Archimède et des

Ploléniée* ». En 1644, Polaccus, dans son Anii- CopernicuSj parle de Galilée que son abjuration plus encore que son érudition doit louer et recommander*. Ch. Dati, professeur à l'université 3e Florence, bon philosophe et mathématicien, proclamait « Galilée le premier ornement de sa patrie », et rapportait dans un discours sur l'utilité de la géométrie une conversation qu'il eut à ce sujet avec Galilée pendant son séjour à Arcetri. L'abbé Ghilini, protonolaire apostolique, publiant en 1647, dans le Teatro d'uomini litteratij une notice sur Galilée, datée de 1636, écrit sans aucune difficulté qu' « il n'y a pas de prince, voyageant en Toscane, qui parmi les autres merveilles de Florence n'éprouve le désir de voir cet illustre savanf^. »

^ Dottissimo Galileo celebratissimo dalle lingue e dalle penne dei maggiori litterati d'Europa; da quel Galileo per oui Téta nostra non invidia agrantichi secoli i vanti degrArchimedi e dei Tolomei.) Targioni-Tozzetti, l. c, 1. 1, p. 259 et 269.);M.T1i.-H. Martin (/. c, p. 227) dit que, a en 1641, le P. Vincenzo Renieri écrivait à Galilée que Gaudenzio Paganino, professeur à Pise» ayant eu occasion de citer Galilée, l'avait appelé Clarissimus Galilœus, mais que le Père inquisiteur n'avait pas -voulu lui passer le mot clarissimus et qu'à grand'peine l'auteur avait obtenu la permission de mettre notissîmus Galilœus. o Je ne Sais ce qu'il y a d'exact en ce récit, mais trois ans auparavant t'inquisiteur laissait passer, comme on le voit, bien d'autres éloges.

^ Venetia, in- 4, p. 63.

Manolessi, en tête de rédition des œuvres de Galilée Eadte à Bologne en 1656, écrit que la « renommée de Galilée est devenue aussi grande qne son intelligence », et il montre ses livres « avidement recherchés et étudiés avec grande attention par quiconque a un peu de goût pour les spéculations philosophiques et mathématiques. » En 1652, Caramuel publiait une lettre de Joseph Castalta, prieur de Subiaco près de Rome, où se vantant d avoir fait connaître à Plaisance les œuvres de Caramuel, Castalta disait qu'il en avait été le Galilée, Placentiœ Galilœus fui'.

En 1661, lorsque Jean Cosme Yillifranchi, de Yolterre, imprimait à Pise ses thèses philosophiques, il les disait extraites des œuvres du «(trèsdistingué Galilée* ». En cette même année, le P. Stefano degli Angeli, disciple de Cavalleri, parlait de Galilée dans son livre De superficie ungulœ, publié à Venise'. .

En 1665, le P. Fabri, de la Compagnie de Jésus, louait Galilée, en disant par la bouche d'un des personnages de ses Dialogues qu' « il n'avait pas

* Theologia fundamentalisy t. II, p. 130.

* Philosophica cLsserta ex luaîbrationihus prcestaniissimi viri Galilei de Galtlœis deprompta, publiée discutienda, proponit Joannes Cornus Villifranchi, Yolaterannus. Pisis, 4662.

» In-4, Venetia,4661.

son pareil dans la science du mouvement » et que « si Copernic était le prince des astronomes de son temps, Galilée n'était inférieur à personne parle talent* ».Enl666,LaurentCrasso parlait de Galilée dans ses Élogi deglihuomini letterati, ainsi que Riccioli dans son Astronomia reformata. Le grand-duc de Toscane accordant une pension de retraite à Viviani l'appelait dans l'acte c< disciple du célèbre Galileo Galilei». La même année, Michel-Ange Ricci, l'auteur de Antignome fisicomatematico, réclamait une vie de Galilée; il faudrait selon lui que Viviani s'en chargeât et qu'on y montrât la valeur de l'illustre Florentin. Le nom du grand mathématicien n'était donc pas si proscrit pour que Ricci, qui venait d'être nommé consulleur du Saint-Office*, exprimât ce vœu?

En 1667, Montanari citait « le très-fameux Galilée, le très-savant Galilée qui rendit la liberté à la science jusque-là prisonnière des sophistes », et en 1671, dans un ouvrage imprimé à Pologne, il parlait de « cette petite villa d'Arcetri qui n'avait pas acquis un mince honneur pour avoir pendant si longtemps possédé celui qui

^ Dialogi physici in guibus de motu lerrœ disputatur, auctore R. P. Honorato Fabri, Lugdimi, 1665, p. 2 et 56. * Fabroni, t. U, p. 444.

jeta un si grand éclat dans les sciences mathématiques'. »

En 1672, Alexandre Marchetti publiait à Pise un ouvrage où le nom de Galilée était inscrit sur le titre : Fundamenta universalts scienlisedemolu uniformiler acceleralo a Galileo Galtiei primum jacta, et dans le texte il nommait « le trés-grand et admirable Galilée dont le nom était très-célèbre dans tout l'univers». En 1692, ProsperMandosio. dans sa Bibliotheca romana*, citait n le Irés-illuslre Galilée d.

Ainsi, en ouvrant au hasard quelques ouvrages publiés pendant les soixante années qui suivirent la coniiomnalion de Galilée, on voit son nom ciié toujours avec le plus grand éloge.

III. Soit, dii-on, on prononçait le nom de Ca- Hlétf, mais on ne pouvait lire ses ouvrages etdte loi-s ses docles enseignements étaient perdus. Ce ilVst point l'esacle vérilé. Que la lecture du fli'oliHjo fiil défendue, cela est certain; que cetledéli'use ait empêché un certain nombre de personnes de lire cet ouvrage, c'est possible ; de traiter la

question du mouvement de la terre, c'est probable; mais qu'est-ce que cela prouve? En premier lieu, ces personnes pouvaient lire les autres écrits de Galilée ; elles pouvaient par conséquent profiler de la foule de principes nouveaux qui y étaient contenus et fondaient la science moderne ; ensuite les hommes instruits ont toujours eu le moyen, s'ils le voulaient, de lire en toute sûreté de conscience les Dialogues de Galilée. Je ne parle pas des protestants, qui ne tiennent aucun compte des arrêts des tribunaux ecclésiastiques, mais des catholiques ; on défendait à la foule de lire, mais on accordait à qui la demandait la permission de lire tel ou tel ouvrage défendu : si on pouvait lire l'ouvrage de Copernic, corrigé d'une manière presque insignifiante par le décret de 1619S on pouvait lire également le DiaiogOyUne fois la permission obtenue. La con- . damnation d'un livre signale le péril, avertit qu'il faut se défier de la doctrine contenue dans .le livre ; mais une fois cet avertissement donné à

A SriBiçribuntar quippe a S. Congregatione libri Nicolai Co-

•— dit Incqfer, un des consulteurs dans le procès de Ga-

: parte ^ua is non hypothetice tantum sed arrogata

de motu et sitiuterrse constituit. Quibus juxta

j^r^étentam emendatis sicut in lucem edi per*

^-* "-'^itime prohibentur, Ms, de la BihL Casa-

la foule, on permet sans difficulté au savant de lire et d'étudier l'ouvrage condamné. Le 15 aoû\ 1619, Giovanni Remo écrivait à Kepler qu'il avait lu avec une permission son EpUàme^ mis à Tindex quelques mois auparavant^; ces permissionsétaient même devenues si communes que le pa{Ke les révoqua toutes le 2 avril 1651*; mais on continua de les donner à chaque personne en particulier. Nous avons la lettre par laquelle FortunîO' Liceti demanda d'ajouter le Dialogo à la liste dés ouvrages prohibés qu'il avait déjà la permission délire*; et JeanCaramuel, vicaire général de Prague, atteste dans sa Theologia qu'il a vu des hommes instruits demander cette permission, a Aujourd'hui, dit-il, dans le vicariat de Prague, je la concède à beaucoup de savants^. »

Ainsi en droit il pouvait en être ainsi ; en fait, nous croyons qu'aucun savant n'ignorait Pou- Vrage de Copernic ou le livre du Dialogo. Rie-: cioli, nous Tavons dit, citait ce dernier à chaque? page. Le P. Fabri, de la Compagnie de Jésus ^ dans les Dialogues sur la discussion du mouv^' ment de la terre, introduisait un personna^^

* Venturi, /. c, t. Il, p. 7&.

•DelBene, /. c, t. II, p. 684.

^ Il processo.di Galileo^ p. 91.

* Theologia fundamentalis, 2« partie, p. 43.

nommé Antimus, très-opposé à lanouvelledoctrine copernicienne, et son interlocuteur Àugustinus lui ayant reproché son opposition, Antimus répondait : c( Je fais grand cas de Galilée, à ce point qu'aucun de ses écrits n'a été publié queje ne l'aie aussitôt 'lu et relu avec une avidité de plus en plus grande*, »

Georges Polaccus, écrivant son Anti-Copemicus catholicus pour défendre les arrêts de 1616 et de 1633, disait que c< la Congrégation n'avait pas tellement prohibé le mouvement de la terre qu*il ne fût permis à personne d'exposer les difficultés soulevées par les questions astronomiques : une seule chose était nécessaire, ajoutait-il, c'est que cette hypothèse ne soit pas adoptée comme vraie, mais comme venant d'un principe faux pour mieux expliquer les choses, de la même manière que les théologiens expliquent plusieurs questions théologiques en disant : « Supposons que Dieu n'est pas infini ou juste, etc.*... » Avec ces réserves, avec ces permissions, on pouvait donc lire les ouvrages de Galilée. Aussi la doctrine de Co- * pernic se répandait-elle, au jugement même de Riccioli% et en 1643 Densingius, dansZ)e syste-

* Dialogiphysicif p. 56.

• Anti-Copemiais caf/to/iCM«,în-8, Venetiis, 4644, p. 5.' ^ Almagestum, p. 290.

mate mundi dissertation constatait de son côté que le système de Copernic était alors le plus répandu*.

On le voyait en effet gagner chaque jour du terrain. Si en Hollande on avait construit des sphères représentant les mouvements célestes d'après le système condamné, une de ces sphères avait été offerte à Rome, en 1636, au cardinal Barberini. En 1644, André Argoli, qui fut professeur de mathématiques à Rome avant de l'être à Padoue, publiait son Pandosion sphœricum in quo singula in elementaribus regionibus aique œtherea mathematice pertractantur (Patavii, 1644, in-4), où il se prononçait pour la rotation de la terre. En 1656, sous Alexandre VII, une dissertation latine démontrait les inepties de Jacques Dubois dans ses attaques contre Thypothèse de Copernic; en 1666, Borelli publiait à Florence sa Theorice medicœorum planetarum^ dans laquelle, énonçant rhypolhèse des deux forces que Newton précisera, il admettait que la terre devait être une des planètes qui tournent autour du soleil ; en 1668, André Taquet, religieux de la Compagnie de Jésus, supposait bien la terre immobile, mais il montrait déjà que sa rotation n'était

**Voir Delambre, Hist. de V astronomie, t. II, p. 180.

pas impossible, et il établit l'état de la question en disant : « Je ne connais aucun argument astronomique ou physique qui démontre Timmo^ bililé de la terre et le mouvement du soleil. Il faut cependant l'affirmer sur Tautorilé des livres saints*. »

On poursuivait ainsi les études, etle mouvement scientifique ne paraissait pas arrêté. Il y a eu, je le sais, de fâcheuses affaires, comme celle de Van Velden, poursuivi en 1691 pour avoir fait soutenir à Louvain la certitude du système de Copernic*. Mais ce sont les derniers éclats d'une opposition qui se sentait vaincue.

IV. Jamais peut-être on n'avait tant observé les phénomènes célestes dans les trois principaux foyers d'études qu'il y avait en Italie : Bologne, Rome et Florence.

Cassini, en arrivantà Bologneen 1644, trouvait les chaires de mathématiques occupées par Ricci, par Ovide Montalbani, tous deux auteurs distin-

^ Astronomia methodo scientifica, 1668. « Tametsi nullum ^rgumentum, sive astronomicum, sive physicum hactenus allatum sciam, quo terrse quies et solis motus demonstratur ; cogit tamen utrumque asserere divinorum voluminum auctoritas. »

* Le procès de Martin-Etienne Van Velden, publié dans la Qollection de Mémoires relatifs à l'histoire de Belgique, 2* série, cité par M. l'abbé Delvigne, p. 59.

^80 Galilée.

];u6s. En i 650 il était nommé à la chaire d'astronomie \acnnle par la mort de Cavalieri, et sept nns npri's il publiait VAslronomia nuova. C'estè Itolo^c que le comte Mansini publiait un discoursf) l'occasion de la. comète parue au mois de ' dt^ccmbrc 1644, et qu'en 16G7 Moiitansri împri- . mail SCS pensées sur la physique et les mathém- j liq\ics, au sujet de quelques expériences qni | venaient d'filre fiiitcs'. Diverses critiques ajant ; »^t<> adressées Ji ce dernier ouvrage par un profosscur nommé Rosselti, Monlanari répliquaitpar nue lollre à l'abbé Sampieri, et Ottavio Finetti publiait un discours au sujet de ces quercUes*^ qui Si' prolongércirt pendant dix ans. C'est è Itolojrno que les PP. jésuites RiccioIi,Grimaldi, IVilini, publiaient « les tables astronomiques les moillenivs ol les plus exactes qu'on eût encore vues^ ». Dans son Astronomia reformata^ Hiccioli insérait de Iris-nombreuses obserwtions faites (le 1651 à 1056 sur la libration delà lune, sur Saluruc, sur Jupiter. Mars et Vénus. De son r.\|ii^Nnnlan!iri,aidèdeGrassinieldeMeiiaTacta,

■ • rOHtmiin K^tra alcvne etpriùnie fatte a Si-

r tfmifnm, t. Il, p. IW.

-, t I. p. *59. 0!f«rrui«ni *!» 6nno tAm <*«"n» $ipKi {K^rrenute. Lettre du SO j'i'"

<^ in-t(il., p. ISï-iST, 310, 324, S36.

3ntinuait les Éphémérides astronomiques comlencées par le marquis Malvasia, qui avait fait onstruirc un des premiers observatoires. C'est à lologne que Manolessi publiait en 1656 les 3uvres de Galilée, que l'on imprimait les opusules scientifiques du P. Castelli, et que la même nnée le P. Urbain Davisi, général de l'ordre des èsuates, publiait le De sphœra cœlesti; c'est à lologne enfin, car il faut s'arrêter, que le P. Ricioli publiait en 1658 son Argumenta fisico-ma' ematicho contro il moto diumo dçlla terra, con- ^ermato di nuovo con\Voccasione délia risposta nie considerazioni sopra la forza di detto argo- Tiento fatte dalP. Stefano de Angelis^.

A Rome il régnait de même une ardeur extraordinaire pour toutes les observations astronomiques : il y avait dans cette ville' les deux fabricants de télescopes Jes plus renommés en Europe, Campani et Divini : c'était à qui construirait l'instrument donnant la vue la plus nette et la plus longue. Tous les observatoires d'Europe voulaient posséder un de ces télescopes fabriqués à Rome. Ce fut avec un des instruments de Campani que Cassini découvrit les satellites de Saturne. En 1649, il dédiait au grand-duc de Tos-

* Alcuni opuscoli filosofici, del P. Abate D. Benedetto GastcUi. Bologne, 1669, ia-4.

t288 Galilée.

cane les observations qu'il avait faites lui-même à Rome. Nous trouvons dans les livres de cette ipoque de fréquentes mentions d'observations astronomiques faites à Saint-Pierre in Montorio le 22 décembre 1664, auxquelles assistaientbeaucoup de princes et d'hommes distingués ; sur le ,mont S.-Onufre, en la maison de Giori, où se trouvaient les PP. Fabri, de Gottignies, Sansedoni, Cotton, et les nobles romains Savioli et Serra; sur \e Celius^ à la villa Mattei, auxquelles étaient présents le P. Urbain Davisi, ce général des Jésuates, dont nous avons parlé, homme trés-entendu en ces matières et excellent mathématicien. André Argoli avait déjà nolé les' observation s auxquelles se livra en 1618 Grégoire Boncompagni, duc de Sora: celte tradition était continuée. En 1C52, nous voyons Raphaël Magalotti envoyer de Rome au prince Léopold Médicis des observations sur la comète; en 1056,1e P. Dominique Plati adressait à Ilodierna des observations sur une éclipse de soleil ; en 1 00 1 une nouvelle éclipse de soleiPdonnait lieu à Rome à d'autres observations ; en 1664, le P. Gottignies imprimait le résultat des observations faites à S.-Onufre; en 1666, Divini publiait une lettre sur les taches nouvellement découvertes dans Jupiter. C'était une réponse à trois lettres écrites sur le môme sujet par Cassini

à ràbbé Falconieri, lettres oii Divini trouvait des inexactitudes. Sans doute François Lèvera, dans son Prodomus universœ Astronomiœ reslitutae^ publié à Rome en 1663, se montrait partisan de l'immobilité de la terre; mais en 1668 un jésuife, le P. André Tacquet, tout en supposant la terre immobile, montrera que son mouvement n'était nullement impossible, et que les objections opposées étaient des paralogismes. Ces publications et bien d'autres attestent l'activité des intelligences : ne nous étonnons donc pas d'entendre Candide del Buono, camerlingue de l'hôpital Santa Maria Nuova à Florence*, nous dire, avec enthousiame, que lors de son voyage à Rome en 1662 il rencontra dans cette ville tout un groupe de savants, Fabri, Michel Ange Ricci, Divini, etc.; Divini qui, aidé du P. Fabri, ne craignait pas de critiquer un écrit du célèbre Huygens au sujet de Saturne, et qui répliquait de nouveau à la réponse faite par Huygens.

V. Ces savants échangeaient donc leurs idées, se communiquaient leurs observations, enregistraient des faits, ne fût-ce que dans ce journal scientifique publié à Rome, les Éphémérides de Nazzari,pour lesquelles Michel Ange Ricci récla-

* Lettre du 50 janvier, dansTargioni-Tozzetti, l, c.,t l, p. 437.

mait en 1673 la collaboration du comte MagaloUi.

Ils se réunissaient en sociétés, en académies, pour mieux constater les expériences et s'encourager à l'étude. Tout le monde a entendu parler de l'Académie des Lincei que des auteurs accusent les papes d avoir fait supprimer, alors que cette Académie, formée par un petit nombre de savants groupés autour du prince Cesi et ne se réunissant qu'à de rares intervalles, n'eut jamais de travaux régulièrement organisés et cessa tout naturellement après la mort du prince, en 1630, encore que Cassiano del Pozzo ait voulu la continuer en invoquant Tinfluencedu cardinal Barberini\

A Florence, le prince Léopoldde Médicis, grand protecteur des sciences, avait réuni dans son palais Pitti des savants et professeurs qui formèrent l'Académie del Cimento. [Le prince Léopold et les associés groupés autour de lui n'étaient point, comme on les représente, des laïques élevant l'autel de la science en face de Fautel de la religion ; non, ces idées n'étaient pas celles du dix-septième siècle ; les académiciens du Lycée et

* Les Prœscriptiones Lynceœ accademiœ, curante Joan. Fabro, Lynceo, Interamnae (Terni), 1624, plaquette réimprimée à lai fin des Comideraziçni sur la îiotitia Lynceorum, de G. Bianchi, par Vandelli, Modène, in-8, 1745, donnent une idée du but poursuivi par les académiciens et d^ leurs sentiments de hauc piété. Le duc Baldassare Odescalchi a publié en 4806, in-4, les excellents Memorie istorico-cntiche delV Accademia d^IÂncei.

du Cimento étaient des hommes pieux qui cultivaient les sciences sans songer un instant qu'elles pussent être opposées à la religion ^ Leur but était de découvrir Ja vérité en physique, en mathématique, en astronomie. Leurs expériences et leurs observations furent très - i mportantes , comme on peut le voir par la publication de Targioni-Tozzetti. Borelli, Rinaldini, Oliva, étaient Tâme de ces réunions, dont la première eut lieu en 1657 et la dernière le 5 mars 1667. Les savants de Florence étaient sans cesse en relations avec ceux de Rome: en 1660, on lut à une séance tout Touvrage de Divini, et lorsque, le 7 août, Borelli présenta ses remarques sur cette publication, on les envoya à Rome à Michel Ange Ricci etauP. Fabri. Un autre jour, on lutunedëpéche que Ton devait envoyer le jour même à ces savants. C'est à rAcadémie qu'on lut une dissertation, due peut-être à la plume de Borelli, sur les prétendues démonstrations de Riccioli contre le système de Copernic. Mais bientôt le départ de Borelli, caractère fougueux et peu agréable, qui quitta Pise dans un moment d'humeur pour venir à Rome, la translation de Rinaldini à Padoue, la

* Nulle part on ne Tôît cette < longue lutte, dont parle M- Berti (Copemico, p. 76), des représentants de^a science contre la puissance religieuse d. Ce langage tout moderne Xj'^ût pas été compris au xvu« siècle.

retraite d'Oliva à Rome où il devint bussolantein pape, interrompirent les travaux de F Académie. La dernière séance eut lieu le 5 mars 1667, elle pape ClémenllX, neuf mois après la dernière séance de TAcadèmie, nomma le prince Léopold cardinal.

On a dit : Ce chap?au fut justement le prix du silence imposé au prince et aux amis du prince; assertion gratuite, qu'aucun indice ne rend vraisemblable et qui est mensongère : d'abord, si TAcadémie cessa, le prince et ses amis, dispersés par lescirconstances, continuèrent de s'intéresser aux études scientifiques; ensuite, ce qui fit loraber r Académie, ce fut le départ simultané de ses trois principaux membres, Borelli, Rinàldini, Oliva. Le cardinal Léopold le dit positivement dans une lettre à Iluygens, datée du 1^ février 1668, en ajoutant que ses occupalions ne lui permettaient pas de poursuivre ses travaux de Florence ; mais il émettait l'espérance que l'Académie récemment fondée par le roi de France remplirait sa mission; Magalotti de son côté, atteste que les départs de Borelli, d'Oliva, de Rinaldini, furent cause de la dispersion de l'Académie. Lorsque le pape donnait le chapeau au prince Léopold, sa pensée, loin d'être une penséed'oppression,étaitde contribuer par cet honneur au bien public et à l'accroissement de la science. Esprit actif et juste, le nou-

CONSÉOUENCES DES FAITS. 293

\eau cardinal ne œssait de répéter le mol important en ces temps : « 11 faut faire des expériences, c'est le seul moyen d'arriver à détruire de fausses apparences. » Ainsi se continuaient les saines traditions, et le mouvement scientifique, loin d'être arrêté après la condamnation de Galilée, recevait une impulsion, et, sous la protection des papes découlait, selon le mot d'un contemporain, Cimentelli, de cette source abondante et inépuisable, Galilée*. On avait signalé un écueil, on n'avait pas fermé la voie, et tous y marcliaient en pleine liberté.

Cette Académie du Cimento cessait à Florence, lorsqu'à Rome la reine de Suède réunissait dans son palais de la Longara (aujourd'hui palais Corsini) tout ce qu'il y avait dans la ville d'hommes instruits. C'était une véritable académie, oùBorelli venait souvent parler ; aussi l'inscription de son tombeau, élevé dans l'église du Forum Agonale, relate-t-elle, après l'éloge de ses œuvres de mathématicien, son litre de membre de l'Académie de la reine Christine, Romœ in academiam Christinœ.... adscitus, Crescimbeni présidait celte réu-

* Targioni-Tozzetti, /. c, 1. 1, p. 190. M. Libri a fort bien dit cette fois: « Galilée laissait une école florissante, composée d'élèves idolâtres de sa mémoire et imbus de ses préceptes^ qui n'eurent qu'à suivre ces glorieuses traces pour se rendre célèbres. » {Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1841, p. 129.)

nion où naquit la pensée de l'Académie des Arcades destinée à réagir contre la débauche intellectuelle qui attrista au commencement du dix-septième siècle la littérature italienne. Ciampini se montrait des plus assidus parmi les savants groupés autour de la reine, et Ciampini, qui n'était pas seulement un grand archéologue, mais était aussi un physicien et un mathématicien, fut le fondateur de YAcadémia physico-matematica^. Deux fois par* semaine cette Académie tenait ses séances dans une salle toute remplie d'instruments t[e physique. Nous savons que Ciampini y lut en 1682 un discours sur la comète, et en 1686 un rapport sur les no.uvelles inventions de « tubes optiques » ; que Marc Antoine Cellio y présenta également des rapports sur des questions astronomiques, et que Bianchini, les deux frères François et Salvatore Serra, Michel Ange Ricci, fréquentaient cette réunion; Michel Ange Ricci, qui, ses lettres en font foi^, se trouvait comme Ciampini à la tète du mouvement scientifique; ce qui nePempéchait nullement d'être au mois de décembre 1666 nommé qualificateur^, et en février 1667 consulteur du Saint-Office*.

^Renazzi, Storia delVUniversità degltstudidiR<muitt,Vf,pA(iO.

* Fabroni, Vitœ, t. II, p. 73, 87, 94, 104, 419. 121, 166, etc. 5 Ib., t. II, p. 144.

* i6., t. II, p. 153,

Il y avait à Rome d'autres lieux de réunion : Quarteroni, professeur à TUniversité, les fréquentait. Ainsi Michel Ange Fardella, élève de Borelli, réunissait autour de lui « tous ceux qui à Rome s'occupaient de science* », et Borelli se rendait souvent chez un libraire à l'enseigne du Taisseau, où était établi un véritable cercle littéraire*. On peut signaler encore une « Académie des curieux de la nature » , qui publiait des Éphémérides où Guillaume Riva, médecin du pape Clément IX, voulait écrire'. Ce dernier souverain pontife, qui avait succédé à Alexandre VII, si instruit dans les sciences mécaniques, encourageait Cassini, mettait la plume à la main à Manfredi, et combinait avec Michel Ange Ricci de grands projets pour le développement des sciences*.

A Bologne, Tabbé Sampieri présidait une réunion scientifique où Montanari venait assidûment, et plus tard, en 1688, nous voyons l'archidiacre Marsili à la lête d'une Académie de science expérimentale où Guglielmi lisait des rapports. Plus tard encore, en 1711, le comte Marsigli fon-

* Renazzi, Slorîa delV Universitày t. HI, p. 140.

* Fabroni, YUœ, t. II, passim.

3 Ib., t. II, p. 134.

* Mulla gerere meditabatur quae ad provehendas inagnarum artium ac praesertimphilosophiaedisci plinae conducere potuissent (Fabroni, Vitœ, t. H, p. 120; Targioni, l. c, 1. 1, p. 528). *

dait IWcadémic des Inquieti, qui s'unit à l'Acadêmie Clémentine approuvée par le pape, où il y avait des professeurs d'astronomie, de physique expérimentale et d'histoire naturelle.

Ainsi, dans les Ëtats de l'Église, à Bologne, i Rome ', comme à Florence, il y avait un mouvement scient ilique très-marqué, et Montanari, en ItJtw, constatait que « l'Italie voyait continueDcnieut se former de nouvelles réunions de savants: par dos voies sûres, ils allaient à la recherche du vrai ; on sorte qu'à Naples, à Itomc et en d'autres lieux, la science s'enrichissait de renseignemenU nouveaux et divers pour arriver par la voie del'eïpérienceàlavérilableconnaissance de la nature'.» Ce moyen était celui là-mOme qu'indiquatl, nous t'avons vu, le cardinal Léopold de Médicis : faire des ohservations. des expériences.

Mis an conrani de ces éludes, de ces publications et de l'objet de ces réunions, Taçgioni-Toiïclli a donc pu dire avec vérilé ; « L'astronomie était une élude très-cultivée parmi nous au mi' lieu du XTii' siècle. » Ce mouvement conlinua avecMaratdi, Bianchini, etc. En 1718, on ini' prima ùViterhe.avecla permission des sui)érieurs,

ijneeiRomp; mais a»is i*»*!"* ""' ''" ,iUH!, Viicrho, terni. eW., il 1 mwis'

Ingenuarum artium^ soUdiorisque scientiœ theoremata centiim singularia, où le dix-septième du P. Raimond Messorio, religieux mineur conventuel, était intitulé : « Copernicanum cœlorum' systema, nec sensu, nec ulla omnino efficaci ratione expugnari potest, auctoritate solum Scripturae sacrae proscribilur. » 11 semble que Ton hâte ainsi une solution. Quelques années plus tard, la réputation du P. Boscowich, professeur au Collège romain, devint européeiuie; et dans son ouvrage sur la mesure d*un degré du méridien, effectuée par ordre du souverain pontife, Boscowich admettait toujours comme des faits établis le mouvement de rotation de la terre autour de son axe et sa révolution annuelle autour du soleil. Sous le pontificat de Benoît XIV, le cardinal Valenti, secrétaire d'Ktat, protégea les sciences et érigea à l'Université de Rome une chaire de chimie, ainsi qu'une chaire de mathématiques transcendantes, astronomie et statique, tandis que dans la chaire de physique récemment créée le P. Jacquier, religieux minime français, professait les principes modernes de cette science. Je m'arrête à ce pontificat de Benoît XIV, qui en effaçant de Y Index librorum prohibitorum les livres enseignant le mouvement de la terre, leva Une grande partie des barrières que l'on préten-

298 GJ^LILËE.

dait avoir été injustement établies. — Vingt ans après> en 1792, le P. Troilo, dans son De corporibus cœlestibus, posait pour thèse que chacun pouvait, sans péril d'erreur ou témérité, soutenir que le soleil est immobile et que la terre est en mouvement.

Ainsi les observations successives démontraient la fausseté de la vieille doctrine, la vérité de la nouvelle : Newton, Bradley, étaient venus. Galilée avait recommandé ces observations, et on avait obéi à ses conseils. « Le très-sûr moyen, à mes yeux, pour prouver que la thèse de Copernic n'est pas contraire à l'Écriture, disait-il, serait de montrer, avec mille preuves, qu'elle est vraie et que la thèse contraire ne peut en aucune manière subsister; car la vérité ne pouvant être opposée à elle-même,' il est nécessaire que cette opinion et les saintes Écritures concordent très-bien. »

Ainsi avait-on fait, sous les yeux et avec l'approbation de l'Église ; ainsi on avait bherché « ces raisons convaincantes » que Pascal attendait pour que tous les hommes crussent au mouvement de la terre, raisons qui ne pouvaient être données qu'à la suite de calculs et d'observations multipliées.

Il est teiaps de terminer.

Si nous nous en tenions aux paroles de MM.

Libri, Berti, et aux plaintes sur le coup funeste porté à la science par la condamnation de Galilée,* on aurait cru trouver soudain dans le champ des études scientifiques la stérilité et la langueur. Or, il n'en est rien : partout on rencontre» l'activité et la vie. fies savants nombreux travaillent et observent, tout en se tenant dans les limites tracées par les décrets des congrégations. Ces limites peuvent empêcher des écarts, elles gênent sans doute un peu, mais elles n'arrêtent personne, car, selon la pensée d'un des astronomes romains , Marc Antoine Cellio, « il ne faut pas y demeurer plus qu'il ne faut ». Les savants chrétiens de ce temps attendent donc patiemment le moment où la science , munie de preuves, pourra parler, et où alors l'Église, acceptant les preuves, pourra changer son interprétation du texte sacré.

Après cet aperçu rapide, mais non superficiel, — car si nous n'avons cité que certains noms et certaines œuvres nous avons pu nous assurer combien ces noms étaient nombreux et ces œuvres fécondes, — il nous sera permis d'affirmer que la condamnation de Galilée n'empêcha réellement aucune étude et n'arrêta aucune observation. Les prémisses de M. Berti sont fausses, car

les faits sur lesquels il s'appuie sont faux ; fausses aussi sont les conséquences que subsidiairement il en tire : je veux parler de celte décadence littéraire et de cette décadence politique de l'Italie qu'il attribue au prétendu abandon des gi*andes spéculations scientifiques.

VI. La décadence littéraire qui se produisit en Italie après la brillante période du xvi* siècle était visible bien avant le temps où vécut Galilée. C'est alors que les écrivains trouvent élégant d'employer un style plein de recherche et d'afféterie, c'est alors que se forment ces académies des fanlaslicij des infœcundi, des apatistœ, des imperfectiei autres noms ridicules qui pullulèrent au xv!!** siècle. La condamnation de Galilée, venue alors que cette décadence était déjà très-marquée, n'a pu lui avoir donné naissance ^ Elle n'a pas été davantage la cause de la décadence politique de l'Italie. Cette décadence ne datet-ellepas du jour où le protestantisme acquit en Europe une existence légale ? Le pape n'a-t-il pas seul protesté contre le traité de AVcstphalie qui consacrait cette existence ? Mais personne ne tint compte alors de cette protestation ; on en a vu

* Mnratori a dit les causes de cette décadence dans De perfi€tapoeêiUalica.

depuis les conséquences : ce fut la déchéance de l'Italie^ Depuis lors le territoire italien a toujours servi de « compensation » aux puissances qui cherchaient à garder leur équilibre, car le centre politique du monde était déplacé, et le cabinet de. Versailles n'avait plus en face de lui Rome, mais Vienne, Londres, et bientôt Berlin.

Ces conséquences étaient prévues, et un fait considérable rend raison de tous les faits secondaires. Si Fauréole littéraire et politique qui, durant le xvf siècle, resplendit si brillante au front de l'Italie, ^ semblé pâlir, l'histoire nous en révèle la cause avec une irrésistible éloquence. « Le vice a passé dans ces races et en a rongé les fibres vives », comme l'a dit, en parlant d'une autre nation, un éloquent orateur, le P. Lacordaire. La religion n'a pu contenir ce débordement de sensualités qui, du sein de la prospérité et sous Ig souffle des renaissances païennes, avait fait irruption dans la société des Borgia et des Médicis. L'Église a pu souvent en être victime, elle n'en fut pas complice ; et si la nature humaine, en plusieurs de ces prélats, cardinaux et papes, s'est trop montrée, l'Église a protesté du moins, par ses saints et ses docteurs, contre le tourbillon enivrant et le milieu énervant dans lequel ces sociétés élégantes, mais corrompues

et corruptrices de Venise, de Milan, de Florence, de Rome, étaient emportées et ensuite mollement bercées. Cependant Tltalie avait à son centre le vicaire de Jésus-Christ ; elle possédait le tombeau des apôtres; sa terre, à Rome surtout, était abreuvée du sang des martyrs ; nul pays n'avait plus de souvenirs pieux ; dans nul pays il n'y avait eu plus de saints et avec ces saints n èt£(ient descendues plus de grâces. Oui, mais cela même Ta condamné. Ce penple s'est trop habitué, peut-être, à vivre au contact du surnaturel ; dans ce commerce intime, la familiarité est venue, mais une familiarité où le respect a diminué et où l'amour a trop pris ses libertés et ses aises. Des lois ecclésiastiques furent délaissées, la discipline se relâcha, des abus survinrent et ne purent être corrigés. Ainsi est-il advenu que la vie de la nation catholique s'est trouvée soudain affaiblie et diminuée.

En même temps le protestantisme, qui convoita l'Italie pour sa proie sans pouvoir la dominer, déposa cependant dans son sein plus d'un germe fatal. Puis le philosophisme a rempli de son esprit les hautes classes de la société, en même temps que le joséphisme, par son opposition contre Rome, a déplacé les relations ^gouvernementales et fortement contribué à éta-

blir ce despotisme modéré, paternel, mais énervant, parce qu'il n'était pas chrétien, dont l'Italie eut à souffrir.

Ceux donc qui reprochent à l'Église d'avoir, par un an'êt doctrinal, tué le génie du peuple italien, se méprennent singulièrement. Au lieu de les accepter comme des accusateurs, il faut les traduire devant la justice de l'histoire, car ils oublienl quels sont ceux qui ont inoculé dans les veines de ce peuple le poison qui, longtemps inoffensif parce que la constitution était robuste, a gagné peu à peu jusqu'à atteindre les parties vitales. Un peuple catholique ne délaisse pas impunément sa mission, l'abandon qu'il en fait crie vengeance : aussi a-t-on vu sa gloire pâlir, car il s'est arrêté dans la voie du bien, lui d'une nature ardente, de passions si vives, séduisant toujours, mais impuissant désormais à soutenir d'une mairi aussi virile les combats delà vérité) Telles sont,pour le dire en passant, car, entraîné sur les pas de M. Berti, je ne puis et neveux ici qu'effleurer un tel sujdt, telles sont les causes de cette décadence politique de l*Italie dont on se lamente, qu'on exagère parfois, mais qui, certainement, n'est pas due à la condamnation dont deux congrégations romaines ont pu frapper les ouvrages et la personne de Galilée.

Il est temps de résumer ce travail.

Galilée, en établissant les principes (Je la mécanique, qui sont ses titres de gloire, comme en soutenant la doctrine de Copernic et en Téclairant par ses observations, a rencontré pour adversaires les partisans de la philosophie naturelle d'Aristote. Cette philosophie, en efl'et, était complètement foulée aux pieds, comme disait unpéripatéticien, et bientôt elle n'allait plus subsister si les doctrines nouvelles étaient acceptées. Pour mieux combattre cesdocti^ines. lespéripatéticiens appelèrent à leur aide des passages de rÉcriturc sainte, qui semblaient établir leur croyance et condamner les affirmations de Copernic.

Galilée voulut à son tour interpréter le texte sacré, et, malgré les conseils qui lui furent prodigués, il commit plus d'une imprudence.

les faits ont démontré comment les péripalé-

iciens ont amené des cardinaux et des papes, )éripaléticiens eux-mêmes, à proscrire une docrinc jugée anliscientifique afin de sauvegarler un principe théologique. Car la question, u premier abord exclusivement scientifique, rit bientôt un caractère théologique. Pourquoi ttaquait-on la doctrine de Galilée, si ce n'est arce qu'elle « n'était pas bonne en théoloie », et parce qu'elle « était diamétralement pposée à la vraie théologie et philosophie * » ? - Opposée à la théologie, car si on l'adoptait, e fallait-il pas changer, sans raison suffisante, 3. sens littéral d'un texte de l'Écriture pour dopter un sens figuré ? — Opposée à la phi- 3sophie naturelle, car la plupart des savants l'alors ne regardaient-ils pas la doctrine, de tolémée comme une vérité scientifique et la loctrine de Copernic comme un paradoxe qu'auune preuve n'appuy^^it et en fait elle n'avait lors pour elle aucune preuve? Aujourd'hui il st facile de dire : le tribunal a eu tort ; mais n 1616, mais en 1635, les universités et es savants disaient : il a raison. Forts de ictte conviction scientifique raisonnable, des

* Mi è parso contenersi non bucna dottrina in raateria di heologia. Les pièces du procès j p. 22. Dico esser dottrina conraposita ex dianietro alla vera teologia et filosofia. /t., p. 33.

im iLLlLlL.

'kZrriiùjrjiiL.i zii^'ïan é:r? inquiets sur les conséçji^iîf^ i-iil ifs:-: iiç-es et relipeuses d'une docînij- eî^izLte i2i.i«i -:.>îitr£jrt à la science; ef <:v*Ti ric 1-5^ r-r>^ÈStîiils- depuis un siècle, abu- %iiefit de li sîiiiStiîTiti : n du sens figuré au sens littéral, on cvcôjit b ciûnte qu'eurent les membreï de la Oi-cçrê-^tion de mî^lifier prématurément une interprétation traditionnelle : ils repoussèrent donc rinnoTation aTec sincérité, mais aussi aTec fardeur passionnée d'hommes qui n'étaient pas et ne pouvaient pas être, dans ces questions, étrangers aux préoccupations et aux entraînements de leur temps.

Les cardinaux étaient-ils compétents pour juger? Oui, ils étaient compétents.

Se sont-ils trompés dans leur jugement? Oui, ils se sont trompés dans leur jugement : — en fait, lorsqu'ils ont déclaré fausse une doctrine reconnue aujourd'hui vraie, et contraire à TÉcriturc une doctrine qui peut s'accorder avec le texte sîjcr'jî ; — en droit, puisqu'ils décidaienî par l'ijutorité de l'Écriture sainte une question où (T,l\ii autorité, au jugement de saint Augustin et (Ut saint Thomas, ne devait pas être invoquée. .

Iaiuv erreur peut-elle être un argument contre hj (loclrine d(; l'infaiUihilté du souverain Ponlil<î? Aucunemetit : cette erreur n engage que

GONSËQUENGES DES FAITS. 307

la responsabilité d'un tribunal faillible. La crainte des excès de la libre interprétation de rÉcriture et de l'invasion du rationalisme dans Texegèse a pu exciter ie zèle, mais la prédominance des méthodes péripatéticiennes dans l'enseignement scientifique, et l'engouement pour Aristote l'a égaré. La Congrégation s'est trompée ici comme le parlement de Paris s'est trompé, comme se sont trompées les académies qui, alors et depuis, ont repoussé des théories nouvelles, la vapeur, le chloroforme, etc. C'est un fait vulgaire dans l'histoire des sciences.

Y a-t-il dans ce fait une attaque de la religion contre la science? Nullement, puisque c'est au nom de la science d'alors, et pour sa défense, que la Congrégation proscrivit la théorie nouvelle, estimée antiscientifique. Elle a cru ainsi maintenir l'intégrité de la science, dont la plénitude, à son avis, se ti'ouvait dans Aristote. « Le fait d'une opjposition systématique et haineuse, dans les hauts rangs de l'église, aux progrès des sciences naturelles, dirons-nous avec un savant professeur, M. Gilbert, est très-nettement démenti par les témoignages éclatants de sympathie et de protection que les études scientifiques recueillaient alors à Rome.... L'aristotelisme eut une part prépondérante dans la con-

SffiF GiLILEI.

Injvcrv?'. * Il pji ut ètrcr vainqueur après b condamnation de Galiié-r. m^ds ce triomphe même de\int le ^irnal de ^'m irrévocable défaite.

La condamnation. toutenpn}venant peut-être certains écarts où des esprits trop ardents auraient pu être entraînés, n'a-t-elle pas arrêté les p*r:ijrés de la j*:iencet Nullement, no'js l'avons montré par des fcits sans réplique. Elle n'a pa? ralenti et ne pouvait rjler.tir le? études astronomiques, elle n'a pas détourné -^e la science et ne pouvait en détourner les esprits investigateurs; en sor'e que l'on s'est d^matidé si dajis l'intérêt même de h s<:ier;ce le n.&inîien du *tatu quo scientinque n'aura pi? été utile, comme un frein mcniérateur attaché ^u char «Tui ?e prv>:ipiîerait sur des p^entes : sjiis doute il :-:-uri jît. sons entraves, arriver plus vi;.-:- yji Lu:: m:-is. entriir.é par sjii poids et S2 vitesse. :'. :our;ji: aussi xbriser iui é:ue:is «:ui bi-r-ir::: h i >ute.

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GONSËQUENGÉS DES FAITS. 309

ni justifier les répulsions, ni ébranler la foi. Souvent, au milieu de la mêlée des batailles, on voit deux troupes, marchant sous le même drapeau et parties du même camp, ne plus se reconnaître. De fausses apparences les trompent, car l'une d'elles s'est égarée au delà des lignes que la prudence du général avait défendu de franchir, et elles font feu l'une contre l'autre. Certes la méprise est cruelle ; chacun peut en gémir, caries conséquences en sont parfois désastreuses, mais en déplorant l'accident on refuse de croire qu'il ait eu pour cause une trahison. Ainsi en a-t-il été et en devrait-il être dans la question de Galilée. Les hommes de la religion et les hommes de la science ont paru opposés les uns aux autres ; mais de fausses apparences les trompaient, puisque, venus du même point, ils marchent vers le même but, encore que leur rang, leurs fonctions, leur rôle, soient divers en importance. Tous sont les enfants du môme Dieu, et sous sa main tous doivent concourir au salut des âmes. Si la science a ses droits, elle a aussi ses devoirs. L'Église ne proscrit pas les droits, mais elle rappelle les devoirs, et le premier d'entre eux est incontestablement le respect dû à l'Église, lorsqu'elle recommandela prudence afin d'empêcher les âmes d'être troublées. LaScience

le doit à Dieu, son maitre, son principe et sa fin : Deu8 scientiarum^ Dominus.

La question de Galilée, que des documents inédits nous ont permis d'éclairer, il y a dix ans, d'une lumière nouvelle, est désormais connue. La passion peut s'en emparer pour la dénaturer, mais lors même que l'on blâme les entraînements et les erreurs des hommes, il n'y a pas lieu d'attaquer l'Église, que l'on voudrait ainsi compromettre, mais qui n'est pas en jeu. Ainsi dans cette étude avons-nous cherché à bien connaître les faits, afin de découvrir les raisons et les passions tantôt généreuses et tantôt égoïstes qui, à cette époque et en cette occasion, ont amené les événements ; recherche loyale où nous n'avions rien à dissimuler^ parce que nous n'avions rien à redouter.

Si nous interrogeons l'histoire du passé, c'est pour apprendre par l'examen sincère des vertus et des fautes, des prospérités et des malheurs de nos pères, à nous diriger au milieu des difficultés du présent, afin de marcher d'un pas mieux assuré vers un heureux avenir. Voilà ce qui ennoblit parfois nos labeurs, et c'est la seule récompense que nous ambitionnions ici-bas pour nos faibles efforts.

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